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Capetown et Wroclaw, deux sites inspirants

Blog e-tourisme - ven, 02/02/2018 - 07:00

Certaines destinations urbaines ont le vent en poupe. Cela tient à des politiques de marketing territorial inspirées conjuguant un vrai travail marketing d’animation locale, de traitement approfondi et esthétique des contenus et aussi d’initiatives en smart cities et en économie positive. 

Deux exemples de nouveaux sites web méritent l’attention pour inspiration. Le nouveau site web de Capetown est dans cette veine. De construction moderne en blocs et en scrolling il en met plein la vue en termes de contenus et d’images. L’implication des locaux et l’immersion en mode local sont valorisées. L’exemple de la découverte de Simon’s Town en est un exemple. 

L’autre fait caractéristique du moment est la sécheresse qui marque la région et la surconsommation d’eau, notamment touristique, au détriment d’une grande partie de la population locale, particulièrement démunie, je ne vous refais pas l’article. Mais du coup, le site de l’office de tourisme alerte clairement sur les conditions et invite les voyageurs à être précautionneux sur le sujet par un argumentaire clairement affiché comme on peut le découvrir ici.

Et un espace sur le tourisme responsable est abondamment documenté sur le sujet, c’est méritoire. C’est un problème majeur dans beaucoup de villes du monde aujourd’hui qui doit nous alerter sur notre quête de croissance constante, souvent destructrice.

Dernier point avant de réserver votre séjour, faites un tour sur Google Images, c’est tout bonnement stupéfiant. Le nombre et la qualité des belles photos, retravaillées à mort est édifiant. 

Sur Google Images, Wroclaw est une ville polonaise abondamment illustrée et donne l’envie de partir à sa découverte. La promotion touristique passe toujours par de très belles images et des budgets actions spécifiques. C’est une nouvelle fois prouvé ici. 

Le site de la ville fonctionne principalement sur des recommandations, des spots photos et une cartographie qui dirige d’emblée vers les points majeurs d’une cité que spontanément nous ne penserions pas à visiter. 

Et cerise sur le gâteau, la ville est truffée de petits bonhommes en bronze (les Krasnale), on en évoque plusieurs centaines, qui guident les pas et les recherches des visiteurs et constituent un fil rouge attractif et iconographique. L’initiative est vraiment maligne et rejoint d’autres marquages au sol comme à Sélestat en Alsace par exemple.  

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Les tendances de la visite culturelle et touristique

Blog e-tourisme - jeu, 01/02/2018 - 06:52

Le SITEM s’est tenu à Paris, devant une Seine montante et débordante, du 23 au 25 janvier 2018. Le SITEM se veut le salon des musées, des lieux de culture et de Tourisme.

Historiquement plutôt consacré aux musées et à la culture le SITEM devient petit à petit aussi une manifestation fréquentée par les professionnels du tourisme. Professionnels publics et privés de la Culture, du tourisme, de la ville s’y retrouvent autour des problématiques de la visite et des publics.

Le SITEM est donc une manifestation originale par la mixité et la diversité de son visitorat qui a fort à faire avec 150 exposants et de nombreuses conférences bien fréquentées.

Le SITEM a été dynamisé par la trentaine de start-up exposantes qui se sont livrées au jeu des pitchs pour le Start-up Contest… Ces 30 start-up m’ont semblé dessiner les tendances de la visite culturelle et touristique : petite visite guidée…

La qualité de la visite c’est d’abord l’accueil et l’accessibilité

AFFLUENCES

En novembre 2016, le musée d’Orsay est le premier musée à rejoindre l’application Affluences et à proposer à ses visiteurs de connaître le temps d’attente avec des prévisions sur la journée. 

En effet AFFLUENCES est une application mobile qui permet de connaître en temps réel et de façon prévisionnelle le temps d’attente d’un établissement ainsi que les infos pratiques.

L’application, gratuite et disponible sur IOS et Android, permet à ses utilisateurs de planifier leurs visites en fonction des disponibilités de chaque établissement.

Développée pour les bibliothèque, AFFLUENCES se développe sur les établissements culturels et touristiques petits et grands : Musée d’Orsay, Grand Palais, Arc de Triomphe, La tour de l’Horloge à Issoire, le Château de Blandy-les-Tours, etc.

Le concept entièrement pensé en vision client, le service qu’il permet aux musées et monuments de proposer à ses publics, son ergonomie et simplicité d’usage ont séduit le jury du start-up contest : AFFLUENCES a reçu le prix spécial du jury du SITEM 2018.

AFFLUENCES compte 14 salariés, un bureau à Barcelone et Berlin pour le développement international. L’application est déjà disponible en Français, Anglais, Allemand et Catalan.

ARTIPS

La qualité de la visite touristique et culturelle est intimement liée à la qualité de l’accueil, de l’information. Si les nouveaux outils digitaux sont nombreux, la relation humaine reste au cœur de l’expérience de visite de sa qualité

ARTIPS est connue pour ces newsletters « une dose d’art au quotidien » qui réunissent plus de 600 000 abonnés et des taux d’ouverture exceptionnels. En 2017, ARTIPS a mené plusieurs collaborations avec des destinations touristiques (le Havre, Nantes, Bourgogne, Visit Flanders, etc.) démontrant que ses outils et son savoir-faire en matière de storytelling digital étaient extrêmement pertinents pour promouvoir de façon affinitaire et ciblée les destinations.

Dans le même temps ARTIPS a développé une plateforme de micro-learning en culture générale. ARTIPS déploie déjà auprès de nombreuses grandes entreprises des parcours de culture générale surmesure.

Aux antipodes des MOOC, ces parcours proposent des contenus courts, multimédias riches, variés, interactifs et adaptés à tous les devices : micro-learning pour micro-moments. L’utilisateur choisit son rythme, il est actif de sa formation et est accroché, à chaque nouvelle leçon, par un storytelling digital vivant.

Ces deux expertises (marketing relationnel culturel et touristique et mirco-learning de culture général) ainsi que de nombreux échanges avec des destinations conduisent ARTIPS à envisager de concevoir, avec ses partenaires, des parcours de micro-learning dédiés aux destinations et aux professionnels du tourisme : Proposer un accès à des parcours attractifs dédiés aux richesses d’une destination à tous les professionnels (publics et privés) en situation d’accueil, est une belle ambition qui ne manquera de faire parler d’elle en 2018. Avec ce projet nous pouvons rêver du chauffeur de taxi, du garçon de café, de la personne au desk de l’hôtel qui vous raconte l’anecdote qui vous donne envie de visiter le musée ou le château à proximité

 

Les visiteurs changent, La visite aussi

ASK MONA

Ask Mona est une start-up qui a créé le premier chatbot culturel en France. Il s’agit de proposer aux visiteurs d’une exposition, d’un musée, d’un site culturel ou même d’une destination une expérience conversationnelle (il existe d’autres chatbots dédiés au tourisme comme Destygo spécialisé dans les transports, Tourisbots ou encore MeetAlfred.)

Rappelons que Chatbot se dit en français « robot conversationnel » !

Ainsi lors de la belle exposition « Agoramania, la ville dans tous ses états » (cet hiver au Maif Social Club) qui interrogeait la place des individus dans la ville,  les visiteurs étaient invités à dialoguer, via Ask Mona sur Messenger, directement avec les artistes exposés : en envoyant au chatbot une photo de l’œuvre exposée ou simplement le nom de l’artiste, le visiteur recevait un témoignage vidéo de l’artiste.

Appréciée des visiteurs pour sa simplicité d’utilisation et la qualité des contenus, l’expérience s’est révélée positive et Ask Mona est devenu un véritable outil de visite augmentée que l’on risque de voir, pour notre plus grand plaisir, se répandre en 2018 !

AKKEN

AKKEN est une start-up nantaise spécialisée dans l’expérience immersive sonore pour « révéler les territoires » et proposer aux visiteurs des expériences de visite sonore enrichie.

Ainsi à Créon, AKKEN a testé son désormais fameux SONOPLUIE, le parapluie connecté, sonorisé et géolocalisé : avec ce parapluie le visiteur est invité à une balade sonore pour découvrir les secrets de Créon et de ses habitants. Voir la vidéo : 

AKKEN a également présenté lors du SITEM un prototype de fauteuil sonore : un dispositif sonore immersif qui devrait séduire de nombreux musées tant le concept est évident : s’asseoir pour souffler un peu et être totalement disponible pour écouter de belles histoires.

Augmenter la visite avec des objets connectés qui permettent une expérience sonore immersive et proposer des contenus audios riches et originaux (faire témoigner les habitants pour révéler l’âme d’un territoire) est une belle promesse qui a séduit les membres du jury du start-up contest : en effet, AKKEN est le lauréat 2018 du SITEM. Souhaitons à AKKEN le même destin que le lauréat 2017 (voir plus bas).

SMARTAPPS

Globalement l’engouement pour les applications de visite culturelle et/ou touristique semble retombé. La difficulté à faire télécharger une appli est clairement le frein principal et il est désormais admis que le public télécharge très difficilement une application dont il aura un usage pour le moins ponctuel.

Pour autant, SmArtapps enregistre une augmentation des téléchargements de ces apps. SmArtapps est spécialisé dans l’application de visite avec de nombreuses références prestigieuses du Louvre à Deauville, de la Tour Eiffel au Chaplin’s World.

Son originalité est de proposer aux professionnels une plateforme unique et intuitive pour créer leur propre application de visite. Vous pouvez ainsi, à coûts très réduits, créer votre propre application personnalisée sans réaliser une seule ligne de code ! Une solution clef en main plébiscitée par les musées.

 

Des expériences ludique et émotionnelles

BALUDIK

Lors des pitchs du start-up contest BALUDIK a séduit l’auditoire avec son « application qui vous emmène en balade ».

BALUDIK est une application qui vous propose des jeux de pistes, des balades culturelles et autre chasse aux trésors. Un outil particulièrement adapté pour les Offices de Tourisme qui souhaitent faire découvrir leur destination de façon originale et offrir à leurs visiteurs une expérience de visite plutôt ludique.

L’idée est de permettre aux acteurs du tourisme et de la culture de créer en toute autonomie des expériences de visite ludiques et interactives en transformant les smartphones des visiteurs en détecteurs de trésors.

Le projet, par exemple, réalisé par BALUDIK avec l’Office de Tourisme Ouest Réunion a permis de valoriser le patrimoine naturel et de proposer un outil de visite renouvelé et adapté à la cible familles – enfants. L’équipe de l’OT s’est transformée en concepteurs de chasse aux trésors et l’OT a poursuivi de façon totalement autonome en créant 5 nouveaux parcours.

A la question sur le frein du téléchargement des applications, BALUDIK répond par un portail unique qui permet aux visiteurs de disposer de jeux de piste dans toute la France et peut-être bientôt dans le monde entier ! BALUDIK travaille également à la portabilité des jeux de pistes hors de l’application (directement via le navigateur) pour encore plus de fluidité.

L’innovation c’est pas que de la techno

Le Crabe Fantôme (tiens encore des nantais !) a séduit les visiteurs du SITEM par sa promesse mystérieuse et poétique. Ici, pas de techno mise en avant, mais une proposition de narration de territoire, de création de parcours pour révéler les mystère d’une destination, les supports viennent après. Pour Rochefort Océan, le Crabe Fantôme a réalisé un « feuilleton de territoire » intitulé « Les murmures du marais », un projet narratif, collaboratif et « empirique ». A découvrir.

 

La Réalité Virtuelle au cœur des tendances

 

Etant engagé à titre personnel dans la start-up TIMESCOPE, borne de réalité virtuelle en libre-service et vainqueur du start-up contest du SITEM 2017 (et des #ET13),  la déontologie de ce blog ne me permet pas de développer cet aspect “réalité virtuelle” très présent au SITEM également. 

Et à la fin… on donne son avis !

Et au SITEM comme dans tout lieu culturel et touristique qui se respecte visiteurs et exposants ont pu exprimer leur avis grâce au livre d’or numérique de Guestviews.

Guestviews est un outil de plus en plus répandu (récemment le nouvel Office de Tourisme de Lille en a mis en place) pour donner la parole aux visiteurs, les comprendre et les fidéliser. Un outil pertinent pour recueillir de la donnée, alimenter son CRM et avancer sur la voie d’un marketing relationnel personnalisé.

Au SITEM, les visiteurs se sont largement exprimés :

 

Des histoires humaines

Au final, ce SITEM 2018 aura dessiné des tendances d’une visite culturelle et touristique technologique, ludique, pédagogique, immersive, sonore, expérientielle, de réalité virtuelle et augmentée, avec souvent une véritable vision client rafraîchissante.

Mais ce qui m’a le plus touché et enthousiasmé c’est, qu’au-delà de la techno, qu’au-delà du mot « expérience » trop largement usité, les solutions les plus pertinentes et innovantes mettent toujours au cœur le fait de raconter des histoires profondément humaines. Et je trouve qu’on n’est pas loin d’une belle définition du tourisme.

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Le « Toutourisme, c’est wouaffement bien ! »

Blog e-tourisme - mer, 31/01/2018 - 07:00

Chaque année les français abandonnent plus de 100000 animaux domestiques dont 60000 pendant l’été. Pourtant, même si voyager avec son animal de compagnie peut sembler un peu compliqué, ce n’est pas impossible. Encore faut-il le savoir et connaître tous les bons plans. En 2007, l’office de tourisme de Troyes avait fait le buzz en créant le premier office du Toutourisme.

Le Toutourisme, pour des vacances au poil !

L’idée, avant tout, est de faciliter les vacances des propriétaires d’animaux de compagnie, en développant un réseau de sites touristiques, commerces, hébergements ou autres lieux publics offrant l’accueil aux animaux de compagnie.

Quelles sont les missions des offices du Toutourisme ?

  • Réserver le meilleur accueil aux propriétaires d’animaux de compagnie
  • Maximiser le nombre d’endroits où le chien est admis en valorisant l’accueil et l’information, le civisme et la propreté.
  • Favoriser une meilleure cohabitation entre les propriétaires d’animaux et la population, et ainsi diminuer les abandons et euthanasies d’animaux de compagnie.

10 ans après qu’en est-il ?

Il existe officiellement 8 offices du Toutourisme en France 

Que proposent les offices du Toutourisme ?

Ils offrent un pack d’accueil : composé de 1 canisac, un sachet de croquettes offert par le partenaire de l’opération et le mag de la fondation 30 Millions d’Amis. Un service toutoubar dans l’office de tourisme et surtout le guide Toutouristique de la destination.

Quelques exemples de guides toutouristiques de destinations :

L’office de tourisme de Marne et Gondoire, offre un guide mais uniquement disponible sur place. Les offices de tourisme de  GapLes Sables d’Olonne, SedanLa Tranche sur MerIstres ont leur guide du toutouriste disponible en téléchargement. Et à Troyes le chien est Roi !  :-). Les offices du Toutourisme se déclinent aussi en version québécoise, mais là encore il y a une marge de progression en matière de visibilité de l’information… 

Et les autres destinations ?

Voici, selon wamiz.com, le top 5 des meilleures destinations pour partir en vacances avec son chien :

  1. La Corse : pour ses 5 plages autorisées aux chiens.
  2. La Grèce : parce que les chiens sont admis partout à l’extérieur, y compris sur la plage.
  3. L’Espagne : Barcelone où une plage de 1200 m² clôturée est réservée aux chiens au Llevant, et pour les 107 espaces qui leur sont dédiés dans la ville.
  4. l’Italie, pour les plages accessibles mais surtout pour les services supplémentaires dog-sitter, salon de toilettage. Il y a même des séances d’éducation canine ou cours de natation pour apprendre à nager avec son chien.
  5. La Suisse : elle offre des activités plus sportives spécialement dédiées pour nos amis à quatre pattes. Vous pourrez vous y initier à la cani-rando, à la canicourse, au Cani-VTT, ou tout autre sport canin, ou encore profiter d’une baignade avec votre chien dans un lac.

