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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur CRISPR/Cas9

Internet Actu - ven, 24/11/2017 - 12:00

CRISPR est sans doute LA grande révolution technologique de ces dernières années, mais ce n’est pas toujours facile de comprendre en quoi elle consiste. La petite vidéo suivante, réalisée par la Singularity University, a le mérite de clarifier les choses en moins de deux minutes. Bien sûr, elle est en anglais, mais il y a des sous-titres (anglais également, mais très aisés à comprendre).

MAJ : Nature a également réalisé une vidéo assez courte pour expliquer CRISPR/Cas9.

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David contre Goliath : le combat pour la visibilité des îles Féroé

Blog e-tourisme - ven, 24/11/2017 - 07:00
Capture d’écran, site Visit Faroe

Chers lecteurs, aujourd’hui je vous emmène tout au nord. Précisément entre l’Ecosse et l’Islande, dans une destination qui fait encore parler d’elle : les îles Féroé. Lancé contre le géant Google pour obtenir le “droit d’exister virtuellement”, Visit Faroe Islands est depuis 2 ans, l’expert des coups marketing bien rodés. Genèse d’un combat entre un petit territoire touristique et un géant de l’information en ligne.

Chapitre 1 |Avril 2016, David contre Goliath

Avril 2016, Visit Faroe Islands lance un blog avec comme but ultime : inciter Google à venir numériser les sentiers et voies publiques sur Google street view. La représentante du projet, Durita, nous explique dans sa 1ère vidéo que même le Mont Blanc a eu le droit à la venue du géant sur son sommet, mais que les îles restent toujours non explorées. 

Image, Visit Faroe Islands

C’est alors que Visit Faroe décide de prendre les choses en main. En effet, les îles sont habitées par des centaines de moutons qui sont libres de se promener sur le territoire. C’est la naissance de “sheep view 360”. L’idée ? Profiter de leurs balades bucoliques pour en faire des “reporters de territoires” un peu particuliers grâce à des caméras à 360 degrés.

Les visiteurs du site Visit Faroe ont pu admirer la beauté des paysages féroïens à dos de mouton ! En plus de ce “sheep view tour”, boosté par l’intérêt médiatique grandissant, Visit Faroe s’est lancé dans un “ship view tour” pour permettre aux internautes de contempler l’île par la mer.  Cette initiative originale a eu un impact sans précédent et le 31 août 2016 Google a finalement pris la décision de venir filmer les îles, équipé de sa fameuse voiture et de ses caméras embarquées.

Au terme de cette histoire qui prête à sourire,  les îles Féroé ont grandement gagné en visibilité grâce au travail des équipes dans le relais médiatique. De l’autre, Google a pu surfer sur la vague de ce buzz en délivrant les images tant attendues par les habitants !

Fin du combat, clap de fin, on pensait l’histoire terminée, et pourtant il n’en est rien !

Chapitre 2 |Octobre 2017, David (le retour)

Un an après, on prend les mêmes et on recommence ! Après Google street view c’est le service de traduction automatique Google translate que les îles Féroé veulent atteindre. Profitant du vide laissé par Google dans la traduction du féroïens (parlé par près de 70 000 personnes dans le monde), Visit Faroe a créé sa propre plateforme : Faroe Islands Translate.

Capture d’écran, Faroe Islands Translate

On y retrouve une interface volontairement très inspirée de Google qui nous propose 14 langues traductibles en féroïens. Mais ce n’est pas tout ! Cette fois ci, les habitants volontaires ont pu participer au projet en enrichissant la base de données de traductions. En dessous de la zone de saisie, vous retrouverez des dizaines de vidéos d’habitants nous délivrant leur traduction de phrases, d’expressions, de mots… Une manière visuelle de nous emmener dans leur quotidien et nous faire partager leur rôle d’ambassadeur de la culture féroïenne.

Capture d’écran, Faroe Islands Translate

La question que tout le monde se pose maintenant est : est-ce que Google intégrera le féroïen à son Google translate ? Coup marketing réussi  pour les îles qui réitèrent leur volonté d’exister sur l’un des moteurs de recherche les plus utilisé au monde. Ces actions médiatiques ont permis au îles de se créer une belle visibilité à l’international mais a aussi entrainé des résultats touristiques intéressants.

Depuis 2017, l’aéroport principal Vagar Airport a enregistré près de 112 000 arrivées sur le territoire, près de 10 000 de plus en 1 an selon Lonely Planet. Les compagnies aériennes s’intéressent de plus en plus à la destination, et le prix des billets baisse. Si la popularité des îles peut s’expliquer par la beauté de ses paysages, nul doute que l’explosion médiatique qu’attire Visit Faroe y est fortement pour quelque chose.

 

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Peut-on créer son propre univers ?

Internet Actu - mer, 22/11/2017 - 12:00

Certains cherchent à créer l’intelligence, d’autres, comme les biologistes de synthèse, veulent réaliser de nouvelles formes de vie. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas créer un univers entier ?

Une idée saugrenue, mais considérée comme envisageable – en théorie – par certains physiciens. La journaliste et écrivain scientifique Zeeya Merali (@littlebangtheor) a enquêté auprès de spécialistes de la mécanique quantique et en a tiré un livre A Big Bang in a Little Room : The Quest to Create New Universes ainsi qu’un article publié récemment dans Big Think (mais qui était auparavant paru dans Aeon).

La théorie a été émise la première fois en 1991 par Andreï Linde, de l’université Stanford, dans un papier intitulé l’art difficile de la création d’univers.

Pour réaliser cet exploit, il faudrait un accélérateur de particules bien plus puissant encore que celui du CERN. Il faudrait ensuite trouver une particule qu’on appelle un monopôle, c’est-à-dire ne possédant qu’une seule charge magnétique.

Si l’on donne suffisamment d’énergie à ce monopôle, explique Merali, ce dernier va grossir, entamer une « inflation » comme celle qui est survenue au début de notre propre cosmos, juste après le Big Bang. Et à partir de cette inflation, comme cela s’est produit chez nous, un nouvel univers pourra voir le jour.

Ce dernier risque-t-il de prendre notre place, de détruire tout sur son passage ? Absolument pas. Il se développera dans son propre espace. De notre côté, nous ne pourrons en percevoir que « l’entrée », un micro trou noir « si petit, nous dit Zeeya Merali, qu’il en sera absolument sans danger ». Et même ce minuscule point de contact finira par s’évaporer et disparaître.

La vidéo ci-dessous illustre la marche à suivre.

Mais du coup, pas la peine d’espérer que notre nouveau créateur d’univers pourra régner sur les créatures qui pourront y voir le jour ! Car une fois créé, l’expérimentateur perdra tout contrôle sur le monde qu’il aura fait naître.

Ce qui pose bien entendu une question éthique. Faut-il jouer à Dieu si on n’a même pas les moyens d’en prendre la responsabilité ?

Zeeya Merali est donc partie poser la question à divers spécialistes. Les avis peuvent être très divergents : pour Eduardo Guendelman, de l’université Ben Gourion en Israël, un chercheur qui travaille sur cette notion de « bébé-univers », c’est comme lorsqu’on décide de faire des enfants, on accepte que leur vie possède son lot de souffrances. Pour Nobuyuki Sakai de l’université Yamaguchi au Japon, l’un des spécialistes des fameux « monopôles », il faudra s’en inquiéter. Mais comme la mise en pratique de ce genre de théorie ne pourra pas se produire avant un avenir lointain, ce n’est pas pour lui le moment de se torturer avec des questions éthiques, cela viendra plus tard. Pour Anders Sandberg de l’Institut pour le futur de l’humanité d’Oxford, la création de formes de vie intelligentes est intrinsèquement positive et s’apparente donc à un impératif moral.

Puis reste l’interrogation théologique. Andreï Linde avait déjà posé la question, en forme de boutade dans son papier de 1991 ; et si notre propre univers avait été créé en laboratoire ? Cela renouvellerait-il l’idée de Dieu ? Pour le physicien chrétien Don Page, de l’université d’Alberta, également interrogé par Merali, il y a une différence fondamentale : Dieu, explique-t-il, aurait créé notre univers ex nihilo, c’est-à-dire à partir de rien du tout, et pas en utilisant un équipement de laboratoire sophistiqué !

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[Vie du GIS] Une nouvelle direction collégiale pour le GIS M@rsouin

Bretagne - MARSOUIN - mar, 21/11/2017 - 10:01

Nouvelle direction collégiale pour le GIS M@rsouin

Le groupement d'intérêt scientifique M@rsouin se dote d'une direction collégiale pour orchestrer les activités de ce réseau breton de chercheurs en sciences sociales travaillant sur les transformations numériques de nos sociétés. Via le choix d'une direction collégiale, M@rsouin réaffirme son identité résolument réticulaire et interdisciplinaire : ce n'est plus d'une, mais de trois institutions qu'émanera la mise en œuvre concrète des grandes orientations choisies par le conseil scientifique du GIS (au sein duquel chaque institution dispose d'au moins un représentant). Gestion de l'observatoire du GIS, développement de partenariats, représentation au sein de différentes instances, gestion des relations avec les membres du réseau sont autant de missions pour cette nouvelle direction.

