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4éme workshop doctoral en économie numérique

Bretagne - MARSOUIN - mar, 19/09/2017 - 09:58

L'AFREN (Association Française de Recherche en Économie Numérique) organise, avec le soutien de la Chaire Innovation & Régulation de Télécom ParisTech-X, le 4éme workshop doctoral en économie numérique qui se tiendra le lundi 16 octobre 2017.

Le workshop se tiendra dans les locaux de Télécom ParisTech (46 rue Barrault, 75013 Paris). La participation est libre (sans frais d'inscription).

Les doctorants intéressés doivent soumettre un article au format PDF, ou à défaut un titre et un court résumé.

Les soumissions doivent être envoyées à contact@afren.fr avant le dimanche 24 septembre.

Les auteurs seront informés de la décision du comité scientifique au plus tard le mercredi 27 septembre.

Voir en ligne : Annonce du workshop en ligne

Langues artificielles (1/2) : une émanation de la culture Internet ?

Internet Actu - mar, 19/09/2017 - 07:00

Pourquoi se lancer dans l’entreprise folle de créer une langue de toute pièce ? Cet étrange passe-temps peut avoir des motivations philosophiques, voire politiques (comme ce fut le cas avec l’espéranto)… mais depuis l’avènement de la fantasy, des jeux de rôles, ce peut être aussi une pure activité ludique. Récemment, avec le succès de films et séries télévisées comme Game of Thrones ou Premier Contact, c’est même devenu un job assez lucratif !

David Peterson (@dedalvs, Wikipédia) est l’une des figures les plus en vue de cette communauté de créateurs de « conlangs », (pour constructed languages) comme on les appelle. Il est le créateur du Dothraki et du Haut Valyrien pour Game of Thrones (signalons que Le Dothraki facile, guide de conversation, vient de paraître en français). Dans son livre The art of language invention, il donne les clés de son travail, mais se penche également, dès l’introduction, sur l’histoire de la communauté des « conlangers » et notamment sur le rôle d’internet dans sa genèse.

Le rôle des communautés en ligne

Bien entendu, J.R.R Tolkien, l’inventeur du conlang moderne, vivait bien avant la naissance du Réseau. Mais son travail restait peu connu et marginal. Outre Tolkien, il existe quelques autres exemples de conlangs élaborés lors des années pré-internet comme le klingon, créé au début des années 80 par le linguiste Marc Okrand dans le cadre du film Star Trek 3 : à la recherche de Spock. Mais jusqu’à récemment, la plupart des oeuvres de fantasy ou de SF se contentaient d’aligner des borborygmes sans structure et les faire passer pour un langage. Peterson cite à ce sujet l’exemple du dialogue entre Leia et Jabba dans le retour du Jedi : »Yaté. Yaté. Yotó », ce qui signifie, selon les sous-titres : « Je suis venue pour la prime sur ce wookie ». Ce à quoi Jabba lui répond qu’il sera prêt à lui en donner 25000 unités. Leia lui répond alors : « Yotó, Yotó », soit à peu près la même chose que précédemment, mais cette fois pour lui signifier « 50 000, pas moins« . Et la conversation de se continuer à coup de Yaté, yotó…

Les choses commencent à évoluer vers 1974, avec la série Land of the lost et la création d’une langue originale, le paku, imaginé par une linguiste de l’UCLA, Victoria Fromkin, qui devint ainsi la première « conlangueuse » rémunérée pour ce travail !

Mais c’est l’internet qui allait donner le coup d’envoi à l’essor du conlang : en 1991 la première mailing-list Conlang listserv, est mise en place pour réunir des adeptes qui se sont rencontrés auparavant sur Usenet. Comme l’explique Peterson : « Bien que les membres de la liste originale ne l’aient probablement pas réalisé à l’époque, la fondation de Conlang Listserv (…) a été un événement important dans l’histoire de la création de langage (…). Il n’y avait jamais eu auparavant dans l’histoire un lieu où des créateurs de langues pouvaient discuter de leurs stratégies. Pour la première fois, ceux-ci pouvaient comparer leur travail à autre chose que les langues de Tolkien ou l’espéranto et ses nombreux imitateurs. »

Pour la nouvelle génération de conlangers, dont Peterson faisait partie, cette nouvelle communauté changea complètement la nature de l’activité de création. Jusqu’à la naissance de la mailing-list, en effet, chacun travaillait dans son coin en ignorant totalement le travail des autres.

« Imaginez : quel artiste ne regarde jamais que ses propres peintures ? Quel musicien n’écoute jamais que la musique qu’il a composée ? Pourtant, c’était précisément ce que faisaient les conlangers avant 1991. Certains avaient entendu parler de l’espéranto, de Tolkien ou du klingon, mais une majorité croyait être les premiers à créer une langue. Par exemple, je pensais être le premier à imaginer une langue à des fins autres que la communication internationale – et c’était en 2000″.

Attention aux erreurs !

Si le Réseau a contribué à l’essor de la création de conlangs, Peterson insiste aussi sur un autre rôle joué par les réseaux sociaux : la montée de l’exigence du public. Pourquoi en effet se payer le luxe de créer des dialectes sophistiqués pour les employer dans des séries comme Game of Thrones ? Ça coûte du temps et de l’argent, et après tout Leia s’en sortait très bien avec ses yaté yotó, non ?

Le plus drôle c’est que même les commanditaires semblent avoir du mal à comprendre l’importance de la tâche, ainsi que le raconte Peterson à propos d’une séquence de Game of Thrones. En effet, lors du premier épisode de la série, lorsqu’est prononcée la première phrase en Dothraki, Peterson a constaté une terrible erreur ! Alors que le personnage aurait dû dire « Athchomar chomakea », c’est-à-dire « bienvenue » adressé à plusieurs personnes, il a dit : « Athchomar chomakaan », c’est-à-dire « bienvenue » si on s’adresse à une seule personne. Devant la mine déconfite de Peterson, David Beniof, l’un des deux showrunners de la série le consola en lui disant : « si un acteur fait une erreur, qui le saura, à part vous ? ».

Mais pour Peterson, justement, cela n’est pas dit. Tout d’abord, la façon dont nous consommons des médias a changé. On peut regarder une série deux, trois quatre fois ou plus ; des inconsistances non repérables au premier abord peuvent alors apparaître. Ensuite, internet constitue une formidable caisse de résonance.

« Si les acteurs parlant Dothraki, Haut Valyrien, Castithan ou autre, font une erreur, qui le saurait à part le créateur ? Qui s’en soucie ? La vérité est probablement qu’une personne sur mille le remarquera, et parmi celles-ci, peut-être un quart s’en préoccupera. Dans les années 1980, cela ne représentait rien. Dans le nouveau millénaire, cependant, un quart des 0,001 % peut constituer une minorité importante sur Twitter. Ou sur Tumblr. Ou Facebook. Ou Reddit. »

Et d’enfoncer le clou :
« L’un des aspects les plus significatifs de notre nouveau monde interconnecté est qu’internet peut amplifier une voix minoritaire de façon exponentielle. Oui, peu de gens, comparativement parlant, se soucieraient si un acteur commet une erreur lors d’une réplique en conlang. Mais grâce à internet, ces quelques personnes se rencontreront, et quand elles le feront, elles seront capables de faire un bruit énorme. »

Qui possède un langage ?

L’histoire des langages artificiels présente une autre problématique qui nous fait penser à l’internet : celui du rôle de la collaboration, de l’oeuvre collective et les problèmes de propriétés intellectuelles qui y sont inévitablement associés. Et ces questions datent, dans ce domaine, déjà d’un bon siècle. Ainsi, avant l’espéranto, il y avait le volapük, créé en 1879 par Johann Schleyer, un prêtre, qui en aurait eu l’idée lors d’une vision divine dans son sommeil. Le volapük connut un grand succès alors que l’espéranto n’en était qu’à ses débuts. Mais tout se gâta lorsque des utilisateurs, commençant à voir des limites à la création originale, demandèrent à Schleyer d’effectuer des modifications, ce qu’il refusa. Les choses empirèrent lorsque l’académie Volapük dénia à Schleyer le droit de refuser les évolutions du langage. Au final, le volapük se divisa en une série de « dialectes » chacun présentant sa propre version des améliorations. Au contraire, le créateur de l’espéranto, Ludwik Lejzer Zamenhof, offrit son langage à la communauté des utilisateurs, qui par consensus évita la dislocation qui a marqué la disparition du volapük.

Retour au XXe siècle avec l’invention du loglan, le « langage logique » sur lequel James Cook Brown travailla dès 1955 (mais il n’en publia le manuel qu’en 1975) dans le but de tester la valeur de l’hypothèse Sapir-Whorf. Lui aussi voulut conserver les droits sur son idiome, ce qui amena les utilisateurs à en créer une version « open source », le lojban.

Le dernier incident est tout récent et concerne l’un des plus fameux conlangs, le klingon. Or la marque Star Trek est détenue par Paramount, qui s’est montrée très soucieuse de faire respecter sa propriété dans tous les aspects liés à cet univers. En 2014, Alec Peters réalisa, après un financement sur Kickstarter, un film « alternatif » de Star Trek, Prelude To Axanar, ce qui entraîna un procès de la part de Paramount, qui accusa les créateurs du film d’atteinte au copyright sur différents domaines, comme les oreilles pointues des vulcains, le logo de la Fédération… et le klingon.

Problème, cela fait des années que le klingon est lu, écrit, parlé par les geeks de la planète entière. En janvier 2017, la cour de justice estima que le langage n’entrait pas dans le cadre du procès, ce qui fait que son statut reste inchangé (et ambigu) pour l’instant.

Dernier point sur lequel la création de conlang me paraît liée à la culture internet, c’est qu’il s’agit au fond d’une application de l’esprit du DIY. Lorsqu’on lit le livre de Peterson sur l’invention des langages, on découvre qu’il s’agit tout simplement d’un manuel de linguistique, mais présenté de façon ludique et amusante. Cela me semble tout à fait le genre de production que pourrait apprécier un « hacker du langage », soucieux d’apprendre le domaine comme le ferait adepte de la DIYbiology pour le vivant, ou un « maker » pour les objets. Traditionnellement la grammaire est un domaine plutôt austère. Vous souvenez-vous des cours à l’école, ou pire, lorsqu’il a fallu vous pencher sur ceux de vos enfants – parce qu’entre votre scolarité et la leur, toute la nomenclature avait changé, évidemment ? La pratique du conlang me paraît un moyen idéal de pénétrer un univers qui jusqu’ici évoquait souvent l’ennui, pour en faire un hobby passionnant.

Rémi Sussan

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Quelle éthique pour le design ?

Internet Actu - lun, 18/09/2017 - 14:00

Le designer Gauthier Roussilhe (blog) est parti à la rencontre de 12 designers à travers l’Europe pour parler d’éthique appliquée à leur métier. Il en a ramené un documentaire (également disponible sur Vimeo), qui pose des questions sur le sens du design. A quoi sert le designer ? Comment faire pour qu’il travaille pour le bien de tous ? Quelles vertus doit-il porter, défendre ?

Recontraindre le design ?