Même le géant des comparateurs de vols, liligo, s’y met et propose lui aussi les 5 destinations “Pet friendly”

Une clientèle à caresser dans le sens du poil !

 

14 millions de familles ont un animal de compagnie alors que seulement 8 millions ont des enfants ! (Enquête ipsos de 2016)

  • Cependant, les propriétaires de chien partent moins souvent en vacances depuis qu’ils ont un animal. Les propriétaires de chat tendent à partir moins longtemps.
Et ils veulent quoi les toutouristes pour leurs wouafcances ? Un effort attendu chez les professionnels du tourisme.

Pour 78% des personnes interrogées, les lieux de vacances sont insuffisamment adaptés pour l’accueil des animaux. Cette proportion reste identique chez les possesseurs de chiens ou de chats.

Les pistes d’amélioration les plus attendues parmi celles proposées concernent l’accueil sur les lieux-mêmes des vacances :
  • Une meilleure information sur les conditions d’accueil des animaux sur les lieux de vacances (34%).
  • Le souhait que les animaux de compagnie soient les bienvenus dans les lieux publics (plages, parcs etc.…) (28%).  

Savez-vous que depuis le 1er janvier 2018 plus de 8000 animaux de compagnie ont été abandonnés ?

Et si les offices de tourisme complétaient leurs offres de conciergeries de destination en déployant de nouvelles offres de services dédiées aux Toutouristes ?

Une destination “Pet Friendly” !

Non d’un chien !

Mais c’est chat qu’il faut faire !

Et comme le disait  Mahatma Gandhi : “On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux.”

 

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Informatique quantique : cherchez l’erreur !

Internet Actu - mar, 30/01/2018 - 07:00

Les mois qui précèdent ont été très fructueux pour le domaine de l’informatique quantique et chaque jour de nouveaux progrès sont relatés par la presse spécialisée. On a appris fin 2017 que Microsoft proposait son propre langage de programmation quantique (dont les résultats sont simulés sur un PC classique), Q#, qui rejoint ainsi les nombreux autres systèmes déjà présents sur le marché. Mais, peut-être plus important, Intel a annoncé en ce début 2018 avoir mis au point un ordinateur quantique de 49 qubits. IBM a de son côté annoncé en novembre 2017 la mise au point d’une machine comportant 50 qubits.

50 qubits, c’est un chiffre important pour la communauté de chercheurs impliqués dans le développement de ces nouvelles machines : c’est en effet le stade où un tel ordinateur atteindrait la suprématie quantique, c’est-à-dire la capacité d’effectuer certains calculs impossibles à réaliser en un temps raisonnable par un ordinateur classique.

Mais tout est-il rose dans le domaine de l’informatique quantique ? Pas encore, car il reste un certain nombre de problèmes à résoudre, sur lesquels se penchent notamment un long article de Philip Ball pour Quanta Magazine (une revue en ligne consacrée aux mathématiques) mais aussi un papier du physicien John Preskill publié en janvier 2018.

Car le nombre de qubits ne résout pas tout : un des principaux défis qui se posent aux concepteurs reste la gestion et la correction des erreurs.

Comment corriger sans mesurer ?
Nous avons déjà expliqué dans nos colonnes la théorie qui fonde l’informatique quantique. Pour comprendre ce qui va suivre, il faut juste savoir que cette technologie repose sur deux piliers. La capacité d’un qubit d’être en état de superposition, et donc de prendre plusieurs valeurs à la fois, mais aussi – et c’est cette faculté qui va nous intéresser ici – la capacité de ces qubits d’être dans un état d’intrication, c’est-à-dire de se trouver corrélés les uns aux autres. Preskill explique bien dans son papier ce que signifie un tel état d’intrication. Lorsqu’on lit un livre de 100 pages explique-t-il, à chaque fois qu’on lit une page, on acquiert 1 % de la connaissance incluse dans l’ouvrage. Mais ce n’est pas le cas si ce livre est un « livre quantique ». Dans ce cas, chaque page est totalement incompréhensible. C’est la manière dont les pages sont reliées entre elles qui recèle de l’information. Pour comprendre de quoi parle le texte, il faudrait lire plusieurs pages d’un coup.

Non seulement cet état d’intrication est de plus en plus difficile à maintenir au fur et à mesure que les qubits sont plus nombreux, mais de plus, il est sujet à de multiples fluctuations (du « bruit ») et peut donc générer des erreurs de calcul.

Comme l’explique Philip Ball, le gros problème avec l’informatique quantique, c’est que chaque fois qu’on « mesure » un qubit, celui-ci perd sa capacité à prendre plusieurs valeurs et à rester intriqué : il entre dans un état de « décohérence » et prend alors une unique valeur classique de 1 ou 0. Le calcul quantique est alors terminé. Comment dans ces conditions pouvoir repérer et corriger une erreur ? Un tel processus implique forcément une « mesure » !

Il existe, continue-t-il, plusieurs méthodes pour effectuer cette correction d’erreur, mais elles impliquent un coût computationnel considérable.
« Un schéma ingénieux consiste à regarder indirectement, en couplant le qubit à un autre qubit «esclave» qui ne participe pas au calcul, mais qui peut être examiné sans écraser l’état du qubit principal lui-même. C’est cependant compliqué à mettre en place. De telles solutions signifient que, pour construire un véritable « qubit logique » sur lequel le calcul avec correction d’erreurs peut être effectué, vous avez besoin de nombreux qubits physiques. »

Le nombre varie selon les experts, continue Ball, de l’estimation pessimiste envisageant 10 000 qubits nécessaires pour créer un seul de ces « qubits logiques », selon Alán Aspuru-Guzik de Harvard, à celle plus optimiste de Jens Eisert de l’université libre de Berlin, qui pronostique plutôt 800 qubits. Mais même dans ce cas, c’est un nombre qui ne peut être atteint avec la technologie actuelle.

Il existe d’autres techniques. Comme celle développée par IBM, qui consiste à calculer le taux d’erreurs possible et extrapoler ce que serait le résultat d’une computation sans erreurs. Autre possibilité, utiliser comme hardware certains matériaux moins sujets aux fluctuations que d’autres.


Image : L’informatique quantique de Dilbert, par Scott Adams.

Bienvenue dans l’ère NISQ
Dans son long papier, John Preskill se pose lui aussi la question de cette correction d’erreurs. Preskill est un physicien théoricien qui le premier a énoncé le concept de suprématie quantique. Nous entrons selon lui dans l’ère de la technologie NISQ, acronyme pour Noisy Intermediate-ScaleQuantum, autrement dit , une informatique quantique « bruitée » et intermédiaire. Intermédiaire, parce que les machines dont nous disposerons dans les prochaines années tourneront seulement avec entre 50 et 100 qubits. Bruitée, à cause précisément de ces fluctuations susceptibles de générer des erreurs. Preskill pense, pour les mêmes raisons que Philip Ball, que la correction d’erreurs ne sera pas disponible dans un futur proche. Il suggère des solutions moins onéreuses, comme par exemple recommencer plusieurs fois la même simulation pour approcher un résultat optimal.

Mais pour lui, il faudra s’adapter aux imprécisions des ordinateurs quantiques pendant encore plusieurs années. « Nous ne devrions pas nous attendre à ce que la NISQ change le monde par elle-même ; à la place, elle devrait être considérée comme un pas vers des technologies quantiques plus puissantes que nous développerons à l’avenir. Je pense que les ordinateurs quantiques auront par la suite des effets transformateurs sur la société, mais cela peut prendre encore des décennies. Nous ne savons pas exactement combien de temps cela pourra prendre. »

Quelles seront les technologies qui profiteront des machines NISQ ? Qu’en sera-t-il d’un « deep learning » quantique, par exemple ? Là encore, il faut adopter une attitude wait and see : « Il se pourrait que les réseaux de deep learning quantique présentent des avantages par rapport aux systèmes classiques ; par exemple, ils pourraient être plus faciles à entraîner pour certains buts. Mais nous ne le savons pas vraiment – c’est une autre occasion d’essayer et de voir comment cela fonctionne. »

Il imagine également des systèmes de recommandation quantique. Ceux-ci se montreraient en effet bien plus rapides pour gérer l’explosion combinatoire propre à ces technologies. Mais rien ne prouve, pour l’instant, qu’ils seront véritablement supérieurs à des algorithmes classiques. Et surtout, « là aussi, cet algorithme est probablement trop coûteux pour être validé au cours de l’ère NISQ. »

Preskill se pose aussi la question de futurs jeux quantiques : « Les physiciens disent souvent que le monde quantique est contre-intuitif parce qu’il est si étranger à l’expérience ordinaire. C’est vrai aujourd’hui, mais cela pourrait-il être différent à l’avenir ? Peut-être que les enfants qui grandiront en jouant à des jeux quantiques acquerront une compréhension viscérale des phénomènes quantiques qui manquent à notre génération. En outre, les jeux quantiques pourraient s’avérer une opportunité pour expérimenter les méthodes de machine learning quantique, ce qui permettrait d’améliorer le gameplay dans des situations où l’intrication quantique possède un rôle essentiel ».

Mais qu’on n’aille pas penser que Preskill soit fondamentalement pessimiste quant aux possibilités de l’informatique quantique, bien au contraire : « J’ai adopté une position prudente dans mes remarques, parce que je pense que nous devrions affronter les débuts de l’ère NISQ avec des attentes réalistes. Mais s’il vous plaît, ne vous méprenez pas – comme beaucoup d’entre vous, j’attends avec impatience les découvertes qui accompagneront l’ère NISQ au cours des prochaines années »

Preskill est avant tout un physicien théoricien. Ce qui l’intéresse, le plus, ce ne sont pas des applications traditionnelles, mais la capacité des ordinateurs quantiques à simuler le monde quantique lui-même.

« Pour un physicien comme moi, ce qui est vraiment excitant à propos de l’informatique quantique, c’est que nous avons de bonnes raisons de croire qu’un ordinateur quantique serait capable de simuler efficacement les processus qui se produisent dans la nature. Ce n’est pas vrai pour les systèmes numériques classiques (c’est-à-dire non quantiques) qui ne peuvent pas simuler des systèmes quantiques fortement intriqués. Avec les ordinateurs quantiques, nous devrions être en mesure de sonder plus profondément les propriétés des molécules complexes des matériaux exotiques, mais aussi d’explorer de nouvelles voies de la physique fondamentale, par exemple en simulant les propriétés des particules élémentaires, ou le comportement quantique d’un trou noir, ou l’évolution de l’univers juste après le Big Bang. « 

C’est certainement plus important que l’élaboration de nouveaux systèmes de recommandation !

Rémi Sussan

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Un Labo de l’Accueil pour cogiter

Blog e-tourisme - lun, 29/01/2018 - 07:30

Les aménagements et agencements des offices de tourisme ont un schéma des plus classiques, dans les standards d’un lieu d’accueil : du personnel, un espace conseil avec ou sans comptoir, un espace information avec des présentoirs, un espace détente ou d’attente, un back-office, parfois un espace boutique. Pour arriver à ce schéma, nous passons par le cahier des charges transmis à des concepteurs via un appel d’offres ou autres dispositifs.
Avant tout cela, que se passe-t-il ?  Comment sont intégrées les problématiques d’usages ? Comment prendre en compte les besoins des usagers internes et externes au lieu ? Comment le futur lieu aménagé s’intègre au territoire ou à l’univers de la destination ? Comment penser ce lieu modulable et évolutif en fonction de la période ?
Et pour répondre à ces questions, quel espace de dialogue existe-t-il entre office de tourisme, collectivité, concepteurs, clients, collaborateurs ?

Ces questions, c’est l’esprit du Labo de l’Accueil qui s’est tenu la semaine dernière. Cette journée rassemblait une trentaine d’architectes, designers, concepteurs, agents de collectivités, animateurs de réseaux et offices de tourisme. La prochaine fois, nous y mettrons des voyageurs, promis ! L’objectif était de croiser les regards et phosphorer sur des problématiques d’aménagements en s’appuyant en partie sur des méthodes utilisées en User Experience. Je ne vais pas vous faire le compte rendu de la journée et des idées trouvées lors des ateliers collaboratifs mais je vous partage bien volontiers quelques principes et retours d’expériences de trois intervenants.

L’évolution dans les approches de conception

Les consommateurs que nous sommes tous sont confrontés quotidiennement à des produits et services qui ont été conçus avec différentes approches de conception. Axel Johnston de Akiani _ qui a travaillé aussi avec la commission prospective Office de tourisme du futur http://officedetourismedufutur.fr _ est revenu sur ce point qui nous renvoie à nos produits du quotidien.

Ceux de la génération « Produit first » : l’objectif vise avant tout un produit fonctionnel et efficace.
Ceux de la génération « Design first » : l’objectif est alors d’avoir des produits jolis et désirables mais parfois des usages moins fonctionnels. Exemple de l’Apple Mouse en rechargement…
Ceux de la génération « Usager first » : l’objectif est de « Penser besoins » et ces derniers évoluent dans le temps pour un même usager.

Qui sont les utilisateurs ? Quels sont leurs besoins ? Dans quels contextes y aura-t-il des usages ? Cette logique est la même pour tout produit, service et lieu pour lesquels il y a une interaction avec les usagers. Les offices de tourisme inclus.

Nous sommes ainsi aujourd’hui à la croisée des aspects Fonctionnels / Utilisables / Fiables / Désirables.

Fonctionnels – Utilisables – Fiables – Désirables

Quatre adjectifs qui résonnent bien au-delà de la simple question des aménagements d’offices de tourisme mais, au Labo de l’Accueil, les participants ont pris le temps de formuler les pires expériences que nous faisons vivre aux usagers. Je vous en propose un florilège, c’est la partie récréation de l’article…

Nous avons de belles vitres… mais ce ne sont pas des portes ouvertes. Mes clients s’en souviennent après coup(s).

La banque d’accueil prend énormément d’espace et ne laisse pas d’espace suffisant aux clients.

L’entrée principale donne accès à un accueil général avec l’administratif et la billetterie puis une deuxième partie après un couloir proposant de l’information touristique… aucun bonjour, aucune signalétique, un client paumé et mal accueilli.

L’office de tourisme a un espace fortement éclairé et une deuxième salle sombre. Cette salle a une fosse intégrée à la scénographie. Le changement de luminosité ne permet pas de voir le trou et il y a(vait) des chutes.

On propose du wifi mais pas de débit suffisant.

Mon espace wifi est pensé comme un espace convivial avec canapé, une table ronde mais l’internaute veut en fait de l’intimité dans son utilisation.

Nous avons une borne tactile à l’extérieur de l’office sauf qu’un malin y a mis Candy Crush.

Nous avons des écrans situés dans un endroit où nous pensions que les visiteurs regarderaient. Raté.

Je n’ai pas de place mais tous mes murs sont occupés par des papiers. C’est la dictature des prestataires locaux, la crainte de changer.

Quand l’office de tourisme est fermé, les clients nous voient dans la partie back office et expriment leur mécontentement en restant dehors.

(Vous en voulez encore … ?)

Mon espace est restreint, nous avons optimisé les lieux au maximum mais au final, je ne peux pas mettre de sièges confortables pour les conseillers derrière le comptoir.