« Nous souhaitons mettre à profit les quinze premières années d'existence du GIS, qui ont permis de structurer le réseau et de l'ancrer sur le territoire breton, pour développer de nouveaux partenariats au niveau local, national et international, avec différents acteurs : chercheurs, bien sûr, mais aussi décideurs publics ou acteurs privés. », expliquent les nouveaux directeurs

Cette direction collégiale est composée de Nicolas Jullien, maître de conférences en économie à IMT Atlantique, Pascal Plantard, professeur en sciences de l'éducation à l'université de Rennes 2 et Thierry Pénard, professeur en économie à l'université de Rennes 1. Ils prennent la suite de Godefroy Dang Nguyen qui a dirigé le groupement d'intérêt scientifique (GIS) depuis sa création, par le Conseil régional de Bretagne, en 2002.

Principalement financé par le Conseil régional, le GIS M@rsouin a deux missions :
Fédérer à l'échelle de la Bretagne la recherche en sciences humaines et sociales portant sur les usages numériques et les transformations socio-économiques qu'ils induisent
Réaliser des enquêtes régulières pour mesurer les évolutions des usages numériques des ménages, des collectivités locales et des entreprises, et d'autres publics, en fonction des projets conduits.

L'originalité de M@rsouin repose sur la mise en réseau d'équipes multi-disciplinaires en sciences humaines et sociales qui partagent un intérêt commun pour les bouleversements opérés par le numérique. M@rsouin permet à ses chercheurs de mutualiser des outils : expertises méthodologiques, d'une part, et structures de soutien à la recherche d'autre part.

L'Observatoire de M@rsouin : des enquêtes sur les usages numériques
Outre les 200 chercheurs membres du réseau M@rsouin, l'équipe de l'Observatoire des usages numériques, basée sur le campus brestois d'IMT Atlantique , coordonne ces différentes missions : montage des enquêtes en lien avec les chercheurs, organisation de séminaires, appel annuel à projets de recherche, mise en réseau, publications à destination du grand public, valorisation des travaux de recherche et des données d'enquête, etc.

Depuis 2015, M@rsouin représente la France au Word Internet Project, projet international collaboratif de recherche associant des institutions de plus d'une trentaine de pays sur tous les continents. Il est né au Center for Communication Policy de l'UCLA (Université de Californie à Los Angeles) et a été fondé avec l'École NTU (études de la communication) de Singapour et avec l'observatoire Osservatorio Internet Italia de l'Université Bocconi de Milan (Italie). Le réseau WIP rassemble des centres de recherche qui consacrent leurs travaux à l'analyse des transformations sociales, économiques et politiques liées à l'évolution des usages numériques et réalisent régulièrement des enquêtes sur les usages numériques auprès d'un échantillon représentatif de la population de leur pays.
L'objectif principal du WIP est de s'accorder sur une batterie de questions communes à intégrer dans ces enquêtes nationales, afin de se doter d'indicateurs comparables à l'échelle internationale.

Quelques enquêtes récentes
Parmi les dernières enquêtes réalisées par l'Observatoire de M@rsouin, les PME bretonnes et les artisans bretons ont été la cible d'enquêtes réalisées par téléphone respectivement en 2015 et en 2017.
Une enquête en ligne sur les usages de la consommation collaborative a été conduite en 2016 auprès d'un échantillon représentatif de la population française.
Toujours à l'échelle nationale, une enquête a été réalisée en 2016 dans le cadre du projet ANR Capacity, qui vise à confronter les promesses de l'empowerment par les outils numériques à la réalité des usages et des bénéfices tirés par les utilisateurs de ces outils. Le questionnaire a été administré en face-à-face à domicile à un échantillon de 2000 personnes, représentatif de la population française. L'enquête a été co-financée par l'Agence du Numérique.
Autre enquête d'ampleur, les usagers du Wikipedia francophone ont été invités à répondre à un questionnaire accessible depuis une bannière mise en place sur les pages de l'encyclopédie en ligne grâce à un partenariat avec Wikimédia fondation France. Plus de 16 000 personnes ont ainsi répondu à des questions portant sur leurs usages de l'encyclopédie.

Nos données en Open Data sur la plateforme Shiny M@rsouin
Dans le cadre de sa politique d'Open Data, M@rsouin met à disposition du public ses données d'enquête anonymisées sur la plateforme Web Shiny M@rsouin.
Celle-ci ne donne pas seulement accès aux données brutes, mais permet aussi de visualiser les données d'enquête M@rsouin, et de réaliser des graphiques exportables. Elle s'adresse à tous : collectivités, entreprises, chercheurs, étudiants, associations, etc.
https://marsouin.shinyapps.io/ShinyMarsouin

Les établissements de recherche membres du GIS


Les principaux partenaires du GIS M@rsouin

Quelques nouveautés en « computation biologique »

Internet Actu - mar, 21/11/2017 - 07:00

Fusionner la biologie et l’informatique est une tendance très forte ces dernières années. Après tout, qu’est-ce que le fameux « deep learning » et ses réseaux de neurones dont on nous rebat les oreilles ces temps-ci, sinon une tentative de créer un modèle (très simplifié) des neurones biologiques au sein d’une machine ?

En gros, il peut exister plusieurs approches différentes de ce qu’on appelle la biologie computationnelle. La première cherche à utiliser le matériel biologique lui-même comme support d’information et de calcul. La seconde consiste à observer des comportements existant dans la nature pour par exemple créer de nouveaux algorithmes.

Dans le premier domaine, des chercheurs ont réussi à créer des systèmes logiques assez complexes au sein d’une cellule, tandis que d’autres utilisaient l’ADN comme support de stockage de l’information. Côté algorithmique, les fourmis restent une source d’inspiration inépuisable.

Vers la « ribocomputation »
Il y a eu pas mal de tentatives ces dernières années pour intégrer divers systèmes computationnels basés sur notre ADN dans la machinerie de nos cellules. Toute l’entreprise des biobricks par exemple se base sur une possible analogie entre le code génétique et un programme d’ordinateur. Mais jusqu’ici, les techniques utilisées n’ont pas donné de résultats très efficaces, pour (au moins) deux raisons : la première était qu’elles fonctionnaient dans un tube à essai, mais pas à l’intérieur d’une cellule. Ensuite, les « circuits logiques » ainsi implémentés étaient bien trop simples.

L’équipe constituée par Alexander Green de l’Institut de biodesign de l’université de Tempe en Arizona, avec des collègues de Harvard, a réussi à surmonter ces deux obstacles explique Nature en procédant d’une manière inédite : justement, en n’utilisant pas l’ADN.

Comme l’explique très bien Singularity Hub, le gros problème, avec l’ADN, c’est qu’il se situe à deux degrés de distance de la fabrication des protéines, sur laquelle on est censé agir.

En effet, au sein de la cellule, les gènes, basés sur les fameuses 4 bases A, C, G, T produisent tout d’abord une macromolécule intermédiaire, l’ARN, basé elle aussi sur un code très proche de l’ADN, avec une différence : à la place de la Thymine (T), on trouve une autre molécule, l’Uracile, notée U. L’ARN est une « simple hélice », en contraste avec la fameuse « double hélice » de l’ADN.

Cet ARN une fois synthétisé par le gène se rend dans un lieu spécial de la cellule, le ribosome, véritable « usine à protéines ». Les molécules d’ARN attirent alors les acides aminés qui forment une protéine. Les protéines sont les véritables briques de la vie.

L’équipe de recherche a donc eu l’idée de travailler directement sur cet ARN. En bidouillant ce dernier, on est plus aisément en mesure de contrôler les choses qu’en agissant sur la molécule « mère ». Ce qui permet de s’assurer qu’il existe moins de risques que le système artificiel conçu se comporte de manière inattendue, et donc rendre plus aisée la création d' »ordinateurs » biologiques un peu complexes.

L’astuce, c’est de pouvoir créer une séquence particulière d’ARN qui ne s’activera qu’à la suite d’un ordre spécifique. Autrement dit, de créer un interrupteur.

L’équipe a commencé par synthétiser une séquence artificielle d’ADN qu’ils ont inséré au sein d’une bactérie E. coli. Le rôle de cet ADN n’est donc pas de générer une protéine, mais de créer un brin d’ARN qui contiendra le « code » nécessaire aux opérations suivantes.