On entend notamment James Auger (@crapfutures), professeur associé au M-ITI à Madère, adepte d’un design critique, qui utilise les objets pour interroger notre rapport à la technologie (voir notamment la conférence qu’il donna à Lift en 2009). Auger évoque longuement sa « pile à gravité » (vidéo), un moyen pour stocker l’énergie intermittente d’une manière totalement naturelle, via une batterie qui utilise l’énergie cinétique pour se charger et se décharger quand on en a besoin. Une pile écologique inspirée par la topologie même de Madère, ses falaises, où James Auger vit. Un projet dont l’objectif principal est de fournir des fins similaires à la batterie de Tesla, mais selon des moyens différents : d’abord en se démarquant des impacts environnementaux des batteries lithium-ion de Tesla, ensuite et surtout, en imaginant une batterie qui permette aux gens de reprendre le contrôle.

La pile à gravité de James Auger est une parfaite illustration des principes qu’il a publiés récemment (avec Julian Hanna et Enrique Encinas) dans un manifeste pour « recontraindre le design » (.pdf), qui se présente plus comme un anti-manifeste qu’autre chose. Parmi les défis qu’il pointe, le manifeste souligne qu’il faut arrêter d’être obsédé par les fins, mais permettre aux gens de récupérer les moyens, c’est-à-dire leur permettre d’avoir accès à des leviers sur le monde plutôt que de chercher à les contraindre. Un autre défi de ce manifeste estime qu’à l’heure où les choses deviennent de plus en plus automatisées, il faut faciliter l’action plutôt que l’apathie.


Image : les propositions iconoclastes du manifeste pour recontraindre le design.

A l’image de James Auger, la plupart des designers que l’on croise dans ce reportage sont très critiques sur leur profession. Pour le graphiste et designer de caractères, Peter Bil’ak, fondateur de la Typothèque et éditeur de Works that Work (@worksthatwork), un magazine sur le design, mais qui ne s’adresse pas aux designers, il y a une contradiction dans le fait que les designers pensent que leur travail peut changer le monde, alors que la discussion sur le design demeure souvent confinée aux seuls designers. Nombre des designers qu’on croise dans ce reportage cherchent à retisser un lien avec la société par une approche critique. Pour Alain Findeli, du laboratoire Projekt à Nimes, si « le design a pour fonction d’améliorer l’habitabilité du monde », cela n’empêche pas le design d’être confronté à des dérives. Pour Geoffrey Dorne (blog, @geoffreydorne), de Design&Human), auteur notamment de l’application Refugeye, le risque du design est de verser dans un human washing, où le geste du designer reconsidéré par le marketing, transformerait tout produit/objet/service en principe éthique, social, engagé, solidaire… Où le design ne deviendrait rien d’autre qu’une « arme de manipulation ». Comme le pointe le designer Nicolas Nova (@nicolasnova) du Near Future laboratory, finalement, la créativité du designer oublie trop souvent les gens. Pour James Auger, pratiquer un design responsable consiste à comprendre la complexité du monde plutôt que de chercher à la réduire. Il est facile de faire de bons produits… mais il est surtout très facile de définir trop simplement ce qui est bien, ce qui est préférable… pour les gens et à leur place.

L’éthique : un processus ?

L’éthique est une réflexion sur ce que signifie bien agir pour soi et pour les autres, rappelle Gauthier Roussilhe dans son reportage. Mais cette notion a plusieurs sens : l’éthique de la vertu propose de définir l’éthique à partir de caractéristiques vertueuses, comme l’honnêteté, la sagesse ou le courage… De bonnes intentions suffiraient donc à se comporter de manière éthique. La déontologie, elle, consiste à suivre ses responsabilités et ses devoirs professionnels… indépendamment de leurs conséquences. En médecine par exemple, elle oblige le médecin à soigner tout malade… quitte à s’acharner sur eux. A l’inverse, le conséquentialisme propose lui de déterminer si un acte est éthique en évaluant ses conséquences.

Pour le cofondateur du Time Well Spent, James Williams, l’éthique, comme le design, est un processus. « Mais le design nous dit ce que nous pouvons faire, pas ce que nous devons faire ».

Pour Flora Fischer, chercheuse en éthique au Cigref, un bon programme informatique est un programme qui exécute correctement son code, qui ne bogue pas… mais sait-on évaluer d’un point de vue moral, un bon programme informatique ? Quels seraient les critères techniques qui favoriseraient le bien-être, l’ouverture d’esprit, la créativité ou l’autonomie de l’utilisateur ? Les objets techniques prescrivent nos comportements rappelle-t-elle en faisant référence à Bruno Latour : il y a les objets qui forcent nos comportements comme les tourniquets de métro, ceux qui nous persuadent de modifier nos comportements, comme les radars, ceux qui nous séduisent et nous influencent… comme une longue ligne droite qui nous invite insensiblement à rouler plus vite.

Pour Peter Bil’ak, le design demeure un service pour stimuler les affaires. Les designers ont surtout servi à encourager le consumérisme, à développer « l’obsolescence psychologique » des objets. James Williams fait le même constat : quand il était chez Google, il était entouré de technologies, mais cela ne l’a pas vraiment aidé à faire ce qu’il voulait vraiment, à accomplir ses objectifs, à vivre selon ses valeurs… Au contraire. Et Sarah Gold, fondatrice d’IF à Londres, de regretter le développement d’un design prédateur de l’attention des gens. Ce sont des designers qui conçoivent nos interfaces, les likes, le scrolling… ces technologies attentionnelles sur lesquels nous nous penchons toute la journée. Ces interfaces ont été approuvées par des dirigeants, testées avec des utilisateurs… Elles ont été conçues en connaissance de cause, en sachant les effets qu’elles ont sur les gens. Pour elle, les designers devraient refuser de travailler pour une technologie du soi, du solipsisme, une technologie où les gens n’ont ni maîtrise ni impact.

Les designers peuvent-ils devenir meilleurs ?

Confrontés aux commandes qui leur sont faites, tous les designers n’ont pas la même liberté de réponse. Il y a effectivement des designers qui conçoivent des bancs anti-SDF, rappelle Nicolas Nova. « Chaque choix que l’on fait a des conséquences », rappelle Peter Bil’ak. « Et si vous faites quelque chose qui ne vous convient pas, le risque que vous prenez est qu’on vous redemande de le faire » encore et encore.

Le design bien souvent se fait dans une bulle, un vide dans le cerveau du designer qui pense à la forme, à la matérialité, à la fonction, à l’usage estime James Auger. Une bulle trop souvent décorrélée de la réalité du monde, de celle où les gens vivent vraiment. Nous devons faire attention au monde où vivent nos produits. Pour lui, le danger du design est de croire en l’excellence des produits qu’il conçoit, alors que, trop souvent, nous ne voyons qu’une partie de leurs effets, de l’échelle à laquelle ils oeuvrent. Pour Nicolas Nova, l’histoire des technologies ou l’anthropologie qui permet de regarder d’autres usages des technologies sont des moyens de prendre du recul. La mise en avant de la créativité du designer oublie trop souvent les gens. Pour James Auger, à l’image de sa batterie, il nous faut faire du design localement, en utilisant des matériaux, des artisans locaux… C’est le meilleur moyen de mettre en pratique les valeurs et les idées qui sont nées du partage, de l’open source, du mouvement DIY…

Pour James Williams, le design doit prendre en compte et regarder ses externalités. Mais comme les designers ne les mesurent pas, ils n’ont pas de prise sur celles-ci, à l’image de la distraction que les designers d’applications encouragent. C’est un peu comme la pollution : tant qu’on ne la quantifie pas, on ne peut pas la prendre en compte. Il faut passer de la notion vague que quelque chose ne va pas, à sa prise de conscience précise. « Il nous faut porter à notre environnement mental la même attention que nous avons développée pour notre environnement physique ». Et cette prise en compte nécessite de nouvelles responsabilités et de nouvelles valeurs.

Pour Alain Findeli, l’éthique des vertus nécessite de se poser la question des qualités qu’un designer devrait intégrer, maîtriser et pratiquer, outre la vertu de compétence, qui n’est pas suffisante. Pour Peter Bil’ak, la principale vertu est d’être toujours critique, sceptique. Pour Laura Pandelle (@laurapandelle), designer à la 27e Région, le designer doit rester curieux : « le design demeure une discipline expérimentale ». Pour James Williams, sa principale vertu consiste à porter attention au monde, à l’utilisateur… « L’éthique n’est pas une pédale de frein sur l’innovation, mais un gouvernail ». On ne saurait être plus clair !

Hubert Guillaud

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La fin des touristes, le retour des voyageurs

Blog e-tourisme - lun, 18/09/2017 - 07:00

Quelque chose change dans le tourisme. Parlera-t-on encore de tourisme et de touriste dans un futur proche ? Je n’en suis pas sûr du tout. Je viens de relire et je vous invite à le faire, le joli sketch écrit par l’auteur Hanokh Levin, A l’hôtel, dans le recueil Que d’espoir aux Editions Théâtrales. Tout en subtile satire sur une relation inattendue entre un touriste et un réceptionniste d’hôtel à Londres. Malgré tous ses efforts, le réceptionniste, que l’on pourrait appeler concierge ou expert ou conseiller en séjour dans les offices de tourisme d’aujourd’hui, n’est pas à la hauteur des attentes du touriste. On comprend bien pourquoi quand à la fin de l’entretien sur le mode de fonctionnement de l’hôtel et sur la liberté du touriste d’agir comme il l’entend, ce dernier demande au réceptionniste un bisou avant d’aller se coucher. Et de se faire envoyer paître.

J’ai comme l’impression que les touristes attendent et vont attendre encore plus de considération, voire d’estime ou encore d’amitié. Les manifestations d’énervement à l’égard du tourisme de masse, les remises en cause de l’impact des locations chez l’habitant et de l’absence de retombées économiques directes pour la population locale ont créé beaucoup d’incrédulité chez un grand nombre de touristes. Alors quoi, on dépense notre argent, on vous fait vivre et on ne veut plus de nous ?

Et pour beaucoup, ce n’est plus du tourisme qu’ils feront désormais. Mais du repli, de la discrétion absolue, voire du staycation pour les moins aventuriers. Quant aux téméraires qui partiraient passer des vacances ? Hop là, il ne faut pas trop pousser le bouchon : on n’est pas en vacances, on n’est pas touriste. On est en voyage ! En itinérance. En périple, en aventure. Comme dans les premiers temps du tourisme qui n’était concevable que lors d’un tour. Merci à la New York Public Library qui met à disposition d’incroyables photos d’archives.

Envoyez balader les touristes !

Du coup, s’ils sont en voyage, envoyez-les carrément balader ! Vous n’êtes pas là que pour les guider quand le temps est mauvais, pour recevoir leurs perles invraisemblables, à croire que certains les préparent, comme celle-ci révélée par le journal Sud-Ouest au cours de l’été : « est-ce que toutes les plages sont en bord de mer ? ». Envoyez-les carrément voyager, faire de l’itinérance, éprouver le relief, parcourir un jeu de piste touristique sans le leur dire (on n’est pas des gamins !).