On a un gros flux et beaucoup d’attente des clients. Les équipes font de l’abatage.

C’est l’été et il pleut, tous les clients se massent dans ma “commune-destination”. Ils arrivent bien énervés après des problèmes de stationnement et de circulation.

Une vingtaine de clients ont réservé une visite guidée et stationnent dans l’office en l’attendant alors que le flux est déjà énorme.

Mes toilettes sont dans l’office de tourisme, cela génère un trafic important et une logistique de nettoyage pour mes équipes.

Nous avons un système de consigne utilisable avec de la monnaie… mais nous n’avons pas de monnaie.

Il y a des demandes de billetterie pour des offres de la destination voisine et je dois inviter les clients à faire 20 km pour aller chez les collègues.

Le cadre est posé. Il y a donc matière à réfléchir sur un certain nombre d’usages. Un bon nombre d’entre vous se sont certainement reconnus dans ces expériences. Pourtant, cela fait peut-être 5-10-15-20 ans que vous les partagez et cherchez à les modifier. Avec quelles méthodes trouver des solutions ?

L’exemple du Challenge Gare Partagée pour accélérer les idées

Le Challenge Gare Partagée a été organisé en 2017 par la SNCF avec un soutien d’animation du collectif Ouishare. Marie-Gabrielle Favé de Ouishare nous a exposé, lors du Labo de l’Accueil, le principe de la nouvelle édition de cette opération qui a pour but de trouver de nouveaux usages aux gares. Suite à un appel à candidatures, des start-ups proposent des concepts et solutions pour imaginer et concevoir de nouveaux rôles et services aux gares d’Ile de France. Si elles sont retenues après pré-sélections et pitchs, elles passent à la deuxième étape : un accélérateur de projets pendant trois jours réunissant entreprises, usagers, collectivités, experts. A la fin, les lauréats pourront s’installer dans l’une des gares et déployer leur solution.

Deux aspects importants m’ont particulièrement marqué. Il ne s’agit pas de créer des services qui se dupliqueront systématiquement mais bien de créer des offres de services adaptés selon les lieux, les fréquentations et l’environnement des gares. On reparle encore une fois ici de contexte d’utilisation. Il y a également une approche pluridisciplinaire forte avec un travail de sourcing précieux en amont.

Ce challenge est un concept très intéressant de par son animation et son aspect transposable. Il fait écho à notre sujet des offices de tourisme qui restent très standardisés dans l’approche du lieu d’accueil alors que les offices de tourisme doivent poursuivre leur mutation.

Vous venez de vous regrouper ? Des offices de tourisme trop peu fréquentés vont fermer ? D’autres vont devoir se faire une beauté tout en se ré-inventant ? Vous fermez tout et vous vous appuierez sur les partenaires ?
Vous tenez peut-être là votre Labo de l’Accueil Local ou votre Challenge Accueil Partagée.

L’environnement de l’office de tourisme de Val de Garonne

A force, je ne sais plus si nous devons réellement parler d’office de tourisme pour cette structure et son équipe. Je la nommerais bien « pépinière de concepts ».  Vous avez déjà entendu parler de cet office de tourisme « comme à la maison » sorti de chantier il y a 7 ans maintenant. Justement, nous avons demandé à Marion Oudenot-Piton, chargée de développement, où on en était après toutes ces années. Le concept se décline, ou plutôt la dynamique créative se répand, toujours autour de valeurs de partage, de collaboration extra-touristique et d’expérimentation.

L’esprit « comme à la maison » a pris forme hors les murs dans une épicerie locale d’abord, devenue relais d’information pendant deux ans. L’année dernière, une bulle d’immersion touristique a été installée à la coopérative viticole locale reprenant les codes du concept de l’office mais ré-adapté au lieu. Le dernier venu est un office de tourisme mobile pensé pour le confort des collaborateurs et pour la découverte des voyageurs. Véritable cabinet des curiosités ambulant, pensée avec les futurs usagers, la remorque déploie notamment ses espaces en actionnant simplement un levier.

Dans les tuyaux, le projet d’un non-office de tourisme dans une commune du territoire. Mis en stand-by depuis près de deux ans, le projet est de nouveau sur les rails. Ce lieu totalement hybride aura de nombreux services pour les locaux et les voyageurs mais il ne sera pas géré par l’office de tourisme pour laisser libre cours aux idées de tout horizon.

Les ingrédients : tout un environnement qui s’est construit avec le temps. Pas de challenge en trois jours ici mais une mutation de longue traine de plus de 7 ans impliquant les équipes, les usagers et les acteurs locaux.
Un environnement propice pour s’inspirer de tous les secteurs, créer sans copier, se donner le droit de se tromper, adapter et s’adapter, puis recommencer…

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Patrice Flichy : Libérer le travail ?

Internet Actu - lun, 29/01/2018 - 07:00

Le sociologue Patrice Flichy était l’invité de la 21 édition d’Aux sources du numérique, une rencontre mensuelle organisée par Le Tank et Renaissance numérique. L’occasion de porter un regard sur son dernier livre, Les nouvelles frontières du travail à l’ère du numérique.

Comme le souligne Henri Isaac (@hisaac25), président du think tank Renaissance numérique, le débat actuel sur le travail numérique se focalise entièrement sur l’automatisation. Rares sont les points de vue qui explorent la question autrement, notamment depuis l’individu. D’où l’intérêt du nouveau livre du sociologue Patrice Flichy du Laboratoire Techniques Territoires et Société cofondateur de la revue Réseaux, Les nouvelles frontières du travail à l’ère du numérique.

Effectivement, souligne l’auteur de L’imaginaire d’internet (2001) et du Sacre de l’amateur (2010, voir notamment le dossier que nous consacrions au sujet à l’époque), aujourd’hui, le coeur du débat s’inscrit sur la transformation du travail, la manière dont il recomposerait le salariat et bien sûr la menace que l’automatisation fait peser sur l’emploi. Pourtant, nous n’en sommes pas là. Ou plutôt, comme il le souligne dans son livre, le numérique n’explique pas tout. Si le nombre d’emplois salariés en France ne progresse plus, le statut d’indépendant a surtout progressé avec l’émergence du statut d’autoentrepreneurs, qui a surtout accompagné le développement de la pluriactivité. Quant au rapport de l’automatisation sur l’emploi, il est difficile d’établir une balance entre création et disparition souligne le chercheur en pointant vers le rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi.

L’activité : le travail au-delà du travail

Mais pour le sociologue, l’important est ailleurs. Il est nécessaire de repartir d’une réflexion sur « qu’est-ce que le travail ? ». Pour lui, le travail est un engagement dans une activité, pour la mener à bien, en gérer sa pénibilité, et se réaliser. C’est une articulation entre un projet, ses difficultés et sa réalisation. En se sens, ce n’est pas seulement avoir un emploi ou travailler dans une entreprise : « c’est quelque chose avec des frontières plus floues ».

Dans cette acception, le travail n’est pas uniquement marchand. Quand on s’intéresse à l’activité de travail, on constate qu’elle est la même, pour quelqu’un qui prend sa voiture pour conduire un ami quelque part, un covoitureur ou une personne qui conduit un VTC. Si on se focalise sur l’activité, ces différentes situations se ressemblent : elles consistent toutes à conduire depuis les mêmes outils. Le guide de montagne et son client effectuent le même parcours, quand pour l’un cet effort est un travail et l’autre un loisir, souligne-t-il dans son livre.

En s’appuyant sur l’enquête de l’Insee, histoires de vies, et sur nombres d’entretiens qu’il a réalisés, le sociologue souligne que les gens qui s’investissent le plus dans des loisirs ou des passions ne se désinvestissent pas de leur travail. L’investissement est non seulement identique, mais corrélé. Contrairement aux sociologues du loisir qui montrent souvent celui-ci comme une compensation des frustrations du travail, ce n’est pas le cas. Ceux qui s’investissent dans des activités s’y investissent, quelles que soient les formes de ces activités. Et ce d’autant, que, à l’inverse, les désinvestis du travail, comme les chômeurs, ne se précipitent pas nécessairement dans les activités de loisirs (en partie pour des questions de moyens).

Pour Patrice Flichy, si on retient cette acception du travail, si on s’intéresse aux passions, on peut considérer qu’on est passé à un nouveau régime du travail, celui du « travail ouvert ». Les ouvriers du monde rural notamment ont toujours mené d’autres activités, comme le pointait l’ethnographe Florence Weber dans son livre Le travail à côté, qui montrait qu’à côté de leur travail, les ouvriers du monde rural avaient conservé des activités liées à la terre, comme d’autres exploitaient leurs savoir-faire mécaniques pour entretenir une activité tiers. La transformation qu’à accomplit le numérique notamment, c’est d’avoir fait passer ce travail ouvert d’un monde local et fermé à un écosystème ouvert et mondialisé, à l’exemple de ces jeunes femmes qui utilisent la plateforme Etsy pour vendre leurs productions.

Ce modèle du travail ouvert s’appuie sur plusieurs utopies, allant de l’utopie punk, à l’utopie hacker en passant par le mouvement du DIY qui permettent à fois de valoriser ce que l’on réalise et de faire circuler informations et compétences. Mais ce qui explique l’arrivée du travail ouvert c’est surtout que le niveau de compétence des gens s’est transformé. Plus éduqués, les gens peuvent se réinvestir dans de nouveaux projets d’activité. Ce niveau de compétence élevé a créé un écart entre le travail disponible et les compétences, comme le montrait par exemple la grande enquête de la CFDT « Parlons travail », qui pointait notamment la très forte demande d’autonomie des salariés et leur très forte remise en cause de l’organisation du travail (2/3 des répondants estiment que leur hiérarchie ne sert à rien, 82 % préféreraient plus d’autonomie et 60 % souhaiteraient changer de travail). La disparition du modèle de l’entreprise qu’on rejoint de 20 à 65 ans est intégrée : les gens souhaitent être mobiles et créer un travail qui ait plus de sens. En cela, le numérique leur offre des opportunités nouvelles.


Image : Nicolas Vanbremeersch, Patrice Flichy et Henri Isaac au Tank, photographiés par Renaissance Numérique.

Un numérique des opportunités ?

Le numérique, rappelle Patrice Flichy, offre des outils de travail permettant l’autonomie et la coopération. Les plateformes permettent d’accéder à des dispositifs de coopération large et également à des marchés plus vastes. Autant d’opportunités qui permettent de changer le travail voire pour beaucoup de faire le grand saut. Une enquête de l’APEC montrait ainsi que 15 % des diplômés Bac+5 avaient changé radicalement de travail dans les 2 ans après leur arrivée en activité. Une tendance qu’illustre très bien par exemple le livre du journaliste Jean-Laurent Cassely, La révolte des premiers de la classe. Mais ce n’est pas le cas de tous, souligne Flichy. De nombreuses personnes ne souhaitent pas ou ne peuvent pas faire cette mutation radicale d’activité et articulent plusieurs activités, explique-t-il en évoquant un Stewart d’Air France qui monte des cours de cuisine ou une assistante médicale qui vend des bijoux sur Etsy. Beaucoup de réalisateurs de vidéos sur Viméo par exemple sont des professionnels qui utilisent ces outils pour refuser la division du travail que leur activité professionnelle leur impose, à l’image de preneurs de sons ou de monteurs qui élargissent leurs compétences en réalisant des films qu’ils y exposent. En continuant par ce livre son enquête sur les pratiques amateures, Patrice Flichy montre que celles-ci s’inscrivent aussi dans une réaction aux limites du cadre de travail et une volonté de se construire une identité, une réputation.

Ces nouveaux travailleurs mobilisent des compétences en friches, issues de leur formation, mais également beaucoup de compétences développées par eux-mêmes. Pour de nombreux enquêtés, « le principal lieu de formation désormais, c’est YouTube ! » Un dispositif qui est pourtant complètement mis de côté dans les politiques d’accès à la formation, rappelle le chercheur. Autre lieu de formation souvent mis en avant par les gens également : les lieux de coopération, comme les Fablabs.

Patrice Flichy dresse un constat critique sur l’idée qu’il faudrait se libérer du travail pour créer du « temps à soi ». Pour lui, l’enjeu est plutôt de libérer le travail de ses pesanteurs, notamment en élargissant le compromis social à toutes les situations hors salariat pour étendre les droits de tous. Reste qu’« il faut être conscient que les individus ne sont pas égaux face à ces nouvelles opportunités ». D’un côté, il y a les travailleurs digitaux intégrés (les cadres et ceux qui occupent des professions cognitives…) qui trouvent via le numérique des opportunités nouvelles. De l’autre, les travailleurs du clic, des gens désaffiliés, pour qui ces nouvelles formes de travail se révèlent d’abord et avant tout profondément aliénantes.

Concilier plateformes, droits et ouvertures

Le problème des activités de plateforme, souligne encore Patrice Flichy, c’est que la rémunération ne donne pas droit à une protection sociale adaptée, ce qui est quelque chose à corriger. Le problème, pointe-t-il, est que souvent le développement de droits s’accompagne d’une fermeture des professions. Comme il le souligne dans son livre : la montée de la précarisation du travail s’accompagne d’une crise des professions, « les barrières qui les protègent sont en train d’être abaissées ». Pour l’instant, ces dispositifs de travail ouverts (terme qui renvoie à la fois aux logiciels ouverts et au fait que cette ouverture permette de contourner les barrières d’entrées professionnelles) en font leur force. Mais cela pourrait ne pas durer. L’examen d’entrée par exemple à la profession de voitures de transport avec chauffeur a beaucoup évolué depuis qu’il a été mis en place. Si au début, il était une simple formalité, désormais, la moitié de ceux qui le passent ne l’obtiennent pas. Le fait est qu’on leur impose des épreuves inadaptées, comme une dictée. Le problème est que cela ne permet plus à des gens sans diplômes ou sans grande expérience professionnelle d’entrer sur ce marché. Les premières enquêtes sur les chauffeurs montraient pourtant qu’un quart d’entre eux étaient auparavant chômeurs et que la moitié de ceux-ci étaient d’anciens chômeurs de longue durée (voir notamment « Comment la banlieue parisienne s’est ubérisée »). Pour Patrice Flichy, cela montre qu’il est nécessaire de regarder comment on peut accéder à une profession. Les professions traditionnelles sont encadrées par la puissance publique, via des diplômes ou licences qu’il faut acquérir. Les plateformes ont trouvé des solutions pour contourner les règles, notamment, explique le chercheur par des solutions assurantielles. Les plateformes permettant à des particuliers de proposer des diners à domicile par exemple sont entrées en conflit avec les restaurateurs au sujet des règles sanitaires. Elles ont alors proposé des assurances aux clients comme à ceux qui proposaient une prestation. Cette remise en question de la réglementation publique par une logique assurantielle pose question, estime Patrice Flichy.

Nicolas Vanbremeersch (@versac), fondateur du Tank, souligne que les plateformes se sont largement glissées dans cette valorisation des savoir-faire qui n’étaient pas valorisés, contournant les formations traditionnelles. Elles ont compris que le monde du travail offrait des possibilités plus larges. Qu’il n’était pas nécessaire d’avoir un diplôme de graphiste pour exercer ce métier par exemple. Tout à fait, souligne Flichy. Dans le monde de la bijouterie par exemple, la fabrique est régulée. Il faut détenir un poinçon pour confectionner des bijoux précieux. C’est à la fois une garantie pour l’acheteur et une barrière à l’entrée. Sur Etsy notamment, on trouve plein de gens qui proposent à la vente des bijoux de fantaisie qui n’entrent pas dans cette norme. Les plateformes ont accompagné ce mouvement visant à contourner des professions trop rigides qui ne répondaient pas à toute la demande. Trouver des compromis d’assouplissement avec les professions existantes risque d’être un débat essentiel dans les années à venir.