Ce brin d’ARN, nous précise IEEE Spectrum, possède une caractéristique originale. En effet, nous dit le magazine, il ne contient pas uniquement du code pour générer une protéine, mais également des parties « logiques ». Cela signifie que l’ARN n’entrera en fonction que s’il reçoit des « inputs », qui l’autorisent à le faire. Ceux-ci sont d’autres brins d’ARN, qui peuvent être introduits dans la cellule ainsi modifiée.

Cette technique permet de créer des systèmes assez complexes constitués d’une multitude de ces « interrupteurs ». L’équipe de Green a réussi, à l’aide de cette méthode, à faire produire une protéine fluorescente par l’E. coli.

Pour l’instant, a expliqué Green à IEEE Spectrum, on n’a pas encore d’applications pratiques de ce genre de technologie, qu’il nomme la « ribocomputation » mais on peut imaginer pas mal de choses, par exemple : « Vous pourriez télécharger un circuit biologique dans les cellules de votre corps pour vous protéger contre les virus ou empêcher le développement du cancer ». Ainsi, continue la revue, « si le corps acquiert des substances cancéreuses ou virales, les cellules pourraient être programmées pour les stopper, synthétiser un médicament, ou activer le système immunitaire, au lieu de permettre à la maladie de se propager« .

Dans le même ordre d’idées, et encore d’après IEEE Spectrum, une équipe de Harvard s’est essayée à utiliser l’ADN non comme un système computationnel, mais comme un moyen de stocker des données. Ces chercheurs de Harvard ont ainsi réussi (en utilisant l’inévitable CRISPR) à stocker au sein d’un E. coli un petit film composé d’images Gif de 36×26 pixels. Jusqu’ici, on avait déjà réussi à utiliser l’ADN comme support de stockage, mais c’était dans un tube à essai et c’est la première fois en revanche qu’on réussit à placer des données dans un être vivant complet. Quelle utilité ? Selon Seth Shipman, qui a dirigé ce travail, « Pour l’instant, nous donnons à l’ADN des informations que nous connaissons. Nous voulons enregistrer des informations que nous ne connaissons pas ».

En effet pour l’instant les chercheurs fournissent les données, comme dans ce cas, le petit film ; une telle technique pourrait servir à enregistrer « l’historique » des activités d’une cellule, ce qui constituerait une mine de renseignements précieuse.

les fourmis : pas très rapides, mais efficaces
Certains disent que les fourmis seraient peut-être à l’origine du protocole TCP/IP comme nous le racontions dans nos colonnes dans un article sur l’entomologiste Deborah Gordon, qui a d’ailleurs développé le concept d’anternet (internet des fourmis). Deborah Gordon s’est cette fois intéressée à une espèce particulière de fourmis, nommées les céphalotes, ou fourmis-tortues, et dont Physorg nous précise qu’elles possèdent une tête « à la Darth Vador ».

Le travail portait sur une question particulière sur les pistes des fourmis. On sait que celles-ci vont chercher et ramènent la nourriture en suivant des phéromones laissées par leurs congénères. Il existe pas mal de programmes de simulation du phénomène, par exemple en netlogo. Mais elles n’ont pas encore révélé tous leurs mystères et de plus, il existe un très grand nombre d’espèces de fourmis, chacune vivant dans un environnement particulier, et développant, grâce aux contraintes de leur milieu, des réponses spécifiques.

Les céphalotes vivent exclusivement dans les arbres. Elles créent au sein de la canopée un réseau complexe de pistes reliant les nids entre eux, et s’étendant vers l’extérieur pour la recherche de nourriture.

Mais ce monde arboricole est un environnement beaucoup plus aléatoire que la terre ferme.Il arrive que des branches se cassent ou tombent. Comment donc les fourmis se débrouillent-elles pour « réparer » leur réseau ? Pour ce faire, Gordon et son équipe ont observé le comportement des animaux et ont effectué certaines expériences, comme par exemple couper une branche sur un passage fréquenté.

Il est apparu que la fourmi ne cherchait pas à suivre le chemin le plus court. Au contraire elle lui préférait celui qui possédait le moins de croisements, d’interconnexions possibles, afin de minimiser les moments où elle devait prendre une décision. Lorsqu’elle arrive à une interruption, comme une branche cassée, elle retourne simplement à l’interconnexion précédente et emprunte une autre voie. Le réseau étant très complexe et l’environnement très riche, il est possible d’aller d’un point à un autre de manière différente. Les travaux de Deborah Gordon avaient déjà montré que les fourmis tendent toujours un peu à adopter des comportements peu « optimisés » mais extraordinairement résilients. Comme elle l’avait déclaré dans sa conférence Ted : « Quand vous observez les fourmis, vous finissez par vouloir les aider, parce qu’elles ne font jamais rien comme elles devraient le faire selon vous. Donc ces contacts aléatoires ne donnent rien de parfait. Mais ça marche plutôt bien. Les fourmis sont là depuis plusieurs centaines de millions d’années. »

Un tel procédé pourra-t-il s’avérer utile pour nos technologies, par exemple en fournissant un moyen pour des « agents » virtuels ou réels de contourner les failles d’un réseau ? En tout cas, en matière d’algorithmique, la nature a encore beaucoup à nous apprendre !

Rémi Sussan

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Questionnements sur le mimétisme, le confort et les illusions… Ou encore: Un texte sans graphique, image ou chiffre…

Blog e-tourisme - mar, 21/11/2017 - 03:00

E-tourisme… Il m’arrive parfois de me demander : vraiment? A-t-on réellement vécu une révolution numérique? Que s’est-il passé réellement? Sommes-nous d’un meilleur calibre que nous l’étions dans la dernière décennie? Est-ce que les promesses ont été tenues? Tout ça pour ça!?

Elle est où, la révolution?

Dans tous mes voyages, je me rends dans des aéroports surachalandés où je panique à l’idée de louper mon vol à cause de la sécurité, où je rejoins une barrière qui change à tout coup à la dernière minute, je m’assois dans un siège trop petit, l’avion part à tout coup avec du retard, il possède encore et toujours deux ailes. Arrivé à destination, j’attends en vain pour un taxi qui me coûte une fortune, je me rends à un hôtel où (étonnamment) je trouve une chambre avec un lit, une toilette, de l’eau chaude… Je me rends dans des restaurants où un serveur me tend un menu, dans lequel je choisis un plat, qui sera préparé par le chef dans sa cuisine. Je me rends dans des attraits où je paye à l’entrée avec ma carte bleue. Je rejoins des amis/collègues pour l’apéro, et ça recommence le lendemain. Bref, retour vers le futur en 1950… Plus ça change, plus c’est pareil. 

Parallèlement, mon boulot m’amène à réfléchir avec les OGD sur l’avenir du tourisme. Et qu’est-ce qui occupe concrètement le temps de OGD? Redéfinir les priorités, faire des tonnes de réunions, répondre à des quantités industrielles de mails, blâmer les élus, faire des apéros (ça ressemble aussi à mes voyages, étrange!), tenter de motiver les prestataires, dire à tous qu’on aime bien les startups (on envie tous leur milieu de travail cool) mais les trouver au fonds de soi bien chiantes et prétentieuses, se dire que c’était mieux avant. Qu’est-ce qui motive réellement les dirigeants de ces mêmes OGD ? Trouver du temps pour mener tous les dossiers qui leurs sont impartis, trouver leur voie dans les relations avec les locaux / la région / le national / la fédération et les collègues des territoires adjacents. Est-ce là une motivation réelle et valable? A-t-on encore de route perdu de vue le sens de notre action et de nos structures?

Mais à quel moment définissons-nous – une fois pour toute (ou pour cinq ans, soyons réalistes) – ce très complexe système qu’est le tourisme et identifions-nous le schéma de l’action collective optimale, à tous les niveaux !? Est-ce possible d’y arriver ? En menant des assises annuelles, et assistant à des conférences ? Il faudra imaginer bientôt un moyen de co-construire notre écosystème touristique national en temps réel et en continu. Les façons de faire actuelle occupent beaucoup de temps, mais ne donnent que peu de résultats.

Je crois sincèrement qu’on peut y arriver, qu’on doit y arriver. Mais ça prendra des efforts colossaux, de la bonne volonté à profusion et une remise en question (une remise à plat) de tout ce qu’on fait, de tout ce qu’on sait… Pour ce faire, il nous faudra aussi revoir les jeux de base… J’écoutais récemment au Québec– pour une quatrième fois en 2017, et avec un plaisir croissant – l’ami Pierre Eloy parler du sens des métiers de l’accueil. Il interpelle le réseau d’accueil sur le sens profond du tourisme, le sens du métier, le retour aux valeurs de base (qu’on a oublié en professionnalisant les métiers et les processus). Mais c’est facile de parler aux gens de l’accueil, ils sont polis et gentils, et ne feraient pas de mal à une mouche… Mais les cadres du tourisme, eux, on les questionne? Se questionnent-ils? Se questionnent-ils collectivement sur les bonnes choses? Leur permettons-nous de le faire avec toute la sérénité et la lucidité nécessaire!?