Alors voici quelques tendances observées sur de récents sites de destination que j’affectionne et qui me font susurrer à vos oreilles qu’un changement d’organisation des contenus touristiques est à l’oeuvre dans les institutions touristiques. Le voyage en lieu et place du tourisme. Offices du Tourisme et des Voyages ?

Tout d’abord sur le site de VisitDetroit aux Etats-Unis. On envoie les voyageurs découvrir la ville de l’automobile, à la réputation sordide, dans 41 points recommandés et cartographiés. Si vous en revenez vivants, vous aurez droit à rejouer en quelque sorte (humour noir au regard des données caractérisant cette grande cité).

Puis sur le nouveau portail de la Route Basque. En 7 itinéraires, particulièrement bien choisis, les visiteurs sont invités à voyager pas à pas et à sortir de la concentration urbaine et de l’esprit festif qui peut les habiter passée une certaine heure. Les suggestions sont intéressantes et du coup, on ne passe pas des vacances au Pays Basque, mais on y fait un voyage, un tour. Comme dans l’ancien temps.

Autre exemple, d’envergure et soigné, la découverte des Alpes en 50 idées, organisées comme autant de traversées enrichissantes et inattendues par l’association de la Grande Traversée des Alpes. Son initiative n’est pas nouvelle, mais on la détecte comme une vraie réponse aux besoins du moment. La richesse de l’offre repose sur des parcours balisés, des hébergements référencées, des informations détaillées.

Dans une autre veine du périple, de l’aventure du voyage, de la mise en connexion éphémère, à l’écart des spots de concentration, on peut remarquer le bon positionnement du département de la Lozère sur le tourisme à moto, le succès des épreuves sportives de haute volée qui évoluent dans des sites remarquables comme par exemple les courses de vélo d’amateurs accomplies via l’organisation de la Haute Route. Les événements sportifs, ou culturels, comme ce tour festif et culturel, assez perché, qui change de site chaque année, à savoir évolution dans un château différent, participent de ce mouvement. Et je fais le pari que bientôt, les mots voyages et voyageurs, même pour des pratiques de proximité, reprendront du sens et de la vigueur dans les stratégies des destinations touristiques.

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Le drone, un véritable moyen de promotion touristique

Blog e-tourisme - ven, 15/09/2017 - 08:00

Les vidéos touristiques ont la côte et ces dernières années les techniques originales n’ont pas cessé de se développer : vidéos en 360, Timelapse, Stop Motion, Tilt Shift … Autant de procédés qui permettent d’avoir une vidéo inédite et singulière sur un territoire, un paysage, un élément patrimonial, une activité touristique, un hébergement … 

Si les techniques n’ont cessé de se développer les matériaux ont eux aussi évolués devenant plus performants, plus compacts et même plus accessibles ! Parmi ces matériaux l’un d’entre eux est de plus en plus récurent : le drone. Aujourd’hui nous allons revenir sur ce nouvel outil et en explorer ses possibilités.

 

Utiliser un drone pour promouvoir un territoire

Les drones sont des petits appareils téléguidés permettant de faire des prises de vue depuis le ciel. Ces appareils peuvent être utilisés pour prendre des photos ou bien des vidéos d’un lieu touristique, d’un élément patrimonial, d’une activité … Leur légèreté et leur petite taille leur permettent de se faufiler à des endroits parfois inaccessibles avec une équipe de tournage ou un hélicoptère et ainsi de découvrir un territoire d’une façon totalement novatrice

Attention, il n’est cependant pas possible d’utiliser un drone comme bon vous semble, surtout si la vidéo a des fins commerciales. La legislation française est très précise en ce qui concerne ce sujet et en réglemente l’utilisation (brevet de conduite, limitation de hauteur et de distance …). C’est pourquoi, on voit de plus en plus apparaître des entreprises spécialisées dans la prise et le montage de vidéos en drone. 

 

Combien coute une vidéo aérienne par drone ? 

Il est bien sur difficile d’évaluer le prix d’une vidéo aérienne d’un lieu touristique car cela dépend de la prestation souhaitée. Pour créer une vidéo touristique il faut réaliser un scénario préalable, un repérage des lieux, une programmation du parcours de vol, une ou plusieurs journées de tournage ainsi que le montage final en post-production. Les prix peuvent ainsi varier de 600 jusqu’à 3 500 euros suivant le projet souhaité.

 

Les avantages d’une vidéo en drone

Le drone est un moyen de plus en plus répandu pour réaliser des vidéos car il dispose de nombreux avantages parmi lesquels :

  • Une prise de vue originale et insolite (notamment grâce à un vol possible à basse altitude)
  • Une altitude allant jusqu’à 150 mètres (selon la législation)
  • Une souplesse de conduite permettant un accès à des zones difficiles 
  • Des tarifs plus abordables qu’une prise de vue par hélicoptère
  • Une façon originale de faire découvrir son territoire

Pour vous convaincre, je vous laisse regarder ces quelques exemples de vidéos touristiques : 

 

Pour conclure, la vidéo en drone permet d’obtenir un point de vue différent, de varier le contenu à diffuser et de surprendre le visiteur en lui donnant une autre vision de la destination. Cela permet également de mettre bien plus en avant certaines parties de son territoire qu’avec une prise de vue classique. Alors vous êtes convaincu ? Si vous connaissez d’autres bons exemples de vidéos touristiques par drone, n’hésitez pas à nous les faire partager en commentaires.

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M@rsouin lance, en partenariat avec la Chambre d'artisanat de Bretagne, la 3e édition de son enquête sur les usages numériques des artisans bretons

Bretagne - MARSOUIN - jeu, 14/09/2017 - 15:13

Du 15 au 30 septembre, les artisons bretons seront contactés par téléphone afin de répondre à un questionnaire sur leurs équipements informatiques et leurs usages professionnels du numérique.

Comme en 2006 et en 2011, le groupement scientifique M@rsouin réalise une enquête sur l'équipement et l'usage des TIC au sein des entreprises artisanales bretonnes. Dans le cadre de sa mission d'évaluation des politiques publiques, Marsouin fournit à la Région Bretagne et à la Chambre d'artisanat de Bretagne, une image fiable de l'intégration du numérique dans le paysage entrepreneurial breton. Les résultats de cette enquête permettent d'accompagner les acteurs publics dans leurs politiques de soutien à la diffusion des technologies de l'information et de la communication sur le territoire breton.

Sur la base des réponses, qui resteront confidentielles et anonymes, le groupement scientifique M@rsouin publiera, comme à son habitude, une synthèse des résultats de l'enquête.

Les résultats de l'enquête seront également exploités par les chercheurs membres de M@rsouin. Les thèmes abordés cette année par le questionnaire permettront en effet de fournir des données aux chercheurs travaillant sur l'équipement informatique et les compétences numériques des artisans, l'usage des TIC au sein de l'entreprise et en mobilité, la présence en ligne et notamment sur les réseaux sociaux, la place du numérique et son impact, ou encore sur les pratiques de formation.

Lire le communiqué de presse complet

« Bien accompagnés, les tiers-lieux peuvent se développer partout »

Bretagne - MARSOUIN - jeu, 14/09/2017 - 10:21

Clément Marinos signe dans The conversation, « média en ligne d'information et d'analyse de l'actualité indépendant, qui publie des articles grand public écrits par les chercheurs et les universitaires », un article sur les tiers-Lieux.
Ce sujet fait l'objet d'un projet de recherche M@rsouin/MSHB, INTIMIDE, porté par Gerhard Krauss et auquel Clément Marinos participe.

Voir en ligne : https://theconversation.com/bien-ac...

Le smartphone : principal support d’informations et de séduction dans le tourisme ?

Blog e-tourisme - jeu, 14/09/2017 - 08:00

Dans mon précédent billet, Toujours plus de réservation sur mobile dans le tourisme en 2016, j’ai cherché à parler de l’augmentation des réservations sur téléphone portable dans le tourisme. Aujourd’hui, j’aimerai me concentrer sur la place du mobile en phase de préparation des vacances.

L’enjeu pour les professionnels du tourisme est d’arriver à séduire le consommateur sur l’écran de son smartphone et d’être présent au bon moment (relire en particulier les synthèses de Google sur les micro-moments dans le tourisme).
A ce sujet Phocuswright vient de publier une intéressante synthèse The European Smartphone Traveler in 2017 (marchés analysés : Allemagne, France et Royaume-Uni). Le bureau d’études en propose un rapide résumé dans son billet European Travelers Embrace Smartphone Shopping, If Not Booking. On y apprend que les principaux usages sur smartphone dans le tourisme sont associés à la recherche d’informations :

  1. les restaurants,
  2. les activités à faire sur place,
  3. renseignements sur les destinations (découverte et explorations des territoires),
  4. les attractions touristiques
  5. et enfin vérifier le prix des hôtels et des vols.

Source : The European Smartphone Traveler in 2017 – A European Traveler Technology Survey Report, Phocuswright

Une fois la recherche terminée et les prestations choisies, la majorité des consommateurs basculent sur ordinateur pour finaliser leur choix. Les consommateurs préfèrent donc réserver plutôt sur ordinateur pour plus de praticité : écran des smartphones trop petit ? claviers des smartphones peu pratiques pour remplir des formulaires ? L’enjeu pour les professionnels du tourisme est ainsi de repenser leur stratégie de contenu pensée pour mobile en phase de préparation des vacances (séduire et informer sur smartphone).

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L’Institut pour l’innovation et l’intérêt public

Internet Actu - mer, 13/09/2017 - 07:00

La spécialiste de l’innovation publique, Mariana Mazzucatato (Wikipédia, @MazzucatoM), auteure de l’Etat entrepreneurial, a lancé fin juin un Institut pour l’innovation et l’intérêt public (Institute for Innovation and Public Purpose, IIPP, @IIPP_UCL accueillit à l’University College de Londres) pour repenser la manière dont est « créée, nourrie et évaluée la valeur publique ». L’action du secteur public ne peut se limiter à corriger les défaillances du marché, mais doit les façonner pour aider secteur public, privé et tiers secteur à atteindre les objectifs sociétaux qui s’annoncent. L’enjeu du think tank est de poser la question de la production de l’intérêt général : comment ces secteurs peuvent-ils travailler de manière collaborative pour produire des biens et une valeur publics ? Comment mieux comprendre l’intérêt général et produire des objectifs d’intérêts général ? Quelles structures sont les plus à mêmes de produit de la valeur publique ? Les nouvelles technologies peuvent-elles avoir un but « public » ? Comment la valeur produite collectivement peut-elle être mieux partagée de manière inclusive ?…

Dans ses objectifs (.pdf), l’IIPP a notamment pour vocation de construire un nouveau vocabulaire pour l’action publique afin de produire « un récit alternatif » pour l’élaboration de politiques qui soient moins axées sur le désendettement ou la réduction des dépenses, mais plutôt sur l’évolution dynamique, l’expérimentation et la construction stratégique… Une initiative assurément à suivre.

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Watson, une révolution pour lutter contre le cancer ? Nous en sommes loin !