Les plateformes offrent aussi un autre rapport à la production. Un producteur de données sur Open Street Map par exemple cartographie ce qu’il a envie, pas ce qu’on lui dit de faire. L’organisation collective souple des plateformes permet souvent à chacun de prendre des initiatives, ce qui est loin d’être le cas dans le monde du travail. En cela, elles proposent un nouveau modèle d’organisation du travail.

Pour autant, ne faisons pas des plateformes ce qu’elles ne sont pas toujours, prévient le chercheur. A nouveau, le travail qu’elles permettent d’accomplir n’est pas unique. D’un côté, il y a ceux qui mobilisent les plateformes pour leur travail-passion. De l’autre, il y a ceux qui utilisent des plateformes pour accéder à un travail très contraignant, comme les ouvriers du clic des plateformes de Digital Labor tel le Mechanical Turk d’Amazon. D’un côté, elle libère l’accès à des activités, comme les blogueurs ont pu utiliser les plateformes pour contourner l’activité de ceux qui contrôlaient l’accès à l’information. De l’autre, elle contraint l’accès à des activités. Toute la difficulté semble alors de parvenir à définir ce que les plateformes permettent et transforment… En dresser une typologie semble d’autant plus difficile à établir qu’elles se transforment en continu, affinant et modifiant sans cesse leurs modalités.

Les plateformes ne font pas disparaitre le don, rappelle le chercheur. « Du point de vue du travailleur, il n’y a pas de différence entre un travail qui conduit à une rémunération et un travail gratuit. La seule chose que cela change, c’est la nature de la relation ». Comme le disait une interviewée, quand on fait du stop, souvent, on rémunère celui qui nous prend en stop par la conversation. Avec un VTC, on n’est pas forcé de parler. Avec Blablacar, qui se situe entre les deux, il y a une ambiguïté… sur laquelle d’ailleurs joue le nom du service.

Explorer la recomposition du travail, sans la simplifier

Le livre de Patrice Flichy explore la recomposition du travail, cet endroit où les frontières se brouillent, montrant que la simplifier n’est pas une solution. Les formes de coopérations elles-mêmes ne sont pas si claires, souligne encore le chercheur, en évoquant des dispositifs de coopérations « sauvages », comme ce collectif de chauffeurs VTC qui a mis en place une application pour gérer leurs clients privés entre eux et se les échanger si besoin (contre rémunération).

Tout le problème est de trouver les justes formes de la régulation dans un paysage complexe. La formation des VTC par exemple est devenue trop contraignante. Les travailleurs des plateformes n’ont d’ailleurs pas tous la même vision de ces régulations. Certains collectifs par exemple réclament que leurs contrats d’autoentrepreneur soient transformés en salariat. D’autres, comme les chauffeurs, tiennent plutôt à leur indépendance pour travailler pour plusieurs plateformes. Partout s’exprime le besoin de formes collectives ou syndicales, mais comment les organiser ? Le droit des travailleurs indépendants à besoin d’être construit.

Nicolas Vanbremeersch souligne justement combien ces plateformes sont des univers particuliers. YouTube par exemple a créé des relations privilégiées avec les plus gros youtubeurs et leurs agents, ignorant de plus en plus les « travailleurs de base » et imposant ses règles unilatéralement, comme quand il relève le plafond de rémunération publicitaire des vidéos.

Le pouvoir de changer de façon unilatérale les règles de rémunération des plateformes est un problème. Mais, rappelle le chercheur, tous les créateurs ne sont pas destinés à être rémunérés. Une polémique passée sur la rémunération des choristes, qui contrairement aux musiciens professionnels avec lesquels ils se produisent, ne sont pas rémunérés, soulignait bien par exemple que les frontières strictes que nous projetons sur la professionnalisation des différentes formes de travail ne sont pas si simples.

Ce livre, en continuité avec le travail que Patrice Flichy avait accompli sur les pratiques amateures, souligne la grande diversité des activités. Regarder le travail sous l’angle des parcours permet de le questionner autrement. En le regardant autrement, Patrice Flichy souligne que l’instauration du salariat ou l’organisation de la protection sociale n’a jamais été complète. Si « l’autre travail » existe depuis longtemps, il semble devenir plus important qu’avant, parce que d’un côté le numérique lui offre des opportunités d’expression inédite et que de l’autre la tension sur l’emploi fige le travail salarié traditionnel. Si 4 Français sur 10 se définissent par leur métier, 3 sur 10 se définissent eux par leurs passions, rappelle-t-il dans son livre. Dans ce jeu, le numérique favorise le développement de nouvelles opportunités, permet de s’affranchir des frontières strictes de ses activités.

La disparition des frontières entre le travail salarié et « l’autre travail » s’estompe et fait apparaitre un « travail ouvert » qui utilise les opportunités du numérique pour créer un continuum entre les activités pratiquées. Le numérique offre à la fois des outils pour le travail ouvert, mais aussi des moyens pour rapprocher des activités professionnelles et privées. Reste que le sociologue n’est pas naïf pour autant. D’un autre côté, les plateformes formatent l’activité qu’elles libèrent. Il souligne notamment combien celles-ci privilégient toujours les plus actifs et les plus engagés, selon la popularité voire la qualité des appréciations. Aidées, forcées par les régulateurs ou leurs clients, elles ne cessent de recadrer l’activité, de définir et redéfinir leurs règles. Si les chauffeurs de Blablacar n’ont besoin que de leur permis de conduire, ce n’est plus le cas des chauffeurs de VTC. En fait, souligne-t-il, le travail ouvert est une voie d’accès. Il fait appel à des compétences ordinaires que les gens mobilisent pour franchir les barrières professionnelles. Les plateformes les aident en cela, en les aidant finalement à contourner les règlements publics à l’exemple du boom des coursiers à vélo pour contourner le registre des transports légers à deux roues motorisé des livreurs classiques ou le boom des chauffeurs de VTC pour contourner le numerus clausus des licences de taxis. Reste que ces contournements se font surtout depuis les règles qu’imposent les plateformes unilatéralement : le contrat et l’assurance remplacent le règlement, la notation le contrôle… En composant des collaborations avec les outsiders et le public, les plateformes ont déplacé le travail… avec le risque qu’elles abusent de leur position dominante. Mais c’est en s’appuyant sur la puissance des outsiders qu’elles ont réussi à s’imposer.
Le travail ouvert, « libéré », devient à son tour un modèle. Il devient une référence pour de nouveaux modes d’organisation et aussi un cadre qui structure les activités non marchandes par rapport aux contraintes du monde du travail.

Reste que dans le grand brassage des modalités de travail, les stratégies et les compétences ne sont pas également distribuées. Malgré les recompositions qu’elles permettent, les plateformes finissent par figer les recompositions qu’elles esquissent. Pour Flichy, à la suite de Robert Castel, il y a ceux qui exploitent parfaitement les possibilités du numérique, de manière très opportuniste : l’individu numérique intégré ; et de l’autre, l’individu numérique désaffilié, désocialisé. Selon ses capacités, son patrimoine, ses compétences, les travailleurs se situent entre ces deux extrêmes. Reste qu’il dresse là un constat plus qu’une solution. Entre le numérique qui libère et le numérique qui aliène, il n’y a pas une différence de nature, mais une intrication qui amplifie les disparités sociales existantes. La cartographie de cette complexité que dresse d’une manière précise et informée Patrice Flichy montre surtout la grande diversité d’action des plateformes… comme si leur régulation, au bout du compte, ne pouvait être traitée complètement globalement, mais au cas par cas, secteur par secteur, plateforme par plateforme. C’est peut-être une piste finalement qui pose la question de l’accès de collectifs d’utilisateurs dans la gouvernance de chaque plateforme. Reste à trouver les modalités pour la favoriser.

Hubert Guillaud

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Vers le lobbying automatisé ?

Internet Actu - jeu, 25/01/2018 - 07:00

Dans la grande famille des CivicTech (les technologies au service de la citoyenneté, cf. « CivicTech : la démocratie a-t-elle un modèle économique ? » et « Les innovations démocratiques en questions »), on connaissait déjà les GovTech (technologies de gouvernement, c’est-à-dire les plateformes au service des autorités pour assurer leur développement numérique à l’image des plateformes de consultations citoyennes comme le propose Cap Collectif) et les PolTech (les technologies politiques, qui regroupent plutôt des outils au service de la politique, allant des plateformes de mobilisation comme Change.org aux logiciels de gestion de la relation militante, comme NationBuilder)… Il va désormais falloir compter sur le renouveau des outils de lobbying via des outils de gestion des relations gouvernementales (Government Relationship Management, faisant référence aux outils de gestion de la relation clients, CRM), nous apprend Politico, tels Fiscal Note, GovPredict, Bloomberg Government ou Quorum

Ces outils qui visent à « automatiser Washington » agrègent une multitude de données, allant de projets de loi aux comptes Twitter ou Facebook des députés et de leurs équipes pour surveiller ce dont bruisse la capitale américaine, permettant de surveiller sujets et personnes et de mieux les cibler. Ces logiciels sont capables d’analyser des millions d’informations pour tenter d’en tirer du sens. Ils analysent les projets de loi, des documents réglementaires, l’historique des votes, identifient ceux qui les soutiennent et leurs relations…

Comme l’explique Tim Hwang, le PDG de FiscalNote dans une interview pour Entrepreneur  : « Nous regroupons les lois, les règlements et les documents gouvernementaux de milliers d’organismes fédéraux, étatiques et locaux. Nous utilisons l’intelligence artificielle pour les structurer et les normaliser, puis nous fournissons des flux de données personnalisés aux entreprises pour prédire ou montrer comment le gouvernement peut avoir un impact sur leurs activités. Nous offrons des outils aux équipes juridiques et aux lobbyistes pour travailler sur les problèmes qui touchent ou impacteront leurs entreprises » (voir également la vidéo promotionnelle de FiscalNote qui permet de saisir un peu son fonctionnement). Rien de moins.

Ces outils d’analyse de données commencent à avoir à leurs actifs leurs premières réussites, souligne Bloomberg en revenant par exemple sur l’utilisation par Wallmart d’un de ces outils pour lutter contre un projet de loi qui allait à l’encontre de ses intérêts. Des outils d’analyse de données, très coûteux, qui se présentent comme un complément du lobbying traditionnel, venant encore un peu mieux armer ceux qui avaient déjà le plus de moyens pour défendre leurs intérêts. Des outils qui posent des questions quant à l’inflation et l’automatisation législatives, qui semblent ne plus pouvoir être pilotées autrement que via des outils d’analyses automatisés… A se demander, comme le pose une conférence organisée par l’université de Pennsylvanie, si nous n’allons pas vers un gouvernement pour les gens, par les robots ?

Reste que dans cette question de l’automatisation de la vie politique, la réponse n’est peut-être pas si univoque. Face au développement de techniques de spamming, comme celles qu’a connues la FCC lors de la mise en discussion de la question de la neutralité au printemps dernier (le site de discussion de la FCC a reçu quel que 22 millions de commentaires largement automatisés, comme le pointaient Le Monde ou Wired), ce sont les outils de FiscalNote qui ont permis d’en fournir une analyse.

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Aux origines de la post-vérité (2/2) : la destruction des Omphalos

Internet Actu - mer, 24/01/2018 - 07:00

Le livre d’Andersen a un mérite, incontestable celui de présenter les choses dans une perspective historique (voir la première partie de notre dossier). Non, les fake news ne sont pas un pur produit de Facebook et Twitter ; non, Trump n’est pas un pur accident. Mais peut-être, en se cantonnant dans la seule histoire américaine, ne va-t-il pas assez loin ? Et il ne comprend pas que le phénomène est encore plus profond – et donc, bien évidemment, plus dangereux.

En fait, on a chez lui l’impression d’une accumulation de faits, d’histoires reliées entre elles par cette idée de la »croyance en la croyance », sans analyse des différences entre ces phénomènes. Car tout y passe : Buffalo Bill et les fondamentalistes, le New Age et le relativisme épistémologique, mais aussi le cosplay, la science-fiction, l’homéopathie, la chirurgie esthétique, sans oublier, bien sûr (mais c’est un passage obligatoire) les réseaux sociaux…

Ne pas confondre « faux » et « irrationnel »
Un premier reproche qu’on peut faire à Andersen est la méconnaissance du contexte historique de certains des mouvements qu’il critique. C’est particulièrement évident lorsqu’Andersen s’attaque à un phénomène comme le mesmérisme, basé sur la théorie du magnétisme animal. Il dénonce une lubie américaine de plus, bien qu’évidemment, il le reconnaît, Mesmer ait été un Européen. Mais surtout, même s’il reconnaît du bout des lèvres que le mesmérisme a donné naissance au domaine de l’hypnose, une discipline aujourd’hui parfaitement mainstream et reconnue, c’est surtout pour insister sur le fait que cette dernière a elle aussi été le prétexte à des déviances délirantes. Mais ce faisant, il oublie de répondre à la vraie question : sans Mesmer, l’écossais James Braid n’aurait pas réussi à découvrir la réalité de l’hypnose, en jetant aux orties la vieille théorie du magnétisme animal. Les idées de Mesmer n’étaient pas folles, elles étaient juste erronées. Le phénomène psychologique, en revanche, était réel.

Son analyse de la « galaxie New Age » et de la contre-culture est également un peu rapide. Peut-on réellement mettre sur le même plan des groupes intellectuels comme Esalen et les délires de Rhoda Byrnes et d’Oprah Winfrey ? C’est vrai qu’il existe des similitudes et que c’est à l’institut Esalen, ce temple du New Age et de la contre-culture des années 60 que se sont développées les théories alternatives les plus originales et souvent, les plus délirantes. Pourtant un penseur comme Gregory Bateson, soucieux de rationalité et peu porté sur le paranormal, choisit de terminer sa vie à Esalen. Ce qui ne l’empêcha pas de pester contre l’astrologie, la télépathie ou le pouvoir des cristaux. Comme il écrit dans son dernier ouvrage, La peur des anges :« Les croyances de la contre-culture ou du Human Potential Movement sont peut-être entachées de superstitions et d’irrationalité, mais leur raison d’être, elle, est une bonne raison […]. Il s’est agi en fait de constituer une zone tampon de diversité pour protéger l’être humain contre l’obsolescence. »

Des gens comme Bateson ont donc vu en Esalen bien plus qu’un simple ramassis de superstitions. Andersen est lui-même un peu gêné aux entournures lorsqu’il s’agit de critiquer le New Age et la contre-culture. On l’a vu, il reconnaît certaines de ses valeurs, comme l’écologie ou les droits civiques. Mais il avoue également que : « Il y a quelques années j’ai adopté une pratique quotidienne de la méditation. Il existe maintenant une grande littérature scientifique démontrant le pouvoir de la méditation pour modifier la perception quotidienne de manière utile. »

Mais ces études scientifiques auraient elles seulement été entreprises sans des organisations comme Esalen ou les spéculations mystiques qu’elles charriaient ? Sans la contre-culture, la méditation serait aujourd’hui considérée comme elle l’était au début des années 50 : une croyance « irrationnelle », un « truc de dingue ». Andersen ne semble pas comprendre que les innovations se font généralement sur un terrain où les digues de la rationalité, du bon sens, sont temporairement brisées. Le tri vient ensuite, mais on ne peut pas faire l’économie de cette première phase. Les pionniers font des erreurs, mais ils méritent le respect, car comme le dit Alan Moore, « les flèches qui sont plantées dans leur dos nous indiquent la bonne direction ».