Comment pouvons-nous encore – sans rire – implanter de ci, de là, des éléments bêtement tactiques, en les présentant comme des fondamentaux? Peut-on réellement discourir à savoir lequel d’Instagram ou de Snapchat est le plus à même d’aider un territoire touristique à performer? Le tourisme se résumerait-il désormais à des considérations aussi triviales, pour ne pas dire insignifiantes?

La seule révolution des cinquante dernières années est essentiellement démographique (croissance phénoménale de la natalité mondiale et montée de la classe moyenne) et technologique (productivité accrue) et, disons-le franchement, la filière touristique n’a rien du tout (ou si peu) à voir là-dedans. Cherchons ailleurs le sens à notre action.

Mimétisme, ou comment justifier (légitimement) son travail

L’humain a besoin de trouver un sens à son action. En l’absence de certitudes, il se construit des références mentales pour expliquer (ou justifier ?) son action, ou son inaction… C’est bien là la nature humaine, on n’y échappe pas. Un autre mécanisme de survie se présente dans le mimétisme : lorsque l’humain – en milieu professionnel – ne sait pas trop quoi faire ou ce qui est attendu de lui (par ses pairs, par ses patrons, par ses instances), il cherchera la réponse dans le comportement de ses pairs qu’il cherchera à imiter, et il y cherchera aussi des confirmations (lire sur ce sujet la passionnante théorie des conventions de Pierre-Yves Gomez).

C’est une chose d’expliquer le comportement des patrons dans un contexte de gestion, mais c’en est une autre de chercher (et de trouver, idéalement) le sens à l’action de ces mêmes organisations. Pour ce faire, il faut revenir aux concepts de base de mission (à quoi on sert), d’objectifs (quels résultats désire-t-on atteindre) et d’orientations (comment y parviendrons-nous et avec quelles ressources). La base repose donc avant tout sur l’identification de l’état présent et de l’état recherché. Cela repose nécessairement sur un diagnostic. Mais deux erreurs fondamentales surviennent presque à tout coup lors de ce même diagnostic en tourisme.

La première est de s’approprier le diagnostic d’une autre destination (facile!) et ensuite de lui piquer son traitement! Pourtant, accepterions-nous, comme patient à l’hôpital, que les médecins nous prescrivent le même protocole de traitement ou les mêmes interventions chirurgicales que tous les patients entrés le même jour à l’hosto, sous prétexte que le diagnostic doit être plus ou moins le même!? Bien sûr que non! C’est pourtant ce qu’on fait en additionnant les emprunts à gauche et à droite à nos collègues des autres régions, comme si le one size fits all existait en matière de tourisme!

Mesure-t-on, dans le réel, l’incidence de nos actions sur la venue (ou non) des touristes sur notre territoire ? Le diagnostic est au coeur de la gestion stratégique: déterminer les caractéristiques propres et uniques à la destination pour identifier par la suite le plan d’intervention (marketing, développement ou autre) adéquat. Le marketing nous invite à évaluer les taux de conversion. Le fait-on réellement? Le fait-on bien et pour les bonnes raison? Pouvons-nous réalistement évaluer le poids et la valeur de nos actions dans les résultats enregistrés sur nos territoires?

La seconde erreur est de s’attarder aux choses futiles, pour occuper le temps et démontrer qu’on ne chôme pas (non monsieur, loin de là). Si un patient souffre d’un cancer du pancréas en phase terminale, combien de temps le médecin perdra-t-il à s’intéresser à son ongle incarné? Nous sommes parfois tellement obnubilés par les détails secondaires (ou tertiaires) – parce que ce sont les sujets du jour dont tout le monde parle – que nous perdons de vue les aspects fondamentaux de notre destinations et de ses particularités. En cherchant des recettes faciles et imitables, nous perdons de vue la spécificité de notre territoire, ces mêmes caractéristiques qui devraient pourtant présider à sa gestion et à la mise sur pied de sa gouvernance.

L’enfer, c’est les autres

Comment se fait-il que les enjeux de centralisation et de décentralisation fassent encore rage en 2017 ? Pourquoi répliquer à l’échelle la plus petite d’un territoire ce que la structure supérieure fait ? Pourquoi toujours le discours lancinant de « nous ne sommes pas pris en considération par les paliers supérieurs » ? Pourquoi ne pas établir une bonne fois le projet du territoire en amont et en aval ? Si les objectifs sont clairs et si les résultat attendus sont fixés et co-développés (oui oui, c’est possible), pourquoi ça ne fonctionnerait pas?

«Concertez-nous» : voilà le nouveau slogan que j’entend toutes les semaines ! Nous sommes encore en attente d’un sauveur qui nous prendra en charge, qui trouvera toutes les solutions, et que nous pourrons suivre avec confiance, les yeux fermés. Soyons lucides: cela n’arrivera pas. Aucun ministre du tourisme ne pourra résoudre cette quadrature du cercle de la gouvernance du tourisme, ni aucun autre sauveur hypothétique. Nous sommes condamnés à y parvenir par nous même, avec nos propres moyens. Et, comble de malheur, le changement possède la fâcheuse propension à se matérialiser par superposition et non pas par substitution. Bref, ce sera pas d’la tarte…

Questionnons-nous : avons-nous trouvé le temps de faire entrer l’innovation dans nos réflexions, dans nos actions et sur nos territoires ? Est-il normal que le train train quotidien – bien sûr rassurant – et le manque de temps – qui donne l’impression d’être vivant – nous fassent perdre de vue l’essentiel? Nous créons des routines – c’est humain – pour fonctionner. Nous avons besoin pour fonctionner d’une certaine stabilité, d’une certaine répétition. L’humain a besoin de confort. Mais il faut prévoir des moments de disruption, de mise en danger. Il faut institutionnaliser la disruption! Pouvons-nous faire la promesse à nos parties prenantes de les surprendre au moins une fois par année ? S’obliger à penser «en dehors de la boîte»? D’imaginer de nouveaux partenariats, de les tester, d’en faire des projets pilotes au bénéfice de tous les autres?

Je n’ai que peu de solutions à vous proposer. Mais j’ai l’intime conviction que le tourisme occidental est à une croisée des chemins. Si nous n’inventons collectivement pas le tourisme de demain, sa gouvernance et ses nouveaux rôles, j’ai bien peur que nous serons rapidement déclassés par nos collègues touristiques de l’Asie, qui sont plus structurés, plus stratèges, plus systématiques et – surtout – plus nombreux. Et qui savent compter! Les nouveaux standards du tourisme mondial et de son développement sont-ils en train de nous glisser lentement entre les doigts?

À méditer d’ici Noël… Ho ho ho!

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Solutions vidéo pour les Nuls

Blog e-tourisme - lun, 20/11/2017 - 07:00

Les solutions de montage de vidéos sont nombreuses. A commencer par les outils classiques Windows Movie Maker, Power Director, iMovie devenu gratuit pour les iPhone récents, et parmi les plus élémentaires Adobe Premiere Clip. Bien d’autres sont à disposition. Mais au-delà des qualités de chaque logiciel, ce qui peut compter c’est la facilité d’usage en extérieur et donc à partir de l’écran du smartphone. On pense notamment aux événements qui méritent d’être tournés, montés, diffusés rapidement.

A ce jeu, iMovie pour les détenteurs d’iPhone est tout à fait adapté, de même, m’indique-t-on Kinemaster Pro pour les détenteurs de mobiles tournant sous Android.

Mais d’autres solutions, gratuites, sont à disposition pour faciliter le tournage et le montage en direct sur son smartphone : 

  • VivaVideo : copier, couper, coller, piste audio, éditeur de titres et des textes, autocollants, filtres, les possibilités sont nombreuses et l’outil est d’un maniement aisé. Bien évidemment en version gratuite le logo VivaVideo s’affiche. La solution VivaVideo est disponible dans l’App Store et sous Android.
  • Dernier arrivé, l’assistant réalisateur de poche, comme ses concepteurs l’ont nommé, Makidoo.
Un éditeur facilitateur

 

Dans sa version gratuite, sous iOS pour l’instant, cette solution est tout à fait avantageuse pour les Nuls en Vidéo. Des scenarii pré-établis (15 moments de vie) et correspondant à des situations courantes (recettes, mariage, objet à vendre, soirée, carnet de voyage…) proposent des ordres d’assemblage de bouts de films à la durée et au plan pré-déterminés.

Autrement dit l’utilisateur a un programme à tourner constitué de plans serrés, larges, moyens, évoluant entre 00:02 et 00:04 secondes. Il a le choix de musiques pour le générique et son film, après prévisualisation, peut être exporté, bien que cette fonction ne soit pas immédiatement mise en valeur : il faut balayer son écran de visualisation pour trouver un onglet partager bien discret.