Internet Actu - mar, 12/09/2017 - 12:00

L’une des applications phares de Watson, le système d’intelligence artificielle d’IBM a longtemps été la fouille de données médicales et l’analyse des corpus d’articles de recherche sur le cancer. Force est pourtant de constater que les résultats annoncés ne sont pas au rendez-vous estime une remarquable enquête de Stat News (@statnews) menée par Casey Ross (@byCaseyRoss), leur spécialiste santé, et Ike Swetlitz (@ikeswetlitz), leur spécialiste des questions politiques.

En fait, soulignent les journalistes, si Watson semble toujours prometteur, la plateforme d’intelligence artificielle d’IBM consacrée à la recherche médicale contre le cancer, 3 ans après son lancement, en est encore à tenter de distinguer les différentes formes de cancer. La cinquantaine d’hôpitaux à travers le monde qui ont adopté le système sont loin d’avoir permis à IBM de dominer le marché. Et dans les hôpitaux étrangers, les médecins se plaignent des biais du système. IBM n’a d’ailleurs publié aucun article scientifique démontrant l’impact de Watson. En fait, les journalistes estiment que, contrairement aux promesses, Watson n’a pas créé de nouvelles connaissances. Pire, il aurait même du mal à s’adapter aux nouvelles connaissances : sa grille d’analyse de contenus le poussant plutôt vers des conclusions prenant en compte beaucoup de données plutôt que les plus à jour. Pire encore, soulignent-ils, malgré son utilisation dans nombres d’industries, Watson n’a pas réussi à inverser la baisse de revenus d’IBM depuis 21 trimestres d’affilés (au dernier trimestre, les revenus de la division solutions cognitives d’IBM, construite autour de Watson et qui est censée être l’avenir des activités de l’entreprise, ont eux-mêmes diminué par rapport à l’an dernier rapportent-ils).

L’article de StatNews est riche d’exemples et de retours de praticiens qui l’utilisent. Il évoque par exemple les réponses de Watson sur les données d’un patient recommandant une chimiothérapie que les oncologues avaient déjà recommandé. Si le système a indiqué des articles de recherche pertinents, il n’a pas aidé à prendre une décision ni n’a proposé d’informations que les médecins ne connaissaient pas. Bien sûr, tout le long de l’enquête, IBM qui a visiblement été invité à réagir aux attaques se défend en soulignant que Watson en est encore à un stade d’apprentissage et qu’il a besoin de plus de données pour s’améliorer… un argument de légitimation on ne peut plus classique.

Plusieurs médecins soulignent que le manque d’évaluation scientifique de l’efficacité de Watson pose problème. Certes, Watson – sur la gamme de cancers parmi les plus courants qu’il sait analyser – donne des recommandations de soins souvent assez proches des méthodes existantes, les mêmes que celles que recommandent les médecins. Mais pas tout le temps. A nouveau, s’il est compétent pour appliquer des méthodes reconnues, pour l’instant, le système n’a pas fait la démonstration de sa capacité à les améliorer comme l’a promis IBM. Le problème, soulignent les praticiens, n’est pas tant la première recommandation d’un scénario clinique que les suivantes, et notamment les cas de traitements secondaires, après que la première recommandation ait échoué, comme c’est le cas par exemple après l’échec d’une chimiothérapie particulière. Le système a alors bien plus de mal à faire une recommandation – tout comme le consensus entre professionnels qui est d’ailleurs beaucoup moins marqué. Au Danemark, les oncologues d’un hôpital ont déclaré avoir abandonné le projet d’avoir recours à Watson après avoir constaté que les médecins locaux n’étaient d’accord avec Watson que seulement dans 33 % des cas.

Ceux qui ont travaillé avec Watson expliquent également que le système a beaucoup de mal à comprendre les dossiers médicaux des patients : qu’il faut passer du temps pour détailler les acronymes, corriger les erreurs, les phrases abrégées… bref, mettre en forme l’information pour que la machine puisse les interpréter sans erreurs. Hors des Etats-Unis, plusieurs médecins se plaignent du fait que Watson privilégie les études et recommandations américaines (et notamment celles du Centre contre le cancer du Memorial Sloan Kettering, qui est l’établissement majeur avec lequel travaille Watson) sans que les utilisateurs d’autres pays puissent apporter des corrections par exemple sur les doses plus faibles de médicaments que beaucoup recommandent pour minimiser les effets secondaires – ainsi que parfois pour des raisons de moyens. En Corée du Sud par exemple, les chercheurs ont indiqué que le traitement que Watson recommandait le plus souvent pour les patients atteints de cancer du sein n’était tout simplement pas couvert par le système d’assurance national… Un autre oncologue souligne que si Watson fournit des preuves à l’appui de ses recommandations (notamment des études), il n’explique pas comment ni pourquoi il recommande un traitement particulier à un patient particulier. Et l’oncologue d’évoquer l’exemple où Watson a recommandé une certaine chimiothérapie pour un cancer qui ne s’est pas propagé à des ganglions lymphatiques en s’appuyant sur une étude qui montre l’efficacité dudit traitement chez les patients dont le cancer s’est propagé aux ganglions lymphatiques… Faut-il voir là une approximation ou une recommandation ? Et comment les médecins peuvent-ils en juger ?

Reste que Watson n’a pas que des défauts. Plusieurs utilisateurs interrogés par le StatNews signalent que le système fournit bien souvent les meilleures données de la littérature scientifique sur les traitements. Il permet également de mieux discuter des options possibles avec les patients et entre médecins, leur fournissant du matériel pour discuter en connaissance de cause des différentes options qui s’offrent à eux, des taux de réussites probables… Mais le système est loin d’être aussi parfait et infaillible que ne le vend le marketing d’IBM.

En lisant en détail les critiques de StatNews, on constate en tout cas combien ce programme, du fait des enjeux qu’il porte, demeure très encadré, très interrogé, accompagné et très surveillé… Comme le concluent les auteurs de l’enquête, l’accompagnement de l’IA est et demeure primordial. Nous sommes loin d’un système expert infaillible et que faire parler des données hétérogènes ne produit pas nécessairement facilement de nouvelles connaissances. La Watsonisation de la santé n’est pas si simple… Et IBM pourrait devenir la première victime du succès marketing de Watson, c’est-à-dire des attentes un peu irréalistes que la firme a fait naître chez ses clients.

Pour le consultant Peter Greulich, ancien responsable d’IBM et auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire d’IBM, IBM s’est fait dépasser par son marketing autour de Watson, sans parvenir à contrôler et à construire son produit. Pour lui, l’investissement d’IBM dans Watson est insuffisant. Dans les années 60, ses investissements en R&D étaient bien plus élevés qu’ils ne le sont aujourd’hui avec Watson. Par rapport à ses concurrents (Amazon, DeepMind de Google, Microsoft, ou Optum de UnitedHealth…) IBM perd du terrain sur la question de l’IA rappelle également, dans un article au vitriol, Jennings Brown pour Gizmodo.

A l’heure où la firme tente de diversifier les champs d’expertise de Watson, force est de constater que l’article de StatNews pointe bien des limites, qui ne sont d’ailleurs pas propres à Watson. Bien des critiques qui sont faites à Watson ressemblent à celles qu’on entend ailleurs : pointant des questions de compréhension du fonctionnement des systèmes, d’intelligibilité, de symétrie d’information, d’ouverture et d’accès aux paramètres.

Comme nous le pointions dans les pistes d’innovation du groupe de travail NosSystèmes de la Fing, Watson, pas plus que d’autres systèmes d’IA, n’en fera visiblement l’économie.

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M@rsouin lance son enquête 2017 auprès des artisans bretons

Bretagne - MARSOUIN - mar, 12/09/2017 - 10:18



Le numérique est un axe important de développement économique en Bretagne. Pour conduire leurs politiques de soutien à la diffusion des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC), la Région Bretagne et la Chambre d'artisanat de Bretagne ont besoin d'une image fiable du paysage entrepreneurial breton et de son rapport au numérique.

Pour cela, comme en 2006 et en 2011, le groupement scientifique M@rsouin réalise une enquête sur l'équipement et l'usage des TIC au sein des entreprises artisanales bretonnes.

Cette enquête par questionnaire est confiée à un prestataire extérieur (Tryom) chargé de recueillir par téléphone les réponses des artisans durant le mois de septembre 2017.

Nous remercions les artisans qui prendront le temps d'y répondre !

Sur la base des réponses, qui resteront confidentielles et anonymes, le groupement scientifique M@rsouin publiera, comme à son habitude, une synthèse des résultats de l'enquête.

Les résultats de l'enquête seront également exploités par les chercheurs membres de M@rsouin. Les thèmes abordés cette année par le questionnaire permettront en effet de fournir des données aux chercheurs travaillant sur l'équipement informatique et les compétences numériques des artisans, l'usage des TIC au sein de l'entreprise et en mobilité, la présence en ligne et notamment sur les réseaux sociaux, la place du numérique et son impact, la responsabilité sociétale des entreprises ou encore les pratiques de formation.

Thomas Piketty : « Repenser le code du capital »

Internet Actu - mar, 12/09/2017 - 07:00

L’économiste Thomas Piketty (blog), dans une tribune pour Le Monde, regrette que la réforme du Code du travail ne s’accompagne pas d’une évolution de la gouvernance des entreprises. La réforme du Code du travail du gouvernement augmente le pouvoir des employeurs sans réelles contreparties. Elle porte une vision conflictuelle et hiérarchique du monde du travail et ne propose aucune avancée vers la démocratisation du pouvoir dans l’entreprise. Or, contrairement à la France, depuis les années 50, l’Allemagne ou la Suède notamment, ont renforcé la codétermination, c’est-à-dire, la participation des salariés aux décisions, notamment en augmentant le nombre de sièges attribués aux salariés dans les Conseils d’administration des entreprises.

Piketty pointe notamment vers les travaux des juristes Ewan McGaughey (@ewanmcg), de Isabelle Ferreras (qui publie prochainement Entreprises comme entités politiques) et Julia Cagé qui réfléchissent à des modalités pour faire entrer les salariés dans la gouvernance des entreprises. Il y a effectivement là un chantier à ouvrir qui permettrait certainement d’aller au-delà des Coopératives et des entreprises libérées.

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La réalité virtuelle dans le tourisme : une réalité bien réelle !

Blog e-tourisme - lun, 11/09/2017 - 19:54

La Réalité Virtuelle (dite VR) et la Réalité Augmentée (RA) dans le tourisme, on en parle déjà depuis un petit moment. Ici même en janvier 2016 Pierre Eloi faisait un tour d’horizon dans son billet « Réalité Virtuelle immersive 360°avec un peu de 4D…bienvenue en 2016 ».

Depuis, le déploiement de de la Réalité Virtuelle s’est considérablement accéléré dans toute l’industrie du voyage, dans les visites et même les offices de Tourisme.

La réalité virtuelle et/ou augmentée est désormais présente à chaque étape du cycle du voyage.

La VR est devenue une réalité bien réelle du tourisme, de la culture et des loisirs !

Je vous propose ici un petit tour d’horizon en suivant le parcours du voyageur, mais commençons par quelques définitions rapides et simples.

La Réalité Virtuelle : reconstitution en image 3D se rapprochant le plus possible de la réalité afin de d’offrir une expérience immersive à l’utilisateur. Dit autrement, des images de synthèse créées par ordinateur et visionnées dans un casque de réalité virtuelle qui procurent la sensation de faire partie du film.