Une idéologie américaine, vraiment ?
La question du caractère purement « américain » de certains des courants qu’il mentionne reste également sujette à caution. Finalement, bien des « idées folles » exposées par Andersen sont en réalité d’origine européenne, et d’ailleurs lui même le reconnaît à plusieurs reprises. Le mesmérisme ? Inventé par un Autrichien. La contre-culture, Esalen ? Inspirée par des Anglais (émigrés aux US) comme Alan Watts, Aldous Huxley, Gerald Heard, l’historien d’origine germanique Frederic Spiegelberg… Sans parler des Beatles et des Stones ! Le relativisme épistémologique des années 60 ? Quoi de plus français, avec Foucault, Derrida ou Baudrillard ?

Mais, nous dit Andersen, peu importe l’origine, c’est aux US qu’elles ont proliféré. Peut-être. Mais c’est le cas aussi de l’astronautique, de l’informatique, de la mécanique quantique… En fait, à partir des années 30, les Etats-Unis ont bénéficié d’un apport puissant d’intellectuels européens fuyant le nazisme, la guerre, le communisme, voire aussi la chute du nazisme (dans le cas d’un Werner Von Braun). Autrement dit, il faut bien le reconnaître, la seconde moitié du XXe siècle, l’Amérique a été le principal terrain d’innovation de la planète, et dans tous les domaines, alors que l’Europe était exsangue. Les historiens de demain nous diront peut-être que cet âge d’or américain a pris fin au début du XXIe siècle, avec l’élection d’un certain Donald Trump…

Au-delà des Omphalos
Tout au long de la lecture de Fantasyland, je n’ai pu m’empêcher de le mettre en parallèle avec le livre plus ancien de John Higgs, Stranger Than We Can Imagine. Cet ouvrage date de 2015, donc pas question de « fake news », ni de Trump… Pourtant, les perspectives qu’il offre nous permettent de bénéficier d’un éclairage inédit sur nos conceptions contemporaines de la vérité.

Contrairement à Andersen, Higgs est anglais. Au lieu de se référer aux pèlerins du Mayflower, à Anne Hutchinson ou Buffalo Bill, il convoque les mânes d’Einstein, de Stravinski, de Joyce ou de Duchamp. Ensuite, Higgs est un des meilleurs historiens de la contre-culture. Outre cet ouvrage, il a auparavant écrit une biographie de Timothy Leary, ce « pape des hippies » devenu évangéliste de la cyberculture ; et un bouquin sur le groupe techno KLF, qui révolutionna la musique électro dans les années 90.

Stranger Than We Can Imagine commence par une anecdote curieuse : au début du XXe siècle, l’anarchiste français Martial Bourdin tenta de faire exploser l’observatoire de Greenwich. L’histoire inspira d’ailleurs Joseph Conrad et son roman L’agent secret. Bourdin aurait aussi influencé Ted Kaczynski, plus connu sous le pseudonyme d’Unabomber, responsable de plusieurs attentats antitechnologiques dans les années 70-80.

Higgs s’interroge sur le choix de la cible de cet attentat. Pourquoi l’observatoire de Greenwich et pas une banque ou une usine d’armement ? Ce serait, nous dit-il, parce que ce point géographique où se trouve le méridien zéro était comme le centre du monde pour la société de l’époque. Higgs emploie le terme grec d’Omphalos pour désigner de tels points de référence.

Il se pourrait bien selon l’auteur que l’anarchiste ait eu un moment de prescience. Car le XXe siècle a été celui de la destruction des Omphalos. Einstein attaque avec la relativité ; puis les artistes s’y mettent aussi avec le mouvement moderniste, comme le cubisme en peinture ou les oeuvres de Joyce en littérature. Selon Higgs, « Le thème, décliné à plusieurs reprises à travers le large champ de la culture moderniste, était l’idée qu’un seul point de vue était insuffisant pour exprimer où décrire complètement un phénomène ».

La chute des Omphalos se poursuit lors de la Première Guerre mondiale, avec la chute des grands empires qui avaient jusqu’ici structuré l’Europe. Puis c’est la centralité du moi conscient qui est remise en question avec la psychanalyse et le surréalisme. Ce dernier véhicule également avec lui une critique de la rationalité, dont on trouverait difficilement l’origine dans le fondamentalisme américain.

Parallèlement, on observe une chute de la « société » en tant que concept. C’est l’explosion d’un individualisme forcené, incarné par exemple par Ayn Rand (si Ayn Rand est un auteur qui a connu le succès aux Etats-Unis, il faut aussi rappeler qu’elle était d’origine russe). Chacun fait ce qu’il veut, chacun définit sa réalité.

Le postmodernisme venu plus tard en contestation du « modernisme » partage en fait les mêmes prémisses : il est devenu impossible de voir la réalité sous un seul et unique point de vue. Le postmodernisme reçoit un mauvais traitement chez Andersen. Il voit dans les philosophes français qui l’ont inspiré, les « idiots utiles » de l’alt-right américaine. Si tout discours est l’expression d’un pouvoir, alors il n’existe de vérité nulle part… Alors, pourquoi pas des « faits alternatifs » ?

Higgs, de son côté, tout en reconnaissant l’impasse du postmodernisme, son incapacité à déterminer de la valeur, sans parler du goût de ses aficionados pour un langage abscons, évite cependant de le jeter avec l’eau du bain. « Notre idéologie actuelle, écrit-il, insiste sur le fait que bien entendu, il existe un absolu. Bien évidemment, la vérité existe ». Et de citer à l’appui de cette idée des personnalités aussi diverses que Richard Dawkins ou Benoit XVI. Or, note-t-il, « malheureusement, tous ces gens sont en désaccord sur la forme que doit prendre cet absolu. Mais ils sont presque sûrs qu’il existe. Cette foi en la certitude absolue ne repose sur aucune preuve quant à l’existence d’une telle certitude. »

Peut-on dépasser la « post-vérité » ?
Que faire dans ces conditions ? Le livre de Higgs se termine par un éloge de la pensée en réseau, qui permettrait de dépasser l’individualisme absolu du XXe siècle. Mais justement, l’avènement des fake news et l’élection de Trump nous fait douter de cette solution. Andersen de son côté n’est guère plus précis. Comme l’écrit le New York Times, critiquant une phrase de la conclusion de Fantasyland : « Vous avez droit à vos propres opinions et vos propres fantaisies, mais pas à vos propres faits – surtout si vos faits fantastiques blessent des gens », dit-il (…). Mais la tentative est brève et on la sent peu convaincue. »

En tout cas, la lecture de Higgs démontre que les Omphalos ont définitivement été détruits. Ils ne reviendront pas. La défense naïve des faits d’Andersen ne tient pas la route. Comment le pourrait-elle puisque justement c’est la vérité de certains faits qui est contestée aujourd’hui ?

Finalement, nous sommes face à un grand point d’interrogation. Nous n’avons pas pour l’instant les outils cognitifs nous permettant de naviguer dans une réalité multidimensionnelle. Peut être l’application de la méthode scientifique à notre quotidien, notamment la théorie de la réfutabilité de Karl Popper, nous permettra de mieux séparer le bon grain de l’ivraie ? Cela ferait de l’épistémologie, l’étude de la connaissance, la reine des sciences ! Faut-il alors l’enseigner au plus tôt, au risque qu’elle devienne l’expression de sa propre autorité, et qu’elle se trouve, de facto, à son tour contestée !

Rémi Sussan

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Et si nos destinations choisissaient de se déconnecter ?

Blog e-tourisme - mer, 24/01/2018 - 07:00
Quand l’envie de se déconnecter nous tiraille …

Notifications intrusives, partage constant sur les réseaux sociaux, mails à n’en plus finir… le numérique nous suit partout. Présent dans nos open spaces, invité dérangeant lors de nos repas, l’écran de nos smartphones nous accompagne toute la journée et est souvent la dernière chose que l’on voit avant de s’endormir. On s’offre une petite “digital detox” ?

« Moi je le fais, mais je peux m’en passer » Vous y croyez vraiment ?

Créer la dépendance et offrir le sevrage… Quand le tourisme surfe sur la « digital detox »

Quelle meilleure période pour se ressourcer que les vacances ? Pourtant, avec Facebook, twitter et Instagram, notre utilisation du numérique reste sensiblement la même. Le WIFI s’installe sur nos plages, le moindre capuccino se révèle être une photo instagrammable tendance, et beaucoup de selfies de couchers de soleil partagés sur les réseaux sociaux ne représentent en réalité qu’un rapide aller-retour sur la plage pour capturer ce moment « magique »

En passant, vous avez déjà remarqué la petite satisfaction que vous procure chaque like ? Cette petite dose de dopamine vous place subtilement en situation d’addiction. Croyez bien que les réseaux sociaux le savent et l’exploitent. (Voir le reportage d’Envoyé Spécial « accro aux écrans »)

Certains professionnels du tourisme ont anticipé ces maux et les offres touristiques de « digital détox » (comprenez plutôt « déconnexion temporaire ») se multiplient.

Quelques exemples…

  • « Innocent Un-plugged », un festival musical déconnecté

Tenu chaque année dans un lieu différent et secret (divulgué quelques semaines à peine avant l’évènement) le festival Innocent Unplugged regorge d’activités pour nous reconnecter à la nature, aux autres et à soi, en musique. Les téléphones y sont interdits, ici, c’est l’interaction humaine qui prime !

Séjours « WE FREE ZONE » en Normandie où la méditation côtoie yoga et randonnée, camps de vacances pour enfants où les smartphones sont laissés à la maison, agences spécialisées dans la déconnexion comme Into The Tribe, en passant par les hôtels proposant de vous confisquer smartphone et autres tout en vous accompagnant dans cette « détox » pour une jolie petite somme… Autant dire que cette tendance marketing semble avoir de beaux jours devant elle.

Avant, on payait pour avoir le WIFI, maintenant on paie pour ne plus l’avoir. Quelqu’un a dit pigeon ?

Une tendance de fond ?

Malgré la facilité à voir cette « détox digitale » comme un simple coup marketing, une étude menée par JWT Intelligence nous informe que 41% des millenials interrogés pensent ne pas réussir à profiter pleinement de leurs vacances à cause de la présence des écrans.

Et si, voyager sans être connecté devenait l’ultime expérience ?

Alors là je vous demande un peu de bienveillance pour qu’on imagine ensemble un futur … un peu différent.

En janvier dernier, Paul Arseneault et Pierre Bellerose dévoilaient les quatre grands mouvements qui impacteront le touriste à l’horizon 2030. On y découvrait alors que le touriste de demain deviendra entièrement numérique, avec de nouvelles technologies qui viendront fluidifier l’expérience de voyage. On y découvrait également que d’ici 2023, 80% de la population aura une identité numérique et que chacune de nos préférences et actions seront encore plus rationnalisées et exploitées qu’aujourd’hui.

Voilà pour les faits. Maintenant, partons du principe, que l’on désire, semble-t-il, que ce que l’on ne possède pas.

Est-ce que, dans 10 ou 15 ans, la déconnexion ne deviendrait pas le luxe suprême ?

La France a pour objectif d’être entièrement équipée en très haut débit. On va vivre dans des villes de plus en plus urbanisées et on sera de plus en plus connectés. 

Alors est ce qu’on aura pas envie, le temps de nos vacances, de se déconnecter de nos écrans pour mieux se reconnecter à nous-même ?

Déconnectés, par choix

Et si demain, les destinations qui sortiront du lot seront celles qui auront à cœur la reconnexion de leur clientèle avec elles-mêmes ?

 

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Comment concevoir une expérience utilisateur qui ne soit pas addictive ?

Internet Actu - mar, 23/01/2018 - 07:00

Le design de l’expérience utilisateur (UX pour User experience) en développant l’engagement des utilisateurs a transformé les entreprises technologiques, rappelle Bruce Nussbaum (@brucenussbaum), l’auteur de Creative intelligence, professeur d’innovation et de design à Parsons, pour FastCoDesign. Les designers sont désormais au coeur des modèles d’affaires… tant et si bien que le design et la technologie sont devenus un seul et même processus de production. Mais dans le grand débat sur l’addiction aux médias sociaux et aux smartphones, on exige désormais que les designers prennent leurs responsabilités. Les machines à sous ont été conçues pour créer de la dépendance, c’est pour cela que les enfants ne sont pas autorisés à les utiliser. Mais ils sont autorisés à se placer devant n’importe quel écran, afin de vivre une « grande expérience de consommation »… comme nous le sommes tous.

Et le spécialiste du design d’inviter les concepteurs à utiliser les enseignements de l’UX pour aider les utilisateurs à sortir de leur dépendance. Comment éloigner les utilisateurs de leurs appareils ?

  • Concevez de manière à rendre plus difficile la connexion et la réponse. La dépendance dépend d’une connexion rapide et d’un retour rapide. Ralentissez !
  • Tirez le signal d’alarme ! Utilisez les données comme le temps passé ou l’intensité des interactions pour mesurer la dépendance et montrez ces métriques aux utilisateurs. Alertez l’utilisateur quand il va trop loin et châtiez-le s’il ne s’arrête pas !
  • Créez des minuteurs qui éteignent les fonctions.
  • Diversifiez ! La plupart des personnes qui ont exprimé des regrets d’avoir conçu des interfaces qui favorisent la dépendance ont des caractéristiques socioculturelles communes. Ils étaient tous des jeunes geeks riches – souvent blancs – cherchant des interactions rapides et nombreuses. Maintenant qu’ils sont parents de jeunes enfants, ils comprennent que ces façons de concevoir les interactions pour tous ne sont que le reflet de leur propre vision et sont inadaptées à de nombreuses situations, à d’autres groupes socioculturels. Mettez de la diversité dans vos équipes, afin de favoriser d’autres visions de la sociabilité, plutôt qu’une vision de la sociabilité sous le seul angle de l’excitabilité, insiste Nussbaum. Et ce d’autant qu’une récente étude pointe que la diversité des profils serait la clef de l’innovation et de la performance des entreprises.

Pour le New York Times, Nellie Bowles (@nelliebowles) rapporte la nouvelle mode consistant à passer son écran de smartphone en noir et blanc. Un truc popularisé par le designer Tristan Harris (voir « Du design de nos vulnérabilités ») pour rendre son écran moins scintillant et donc moins stimulant. Jouer sur la couleur et diminuer le contraste sont des moyens simples pour réintroduire une « attention contrôlée ».

Reste que, encore une fois, la solution proposée passe par un contournement de fonctionnalités par l’utilisateur, plus que par une proposition construite par les concepteurs pour permettre aux utilisateurs de reprendre le contrôle. L’éthique dans la conception attentionnelle a décidément du mal à s’imposer.

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Toi aussi, invente ta destination !

Blog e-tourisme - lun, 22/01/2018 - 07:00

J’ai eu le plaisir d’intervenir ces derniers jours auprès des acteurs du tourisme et des élus de la communauté de communes Marche et Combrailles en Aquitaine. C’est normal si ce nom là ne vous dit rien, car la communauté de communes vient juste de se doter de ce nouveau patronyme… Par contre, si je vous dit qu’elle est née de la fusion des communautés de communes de Chènerailles, Auzance-Bellegarde et Haut Pays Marchois, de suite, ça vous parle, non?

Allez, je précise : géographiquement, vous pouvez situer le territoire dans les Combrailles Creusoises, autrement dit dans le Limousin qui fait maintenant partie de la Nouvelle-Aquitaine… C’est beau la géographie, non?