C’est une bonne solution pour filmer et monter rapidement en situation d’événement. Une recommandation, ne pas être trop ambitieux en nombre de plans et bien les enchaîner dans l’ordre proposé, pas comme ce que j’ai fait sur cet essai lors d’une promenade pédestre à Arcangues, charmant village du Pays Basque, passant de manière aléatoire d’un plan à un autre et décousant ainsi la progression dans le cheminement. Baissez le son car la musique téléchargée parmi les propositions de l’appli n’a jamais supporté l’exportation, faiblesse endémique de la solution. Idem pour un précédent test.

Bilan technique

On peut ensuite l’exporter en différentes définitions. En 1080p (affichage full HD) la qualité de l’image est bonne, mais cela tient aussi à la caméra du smartphone. Le partage est liée à la durée de la vidéo, en dessous de 60 secondes, c’est parfait pour Instagram, mais dans le cas présent Instagram est certes proposée mais les 16 plans à filmer constituent un tout trop long.Facebook est la destination la plus naturelle. Quoique ! Ayant réalisé deux vidéos en test et les ayant chargées sur Facebook, l’une samedi dernier et l’autre dimanche, j’attends toujours leur dépôt sur mon profil ! Une validation interne est certainement programmée, car si le partage sur Facebook n’est immédiat (un petit message indique que la vidéo sera partagée), cela freine pour une diffusion immédiate lors d’un événement. Deux types d’abonnement tarifés sont proposés pour augmenter les services. Ces imperfections seront certainement rapidement corrigées.

Des scenarii pré-établis c’est bien, mais pour moi une histoire commence par un début, passe par un milieu, se termine par une fin et ce n’est pas un outil qui doit prendre la main sur l’homme. Le transfert sonore n’a pas été conforme au résultat escompté. Le nombre de séquences, 16 pour les sujets liés au modèle Carnet de Voyage, c’est trop : je l’ai constaté sur mes deux tests, on cherche les plans pour une balade. En revanche ça doit être satisfaisant pour résumer un voyage ou un week-end riche en découverte. Et comme le montage est automatique, son avantage indéniable, pas de possibilité de manoeuvre sur le sujet, avec par exemple des fondus d’un plan à un autre. A part ça, une très bonne solution…solutionnant le montage et épaulée par des tutoriels bien réalisés.

Deux autres outils vidéos méritent intérêt, pour des fonctions plus abouties :

  • Kinemaster est une application pour monter ses vidéos sous Android
  • Filmic Pro Mobile Video est une appli caméra très performante pour iOS. Vous pouvez en découvrir les subtilités à partir d’un bon tutoriel vidéo consacré à cette solution vendue 16,99 euros.

 

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Résister à la réduction : un manifeste

Internet Actu - ven, 17/11/2017 - 06:00

Joi Ito (@joi), le patron du Media Lab du MIT (voir nos récents articles : « L’avenir est-il à l’antidisciplinarité ? » et « Vers l’intelligence étendue ? ») vient de publier un très intéressant manifeste intitulé « Résister à la réduction ». Pour lui, explique-t-il nous sommes menacés par une réduction de sens et de valeur.

S’inspirant de Norbert Wiener et notamment de Cybernétique et société (dont la traduction littérale du titre originel serait plutôt « L’usage humain des êtres humains »), le paradigme de notre civilisation s’est simplifié tant et si bien qu’il a perdu de vue ses missions d’origines. La valeur et la complexité se sont concentrées de plus en plus sur la priorisation d’une croissance financière exponentielle, menées par des entreprises à but lucratif qui n’ont cessé de gagner autonomie, droits, pouvoir et influences sans aucune régulation. Le comportement de ces entités est devenu un cancer, avance-t-il sans ambages. Alors que les cellules saines régulent leur croissance et répondent à leur environnement, les cellules cancéreuses, elles, optimisent leur croissance sans contrainte et se propagent sans tenir compte de leur fonction ou de leur contexte.

Le monde n’est pas domptable

« L’idée que nous existons pour le bien du progrès et que le progrès exige en retour une croissance sans contrainte et exponentielle est le fouet qui nous fouette. Les entreprises modernes sont le produit naturel du paradigme du marché libre du système capitaliste. Norbert Wiener lui-même d’ailleurs appelle les entreprises des « machines de chair et de sang » et l’automatisation des « machines de métal ». Les nouvelles espèces de méga-entreprises que produit la Silicon Valley – les machines de bits – sont développées et gérées en grande partie par des gens qui croient en une nouvelle religion : la Singularité. Cette nouvelle religion n’est pas un changement fondamental de paradigme, mais plutôt l’évolution naturelle du culte de la croissance exponentielle appliquée au calcul moderne et à la science. Et l’asymptote de la croissance exponentielle du pouvoir du calcul est l’intelligence artificielle.

La notion de Singularité – c’est-à-dire l’idée que l’intelligence artificielle va supplanter les humains par sa croissance exponentielle – est une religion créée par des gens qui ont l’habitude d’utiliser le calcul pour résoudre des problèmes jusqu’à présent considérés comme impossibles à résoudre par des machines complexes. Ils ont trouvé un partenaire idéal avec le calcul numérique – un système de pensée connaissable et contrôlable qui s’améliore sans cesse dans sa capacité à maîtriser et traiter la complexité, conférant richesse et pouvoir à ceux qui la maîtrisent. Dans la Silicon Valley la combinaison de think tank et le succès financier du culte de la technologie ont créé un système de rétroaction positif qui a peu de disposition à la régulation. Alors qu’ils n’aiment pas qu’on compare leurs croyances à une religion et affirment que leurs idées sont basées sur la science et les preuves, ceux qui embrassent la Singularité s’engagent (…) surtout et d’abord à atteindre leur vision.

Les Singularitatiens croient que le monde est connaissable et simulable par ordinateur et que les ordinateurs seront capables de traiter le désordre du monde réel, comme ils résolvent bien d’autres problèmes qu’on ne pensait pas jusqu’à présent pouvoir être résolus par des ordinateurs. Pour eux, ce merveilleux outil, l’ordinateur, a si bien fonctionné qu’il va continuer à fonctionner pour tous les défis que nous lui adresserons, jusqu’à transcender les limites connues et que nous atteignons une sorte de vélocité pour nous extraire de la réalité. L’IA remplace déjà les humains dans la conduite automobile, le diagnostic de cancer ou la recherche de documents judiciaire. Pour eux, l’IA va continuer ses progrès sans fin jusqu’à fusionner avec nos cerveaux et devenir une super-intelligence toute puissante. »

Reste que pour Ito, l’idée qu’une intelligence supérieure sera demain capable de résoudre tous les problèmes est une vision « désespérément naïve ». « Plus de calcul ne nous rend pas plus intelligents, mais seulement plus puissants en terme de capacité de calcul ». Pour que la Singularité ait un résultat positif, il faut croire que, si on lui donne assez de pouvoir, le système saura d’une façon ou d’une autre comment se réguler. Le résultat final serait si complexe que nous humains ne serions pas en mesure de le comprendre, mais qu’il le comprendrait et le résoudrait par lui-même. En fait, cela ressemble un peu à la planification de l’ex-Union soviétique, ironise Ito, mais avec une information totale et un pouvoir illimité, deux conditions qui nous seront difficilement acceptables. Si certains Singularitariens ont une vision plus distribuée de ce futur, reste que tous pensent qu’avec suffisamment de pouvoir et de contrôle le monde est domptable.

Il nous faut refuser le réductionnisme utilitariste

Les Singularitariens croient dans les courbes exponentielles, des courbes de rétroactions positives sans limites. Mais ceux qui ne sont pas dans cette bulle explicative, croient plutôt en des courbes en S, à savoir que le monde s’adapte et s’autorégule. Pour Ito nous sommes là face à un réductionnisme insoutenable. Quand le psychologue BF Skinner a découvert le principe du renforcement, nous avons pu construire de nouvelles formes d’apprentissage depuis ses théories. Mais il a fallu du temps pour comprendre que les approches comportementalistes ne fonctionnent que pour un éventail restreint de formes d’apprentissages. L’eugénisme n’a cessé de simplifier le rôle de la génétique, cherchant toujours à fournir une vision scientifique réductionniste de la génétique, imaginant que nous pourrions « réparer l’humanité » en favorisant la sélection naturelle. Et les échos de l’eugénisme continuent leurs ravages aujourd’hui en tentant sans cesse de lier la génétique avec le tabou de l’intelligence.

Pour Ito, nous devrions apprendre de notre histoire et résister au réductionnisme utilitariste de la science. Einstein disait que « tout devrait être aussi simple que possible, mais pas plus simple ». Et Ito d’en appeler à refuser le réductionnisme du monde. « Nous devons embrasser l’inconnaissable – l’irréductibilité – du monde réel que les artistes, les biologistes et tous ceux qui travaillent dans le monde désordonné des arts et des sciences humaines avec lesquels ils sont familiers, connaissent ».