La Réalité Augmentée est un mélange d’éléments du réels et de la réalité virtuelle : par exemple des images du réel en live ou enregistrées sur lesquelles on va superposer des éléments virtuels (texte, image, etc.).

De plus en plus de réalisation mixe les deux techniques en superposant des éléments du réel avec des éléments virtuels (penser à Pokemon Go !).

Les films 360° immersifs sont généralement classés dans cette catégorie VR/RA principalement parce qu’ils utilisent les mêmes techniques de visionnage (casque VR).

Le point commun à toutes ces techniques est leur caractéristique Immersive : il s’agit de plonger l’utilisateur dans un monde, lui faire vivre une expérience totalement immersive. On comprend donc pourquoi le monde du tourisme s’est rapidement approprié ces techniques. 

La Réalité Virtuelle / Augmentée est donc en train de devenir un pilier de la transformation numérique du tourisme.

L’avant-voyage

Dans la phase d’inspiration, les destinations commencent à s’approprier les techniques de films 360° et de plus en plus des films tournés par drone qui font vivre à l’utilisateur des expériences uniques de découverte d’un paysage ou d’un patrimoine.

Et ceci d’autant plus que le visionnage, s’il est optimal avec un casque de VR est désormais possible avec un simple PC ou smartphone avec Youtube 360° et Facebook 360°.

L’usage est ici celui de la « téléportation » : l’immersion dans une destination à distance !

Vous pouvez, par exemple, préparer votre prochain séjour en Nouvelle Calédonie grâce à la chaine Youtube 360° de New Caledonia Tourism.

De plus un outil de vente

La VR/RA se déploie de plus en plus dans le process de vente. Le pionner dans ce domaine, c’est Club Med qui a filmé plus d’une dizaine de ses villages et activités et propose aux clients en boutique des visites virtuelles pour susciter un acte d’achat… bien réel !

A voir, la vidéo ci-dessous « Le club Med introduit la réalité virtuelle en agence ».

Nombreux sont également les grands hôtels qui utilisent désormais la vidéo 360° et la visite virtuelle notamment dans le parcours de vente MICE.

De son côté Accorhotels poursuit la réalisation en 360° de ses hôtels et de leur environnement.

Que ce soit pour déterminer sa destination, pour réserver son hôtel ou acheter son séjour en club : la VR s’impose comme un outil original et puissant de promotion et de vente.

Pendant le voyage :  

L’essor de l’utilisation de la VR pendant le voyage est également spectaculaire.

A l’instar de plusieurs compagnies aériennes, Eurostar a proposé, cet été, à ses voyageurs des casques de réalité virtuelle pour vivre l’expérience « Eurostar Odysée ». L’usage n’est plus ici la téléportation dans une destination mais de rendre visible l’invisible : « le toit du train virtuel se transforme en un plafond de verre révélant le monde sous-marin environnant ». L’expérience magique du train sous la mer… Réalité et Imaginaire !

Air France ou Qantas indiquent tester des casques de réalité virtuelle à bord des longs courriers. Une belle opportunités pour les destinations de promouvoir leur destination vers une clientèle hyper ciblée et captive ?

 Pendant le séjour :

La VR/RA est désormais présente à plusieurs étapes et points de contacts du séjour du visiteur. Elle a d’abord fait son apparition dans les musées et monuments dans un esprit ludique et pédagogique.

Deux usages principaux ont été déployés par les musées et monuments :

La visite virtuelle, qui permet à distance de visiter le musée. On pense notamment au Musée de la Grande Guerre de Meaux, précurseur en la matière ou plus récemment le Château de Versailles avec un système participatif. Voir les visioconférences du château de Versailles.

La visite augmentée est le deuxième usage. Le Detroit Institut of Arts, par exemple, propose à ses visiteurs de découvrir le monument commandé par Nabuchodonosor à travers une application de réalité augmentée.  

Et le responsable du MET de New-York de déclarer : « Nos concurrents s’appellent Netflix ou Candy Crush, ce ne sont pas les autres musées ».

L’application de réalité virtuelle de la Casa Batllo est une application de visite en réalité augmentée et virtuelle qui nous plonge dans l’univers fou de Gaudi. Probablement une des plus belles réussites (voir le site de la Casa Battlo) mais le dispositif se heurte toujours à la barrière du téléchargement.

Tous les musées, monuments témoignent en effet de la difficulté à « faire télécharger et utiliser » des applications relativement lourdes.

Le Musée Magritte propose à ses visiteurs une immersion grandiose dans l’univers du peintre grâce à un dispositif de réalité virtuelle, en mettant des casques de VR à disposition :

La visite augmentée et la smart-city

Du côté des Villes, Bordeaux et son Office de Tourisme ont été avant-gardistes avec la visite augmentée en proposant un Ipad qui permet de visiter la ville en visionnant l’histoire de la Ville.

L’expérience s’est avérée pas si facile à mettre en œuvre : l’entretien d’un parc d’Ipad, d’un système de location-caution n’est pas aisée. L’usage de la tablette en situation de ballade en ville se révèle peu confortable. Le problème est donc plus du côté du support que des contenus qui permettent d’entrer et de comprendre le Bordeaux du XVIIIeme.

Le Havre a, de son côté, pour ses 500 ans, choisi Timescope, la borne de réalité virtuelle en libre-service pour faire revivre à ses habitants et visiteurs Le Havre d’avant la destruction.

Les deux bornes du Havre ont été, cet été,  plébiscitées par les visiteurs : plus de 300 utilisateurs par jour et par borne et des taux de satisfaction supérieur à 90 %.

Visionnez le reportage de l’inauguration des Timescope du Havre pour bien comprendre la valeur apportée aux visiteurs et habitants :

On est là dans l’usage de la visite augmentée et même du voyage dans le temps. Dernier exemple, pour se faire plaisir, saviez-vous qu’au XVII encore les ponts de Paris étaient habités ? vous les avez-vous déjà vu ?

Après le voyage

Les vidéos, de plus ou moins grande qualité, 360° se multiplient sur le web. Et si la vidéo 360°, voir même la vidéo 360° par drone, était en train de détrôner le selfie !

Les visiteurs filment et partagent de plus en plus en 360°. Bien entendu, Youtube et Facebook y sont pour beaucoup.

Je vous propose un petit test : taper le nom de votre destination + youtube 360° vous serez surpris !

La boucle est donc bouclée, vos visiteurs tournent en 360° (avec plus ou moins de bonheur) et deviennent des prescripteurs de votre destination … une source d’inspiration pour leurs communautés, vos prochains visiteurs !

 

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L’imaginaire du Bitcoin (2/2) : utopies pirates et théorie du tout

Internet Actu - lun, 11/09/2017 - 07:00

Le bitcoin est sans aucun doute une émanation de l’idéologie libertarienne qui vise à l’obsolescence de l’État et au règne absolu du marché. Pourtant les choses sont plutôt ambiguës. Dans un article précédent, je mentionnais les propos de Stan Latimer, affirmant que, dans une Dac (Distributed Autonomous Corporations, ou Entreprises autonomes distribuées), les changements d’orientation de la corporation ne pourraient pas venir d’actionnaires externes, mais de ses employés, comme les « mineurs » dans le cas du bitcoin. J’y soulignais alors la confluence entre l’esprit anarcho-capitaliste et les vieilles utopies autogestionnaires. En fait, l’anarchisme est l’équivalent politique d’une « Singularité » technologique. On ne peut pas prévoir ce qu’il y a derrière, ce qu’il se passera après la destruction des institutions étatiques. La société pourra adopter un marché dérégulé, un communisme complet, ou n’importe quelle forme entre les deux, y compris, pourquoi pas, la bonne vieille féodalité ou (plus probablement) la reconstitution d’une nouvelle forme d’État…

De l’île de la tortue aux utopies numériques
De fait, le libertarianisme est une idéologie ambiguë, revendiquée par des courants de pensée très différents, voire carrément opposés. On trouve en effet des tendances « libertariennes » au sein bien sûr de la droite américaine, chrétienne ou non, mais également chez des représentants de la « contre-culture » issue du mouvement hippie. Si les membres du Tea Party souhaitent la disparition de l’État pour avoir la liberté de créer des communautés fermées vivant selon les principes des puritains du XVIIe siècle, d’autres revendiquent la même idéologie pour fumer toute la dope qu’ils veulent. Comme l’a dit une fois Tim Moen, un libertarien canadien : « Je veux que les couples gays mariés puissent défendre leurs plants de marijuana avec des armes. »

Lors de l’explosion du mouvement hippie dans le Haight-Ashbury lors des années 60, les Diggers faisaient la promotion d’une culture de la gratuité pas si éloignée des mouvements open source des années post-internet (rappelons que John Barlow, cofondateur de l’Electronic Frontier Foundation et auteur de la célèbre formule « l’information veut être libre » a également été parolier au sein du plus célèbre des groupes hippies, le Grateful Dead). Une idéologie qui pouvait davantage se rapprocher de l’anarchisme communautaire classique connu en Europe que du libertarianisme effréné. Pourtant, des versions plus « capitalistes » ne vont pas tarder à apparaître, au sein de ce mouvement.

Le roman Illuminatus !, écrit par Robert Anton Wilson et Robert Shea, et publié en 1975, fait sans doute le lien entre la contre-culture hippie des années 60 et ce qui deviendra au fil des années la « cyberculture » internet. C’est également un ouvrage qui exprime très bien la porosité mentionnée plus haut entre les deux formes d’anarchisme, capitaliste et communiste.

Le roman est une parodie des théories de la conspiration en cours aux Etats-Unis (eh oui, en 1975, il y avait déjà des gens obsédés par les illuminati, et depuis longtemps !). Il met en vedette deux personnages entraînés dans une relation d’amour-haine ; l’un d’eux, Simon Moon, est un anarchiste traditionnel qui vise à destruction de la propriété tandis que l’autre, Hagbard Celine, une espèce de savant fou vivant dans son sous-marin (jaune évidemment), se base sur la théorie libertarienne de l’anarchisme individualiste et affirme que la propriété n’est pas le vol, mais « la liberté ». Illuminatus cherche à démontrer que les deux anarchismes, opposés en apparence, sont en réalité les deux faces d’une même réalité.

Par bien des côtés, Hagbard Celine est le prototype du « hacker », l’archétype qui va dominer la culture deux décennies plus tard. En tout cas, l’influence d’Illuminatus sera profonde (pour seul exemple, le groupe KLF, qui fut l’un des principaux promoteurs de la musique techno en Angleterre, a multiplié les références à ce livre).

Dans la nouvelle « Visit Port Watson » (disponible ici) écrite par un anonyme et publiée dans la revue Semiotext(e) (elle serait d’abord parue en 1985 dans un fanzine nommé « libertarian horizons : a journal for the free traveler ») l’influence de Shea et Wilson se combine avec celle d’un autre Wilson, Peter Lamborn Wilson, également connu sous le pseudonyme de Hakim Bey et inventeur du concept anarchiste très en vogue dans les années 90 de « zone d’autonomie temporaire » (et qui peut être vu comme l’inspiration principale du « Burning Man »). Semiotext(e) est préfacé à la fois par Robert Anton Wilson et Peter Lamborn Wilson, et je ne serais pas étonné qu’en fait l’un des deux Wilson soit l’auteur de « Visit Port Watson ».