Quand on veut absolument s’inventer une nouvelle destination…

Cette intéressante réunion, fort participative, avait pour but de définir le rôle du nouvel office de tourisme communautaire, fusion de.. (non, je vous passe le listing des noms des ex-offices de tourisme et syndicats d’initiative du territoire). C’est là qu’un hébergeur, très investi dans le collectif, a suggéré que dorénavant, chaque professionnel du tourisme fasse sur son site Internet la promotion de cette nouvelle destination “Marche et Combrailles en Aquitaine”…

J’ai vite calmé l’ardeur a inventer une nouvelle destination de cet hébergeur, juste en lui parlant client : Imaginons Didier et Michaël, couple bordelais souhaitant aller passer un week-end “au vert” dans la Creuse. (et oui, c’est de plus en plus tendance dans notre métropole branchée…). Vous imaginez la conversation : “dis chéri, tu penses qu’il vaudrait mieux choisir Creuse Confluence, Monts et Vallée Ouest Creuse, ou Marche et Combrailles en Aquitaine, comme destination de week-end infra-Creuse?”. 

Car avec la loi NOTRe, chacune des six nouvelles communautés de communes du département s’est dotée d’un nouveau nom pittoresque. Nom qui a été immédiatement attribué au nouvel office de tourisme communautaire. Nom que personne ne connaît, à part la direction générale des collectivités locales à la préfecture de Guéret, Creuse Tourisme et l’équipe de la MONA (qui se spécialise en géographie administrative…). Donc, soyez déjà bien content que nos bobos bordelais aient identifié la Creuse…

Tout irait bien si élus et acteurs du tourisme locaux séparaient franchement ce qui ressort d’une nouvelle entité administrative au service des citoyens de ce qui peut être perçu par le visiteur comme destination!

Laissons donc Didier et Michaël trouver un hébergement sympa en Creuse, sur AirBnB ou un site institutionnel. Et quand ils seront arrivés sur place, ce sera à l’hébergeur ou au restaurateur de leur faire lire la géographie locale. Comprendre l’alchimie des Combrailles, région naturelle, à cheval sur trois départements et deux régions, ça fait partie du voyage et de la découverte. Et c’est magique !

Notre principal problème est donc l’inventivité des acteurs et élus locaux et l’empressement qu’ils ont à essayer de faire vivre leur nouveau territoire dans la communication touristique.

Tous aux balcons

Parfois, les ateliers participatifs, les réflexions des commissions tourisme ou les intenses travaux d’agences de communication accouchent de noms d’offices de tourisme qui “parlent au touriste”.

On a ainsi vu apparaitre, pour l’office de tourisme de la communauté de communes des Balcons du Dauphiné (Isère) le nom porteur de “Tous au Balcon“. On imagine le quotidien des conseillères en séjour…

Souvent, il est de bon ton d’ajouter une couleur, manière de” donner une image positive et identitaire au territoire”. On a ainsi  des Offices de Tourisme du Quercy blanc, des Beaujolais vert et des Anjou bleu… 

Le nouveau nom de l’office de tourisme emprunte fréquemment les caractéristiques géographiques du territoire. C’est ainsi que sont dernièrement apparus des noms exotiques : Erdre, Canal et Forêt, Maine-Saosnois, ou Puisaye Forterre.

Dans ce cas-là, le nom de l’office de tourisme est lié au territoire, et avec une bonne recherche sur wikipedia, le touriste peut savoir à peu près où il part en vacances… Mais malgré tout, ça ne va pas être facile à installer sur les marchés internationaux, toutes ces marques…

Mais il y a bien pire : les noms qui ne correspondent à rien du tout de compréhensible par le visiteur potentiel (même si chaque patronyme a une bonne raison d’exister) : ainsi, l’Office de Tourisme Monts et Vallée Ouest Creuse est né de la fusion des Offices de la Vallée des Peintres et de celui du Pays des Eaux Vives… Et je ne vous parle pas de l’Office de Tourisme des Deux Fleuves (Seine-et-Marne), des Trois Pays (Pas-de-Calais) ou des Quatre Vallées (Loiret)…

  Un quizz pour transformer vos élus

J’ai donc pensé à vous, qui avez à convaincre vos élus et vos acteurs locaux. Mettez-les dans la peau du client. Lorsqu’ils vont proposer un nom burlesque pour votre office de tourisme, soumettez-les à ce quizz. Il s’agît juste de replacer l’office de tourisme en question dans son département. S’ils obtiennent au moins 60% de bonnes réponses, ça veut dire que les touristes qu’ils représentent sont hyper forts en géographie créative, et que donc ils ont le droit d’inventer une nouvelle destination…

Dans le cas contraire, proposez-leur d’affecter le budget “logo-marque de destination-identité graphique” à la qualification de l’offre touristique. Un client satisfait, c’est un client qui se souviendra du territoire, et qui en fera la promotion, avec ou sans nom bizarre…

CLIQUEZ SUR L’IMAGE POUR FAIRE LE QUIZZ

Promis, dans quelques jours, je vous donne les résultats!

Actualisation du 30 janvier

Comme promis, voici les résultats sur 501 participants au quizz : le résultat moyen est resté stable : 33% de bonnes réponses.Dans le détail, on peut dire que les élus de la communauté de communes Marche Occitane – Val d’Anglin, dans le Cher, en nommant leur Office de Tourisme du même nom que la CDC n’ont pas contribué à éclairer le visiteur sur l’emplacement stratégique de leur destination. 90% des répondants voient ça en Ariège ou dans l’Aude, mais pas en Région Centre… 

A contrario, c’est l’office de tourisme Coeur de Bastides qui est le mieux situé dans le Lot-et-Garonne par 43% des répondants…

Un lecteur me fait remarquer avec raison que l’Office de Tourisme de “Terre de Haut” en Guadeloupe emprunte son nom à la commune sur laquelle il est situé; ce n’est donc pas une “nouvelle destination”. 

Bon, y’a encore un peut de travail à faire, Mesdames et Messieurs les Elus…

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Une limite à CRISPR ?

Internet Actu - ven, 19/01/2018 - 14:00

Se pourrait-il que CRISPR, la nouvelle technologie d’ingénierie génétique au potentiel révolutionnaire, soit moins efficace qu’on ne le pense ? En tout cas, chez les humains. C’est ce que suggère la Technology Review, qui a repéré un papier sur le sujet dans Biorxiv.

En cause, la protéine cas9 qui sert de « ciseau » dans le processus CRISPR (pour voir comment fonctionne cette technologie, le plus simple est de regarder ces courtes vidéos). En effet, cet enzyme est présent au sein de deux bactéries très répandues, S. aureus et S. pyogenes. En conséquence les personnes infectées possèdent des anticorps contre cette molécule. Les chercheurs ont effectué un test sur des échantillons sanguins de 22 nouveaux nés et douze adultes, et ont découvert la présence de ces anticorps dans 65 % des cas. Cela pourrait rendre la thérapie inefficace, et serait même susceptible, selon les auteurs du papier, de « se révéler d’une toxicité significative pour les patients ».

Faut-il abandonner tout espoir d’application de CRISPR aux humains ? Pas forcément car Cas9 n’est pas le seul candidat pour les possibles « ciseaux ». Il existe, précise la Technology Review, des systèmes CRISPR susceptibles d’être découverts au sein de bactéries bien plus rares et qui ont peu infecté des personnes. Et il serait aussi possible continue la revue, de « sortir » des cellules de l’organisme, de les traiter avec CRISPR loin de tout anticorps, puis de les réinjecter dans le corps du patient.

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Google et les agences en ligne, je t’aime moi non plus ?

Blog e-tourisme - ven, 19/01/2018 - 09:57

Cela serait un truisme de dire que Google ne s’intéresse pas au tourisme ou que d’une manière générale, il n’essaie pas de fournir une information de plus en plus « contextualisé ». Il suffit de regarder une simple page de résultats de ce moteur de recherche pour facilement s’en convaincre. 

Nous sommes certes en présence d’une information pas forcément très inspirante pour ne pas dire très sexy, mais qui répond globalement aux besoins des consommateurs en phase de préparation ou une fois sur place. N’oublions pas à ce sujet la place du mobile dans le tourisme. Si j’osais presque, on pourrait dire que c’est presque un mini-site internet, rien que dans la page de résultats…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait quelque temps que nous parlons de ces différents points sur le blog. On peut citer par exemple l’article de Jean-Luc sur le programme “Local Guide de Google” (Local Guide de Google : un nouvel outil pour les destinations ?), ou bien mon billet sur les guides de voyage (Google Travel Guide ?).

Ces derniers jours, l’actualité comporte quelques nouveautés importantes pour les professionnels du tourisme. Tout d’abord on apprend que Google My Business supporte désormais de manière native les vidéos (Google My Business supporte officiellement la vidéo native). Une nouveauté permettant d’apporter un élément de séduction supplémentaire aux consommateurs (cf. le poids de plus en plus important, pour ne pas dire déterminant de la vidéo dans le cycle décisionnel), et qui renforce en même temps la portée du Knowledge Graph du moteur de recherche (cf. capture d’une page de résultats de Google ci-dessous).

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, je conclurai sur deux informations intéressantes. En premier lieu sur le bouton “Réserver une chambre” où on voit clairement que Google oriente le consommateur vers les canaux lui permettant de se rémunérer (Nouveau bouton de réservation sur Google ou comment faire un pas de plus). Pour compléter ce point, la chronique sur ZDNET, Voyager plus coûteux pour les internautes à cause de Google ?, permet encore mieux d’appréhender la problématique. Je finirai sur un élément complémentaire identifié par notre ami Thomas Yung sur le Knowledge Graph et plus particulièrement sur les avis des consommateurs (Comment Google détourne vos clients vers les OTAs).

C’est loin d’être transparent pour le consommateur… On est là devant une des contradictions du géant de Mountain View. Google essaie de se positionner de plus en plus sur le tourisme (Google Travel ?), tout en essayant de ménager ses principales recettes publicitaires. Le tourisme est en effet un client important pour le moteur de recherche. L’année 2018 devrait être riche en rebondissement. Google et les agences en ligne, je t’aime moi non plus ? 

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Une géoingénierie sans risque ?

Internet Actu - ven, 19/01/2018 - 07:00

On le sait, la géoingénierie est dangereuse. Alors que les négociations sur la réduction des gaz à effets de serre se révèlent de plus en plus difficiles après la défection des États-Unis des accords sur le climat, cette hypothétique technologie risque de s’imposer pourtant comme la seule solution, au risque que le remède soit pire que le mal.

Mais, nous signale le site Futurism, il existe au moins une méthode qui présente peu de dangers, et qui offre la possibilité d’être à la fois localisée et aisément réversible. L’idée a été émise par un professeur de Stanford, Leslie Field, et concerne exclusivement les glaces de l’arctique.

On sait que les surfaces blanches ont tendance à refléter les rayons du soleil et donc, par conséquence de contribuer au refroidissement de la planète. L’arctique est l’un des principaux fournisseurs de ce genre de surface claire, mais hélas, aujourd’hui, les glaces fondent (c’est le cas de la dire, littéralement) comme neige au soleil… et s’il y a moins de glaces, le réchauffement s’accélère, avec pour conséquence une fonte des glaces encore plus rapide…

L’idée de Field serait de répandre un matériel spécifique, un sable fabriqué à partir du verre, sur ces glaces du pôle nord. Ce matériau, qui se dissous avec le temps, serait placé sur la glace en des points stratégiques, ce qui aurait pour effet d’augmenter l’albedo. Cela n’aurait guère de conséquence sur l’écosystème. Le sable pourrait de surcroît être aisément retiré si le besoin s’en fait sentir.
Un tel système n’agit pas sur toute l’écologie planétaire, n’est pas une solution à l’ensemble du problème, mais il a l’avantage de nous faire gagner un peu temps dans cette course contre la montre.

Leslie Field a fondé une organisation dédiée à la mise en place de cette technique, Ice911.

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[Recrutement] Assistant.e de recherches, LATTS

Bretagne - MARSOUIN - jeu, 18/01/2018 - 11:36

Le LATTS, laboratoire techniques territoires et société (Ecole des ponts, Université Paris-Est Marne-la-Vallée, CNRS) engage un programme de recherche sur les transformations de la gestion municipale associées aux nouvelles ressources du numérique. Des nouvelles technologies numériques (open data, capteurs, plateformes, …) conduisent à des offres innovantes dans la gestion des villes et dans l'offre de services urbains (en particulier dans les transports). Ces offres sont encore souvent dans une phase expérimentale relativement protégée, l'objet du programme de recherche est de comprendre la transformation des organisations publiques locales (municipalités intercommunalités) et de leurs relations avec les prestataires privés associée à la généralisation de ces expériences.

Dans ce cadre, le LATTS recherche un.e ou des assistant.es de recherches. Intégré.e dans un programme de recherche collective du LATTS, l'assistant.e de recherche sera amené.e à mener des recherches documentaires sur certaines innovations et leur contexte institutionnel, à rédiger des comptes rendus de séminaires, à organiser et conduire des enquêtes au sein des organisations des villes et de leurs prestataires.

Niveau : post doc, master, stage 2e année master. Pour les stagiaires ou le niveau master, cela peut s'inscrire dans la préparation d'un projet de thèse autour des « smart cities ».

Domaine de compétences : connaissance du système politico-administratif local et /ou connaissance des pratiques du numérique dans la ville

Disciplines : sociologie (organisations / innovation) , sciences politiques (gouvernance locale) ; géographie urbaine.

Durée entre 4 et 9 mois début février-mars 2018

Localisation : Ecole des ponts, Marne la vallée

Merci d'envoyer CV et lettre de motivation à jeannot@enpc.fr

[Appel à communications] 5e École d'Été d'Économie Numérique

Bretagne - MARSOUIN - jeu, 18/01/2018 - 11:31

La cinquième édition de l'École d'Été d'Économie Numérique se tiendra à Montpellier les 28 et 29 juin 2018. Un appel à communications est en cours. La date limite pour soumettre est fixée au 28 février 2018 et les papiers doivent être soumis à l'adresse suivante : eco-numerique@umontpellier.fr.

Retrouvez, en pièce jointe, l'appel à communications.

Extrait de l'appel à communications : "This two-day workshop is targeted at researchers with an interest in the industrial organization of the digital economy. We welcome empirical and theoretical contributions related to the following (non-exhaustive) list of topics : multi-sided platforms (crowdfunding, crowdsourcing) ; innovation and diffusion of innovation ; regulation (net neutrality, consumer protection, privacy) ; cybersecurity ; digital payment ; big data and sharing economy."

De la souveraineté… fonctionnelle

Internet Actu - jeu, 18/01/2018 - 07:00

Sur le blog collectif Law and Political Economy (@LPEblog), le professeur de droit Frank Pasquale (@frankpasquale), l’auteur de Black Box Society, développe le concept de souveraineté fonctionnelle.