La cybernétique de Wiener a été écrite à une époque où il était plus facile de croire que les systèmes pourraient être contrôlés et limités. A cette époque, les ingénieurs et les scientifiques pouvaient encore comprendre ce qu’il se passait dans leurs systèmes.

« Il est bien évident aujourd’hui que la plupart de nos problèmes – changement climatique, pauvreté, obésité, maladies chroniques, terrorisme… – ne peuvent être résolus simplement avec plus de ressource ou par un plus grand contrôle. Notamment parce qu’ils sont le résultat de systèmes adaptatifs complexes qui sont eux-mêmes les résultats d’outils utilisés pour résoudre des problèmes du passé, comme la construction d’une productivité sans fin et nos tentatives à contrôler toutes choses »

.

Mais la cybernétique a changé. Aujourd’hui, elle est celle de systèmes complexes auto-adaptatifs, où l’observateur lui-même fait partie du système, comme le dit le chercheur Kevin Slavin (@slavin_fpo), fondateur du programme Playful Systems au Media Lab, en défendant conception comme participation. Nous appartenons à un monde de systèmes interconnectés, complexes, auto-adaptatifs, à différentes échelles et dimensions, intriqués les uns dans les autres et qui rendent inséparable la position de l’observateur et du concepteur. Plus nous introduisons de machines dans le système, plus elles augmenteront les individus, mais aussi – et c’est plus important – augmenteront les systèmes complexes dans leur ensemble. Pour Ito, c’est là que la formulation problématique de l’intelligence artificielle devient évidente, car elle suggère des formes, des buts et des méthodes qui se tiennent en dehors de toute interaction avec d’autres systèmes adaptatifs complexes, plaide -t-il en parlant l’intelligence étendue. « Au lieu d’essayer de contrôler, de concevoir ou même de comprendre les systèmes, il est plus important de concevoir des systèmes qui participent en tant qu’éléments responsables, conscients et robustes de systèmes encore plus complexes. Et nous devons questionner et adapter notre propre but et nos propres sensibilités en tant que concepteurs et composants du système pour une approche beaucoup plus humble : l’humilité plutôt que le contrôle. »

La résilience plutôt que l’optimisation, la diversité plutôt que l’uniformisation

Pour Ito, l’enjeu n’est pas tant l’optimisation des systèmes que de développer leur capacité de résilience. Ito fait référence au livre de l’écologiste Donella Meadow, Thinking in Systems et à un article qu’elle a publié où elle explique comment intervenir dans un système complexe et auto-adaptatif. Elle y pointait les modalités d’interventions dans un système selon leur efficacité.


Image : les modalités d’intervention dans un système dans l’ordre croissant de leur efficacité, par Donella Meadow :
12 : Constantes, paramètres, nombres (comme les subventions, taxes, normes).
11. La taille des tampons et autres stabilisateurs par rapport à leurs débits.
10. La structure des stocks et des flux matériels (tels que les réseaux de transport, les structures d’âge de la population).
9 La longueur des retards par rapport au taux de changement du système.
8. La force des boucles de rétroaction négative par rapport aux impacts qu’elles tentent de corriger.
7. Le gaindes boucles de rétroaction positives.
6. La structure des flux d’informations (qui a ou n’a pas accès à l’information).
5. Les règles du système (comme les incitations, punitions, contraintes).
4. Le pouvoir d’ajouter, de modifier, de faire évoluer ou d’auto-organiser la structure du système.
3. Les objectifs du système.
2. L’état d’esprit ou le paradigme à partir duquel le système (c’est-à-dire ses objectifs, sa structure de pouvoir, ses règles ou sa culture) se pose.
1. Le pouvoir de transcender les paradigmes.

Pour elle, les interventions qui impliquent de modifier les paramètres ou de changer les règles ne sont pas aussi puissantes ou aussi fondamentales que les changements dans les objectifs et les paradigmes d’un système. Pour Ito, cela pointe le fait que la soutenabilité n’est pas tant quelque chose qui doit être résolu dans un monde de progrès spontané où le plus est toujours le mieux et où le plus plus qu’assez n’est jamais le trop. Il nous faut nous intéresser aux valeurs et aux modalités pour examiner si elles sont adaptées et appropriées aux systèmes dont nous participons.

Pour le dire autrement et plus clairement, notre épanouissement dépend moins d’un éventail de mesures capables d’évaluer le succès, dépend moins d’une accumulation de pouvoir et de ressources que d’une diversité et d’une richesse d’expérience. Pour Ito, c’est le changement de paradigme dont nous avons besoin. Nous avons besoin d’une diversité, d’une multitude de modèles technologiques et culturels pour créer une société hautement adaptable. Nous ne pouvons pas penser résoudre notre impact environnemental sans poser des questions sur le sens du bonheur et notre rôle avec la nature. Et de pointer d’ailleurs le cours qu’il dispense au MIT avec le moine bouddhiste Tenzin Priyadarshi, directeur de l’initiative éthique du Media Lab, Principes d’attention, où il enseigne aux étudiants à utiliser une variété de métriques pour mesurer leurs succès et leurs significations, pour les aider à la fois à se débattre de la complexité et à trouver leur place dans un monde complexe. Ainsi que l’initiative de l’IEEE (voir également les publications de ce groupe de travail) pour développer des lignes directrices pour une intelligence artificielle au service du bien-être humain plutôt que de l’optimisation économique. Ou encore les travaux de Peter Seligman, Christopher Filardi et Margarita Mora de l’association Conservation International, qui abordent la préservation en soutenant l’épanouissement des peuples autochtones.

Notre avenir, conclut Ito est de nous épanouir en harmonie avec la nature plutôt que par son contrôle.

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Airbnb fait de la concurrence à Martine

Blog e-tourisme - jeu, 16/11/2017 - 07:31

Airbnb n’en finit pas de tisser sa toile dans tous les moments du parcours voyageur. Aujourd’hui, petit point d’actualité en écho aux billets qui traitent de ce sujet par intermittence dans le blog. Airbnb et l’immobilier, Airbnb et la restauration, Airbnb et Bienvenue à la Ferme sont au programme. Puis, lors d’une virée touristique avec Ludovic cette semaine, nous avons eu droit à Airbnb à la radio avec une interview matinale d’Emmanuel Marill, directeur général d’Airbnb France. Il rappelait qu’Airbnb représente 400 000 annonces, que Paris est bien la ville avec le plus d’annonces au monde (65000), et qu’ils ont eu pas moins de 8,3 millions clients en 2016. Rendez-vous à la fin de l’article pour les dernières nouvelles sur la concurrence déloyale, la taxe de séjour, les nuitées maximum pour les hôtes.

En tout cas, la collection de services qui s’agrègent commence vraiment à me faire penser à la collection des albums de Martine. Remplaçons Martine par Airbnb et nous pouvons avoir un début de sourire : Martine fait la cuisine, Martine à la Ferme, Martine fait du camping, Martine prend l’avion, Martine découvre la musique, Martine a une étrange voisine…

Martine fait la cuisine

Il y a déjà Airbnb Expériences pour découvrir certaines destinations avec des locaux via des activités proposés par des hôtes. On peut y trouver des cours de cuisine. Autour de la restauration, nous avions déjà vu apparaître des opérations avec les « Airbnb de la table » comme Vizeat qui annonçait dès septembre 2015 un partenariat annuel pour l’Airbnb Open annuel. Vizeat propose d’aller manger chez des habitants qui vous préparent le repas et le partagent avec vous. Autant vous dire que des restaurateurs ne voient pas ça d’un bon œil.

La suite, c’est justement les restaurants. Vous pourrez réserver une table toujours en restant dans le tunnel de conversion d’Airbnb. C’est en tout cas déjà le cas en Floride depuis cet automne suite à l’intégration des offres de la start-up Resy. 650 restaurants répartis dans 16 villes aux Etats-Unis y sont référencés et ont pris place dans Airbnb. Cela a bien sûr vocation à s’étendre si l’essai est transformé. Il y a là une nouvelle brique pleine de potentiel pour la firme en continuant de faire vivre une expérience globale de séjour.  

Martine va déménager

En ce moment, ça cause beaucoup du nombre de nuitées maximum pour les hôtes Airbnb. Un cheval de bataille pour encadrer les pratiques et dérives : 30 jours à New-York, 90 nuitées à Londres, 120 en France. Airbnb y met plus ou moins du sien pour verrouiller tout ça comme l’annonce d’Emmanuel Marill qui évoque la limite (sur la plateforme) de 120 jours pour 4 arrondissements de Paris alors que c’est ce qui devrait être fait partout sur le territoire pour toutes les annonces.