L’originalité de ce court récit est de présenter une utopie anarcho-capitaliste basée sur la « perversion » du système capitaliste. Port Watson vit en effet des fonds fournis par une banque spécialisée dans toutes les opérations financières les plus douteuses. Comme dans Illuminatus, la technologie est omniprésente. Cette banque ne possède que peu de réelles richesses, « sa richesse se trouve essentiellement dans la mémoire de ses ordinateurs ». De même, si les citoyens peuvent utiliser n’importe quelle monnaie étrangère pour des petites transactions comme l’achat de nourriture, les plus grosses dépenses s’effectuent essentiellement par le biais de l’informatique.

Cette idée d’utopie libertarienne trouve ses références dans les « utopies pirates », ces enclaves qui auraient été implantées aux Caraïbes par des flibustiers soucieux de vivre loin de toute forme d’autorité. Hakim Bey en fait souvent mention dans ses écrits et il en a peut-être trouvé la source dans les œuvres du célèbre écrivain beat William S. Burroughs, qui en fait grand cas dans son roman Les Cités de la nuit écarlate.

Bien sûr, le bitcoin n’est pas une « utopie pirate », bien que certains pointeraient avec malice la ressemblance entre l’économie de Port Watson et des plates-formes comme Silk Road, l’un des marchés noirs du Darknet. Mais des systèmes comme Bitcoin et et Ethereum ont pour caractéristique de court-circuiter les régulations légales et étatiques aux échanges commerciaux. Une autre idée qui court dans des fictions comme Port Watson ou Illuminatus est que l’anarchisme ne résulte pas d’un usage moindre de la technologie, mais au contraire de son exacerbation.

Une vision du monde ?
Pourquoi cette passion des « futuristes » pour l’anarcho-capitalisme ? Se contenter de dire « c’est à cause de la Silicon Valley » est une réponse plutôt simpliste, pour deux raisons. Tout d’abord, un capitalisme industriel existe depuis deux bons siècles sans jamais avoir encouragé les opinions libertariennes, bien au contraire. Ensuite, les « anarcho-capitalistes » extropiens existent depuis les années 80, à une époque où la Silicon Valley était encore embryonnaire. J’ajouterais à cela que la plupart de ceux qui souscrivent à ces idées ne sont pas des entrepreneurs millionnaires, loin s’en faut.

Si l’anarchisme (surtout dans sa version libertarienne) a tant séduit les milieux futuristes et technophiles, c’est peut-être parce qu’il repose sur une conception du monde complète, celle du « bottom-up » : autrement dit l’idée que les systèmes complexes ne se « décident » pas d’en haut, mais émergent par l’interaction de multiples agents. Un tel processus serait à l’origine de la vie, de l’intelligence et même de l’univers entier. C’est la notion d’ « ordre spontané« , popularisée par l’économiste Friedrich Hayek, qui s’applique tant aux écosystèmes qu’aux cerveaux humains, et bien sûr à l’économie.

Le manifeste de cette pensée « bottom-up » au début des années 90 fut sans doute le premier livre de Kevin Kelly, Out of Control, qui cherche à présenter cette nouvelle conception des choses ou, comme le dit le sous-titre du livre, cette « nouvelle biologie des machines, des systèmes sociaux et du monde économique« .
C’est cette idée fondamentale qui nourrit des technologies comme la vie artificielle ou les systèmes multi-agents, dont nous avons fréquemment parlé dans nos colonnes. Elle nourrit aussi les espoirs de la future nanotechnologie, permettant d’envisager de créer des « collectifs de nanorobots » et l’autoassemblage.

Cette idée est naturellement au cœur de l’idéologie libérale, puisqu’on la retrouve déjà formulée par Adam Smith avec sa théorie de la « main invisible ».

Naturellement tout l’internet – et pas seulement le bitcoin – est dominé par cette notion de « l’ordre spontané ». A noter d’ailleursle caractère autoréférentiel de l’article de la Wikipedia sur le sujet, puisque parmi les exemples d’ordres spontanés est citée… la Wikipedia ! Mais justement, le bitcoin n’est autre que l’aboutissement de la vieille conception de l’internet et la continuation des projets P2P des années 90.

Cette vision « bottom-up » du monde est-elle purement idéologique ? Il me semble bien difficile de renoncer à tous ses triomphes conceptuels, que ce soit dans le domaine des sciences du cerveau, de l’écologie et même de la physique… D’un autre côté, il est vrai que son application aux sociétés, où même à la psychologie (qui est différente de la neuroscience !) n’arrivent pas à être complètement convaincante. Mais par quoi par la remplacer ? Par l’ancienne vision hiérarchique, top-down ?
Même si on reconnait l’efficacité des systèmes « bottom-up », il ne faut pas oublier que l’efficacité est un concept relatif (efficacité pour qui ? Pour le système global ? Pour chacun des individus qui le composent ?) et qu’il existe bon nombre de systèmes « bottom-up » très « efficaces » reposant sur l’élimination des plus faibles ou sur des réflexes prédateurs, comme c’est le cas au sein des essaims de sauterelles où c’est le cannibalisme qui assure la cohésion du groupe. On peut également citer le programme « Sugarscape » un outil de simulation, de « marché libre » qui aboutit à une inégalité croissante entre les agents qui le constituent… On est passé en quelques années d’une pensée exclusivement hiérarchique et « top-down » à une quasi-idolâtrie du « bottom-up », de la « complexité » et de l' »émergence », alors même qu’on se sait pas toujours exactement ce que ces termes recouvrent. Peut-être faut-ils sortir d’un dualisme naïf opposant le « top-down » et le « bottom-up » et partir en quête d’un nouveau paradigme. Mais lequel ?

Rémi Sussan

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Le bon poids des bons arguments

Internet Actu - ven, 08/09/2017 - 12:00

Les toujours intéressantes actualités scientifiques du CNRS, signalaient récemment une publication scientifique de l’Institut de recherche en informatique de Toulouse et du Centre de recherche en informatique de Lens pour trouver une méthode optimale pour évaluer et pondérer des arguments.

Les chercheurs ont tenté d’évaluer les méthodes de pondération des arguments d’un débat selon leur poids théorique (à savoir l’expertise de ceux qui les émettent, le nombre d’attaques et le poids des contradicteurs, etc.). Un exercice théorique qui visait à comprendre comment optimiser l’évaluation argumentative, pour dessiner par exemple une cartographie des controverses qui prenne en compte le poids relatif des arguments selon une grande diversité de critères. Au final, leur étude leur a permis de développer 3 nouvelles méthodes permettant de satisfaire la plupart des critères.

Assurément, il y a là matière à faire évoluer les cartographies de controverses, les cartes heuristiques, voir l’analyse des débats en ligne comme ceux proposés par Cap Collectif. Les chercheurs ont d’ailleurs annoncé vouloir travailler à créer depuis ces méthodes d’analyse des outils d’aide à la décision et de synthèse.

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Comment repérer une IA « consciente » ?

Internet Actu - ven, 08/09/2017 - 07:00

Peut-on tester le degré de conscience d’une IA ? C’est la question que se posent la philosophe Susan Schneider et l’astrophysicien Edwin Turner dans un article diffusé sur le blog de Ray Kurzweil, mais originellement paru dans Scientific American.

Le problème est qu’on ne sait pas bien définir la conscience ! Comment peut-on alors tester quelque chose d’aussi imprécis ? Pour les auteurs, une telle connaissance imparfaite n’est pas un problème insurmontable : « Nous pensons que nous n’avons pas besoin de définir formellement la conscience, de comprendre sa nature philosophique ou de connaître sa structure neurale pour reconnaître des signes de la conscience au sein d’une IA. Chacun d’entre nous peut saisir quelque chose d’essentiel sur la conscience, juste par l’introspection : nous pouvons tous expérimenter de l’intérieur ce que cela fait d’exister. »

Il faut donc, à l’instar du mythique test de Turing destiné à vérifier l’intelligence d’une machine, mettre au point un test de conscience qu’ils nomment ACT (pour AI Consciousness Test). Ce test ressemblerait formellement à celui de Turing : il s’agirait d’un ensemble de questions/réponses, mais la similitude s’arrêterait là. En fait, nous disent les deux auteurs, l’ACT ferait précisément le contraire du test de Turing. Ce dernier considère en en effet les états internes de la machine interrogée comme une « boite noire », où l’important est de découvrir si cette dernière est capable de se comporter exactement comme un humain. Au contraire, l’ACT cherchera dans les réponses de l’IA la trace de ce qui se passe à l’intérieur, ce qu’elle « ressent », comment elle se perçoit…

Quelle serait la nature des questions à lui poser ? Pour les deux auteurs, elles tourneraient autour de certains concepts bien précis :

« L’une des indications les plus convaincantes que des adultes normalement constitués font l’expérience de la conscience (bien que cela ne soit pas souvent noté) est le fait que presque tous peuvent rapidement et facilement saisir des concepts basés sur le ressenti de cette conscience. De telles idées incluent des scénarios comme l’échange de corps entre esprits (comme dans le film Freaky Friday), la vie après la mort (y compris la réincarnation), et les esprits qui quittent leur «corps» (par exemple, dans le cas de la projection astrale ou des fantômes). Que ces scénarios aient ou non une réalité, ils seraient extrêmement difficiles à comprendre pour une entité qui n’aurait aucune expérience consciente. Ce serait comme s’attendre à ce qu’un sourd de naissance apprécie un concerto de Bach. »

Une IA consciente serait donc capable de comprendre instantanément ces concepts (ce qui ne veut pas dire : y croire !).

J’avoue que c’est le point qui me paraît le plus intéressant du papier : les preuves les plus simples de l’existence d’une conscience appartiennent toutes au domaine du paranormal ou du religieux ! Cela mériterait des investigations et des réflexions supplémentaires, mais ce n’est pas le sujet abordé par les deux auteurs.