Les économistes, rappelle-t-il, ont tendance à caractériser la portée de la réglementation comme une simple question d’expansion ou de contraction du pouvoir de l’État. Mais, en économie politique, lorsque l’autorité de l’État se contracte, les intérêts privés comblent le vide, notamment parce que nous avons horreur d’une absence de pouvoir. Ce pouvoir des entreprises, nous le voyons à l’oeuvre dans les relations employeurs/employés ou dans les relations qu’instaurent des entreprises avec leurs fournisseurs voire avec leurs clients. Le problème est que bien des entreprises exercent de plus en plus souvent leur pouvoir, non pas en tant que partie d’un conflit, mais en tant qu’autorité. Pour le professeur de droit, les plateformes ne sont plus de simples participants du marché. Elles les détiennent, c’est-à-dire qu’elles sont capables d’exercer un contrôle réglementaire sur les conditions qui s’imposent à ceux qui veulent vendre des biens ou des services par leur entremise. Peu à peu, elles s’octroient un rôle « gouvernemental », « remplaçant la logique de la souveraineté territoriale par une souveraineté fonctionnelle ». « Dans les domaines fonctionnels, de la location d’appartement au transport en passant par le commerce, les personnes seront de plus en plus soumises au contrôle d’entreprises plutôt qu’à celui de la démocratie ».

Et Pasquale de prendre l’exemple d’Airbnb. Pour lui, Airbnb peut utiliser des méthodes basées sur les données pour réguler efficacement l’offre de location qu’il administre. Ainsi certains promoteurs de la souveraineté fonctionnelle estiment que les systèmes de notation en ligne pourraient demain remplacer les systèmes de licences ou des autorisations (c’est ce qu’expliquait par exemple Nick Grossman, dans l’article que nous lui avons consacré, « Réguler par la donnée ? »).

Ce passage de la souveraineté territoriale à souveraineté fonctionnelle crée une nouvelle économie politique numérique, estime Frank Pasquale. Amazon notamment est passé d’un géant du commerce électronique à une infrastructure essentielle pour nombre d’entreprises qui en dépendent, comme le souligne la chercheuse Lina M. Khan (@linamkhan), directrice des politiques juridique de l’Open Market Institute, une association de chercheurs et de journalistes qui s’oppose aux monopoles, dans un article sur le paradoxe anticoncurrentiel d’Amazon. Pour elle, si Amazon a jusqu’à présent échappé aux lois américaines contre les pratiques anticoncurrentielles, c’est parce que le cadre anticoncurrentiel défini au XXe siècle n’est pas adapté à la réalité d’aujourd’hui. En effet, ce cadre visait surtout à protéger les consommateurs contre des prix trop élevés. Or, la domination d’Amazon ne repose pas du tout sur des ententes pour des prix élevés (voir également notre article « Distorsion des marchés, du risque de collusion entre machines »). En mesurant les pratiques anticoncurrentielles principalement sous l’angle des prix, on sous-estime le risque d’éviction d’acteurs par des formes monopolistiques, tout comme l’intégration de différents secteurs d’activité par une même enseigne.

Comprendre comment les plateformes accumulent du pouvoir est essentiel, estime Pasquale. Ce n’est pas « le meilleur service l’emporte », comme le clament trop facilement les tenants du libre marché. La domination n’est pas fille du mérite, explique Pasquale. Bien d’autres critères que la qualité entrent en ligne de compte pour atteindre une taille critique et mettre en place des services qui se favorisent les uns les autres pour éliminer et absorber la concurrence. La domination d’Amazon a montré comment les effets de réseau s’auto-renforcent jusqu’à rendre la plateforme incontournable. Si une nouvelle plateforme peut potentiellement entrer sur le marché à tout moment, reste que cette possibilité s’éloigne à mesure qu’Amazon grossit. Comme le soulignait Bruce Schneier en évoquant les Gafa comme des seigneurs féodaux de la sécurité, c’est encore plus vrai en matière de commerce, estime Pasquale. Nous ne pouvons plus ne pas prêter serment d’allégeance à au moins l’un des Gafa, en tant que client comme en tant que fournisseurs.

Comme le soulignent les promoteurs du libre marché, à l’image du professeur de droit et spécialiste de la consommation, Rory van Loo (@roryvanloo), dans son article « les entreprises comme palais de justice », les plateformes sont capables de mettre en place des mécanismes très évolués de règlement des différends pour régler les conflits entre acheteurs et vendeurs, ce qui n’est pas sans gains d’efficacité, notamment pour les petites créances (mais ce n’est pas sans risque, notamment du fait de l’opacité et de la dissymétrie des conditions contractuelles et des modalités de décisions). La difficulté à imposer des recours collectifs (voir leur recul aux États-Unis), la montée des procédures d’arbitrages (qui contournent les tribunaux), le développement de Conditions générales d’utilisations unilatérales qui s’appliquent à de plus en plus d’actions contractuelles qui régissent nos existences (location d’appartements, contrats de travail, abonnement à des services en ligne… comme le pointe le livre de Margaret Jane Radin qui souligne que le recours à ces contrats a dégradé les notions de consentement)… sont autant d’indices qui montrent le recul du principe judiciaire, notamment en matière de litiges liés à la consommation. C’est le même constat que dresse le juriste Alain Supiot dans son remarquable livre La gouvernance par les nombres, quand il pointe les limites de la substitution des règles d’ordre public (le droit) au profit de celles des contrats individuels. Pour Pasquale, « les individus se tournent rationnellement vers la puissance des plateformes pour imposer l’ordre que la doctrine juridique libertaire retranche à l’État ». Se faisant, ils renforcent la dynamique qui mène à l’étiolement de l’État.

Pasquale évoque à titre d’exemple les polémiques qui ont fleuri récemment autour de la recherche par Amazon d’un deuxième siège social pour son entreprise, qui a donné lieu à une terrible surenchère de propositions de la part de nombreuses villes américaines, allant d’incitations fiscales nourries aux innombrables passe-droits. Pasquale voit là un signe schizophrénique du transfert de pouvoir de l’Etat aux entreprises : alors que les municipalités sont affaiblies par leur manque de revenus fiscaux pour maintenir des services publics de qualité, elles luttent entre elles pour accueillir une entreprise reine de l’optimisation fiscale. De même, « plus les acheteurs et les vendeurs en ligne comptent sur Amazon pour régler leurs différends et chercher le meilleur prix, moins ils ont de pouvoir sur Amazon ». Demain, le gouvernement fédéral lui-même pourrait confier des fonctions de centrale d’achats à Amazon, comme l’expliquait David Dayen pour The Intercept. Pour le professeur de droit, Jon D. Michaels (@jondmichaels) auteur du Coup d’État constitutionnel, la privatisation menace la République américaine en menaçant la séparation des pouvoirs elle-même. Fonder les achats de l’état sur le seul critère du coût le plus bas est une invitation à poursuivre un approvisionnement peu éthique qui mine nombre d’achats du gouvernement américain.

Reste que, pour Frank Pasquale, les solutions pour limiter le pouvoir d’Amazon semblent difficiles à mettre à l’ordre du jour. La superpuissance qu’a acquis Amazon sur le commerce est sans précédent. Pour lui, esquisse-t-il trop rapidement en conclusion en pointant vers un rapport très critique de l’Institut pour l’auto-dépendance locale (qui souligne qu’Amazon « monopolise » l’économie, détruit les emplois et fragilise les communautés…), seule une organisation politique de l’économie peut empêcher les souverainetés fonctionnelles de saper plus avant les souverainetés territoriales qui sont au coeur de nos démocraties.

Des propos qui ne sont pas sans rappeler ceux des économistes Ariel Zerachi et Maurice Stucke dont nous avions rendu compte. À l’heure où des sénateurs démocrates planchent sur une réforme de la loi antitrust, et où nombre de publications américaines s’interrogent sur ce à quoi devrait ressembler cette nouvelle législation, la question n’est pas sans incidences sur les utilisateurs de ces services au-delà des États-Unis. Sur Wired, Nitasha Tiku constate que les titans de la Silicon Valley ont pu croître sans entrave du fait d’une législation antitrust qui ne considère les comportements anticoncurrentiels que sous le prisme de leurs effets sur les consommateurs. Reste à savoir s’il faut remettre à plat les lois antitrust américaines, comme s’en inquiètent bien des acteurs politiques libéraux américains ?

Pour l’économiste Carl Shapiro, lorsque de grandes entreprises acquièrent des entreprises « hautement performantes » sur un marché adjacent, la concurrence diminue. Notamment dans le domaine technologique explique-t-il en citant le rachat de YouTube ou DoubleClick par Google, d’Instagram ou d’Oculus par Facebook ou de Linked-in par Microsoft. Les responsables de l’application des lois anticoncurrentielles devraient être plus attentifs lors des fusions, estime Shapiro, notamment dans les cas où, les petites entreprises rachetées pourraient venir concurrencer celles qui les avalent. Or, souligne-t-il, ni l’achat de Whole Foods par Amazon ni l’acquisition du média social TBH par Facebook n’ont donné lieu à un examen détaillé. Les évaluateurs ne regardant les fusions que sur la base de normes assez élastiques, comme la part de marché cumulée sectorielle (celle de Whole Foods par Amazon ne représentant que 4 % du marché américain de l’alimentation).

Pour l’analyste Ben Thompson, les autorités antitrusts peinent à apprécier les effets de réseaux. En 2012, la commission fédérale du commerce américaine (FTC) a vu Instagram comme une application de photos sans revenus, alors que pour Thompson, le rachat d’Instagram et de WhatsApp a surtout permis à Facebook de se renforcer dans la publicité numérique. Pour Anant Raut, un ancien avocat de la FTC, la réforme de l’analyse des fusions devrait également impliquer de prêter attention aux signaux d’alarmes qui ne violent pas nécessairement la loi antitrust, mais indiquent néanmoins un comportement anticoncurrentiel, comme lors de la fusion de deux applications de médias sociaux.

Pour les Américains, les dispositifs mis en place par l’Union européenne sont aussi des modèles possibles, comme le suivi de transactions précédemment approuvées, qui a permis à l’UE d’infliger une amende de 122 millions de dollars à Facebook pour avoir induit les régulateurs en erreur sur l’acquisition de WhatsApp : l’entreprise avait affirmé alors ne pas vouloir combiner les données des comptes FB et WA. Fin 2016, deux associations de défense des consommateurs américaines ont ainsi porté plainte devant la FTC contre Google, quand l’entreprise a combiné ses données avec celles de DoubleClick.

En fait, de plus en plus les appels à limiter le pouvoir des entreprises de la Silicon Valley viennent de leurs promoteurs eux-mêmes. Le spécialiste du marketing, Scott Galloway (@profgalloway), l’auteur de Les 4 : l’ADN caché d’Amazon, Apple, Facebook et Google, invite Facebook à se séparer d’Instagram et de Whats App par exemple. « Au lieu de quatre grandes entreprises, il pourrait y en avoir 10, et nous aurions un écosystème plus riche pour stimuler à la fois la croissance de l’emploi et la valeur pour les actionnaires (…) ».

Maurice Stucke et Ariel Ezrachi ont souligné récemment que la loi antitrust n’était pas restée aussi figée qu’on le pense. Reste que si la question est de retour, c’est aussi parce que les arguments sont plus compréhensibles aux consommateurs et que la pression politique sur le sujet traverse un peu tous les camps politiques. La surpuissance des Gafas pose un problème croissant. Reste que trouver les modalités adéquates de leur régulation voire de leur démantèlement n’est pas si simple.

Hubert Guillaud

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La créativité peut-elle supplanter l’identité d’une destination ?

Blog e-tourisme - mer, 17/01/2018 - 06:30

Porto Moniz. Nord Ouest de l’île de Madère. Tripadvisor nous vendait des bassins pour se baigner à proximité immédiate de l’Océan. Une vraie expérience !

Dans le restaurant de l’hôtel, les propositions atypiques de plats de viande et de poisson s’enchaînent. On se met à douter de l’intégrité psychique du Chef. C’est comme s’il se disait : « J’ai du poulet. J’ai des crevettes. J’ai des fruits de la passion. Et si je faisais du poulet aux crevettes avec une sauce Maracuja».

Si ce n’était que ce menu, que ce restaurant, ça n’aurait pas été le sujet de ce billet. Dans tous les restaurants de cette station côtière mais aussi dans d’autres villes et villages de l’île, on retrouve ces propositions excentriques, entre paresse intellectuelle et manque d’expertise et de créativité. Ce n’est pas uniquement sur la cuisine mais aussi sur les infrastructures touristiques comme ces piscines « naturelles » à Porto Moniz, ces sentiers pavés en altitude ou cet héliport jamais utilisé.

Ma réflexion à travers cette histoire est : « Sur quoi se base-t-on pour inventer des recettes au sein d’une destination touristique ? » Sur un terroir ? Sur des chefs de renom ? Sur des formations réalisées par des experts du tourisme internationale validé par l’Organisation Mondiale du Tourisme ? Sur une tradition culinaire des habitants ? 

Ici, on a le sentiment qu’il n’y a pas ce socle commun, cet ADN partagé par l’ensemble des professionnels du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration pour enchanter la destination. Mais Madère, c’est quoi au final ? Un bout autonome du Portugal ? La patrie d’un certain Cristiano Ronaldo alias CR7 ? Une île-montagne aux paysages dignes de l’imagination de James Cameron dans Avatar ? Une végétation luxuriante tout au long de l’année ?

Or, en voyageant à travers ce territoire, on parcourt avant tout une destination qui a été construite sur des attentes passéistes de visiteurs. On a construit historiquement cette destination pour les voyageurs qui avaient une certaine vision du voyage (et a qui on a imposé cette vision). Or, tout ceci a bien vieilli. Les stylos estampillés du prénom de sa bien-aimée, les dés à coudre à l’effigie de Madeira, etc. sont toujours en vente sur les étales des boutiques de souvenirs depuis dix ans ou plus. Et ça prend la poussière…

Mais alors, une destination qui n’a pas réussi à valider ce socle commun, cette identité partagée par tous, est-elle vouée à décrépir à petit feu à coup d’offres soldées sur Booking et sur Expedia pour attirer le vieux voyageur aux attentes passéistes ? Comment peut-on fidéliser des voyageurs dans ce cadre-là ? Après avoir gratté l’Île de Funchal sur sa Scratch Map, pourquoi vouloir revenir ?  Pour vivre quelle expérience ?

Alors oui, les marques de destination, là, elles ont une vraie utilité ! Non pas pour inventer un nouveau slogan et refaire le logo avec une nouvelle fleur ou avec le buste de CR7 mais pour insuffler ce socle commun aux habitants, aux professionnels, à l’ensemble des acteurs de l’île. Car oui… les habitants, on s’est même posé la question de savoir où ils étaient sur l’île. Or, en prenant les bus locaux et en allant déguster la poncha à la fête eucharistique Santa Amaro à Santa Cruz ou dans les bars des villages en altitude, on les a bien vu, à vivre, à rigoler, à discuter.

Et c’est bien eux la richesse de l’île, son avenir économique et touristique. Or, si les habitants restent à l’extérieur de cette économie touristique, si le territoire ne fusionne pas avec la destination, Madère continuera à subir les effets du temps et donc ne pourra pas répondre aux attentes de ces nouveaux voyageurs en quête de sincérité, de rencontres, d’apprentissage, d’inspirations. Car demain nous ne voyagerons pas uniquement pour faire des photos instagrammables mais bien pour rencontrer Luis, Juan, Anita qui nous apprendront à faire de Bola de Caco, à cultiver le vin de Madère ou encore à surfer en hiver sur les vagues de Porto Moniz… Et si les autorités locales ne prennent pas conscience de cela, Airbnb se frotte déjà les mains pour imaginer Experiences, Rencontres & Partage.

Vous sentez vous visés à travers cet article ? Pensez-vous que votre destination cherche à être créatif sans réellement y parvenir ? La solution passera sûrement par la meilleure écoute des habitants et leur prise en compte réelle.