Derrière la nuitée, puis le logement, il y a l’immeuble. Ça tombe bien : Airbnb commence à construire des immeubles. Ça été annoncé le 12 octobre dernier. L’objectif est de construire pas moins de 20 000 bâtiments d’ici 2019. Déjà en août 2016, on parlait d’un projet de construction d’une maison communautaire dans un village du Japon. Cette fois-ci, on quitte la campagne et retour en Floride, pour la construction d’un immeuble à deux pas de Disneyworld et de ses millions de visiteurs annuels. Le projet baptisé Niido pose peut-être les bases d’un vrai bouleversement. Je m’explique. “Niido powered by Airbnb” va designer un lieu totalement pensé pour l’économie du partage et du voyage. Les services y seront associés et concentrés au même endroit. Le bâtiment sera remplit de propriétaires ou locataires qui auront tous accepté les conditions d’usage. L’immeuble de Floride comptera par exemple 324 locataires qui devront louer leur appartement au maximum 180 jours par an. L’immeuble sera donc totalement Airbnb Friendly en écho au programme dédié déjà existant. Plus de plaintes de voisinage, une maîtrise complètes des services favorisant l’expérience du voyageur, badges d’accès, lieux de vie collectifs, salle de réunion, conciergerie, un personnel dédié au fonctionnement du bâtiment, un immeuble brandé Airbnb… on n’est pas trop mal pour les bases d’une belle chaîne hôtelière hybride et collaborative.

Cela prévoit aussi une belle gestion d’un parc immobilier et après la construction, on peut s’attendre à une prochaine annonce d’achat d’un immeuble entier dans le centre-ville d’une grande destination ?

Martine va à la ferme

Cette fois-ci Airbnb joue les acteurs du développement local en soutenant l’agritourisme. Bienvenue à la Ferme, Airbnb et Miimosa (financement participatif au service l’agriculture et de l’alimentation) annoncent un partenariat pour permettre à 10 lauréats agriculteurs de faire financer leur projet. Jusqu’à 5000 € d’apport supplémentaire et des accompagnements de Bienvenue à la Ferme. Un joli coup en vue du Salon de l’Agriculture dans 3 mois et un joli clin d’œil pour montrer qu’Airbnb est aussi sur les territoires non urbains.

C’est aussi une logique stratégique avec Airbnb qui valorise de plus en plus son rôle dans l’espace rural pour rendre accessible des offres d’hébergement qui manquaient. Une étude est d’ailleurs disponible sur Airbnb dans les campagnes en France .

Une approche qui fait écho à un ancien billet sur les “smartdestination” dans le monde rural dans lequel les offres traditionnelles et les offres de l’économie du partage devaient être valorisées conjointement pour valoriser l’accessibilité et l’attractivité d’un territoire plus enclavé. A mon sens, le DMO a toujours pour mission de coordonner cette approche que ce soit pour l’hébergement, les transports, les activités…

Si on résume cet article : Bienvenue à la ferme + Vizeat + Niido + Airbnb = la construction du premier complexe fermier locavore et agritouristique, avec services hôteliers et surtout 100 % brandée Airbnb en 2019 ? 

Comme promis les plus fraîches réponses d’Airbnb France sur la concurrence déloyale, la taxe de séjour, les nuitées maximum pour les hôtes, c’est par là : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-14-novembre-2017

 

 

 

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Vers un design de la médiation (2/2) : jouer avec les interfaces

Internet Actu - mer, 15/11/2017 - 06:00

Dans la première partie de ce dossier, j’ai tenté de montrer, avec l’aide du remarquable article du journaliste et développeur James Somers, que la manière même de produire du code était en train d’évoluer, que nous passions de l’écriture artisanale à des modèles de programmation qui permettent une compréhension plus globale de ce que le code accomplit. Que la complexité à laquelle le code parvenait nécessitait de nouvelles approches, de nouvelles modalités de conception. De nouveaux outils ouvrent des possibilités pour faciliter cette relation, pour transformer le dialogue entre le code et ce qu’il produit, entre codeurs et codés. De nouvelles formes de médiation entre le code et les développeurs ouvrent la voie à une autre forme de médiation entre les données, les systèmes, les traitements et ceux qu’ils calculent. Une évolution qui, via les interfaces, impacte directement notre rapport aux données et aux traitements qu’ils produisent. Dans la longue histoire des interfaces, une nouvelle étape de la médiation entre systèmes techniques et société semble se dessiner. Des interfaces optimisées et lisibles pour les machines comme le code ou jeux de données, nous glissons vers des interfaces plus accessibles aux humains tout en permettant leur exploitation conjointe par les hommes et les machines. Telle est la promesse du design de la médiation aux données.

Des datavisualisations aux « explications à explorer »

Les datavisualisations (ou visualisations de données) n’ont jamais été uniquement une façon de faire de jolis graphiques depuis des données. Depuis l’origine, elles sont liées à « l’engagement » que le concepteur peut tisser entre le lecteur et les données, même si elles se sont longtemps peu prêtées à manipulation et l’interaction. Reste qu’elles sont devenues peu à peu de moins en moins statiques, permettant de modifier les configurations, d’intervenir sur certains paramètres pour les faire varier, de zoomer ou dézoomer (comme dirait le sociologue Dominique Cardon)… Cette possibilité d’agir sur les données, d’interagir, introduit une forme de jeu qui ouvre à une compréhension nouvelle de ce qu’elles recouvrent.

La mathématicienne Cathy O’Neil ne disait pas autre chose quand elle soulignait, parlant des algorithmes et des systèmes techniques : « vous ne savez pas vraiment ce que fait un modèle tant que vous ne pouvez pas interagir avec lui ». L’interaction a toujours été un moyen de comprendre. La possibilité de manipuler et de changer les modalités par la manipulation est un moyen de saisir concrètement les conséquences de nos actions et donc d’apprendre et de comprendre, comme le suggéraient déjà les psychologues John Dewey et Jean Piaget.

Bret Victor (@worrydream), le développeur qu’évoquait James Somers dans son article a parlé « d’explications à explorer » (Explorable Explanations) pour évoquer de nouveaux modèles d’interactions. Un concept désignant l’engagement dans une lecture active via des documents réactifs, c’est-à-dire des documents permettant de jouer avec des hypothèses et d’en explorer les conséquences, via des procédés interactifs. L’enjeu expliquait-il est de permettre au lecteur de développer « une intuition sur le fonctionnement d’un système ».

« Un lecteur actif pose des questions, considère des alternatives, remet en question des hypothèses et remet même en question la fiabilité de l’auteur. Un lecteur actif tente de généraliser des exemples spécifiques et de concevoir des exemples spécifiques de généralités. Un lecteur actif n’absorbe pas l’information de manière passive, mais utilise l’argument de l’auteur comme un tremplin pour développer sa pensée critique et sa compréhension profonde.

Est-ce que nos environnements de lecture encouragent la lecture active ? Ou s’y opposent-ils totalement ? Un outil de lecture typique, tel qu’un livre ou un site web, affiche l’argument de l’auteur… et rien d’autre. La ligne de pensée du lecteur reste interne et invisible, vague et spéculative. Nous formons des questions, mais nous ne pouvons pas y répondre. Nous considérons des alternatives, mais ne pouvons pas les explorer. Nous remettons en question les hypothèses, mais nous ne pouvons pas les vérifier. Et donc, à la fin, nous faisons confiance aveuglément, ou pas, et nous manquons la compréhension profonde qui vient du dialogue et de l’exploration.

Explorable Explanations est mon projet général d’idées qui permettent et encouragent une lecture vraiment active. Le but est de changer la relation des gens avec le texte. Les gens pensent actuellement que le texte est une information à consommer. Je veux que le texte soit utilisé comme un environnement dans lequel réfléchir. »

Pour lui donc, les contenus ne peuvent pas seulement être les conteneurs d’une information destinée à être consommée, mais doivent être aussi les contenants d’une réflexion pour nous amener à en être acteurs. « Un document réactif permet au lecteur de jouer avec les hypothèses et analyses de l’auteur et d’en voir les conséquences ».

Fort de ce constat, son travail a consisté depuis à produire des documents réactifs et à développer des outils permettant d’interagir avec les concepts depuis les données.

Dans un autre de ses essais interactifs, « En haut et en bas de l’échelle de l’abstraction« , Victor Bret précise par l’exemple son concept d’explications explorables. L’exemple qu’il prend dans cette démonstration est un système de commande d’une simulation automobile permettant à une représentation de voiture de circuler sur une route. Il établit sa démonstration par la programmation de petits jeux interactifs pour aider à comprendre comment créer des règles pour guider la voiture, ajoutant à chaque volet de complexité de son explication toujours un peu plus d’interactivité. Pour lui, explique-t-il, le défi n’est pas tant dans la construction des systèmes que dans leur compréhension : la conception doit permettre d’explorer, de passer d’un niveau d’abstraction à un autre. L’interactivité, les modélisations et les données permettent de comprendre et jouer de concepts et modèles complexes par induction : en déplaçant des curseurs, en modifiant des chiffres, en comprenant la récurrence de schémas… De faire de la pédagogie depuis le jeu et l’interactivité, à l’image de la promesse originelle du multimédia.