Ceux-ci préfèrent plutôt se pencher sur des questions typiques des interrogations actuelles sur l’IA, telle notamment l’idée d’une « superintelligence » non consciente qui serait capable « d’imiter » la compréhension humaine de ces sujets, sans pour réellement « ressentir » la conscience. Il faudrait peut-être bloquer l’accès Internet à la machine testée pour éviter qu’elle n’aille chercher les infos permettant une telle simulation, mais les auteurs rajoutent, dans la lignée de ce qu’écrit Nick Bostrom dans son livre Superintelligence, qu’une telle entité ne se laisserait pas isoler du réseau si facilement…

Reste que, comme le rappellent les auteurs, de telles inquiétudes ne sont pas pour demain. En fait aujourd’hui, la question serait plutôt inverse : qu’une machine consciente ne soit pas assez intelligente pour répondre correctement à l’ACT. « Une IA pourrait manquer de la capacité linguistique ou conceptuelle nécessaire pour passer le test, comme ce serait le cas avec un animal non humain ou un nourrisson, mais serait néanmoins capable d’éprouver une expérience. Ainsi, réussir un ACT est une preuve suffisante mais non nécessaire pour établir l’existence de la conscience au sein de l’IA – bien que ce soit le mieux que nous puissions faire pour l’instant. »

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Une plateforme pour la génomique personnelle

Internet Actu - jeu, 07/09/2017 - 12:00

23andMe a-t-il du souci à se faire ? Une nouvelle génération d’entreprises se consacrant à la génomique personnelle est en train de voir le jour, et parmi elles Helix, à laquelle la Technology Review a consacré un récent article. Helix utilise une technique de « vrai » séquençage de l’ADN, et non de génotypage comme le fait aujourd’hui 23andMe, et se montre en mesure de fournir, pour 80$, une lecture de l’exome, c’est-à-dire une portion de l’ADN bien plus importante que celle proposée aujourd’hui par la société d’Anne Wojcicki. Mais pour la revue du MIT, l’originalité d’Helix tient à ce qu’elle appelle un App store pour l’ADN. En effet, explique l’article, les compagnies de génomique classique fonctionnent en une seule étape. On envoie sa salive, puis on reçoit les résultats une bonne fois pour toutes. Helix se veut une plateforme ouverte à des développeurs externes qui fabriqueront des applications susceptibles de donner certaines informations précises sur le contenu de notre génome. Par exemple, la société Exploragen se propose d’analyser les rythmes de sommeil. Insitome de son côté va découvrir la proportion de gènes néandertaliens au sein d’un ADN…

Évidemment, comme tout ce qui touche à ce domaine très controversé, des questions d’éthique et de risque se posent (comme le fait de devoir payer un loyer à vie pour pouvoir accéder à notre propre code génétique et bénéficier des avancées de la médecine, comme s’en inquiète le professeur de marketing, Christophe Benavent sur son blog). Lorsque tous les résultats sont concentrés au sein d’une même société, on peut à la limite tenter d’avoir un peu de contrôle. Mais dans un système décentralisé, qui va vérifier le sérieux des applications ?

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Un parc peut-il être une destination ? Oui, s’il est aussi brillant !

Blog e-tourisme - jeu, 07/09/2017 - 08:00

Il y a quelques mois, Guillaume, parti en vadrouille avec Sophie en Nouvelle-Zélande, nous racontait dans ce billet comment Christchurch s’était relevé d’un récent tremblement de terre, en évoquant notamment une association, Gap Filler, qui créait de l’événement, de l’attractif et du ludique partout où cela était possible. Et c’est vrai que les anglo-saxons sont bien plus actifs dans la mise en oeuvre collective des espaces publics, que ce soit en Grande-Bretagne, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou aux Etats-Unis.

Playgrounds des écoles, collèges et lycées ouvert le week-end aux habitants, équipements en libre service, fermeture de rues entières pour divers événements, plus ou moins réguliers… On nous objecte que notre tempérament latin nous interdit trop souvent cette possibilité d’investissement collectif que chacun prendrait soin de respecter et faire respecter, qu’au bout de trois jours, la panier de basket installé par la collectivité voit son filet arraché et sa structure tordue, taggée… Bref, un problème d’éducation ?

En tout, moi aussi, et cette semaine de rentrée, j’avais envie de vous parler de mes vacances, à New-York City en l’occurrence, et en particulier d’un parc urbain !

Vous voyez duquel je parle ? Hé bien non, ce n’est pas Central Park, même s’il le mériterait tout autant, mais la photo et le jeu de mots bien pourri dans le titre auront servi d’indices à ceux qui ont déjà découvert la Grosse Pomme : il s’agit de Bryant Park, ce « petit » parc qui jouxte la National Library et fait à juste titre partie des incontournables de tous les guides et primo-visiteurs, mais aussi de ceux qui reviennent, et surtout des habitants !

Car en ces temps troubles où le touriste ne semble plus être le bienvenu dans toutes les cités, ces lieux où peuvent se cotoyer en paix, voire même avec plaisir, le travailleur en pause, l’habitant à la retraite, tout comme le voyageur en famille, deviennent de véritables oasis qu’il est dommage de ne pas croiser plus souvent.

Bon alors un parc, c’est quoi ? Un peu de nature dans une ville, du calme, du vert, on peut se mettre à l’ombre, y méditer, faire la sieste, pique-niquer, jouer avec un ballon, pourquoi pas y faire son footing ou une balade s’il est très grand… et voilà ! C’est à peu près tout, chez nous, même si de temps en temps, on va y organiser un petit événement sympa.

Bryant Park, c’est un lieu pour tout cela (sauf le footing, 3,9ha, c’est tout petit), mais bien plus encore, avec un programme d’activités étonnant, quotidien, saisonnier, des fast-food et restaurants, des événements, et une marque, des partenaires, le tout très bankable, très réfléchi.

Et ce qui est impressionnant, et peut donner à réfléchir, c’est que tout cela est très récent : il a réouvert sous sa forme actuelle en 1992, et on y trouvait jusque là plus de dealers que de yogi, plus de seringues que de chaises.

1/Des activités pour tout le monde, tout le temps

Plus de 1000 activités gratuites à l’année, c’est avant tout cela qui fait le succès de Bryant Park ! Echecs, Backgammon, Pétanque, Ping-Pong ou Yoga sont les activités quotidiennes quasi sédentaires les plus prisées, mais les classes de peintures, jongles, langues étrangères, coutures… s’y déroulent régulièrement et rassemblent là encore habitants et touristes.

On trouve chaque jour le programme en ligne sur le site internet, ainsi que des brochures diverses et variées en libre distribution, qui comporte toutes le plan basique, mais qui permet de bien situer les différents espaces estivaux (l’hiver, on retrouve une patinoire, un marché de Noël), …

2/Help Yourself !

Alors bien sûr, le personnel est ultra présent, pour t’aider à choisir un jeu, trouver une table, un partenaire, te rappeler les règles… mais sur le site comme dans le parc, tout est fait pour que chacun, dans le collectif, puisse se prendre en main.

Tout d’abord, les règles, ce que tu peux/ne peux pas faire :

Il s’agit ici de la version sur le site, mais il y a un panneau à chaque entrée qui reprend ces grands principes. Et tu peux compter sur les habitués pour les faire respecter, à l’américaine !!!

Après un premier petit tour, tu crois naïvement que toutes les places assises sont prises, on nous a fait croire que, encore un truc à gogo… jusqu’à ce que tu arrives sur l’un des racks, « 4,000 chairs, undless possibilities » :

Tu as envie de jouer et toutes les tables sont prises ? Ca marche comme chez nous avec le baby-foot, tu signales ta présence pour prendre le gagnant, même si tu n’as pas ton marcel !

La presse locale, des livres, en passant par les nouveautés, les grands classiques, ça se passe à la reading room, faut juste les redéposer après au même endroit !

Pareil pour les jeux, où tu peux choisir l’un des jeux de société disponibles et t’installer tranquillement, ou profiter des nombreuses jeux pré-installés d’échecs et backgammons.

On a le droit de venir travailler si on le veut ! En tout cas, chose pratique, on trouvera aisément plusieurs bornes disposant de prises électriques et USB pour se poser longuement et paisiblement avec ses petites bestioles ! Un véritable festival de MacBook, iPhone et Samsung Galaxy, tablettes en tout genre !

Et bien évidemment, cher travailleur qui a trouvé l’un des plus bureaux du monde, cher voyageur qui ne dispose pas encore d’un forfait data international digne de ce nom, tu trouveras sur place un excellent Wifi, bien indiqué partout, sponsorisé par une enseigne bien connue (on en reparle juste en dessous). Il a été très récemment rénové avec de nouvelles bornes ultra-modernes, mais fût l’un des tout premiers à se doter de Wifi, en 2001, une époque à laquelle les français en ayant entendu parlé se comptaient sur les doigts de quelques mains…

3/ »It’s the economy, stupid ! »

Oui, Bryant Park est une marque, et dispose à ce titre d’un magasin, physique et une boutique en ligne, exploitée par de nombreux partenaires.

S’associer à l’image de Bryant Park, c’est plutôt cool, et du coup, ils sont assez nombreux à vouloir le faire, ce qui lui permet de s’autofinancer intégralement, sans subvention de la ville ??!!

Tu veux manger un bout, à n’importe quelle heure de la journée comme un vrai Ricain ? Amener une relation de travail déjeuner dans l’un des deux chics bar et grill ? Pas de problème, et les enseignes présentes, et présentées sur le site internet lâchent chaque année pas moins de 3 millions de dollars pour leur pas de porte.

Bank of America, Southwest Airlines, Zara et HSBC contribuent annuellement à hauteur de 6 millions de dollars pour pouvoir apposer leur logo sur les kiosques, la reading room ou encore le wifi. Alors certes, ils sont massivement présents et mis en avant (comme on peut le voir ici avec Zara sur le wifi), mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle, d’une part pour offrir un service de qualité, d’autre part pour faire rentrer des pépettes dans le tiroir-caisse ?

Le Président de Bryant Park, qui développe d’autres projets sur ce même modèle, estime qu’il faut commencer par développer un large spectre d’animation gratuites, de la médiathèque au cinéma en plein air. Faire en sorte que le lieu soit beau, accueillant, que l’on s’y sente en sécurité et que des femmes seules ou avec enfants n’hésitent donc pas à l’investir. Disposer de toilettes publiques et gratuites dans un état impeccable (qui représentent un budget de $271.000 par an !) est un élément essentiel, tout comme des employés porteurs de la marque ($69.000 par an pour les uniformes des salariés).

C’est aujourd’hui un budget global de $19.4 millions, une équipe assez impressionnante, et un impact avéré sur l’immobilier environnant qui a été estimé par une étude de 2014 en une cause directe d’inflation des prix de 20% depuis son succès !

Les chiffres sur sa fréquentation annuelle varient selon les sources… entre 6 et 12 millions… ce qui en fait bien entendu une « brand » extrêmement « bankable », une attraction de premier plan, et même une véritable destination pour les voyageurs comme les habitants !

Allez, c’est fini pour les photos de vacances, au boulot !

 

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Applications : voici venu le temps de l’abonnement !

Internet Actu - jeu, 07/09/2017 - 07:00

Sur Hackernoon, Alan Marsden revient sur la montée du modèle de l’abonnement pour les applications. Après avoir été payantes, puis après être devenues de plus en plus souvent gratuites pour pallier au désintérêt et à leur multiplication, voilà que désormais, les applications se lancent dans l’abonnement, à l’image d’Ulysses, ce très bon éditeur de texte, comme le soulignait avec un certain désappointement l’écrivain Thierry Crouzet cet été. Pour Marsden, l’abonnement n’est pas une mauvaise option, mais elle est souvent surévaluée et sa généralisation pose un problème d’accès et de découverte, dans un monde où 80 % des utilisateurs abandonnent les applications qu’ils ont installées dans l’année. Pour l’instant, le modèle de l’abonnement est encouragé par Apple qui a réduit sa commission sur ces formules depuis juin 2016. Android a suivi. Le problème est que la généralisation de ce modèle n’est pas soutenable pour l’utilisateur. Marsden a calculé que, rien qu’en gardant une quinzaine de ses applications préférées, il en aurait pour 91 euros par mois, sans compter son abonnement téléphonique… Les commentaires dans les magasins d’applications de celles qui ont basculé vers l’abonnement sont tranchés, entre utilisateurs ravis et mécontents de ce changement de contrat.