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Aux origines de la post-vérité (1/2) : du Mayflower à Donald Trump

Internet Actu - mar, 16/01/2018 - 07:00

Quelle est la racine de cette ère de « post-vérité » dans laquelle nous sommes entrés ? Quelle est l’origine des « fake news » ? S’agit-il d’une conséquence inévitable des médias numériques et des réseaux sociaux, comme on le dit souvent ? Ou les causes sont-elles plus profondes ? Pour Kurt Andersen (Wikipédia, @KBAndersen), romancier et animateur de radio, il faut, pour comprendre ce phénomène, remonter plus loin dans l’histoire des États-Unis. On s’en doute, il n’a guère de sympathie pour l’actuel président des Etats-Unis. En fait, il vient de publier, en compagnie de l’acteur Alec Baldwin (connu pour ses imitations hilarantes du « Don ») un faux journal intime relatant la première année de présidence de Trump, « racontée » par l’intéressé lui-même.

Mais c’est son autre livre récent, Fantasyland, How America Went Haywire (« Fantasyland, comment l’Amérique s’est détraquée ») qui nous concerne ici. Andersen avait commencé la rédaction de son livre avant l’élection de 2016, nous apprend Big Think. Au moment de l’accession de Trump au pouvoir, il effectuait les dernières corrections.

Avoir foi dans sa foi
Fantasyland propose une histoire alternative des Etats-Unis, basée sur l’idée simple que ce pays s’est toujours construit sur des fantasmes, des constructions imaginaires, et que l’Américain moyen est bien plus vulnérable à des théories irrationnelles que ses voisins européens.
Et cela a commencé dès les débuts. Avant même le Mayflower et ses pèlerins, une première vague de colons s’est installée en Virginie, attirée par la soif d’un or introuvable et y créa le petit village de Jamestown. La royauté britannique, jalouse des richesses découvertes au sud par ses concurrents espagnols, s’était convaincue que des trésors l’attendaient au nord.

Mais ce rêve se révéla bien vite sans fondement. Nombreux furent les décès parmi les colons de la première heure, et les autres s’en retournèrent bientôt dans la mère patrie.

Ce n’est pas pour rien, insiste Andersen, si les Américains préfèrent dater la naissance de leur nation d’un peu plus tard, avec l’arrivée des pèlerins. Cette première génération de chercheurs d’or (il y en aura une autre vague bien plus tard, lors de conquête du Far West) était bien trop raisonnable et matérialiste : une fois constaté leur échec, les habitants de cette première colonie de Jamestown y renoncèrent pour revenir à des préoccupations plus quotidiennes.

Avec les pèlerins, tout change : l’imaginaire n’a plus de connexion avec la réalité, il peut se développer sans contrainte.

La nature du protestantisme explique grandement la spécificité américaine, selon Andersen. Avec Luther, chacun s’est vu le droit de développer sa propre interprétation de la Bible, dont la lecture était jusqu’ici réservée aux seuls membres du clergé catholique. La conséquence, surtout visible aux US, en a été la multiplication des sectes et sous-sectes, chacune prétendant avoir un accès exclusif à LA Vérité.

Mais le protestantisme est une invention européenne, et aujourd’hui la plupart des pays protestants du Vieux Continent font plutôt preuve d’une remarquable rationalité et tolérance. Que s’est il donc passé là-bas ?

Pour Andersen, la naissance d’une religiosité typiquement américaine s’incarne avec le cas d’Anne Hutchinson, une prédicatrice dont l’enthousiasme lui valut d’être persécutée par les autorités puritaines en place. Chez Hutchinson, il n’est plus simplement question d’une interprétation hétérodoxe des textes sacrés. Elle sait la vérité parce qu’elle en est certaine : Dieu lui parle directement.

« Hutchinson est totalement américaine parce qu’elle avait totalement confiance en elle-même, en ses intuitions et en sa compréhension idiosyncrasique et subjective de la réalité. Elle est complètement américaine parce que, contrairement aux experts pointilleux qui l’entouraient, elle n’acceptait pas l’ambiguïté et n’admettait pas le doute de soi. Ses perceptions et ses croyances étaient vraies parce qu’elles étaient les siennes et parce qu’elle les ressentait complètement comme vraies. »

Et c’est là le fondement, selon lui, de la névrose américaine : « être Américain, cela veut dire que nous pouvons croire à n’importe quelle foutue chose que nous désirons, que nos croyances sont égales ou supérieures à celles des autres, et que les experts aillent se faire voir ».

En fait, le propre de la spiritualité américaine, ce n’est pas la croyance, même pas la croyance fanatique (elle existe partout ailleurs), c’est la croyance en la croyance, la foi dans la foi.

« Si je pense que c’est vrai, et peu importe pourquoi ou comment je pense que c’est vrai, alors c’est vrai, et personne ne peut me dire le contraire. C’est la reductio ad absurdum de l’individualisme américain. C’est cela le credo de Fantasyland. »

Un gigantesque parc à thème
De fait, la plus grande partie du livre est consacrée à la façon dont l’Amérique s’est peu à peu transformée sous l’influence de ses fantasmes, au point de devenir parfois un « parc à thème » dont Disneyland est l’archétype (Fantasyland est d’ailleurs le nom d’un des « royaumes enchantés » qu’on trouve à Disneyland). Ainsi, le « Wild Wild West » a-t-il été quasiment créé par William Cody, plus connu sous le nom de Buffalo Bill, qui « vendit » le concept lors des tournées de son spectacle. Quant à la croyance au retour à la nature sauvage, exprimée par Henri David Thoreau, qui allait avoir une influence si importante sur la beat generation et les premiers hippies, c’est aussi un fantasme. Thoreau a passé deux ans dans une cabane construite dans une petite région boisée appartenant au poète Emerson, à une demi-heure à pied de la petite ville où vivait sa famille… Mais lorsqu’il se retrouva « into the wild », dans le Maine, en proie à une nature véritablement sauvage, il en fut terrifié. Et après son escapade forestière, il revint tranquillement chez lui travailler dans l’usine de son père.

Mais cette fantasmatique de la nature joua un rôle fondamental dans l’aménagement du territoire américain, explique Andersen. Les Américains ont toujours voulu s’éloigner des villes, qu’ils considéraient comme une création du Vieux Monde corrompu. Mais leur proximité avec la nature, leur goût pour la « petite maison dans la prairie » les amena à créer une simulation de ruralité : la banlieue…

Le capitalisme n’échappe pas à la pensée magique, ainsi, note ironiquement Andersen, quand le mot « entrepreneur » a été utilisé pour la première fois en langue anglaise, au début du 19e siècle, il fut utilisé pour désigner les imprésarios ou les organisateurs de spectacles.

« De Ben Franklin à Mark Zuckerberg, les histoires des entrepreneurs ayant suprêmement réussi obscurcissent les millions de perdants et de gogos tombés dans l’oubli. Leurs fabuleux succès semblent être la preuve du pouvoir de la croyance passionnée en soi, de notre foi américaine en la foi.

Les entrepreneurs se répartissent le long d’un spectre de fumée et de miroirs, allant des fabulistes de petite taille aux visionnaires transformant effectivement le monde. Mais une partie du travail de chaque entrepreneur est de persuader d’autres personnes et de les recruter pour croire en un rêve, et souvent ces rêves sont de purs fantasmes. »

Contre-culture, New Age, alt-right, même combat ?
Mais d’un autre côté, l’Amérique a toujours su être une terre nourrie aux Lumières, à la rationalité. Jusqu’au « big bang » des années 60 où tous les critères de la réalité ont sauté, selon l’auteur.

Si la « contre-culture » des années 60 a certainement apporté des choses positives, comme l’écologie ou le droit des femmes et des minorités, elle a aussi été le porteur d’une idéologie relativiste qui a permis à toutes les idées les plus folles de proliférer. En même temps que les hippies, on assiste à la recrudescence des mouvements évangélistes les plus extrémistes, note-t-il. C’est aussi au début des années 60 que la société d’extrême droite, la John Birch Society, crée par un proche de Joe McCarthy, a ressuscité le vieux mythe de la conspiration des illuminati, après avoir découvert que le thème de la conspiration communiste devenait moins porteur.

Les années 60 voient aussi la naissance du New Age, dont Andersen voit l’incarnation la plus parfaite dans le livre de Rhonda Byrne, Le Secret, qui prétend révéler au public les « lois de l’attraction », qui apporteront bonheur et succès à ceux qui les suivent. Pour Andersen, Le Secret exprime de la façon la plus directe cette vision typiquement américaine : « Le Secret reprend les fondamentaux Américains, l’individualisme, le surnaturalisme et la croyance dans la croyance, et les dépouille des intermédiaires et de la plupart des emballages pieux – Dieu, Jésus, la vertu, le travail dur récompensé, la félicité parfaite seulement dans l’au-delà. Ce qui reste est une «loi d’attraction», et si vous avez juste envie de quelque chose avec suffisamment de force, cette chose deviendra vôtre. La croyance est tout. »

Le Secret a bénéficié d’une publicité importante en gagnant le soutien inconditionnel d’Oprah Winfrey dont le show fait la part belle aux idées magiques et aux théories médicales fumeuses.

Ironiquement, la semaine dernière on a commencé à parler d’une candidature d’Oprah Winfrey à la présidence des Etats-Unis. Il serait assez ironique de constater que la prochaine adversaire de Trump soit, elle aussi, une grande adepte de la post-vérité. Je me demande ce qu’en pense Andersen !

Et bien sûr,tout cela nous amène à Trump. La théorie d’Andersen permet d’expliquer pourquoi un homme aussi peu religieux se voit soutenu par les évangélistes les plus fanatiques. C’est parce qu’en fait, nous dit l’auteur, il partage avec eux les mêmes présupposés de base. Tous les deux partent du principe que la certitude en la valeur de leurs propres croyances, ressenties comme organiquement vraies, est plus importante que la rationalité ou les avis des experts.

Le livre d’Andersen est passionnant et très agréable à lire, mais il reste deux questions qui méritent d’être posées et auxquelles l’auteur ne répond pas, ou peu : la post-vérité est elle vraiment un phénomène purement américano-américain, comme il le proclame ? Et ce alors que ce genre de croyance se répand de plus en plus dans la population mondiale, y compris en France ? Et ensuite, la post-vérité ne révèle-t-elle pas quelque chose de plus profond, que l’accident historique du puritanisme américain ne suffit pas à expliquer ?

Rémi Sussan

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Le nouveau France.fr, une invitation au voyage ?

Blog e-tourisme - mar, 16/01/2018 - 00:48

Crédit : Suresh /R

Le 21 décembre dernier, comme un Noël avant l’heure, M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a présenté la nouvelle version de France.fr, le portail de la destination France, et a dévoilé son nouveau logo. 

Lancé par Laurent Fabius en octobre 2015 pour atteindre les 100 millions de touristes en 2020, la première version m’avait déjà inspiré un billet en forme de supplique pour que ce portail soit digne de la première destination touristique mondiale. Car on en était alors très loin… 

Rappelons quelques chiffres illustratifs de la marque “France” (chiffres du Ministère) : près de 1,5 millions de visites et 2,4 millions de pages vues en moyenne chaque mois sur le portail, et plus 1 670 000 “jaimeurs” pour la page France.fr. Une e-réputation qui oblige à l’excellence. 

Dans son communiqué, le Ministère fait de cette nouvelle version une présentation aux allures de véritable éloge panégyrique : 
“Véritable invitation au voyage, France.fr est un média de séduction haut de gamme révélant une destination aux visages multiples. Conçu pour inspirer, susciter l’envie d’expériences et de voyages immédiats, il invite à la découverte d’une France plurielle, en mouvement perpétuel, pétillante et surprenante.
Le média célèbre les atouts emblématiques de la France : ses destinations et leur identité forte, son art de vivre, son patrimoine et sa culture, les événements qui la font vibrer et les talents qui l’animent.
Bienvenue sur la planète France !

Waouh, vite cliquons pour aller voir !

Un site qui inspire ? Au vu des réactions de beaucoup de gestionnaires de destination sur les réseaux sociaux, il semble plutôt que le site inspire… des soupirs !

La première page laisse un peu perplexe avec le choix surprenant de promouvoir le surf en hiver sur la côte basque. Faut étonner, soit !
Par contre l’affichage en date du 21 septembre sous le titre “Maintenant en France” paraît pour le moins anachronique…

Globalement, cette page d’accueil sensée séduire pour inciter à s’aventurer dans le site, semble particulièrement froide et peu engageante. Bien sûr, comme le dit si bien Philippe Néricault Destouches “La critique est aisée, et l’art est difficile”. Par curiosité, je suis allé papillonner pour découvrir un peu au hasard d’autres destinations-nations. J’ai sélectionné arbitrairement 15 sites présentés dans cette galerie. 

On peut distinguer deux familles, même si les sites sont souvent un peu tout à la fois :

  • les sites informationnels et il faut le dire un peu désuets comme la Thaïlande, l’Italie, l’Espagne ;
  • les sites dits inspirationnels et/ou expérientiels, comme le Maroc, l’Autriche, la Suède, l’Australie, l’Afrique du sud, … ;

France.fr se veut “inspirant”. Pourtant sa première page l’est peu en comparaison de la plupart des sites analogues. Sans doute faudrait-il s’interroger sur le concept même d’inspiration. 

Mais ce qui pose davantage question, réside dans le traitement des destinations régionales.
On y accède facilement avec 2 propositions :

  • une cartographie très minimaliste, franchement très loin de la qualité de traitement de la Chine, ou de l’Australie par exemple ;
  • un jeu de 31 pavés représentant 31 destinations.

Les 31 “destinations” sont sans doute les marques régionales retenues en 2015 pour promouvoir la France à l’international et qui ont bénéficié pour la plupart de contrats de destinations. On y trouve :

  • des grandes villes comme Bordeaux et Lyon, mais pas Nantes ou Lille ;
  • des régions-destinations comme la Corse, la Bretagne ou l’Alsace, mais pas l’Aquitaine, la Lorraine ;
  • des massifs comme le Jura, les Alpes ou les Vosges, mais pas les Pyrénées ;
  • des fleuves ou rivières comme la Loire ou la Dordogne, mais pas la Seine ou la Somme ou le Rhône…

… et surtout il reste pas mal de trous dans la raquette, c’est-à-dire des zones blanches comme la Franche-Comté, la Lorraine, le Poitou, les Charentes, le Berry, etc.

À quelques détails près (toujours discutables et sans doute discutés), ces “marques” permettent d’identifier la diversité paysagère, culturelle et touristique de la France. Mais l’on sait que “le diable se cache dans les détails”, et c’est dans la découverte de ces “régions” que le bât blesse.

Un exemple vraiment au hasard (si, si !), l’Alsace !
On y découvre qu’il faut absolument aller voir Metz et Nancy ! 

Là franchement, c’est de la désinformation ! 
De plus le contenu éditorial s’avère encore pauvre et le calendrier n’affiche qu’une manifestation pour l’année 2018 ! Triste visage pour la plus belle région, sans chauvinisme aucun naturellement ! Chacun ira bien sûr “contrôler” sa destination…

Des partenariats sont en cours de finalisation avec les régions pour alimenter l’équipe éditoriale de France.fr. De même, un engagement clair d’Atout France pour puiser les infos régionales validées et qualifiées dans DATAtourisme semble déterminant pour l’avenir. Dès lors, gageons que ces défauts disparaîtront rapidement…

Ce site portail concentre la plupart des problématiques des sites de destinations. J’en ai évoqué seulement quelques unes et mon petit doigt me dit qu’un autre blogueur se fera un plaisir de poursuivre l’analyse à la lumière de vos réactions. 

 

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