Le développeur Lynn Fredricks estime que le modèle de l’abonnement a aussi besoin d’évoluer. Quand vous arrêtez votre abonnement à un magazine, personne ne vient vous reprendre vos anciens numéros !, rappelle-t-il. Or, beaucoup de produits logiciels ne fonctionnent plus dès que vous arrêtez votre abonnement. Ne serait-il pas possible d’imaginer que vous puissiez continuer d’accéder à la version à laquelle vous avez souscrit (ou accéder aux contenus d’un média) jusqu’à la date de fin de votre abonnement par exemple (ou à ceux auxquels vous avez déjà eu accès). Ce modèle vertueux – il parle « d’abonnement équitable » – inciterait également les développeurs à faire des améliorations continues, ce qui n’est pas toujours le cas des versions applicatives qui promettent plus d’améliorations parfois qu’elles n’en réalisent vraiment. Bien souvent, rappelle le développeur, la principale raison avancée pour légitimer l’abonnement repose sur la lutte contre le développement de versions pirates (ce qui est justement le cas dans le monde des applications souligne un récent article des Echos), mais cette raison n’apporte le plus souvent aucun bénéfice au consommateur. Les entreprises qui ont le plus réussi leur conversion vers des modèles par abonnement sont aussi celles qui connaissent peu de concurrents. Pas sûr que cela demeure le cas longtemps pour les plus profitables d’entre elles…

Guise Bule rappelle quant à lui que « nous nous abonnons à quelque chose parce que cela nous permet d’économiser de l’argent à long terme ou parce que c’est commode ou que cela nous fait gagner du temps ». Par contre, l’abonnement est beaucoup moins bien vécu par le consommateur quand il sent que c’est juste un moyen pour le service de s’assurer des revenus récurrents, ou quand il sent que la location lui coûte bien plus que l’achat. Est-ce à croire que bien souvent l’abonnement est un recours pour les développeurs qui ne mettent pas suffisamment à jour leurs logiciels et qui se retrouvent alors en concurrence avec le manque d’évolution de leur propre produit ? Force est de constater que bien des améliorations ne sont pas à la hauteur de l’abonnement et ce d’autant que les améliorations ne peuvent être continues sauf à transformer la proposition initiale en tout à fait autre chose (imaginez ce que deviendrait un logiciel comme Ulysses qui ne cesserait d’évoluer pendant 5 ans ? Certainement bien autre chose que l’épure qui fait ses qualités).

Le problème, pointe-t-il également, c’est que l’utilisateur est bien souvent dépendant de modalités d’abonnement qu’il ne maîtrise pas : ni dans ses changements, ni dans la promesse qui est faite (combien de nouveautés et lesquelles seront mises en oeuvre ou produites ?), ni en terme de recours. En fait, rappelle Guise Bule en conclusion, si vous ne voulez pas vous soumettre à l’abonnement, rappelez-vous qu’il existe certainement une alternative. Effectivement, dans le foisonnement applicatif, il y a souvent un service concurrent… prêt à récupérer ceux qui ne voudront pas s’abonner.

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L’imaginaire du Bitcoin (1/2) : économies futures et posthumaines

Internet Actu - mer, 06/09/2017 - 07:00

Le mot économie se voit rarement associé à celui d’imaginaire. Pourtant, le domaine n’a pas été épargné par les folles spéculations. Ainsi, au cours des dernières décennies, on a pu voir, derrière un phénomène comme le bitcoin, se développer tout un ensemble de thèmes futuristes. La nouvelle monnaie se trouve ainsi au confluent de trois idéologies qui dépassent largement le thème de l’économie. D’abord, une eschatologie, le « futurisme extrême » dont le transhumanisme et le singularitarisme sont les deux aspects les plus connus, ensuite une utopie politique, l’anarchisme, et enfin une cosmologie, une « théorie du tout » : celle de l’ordre spontané.

L’économie et la SF
Lorsqu’on se penche sur les imaginaires du futur, on pense tout de suite à la science-fiction, et force est de constater que, dans le domaine économique, les auteurs ne sont guère montrés innovants, du moins jusqu’à récemment. Notons quand même le curieux Chaîne autour du Soleil (1953) de Clifford D. Simak, qui se penche sur les conséquences de la gratuité universelle. En fait, c’est avec les cyberpunks des années 80 que les écrivains prêtent davantage d’attention aux aspects économiques de leurs mondes imaginés, mais de manière bien timide. Bruce Sterling met en œuvre, dans La Schismatrice, une multitude de systèmes d’échange divers et varié : si la monnaie « officielle » est le kilowatt, les différents groupes marginaux ou criminels du système solaire utilisent d’autres étalons économiques, par exemple des « heures de service sexuel », des drogues ou des composants d’ordinateurs…

Les choses deviennent plus sérieuses avec Neal Stephenson, un des rares auteurs de SF réellement impliqué dans les technologies numériques, qui mentionne, lui, une monnaie virtuelle dans son ouvrage Cryptonomicon. Mais c’est peut-être Charles Stross qui, dans son roman Accelerando, se montre le plus audacieux dans la description d’une économie entièrement dirigée par des algorithmes.

Il semble ainsi prévoir l’existence de compagnies entièrement robotiques, préfiguration des DACs (Digital Autonomous Corporations) contemporaines, ces entreprises « robotiques » fonctionnant indépendamment de l’intervention humaine :

« Chacune de ces entreprises – et il en existe actuellement plus de seize mille, même si ce nombre croît de jour en jour – possède trois directeurs, chacun dirigeant à son tour trois autres compagnies. Chacun d’eux exécute un script rédigé dans un langage fonctionnel inventé par Manfred ; les directeurs donnent leurs instructions à leur compagnie, instructions qui incluent l’ordre de transmettre celles-ci à leurs enfants. Concrètement, il s’agit d’un troupeau d’automates cellulaires, comme les cellules du Jeu de la vie de Conway, juste en plus complexe et avec plus de puissance de calcul. »

Pourtant, au fur et à mesure que le roman avance, cette économie algorithmique devient de plus en plus complexe et difficile à comprendre : c’est l’économie 2.0, « un ensemble d’algorithmes d’allocations de ressources déterministes de qualité supérieure », qui dépasse vite les compréhensions d’un être humain non augmenté. Et encore, peut-il encore s’agir d’un être humain ?

« Prenez un être humain, fixez-lui dessus des extensions qui lui permettent de tirer pleinement partie de l’Économie 2.0 et la conséquence immédiate est de briser la chaîne narrative de leur conscience, remplacée par un simple fichier journal listant requêtes et transactions entre divers agents ; le processus est incroyablement efficace et souple, mais cela ne correspond plus vraiment à la définition généralement admise d’un être humain conscient. »

Economies posthumaines
Stross n’a pas fait mystère de ses sources d’inspiration pour Accelerando : « La plupart des idées d’Accelerando étaient des sujets fréquents sur la liste de discussion EXTROPY-L mailserv, et certaines sont même plus anciennes », écrit-il dans un commentaire d’un de ses posts de blog (Cela dit, Stross ne se considère absolument pas comme un extropien ou un singularitarien, et ses écrits sur l’économie 2.0 ne l’ont guère amené à une attitude bienveillante envers le bitcoin, qu’il déteste).

C’est sur la liste de discussion extropienne que se sont en effet développées les idées transhumanistes au cours des années 90. Si le transhumanisme fait beaucoup parler aujourd’hui, l’idéologie ne date pas d’hier ; sa forme actuelle date probablement de 1973, lorsque le philosophe irano-américain F.M. Esfandiary écrivit Upwingers : A Futurist Manifesto (.pdf), ouvrage qui séduisit, entre autres, des auteurs comme Timothy Leary et Robert Anton Wilson.

Si aujourd’hui, le transhumanisme se concentre essentiellement sur les rapports homme-machine, l’IA et la médecine, ce ne fut pas le cas dans le courant des années 90, où sous cette bannière se mêlaient une multitude d’idées, et où des thèmes bien plus variés étaient discutés, comme la conquête spatiale, ou… l’économie. Le plus fameux de ces courants futuristes était sans doute l’extropianisme, connu pour combiner les idées transhumanistes et les thèses libertariennes (pas officiellement, d’ailleurs, l’Extropy Institute a toujours affirmé ne pas promouvoir d’idéologie politique particulière ; cependant, guère de doute que ces idées anarcho-capitalistes étaient très présentes sur les listes de discussion extropiennes).

Peut-être, dans sa vision de l’économie 2.0, Stross a-t-il été influencé par un papier abondamment discuté par les extropiens à l’époque, « If Uploads Come First », écrit par Robin Hanson en 1994. Celui-ci a d’ailleurs sorti en 2016 un livre, The Age of Ems, qui reprend bon nombre des idées de ce premier texte. La thèse de Hanson est que les premières formes de posthumanité seront constituées d’esprits « uploadés », téléchargés à l’intérieur d’un ordinateur. Mais Hanson s’intéresse de près à l’économie « posthumaine » qui régira la vie des uploads (ou, comme il les appelle aujourd’hui, les « Ems » raccourci pour « Brain EMulation »). Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la vie ne sera pas forcément rose pour bon nombre d’entre eux. En effet, explique-t-il, vivre dans un paradis virtuel n’est pas si simple : il faut payer la facture d’électricité, la bande passante, etc., pour continuer à vivre correctement, c’est-à-dire accéder au maximum de ressources computationnelles. De plus, il faudra compter avec une explosion de la population virtuelle, les uploads n’hésitant pas à se copier plusieurs fois pour réaliser différentes tâches. Au final, il y aura des riches, disposant d’une plus grande puissance de calcul et donc capables de vivre leur vie virtuelle bien plus rapidement, tandis que des « pauvres », beaucoup plus lents, se trouveront de plus en plus éloignés des centres d’activité de la société…

Tout cela paraît très éloigné de nos préoccupations courantes comme le bitcoin ou Ethereum mais c’est bel et bien au sein de la mailing liste extropienne que se sont développées les premières spéculations menant à ces nouveaux concepts. De fait, dès la fin des années 90, les thèses de Nick Szabo sur les « smart contracts » sont abondamment discutées au sein des milieux futuristes et extropiens. Du reste, comme le rappelle Giulio Prisco dans un article sur « les racines extropiennes du bitcoin », Nick Szabo lui-même participa à une conférence de l’Extropy Institute.

Un des participants les plus actifs des listes à l’époque se nommait Hal Finney. C’est ce même Hal Finney qui allait être le « bénéficiaire » de la première transaction bitcoin effectuée par Satoshi Nakamoto. De là à supposer que le mystérieux créateur du bitcoin était lui-même membre du mouvement extropien il y a un pas, qu’il nous est malheureusement impossible de franchir ! Finney lui-même a été soupçonné d’être Satoshi Nakamoto, ce qu’il a toujours nié. Et on n’en saura pas plus, car malheureusement Hal Finney est décédé en 2014 de la maladie de Charcot. Son corps a été cryogénisé par la société Alcor.

Rémi Sussan

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