Vers des systèmes de visualisation pour manipuler le monde des données

Ses travaux, initiés dès 2011, ont inspiré toute une communauté de développeurs qui ont construit depuis une foule d’outils et de contenus interactifs.

Victor Powell (@vicapow, qui travaille désormais chez Uber) et Lewis Lehe se sont inspirés des travaux de Victor Bret pour créer leur agence Setosa.io, mais surtout « Expliquer visuellement » un site qui agrège des explications visuelles et interactives de concepts mathématiques ou statistiques, via des animations et des graphiques que le lecteur peut manipuler. Jack Schaedler (@jackshaedler) pour sa part a publié tout un site pour expliquer les ondes, les cercles, les sinus et cosinus et les signaux. Mike Bostock (@mbostock) a publié « Visualizing Algorithms », un ensemble d’explications interactives qui permettent de comprendre les règles logiques des algorithmes. Daniel Kunin a développé pour sa part un site pour expliquer les probabilités et les statistiques. Stephanie Yee (@stephaniejyee et Tony Chu (@tonyschu) du studio R2D3 ont créé un cours visuel pour comprendre l’apprentissage automatique.

Les « explications explorables » ne se limitent pas aux mathématiques, rappelle le data journaliste et designer de données Maarten Lambrechts (@maartenzam) dans un remarquable article de synthèse, évoquant le travail de Chaim Gingold (@cgingold) sur Earth Primer (vidéo), une application pour iPad sous forme de manuel interactif pour comprendre des concepts de géologie, d’écologie et de météorologie, en permettant au lecteur de voir les effets de la pluie, des vents ou de la température sur les sols, le relief et la végétation.

Nicky Case (@ncasenmare, blog) s’intéresse plus aux phénomènes sociaux qu’aux questions techniques. Il a réalisé d’incroyables démonstrations « jouables » pour nous permettre de mieux les comprendre, comme Neurones névrotiques qui permet de comprendre le fonctionnement des neurones, la théorie des assemblées de neurones et la thérapie d’exposition, une technique de désensibilisation utilisée en psychothérapie comportementale pour combattre les phobies, le trouble du stress post-traumatique ou d’autres types d’anxiété. La parabole des polygones de Vi Hart et Nicky Case est une histoire interactive qui explique le fonctionnement de la ségrégation dans la société, ou comment un petit biais individuel aboutit-il à une grande ségrégation collective. L’évolution de la confiance est un jeu sur le même principe pour regarder comment la confiance et la coopération se disséminent entre les gens, à partir des théories des jeux.

Les « explications explorables » ont d’ailleurs leur portail (@explorables), maintenu par Maarten Lambrechts et Nicky Case, qui tente de recenser un grand nombre de ces nouveaux objets.

Comme le souligne Victor Bret en conclusion de l’échelle de l’abstraction, pour comprendre un système, il faut pouvoir l’explorer. Et pour l’explorer, il faut pouvoir contrôler et agir sur les paramètres. Pour lui, ce processus dynamique permet de rendre concrète l’expérience d’un système, de « reconstituer progressivement une compréhension pour guider nos décisions ». Pour Maarten Lambrechts, ces dispositifs, qui permettent d’expliquer par l’exploration, sont l’avenir même de l’éducation.

Dans une récente conférence faite pour la Long Now Foundation, Nicky Case explique avec une réelle énergie que face à la complexité, il faut pouvoir voir les systèmes dans leur totalité : il parle d’ailleurs de « systèmes de visualisation », pour évoquer ces nouvelles interfaces ! Pour y parvenir, il est nécessaire de rendre les choses abstraites, concrètes. C’est-à-dire de faire descendre les idées abstraites au niveau de compréhension des gens. Et que pour cela, la visualisation ne suffit pas, il faut pouvoir manipuler le monde des données. Plus que les mots, ces systèmes permettent également de favoriser la communication, notamment parce qu’ils reposent sur de la visualisation qui est plus universellement accessible que le texte. Mais pour lui, c’est l’assemblage des deux – « montrer et dire » – qui prend du sens, car cela nous permet d’être guidé dans notre parcours de compréhension. Comme une carte, qui nous montre un chemin dans un territoire complexe.

Reste que cartographier et rendre accessible un système complexe n’est pas si simple, s’amuse le développeur. Bien souvent, on n’y comprend rien, à l’image de la célèbre cartographie de la stratégie américaine en Afghanistan, qui, comme s’en est amusé un général Américain, permettrait certainement de gagner la guerre pour qui la comprendrait. Trop souvent les cartes, graphiques et visualisations ne donnent aucune ligne directrice, oubliant de permettre de rendre les informations plus simples ou plus accessibles, mais également plus adaptables pour les expérimenter par soi-même. Pour comprendre, il faut aussi que les systèmes favorisent une forme de manipulabilité des paramètres, de jouabilité…

Pour Nicky Case, nos erreurs d’interprétations sont liées au fait qu’on utilise une pensée linéaire pour comprendre des systèmes complexes. Or ceux-ci ne sont pas linéaires, mais reposent sur des boucles de rétroactions qui les renforcent, qui les équilibrent ou créent du chaos. Comprendre la complexité nécessite donc de faire appel à des documents non linéaires. C’est tout l’enjeu de Loopy, un système de cartes mentales (mindmap) dynamiques permettant justement de représenter simplement des interactions entre systèmes, que le développeur a mis au point. Pour Nicky Case, ces systèmes de visualisation jouables doivent avant tout nous permettre de comprendre comment se joue la complexité.

Des systèmes de visualisation aux design de la médiation

Avec ces outils, la visualisation de données est en train d’évoluer. Elle n’est plus seulement un mode de représentation ou de compréhension : elle devient l’interface de gestion des données elles-mêmes. Elle propose de reconcevoir la médiation des systèmes eux-mêmes, en les rendant explorables, manipulables, paramétrables.

Et les perspectives qu’entrouve cette conception peuvent être particulièrement stimulants. Lors d’une conférence de 2014 (vidéo), Victor Bret imaginait que cela pourrait conduire à créer de nouveaux « espaces de création », des espaces qui ne soient pas seulement des moyens d’assembler des pièces entre elles, mais aussi des moyens de comprendre les comportements de systèmes.

Avec le numérique, expliquait-il, nous perdons le lien avec nos outils parce qu’ils ne nous entourent plus, contrairement à ce que nous vivons dans nos cuisines ou dans un atelier où les outils sont à notre disposition tout autour de nous. Pour lui, l’enjeu de nos outils numériques est qu’ils deviennent des espaces de création qui donne de la capacité d’action aux gens. Mais quand on accomplit des projets logiciels ou robotiques, la difficulté n’est pas tant d’assembler les pièces ensembles, mais de comprendre ce qu’elles font et comment leur faire faire ce que nous voulons. Si nous voulons faire se déplacer un petit robot vers une lumière, il faut regarder son code et comprendre ce qu’il voit et comprendre pourquoi il se comporte de la façon dont il se comporte. En fait, les outils de construction à notre disposition n’aident pas beaucoup. Il faudrait plutôt avoir des outils permettant de regarder ce qu’il se passe. Pourtant, certains métiers prennent la visualisation au sérieux, rappelle-t-il en évoquant les salles de contrôle de la Nasa et les tableaux de bord géants des salles de contrôle d’installation critique qui surveillent le trafic routier ou électrique, ou une régie télé. Pour comprendre ce qu’il se passe en temps réel, il faut souvent construire une pièce peuplée d’écrans montrant les résultats en temps réels de multiples capteurs. Pour Bret, c’est ce type de pensée qu’il faut apporter à l’ingénierie numérique. Des outils de ce type, explique-t-il, permettraient de créer des « espaces de visualisation », c’est-à-dire de créer des environnements qui permettent de voir et de comprendre comment se comporte le projet qu’on construit. Et d’imaginer dans sa présentation comment manipuler un robot depuis les données produites et non plus seulement depuis son code. Voir à l’intérieur nécessite de projeter l’information, d’y avoir accès autour de soi, de l’afficher d’une manière accessible dans son environnement et pas seulement à l’intérieur de l’objet. Et bien sûr tout l’enjeu de cet affichage consiste à trouver les moyens de le représenter et de permettre à cette représentation d’être rétroactive, c’est-à-dire de pouvoir la manipuler en retour facilement pour qu’elle agisse sur les objets qu’elle pilote. En déployant les possibilités de l’information jouable, Victor Bret nous permet de comprendre la finalité des interfaces qu’il imagine, comment le jeu sur les paramètres devrait permettre de modifier les comportements des choses avec lesquels on interagit.


Image : un espace de visualisation, tel qu’imaginé par Victor Bret.

Pour lui, si ces perspectives très prospectives qu’il dessine sont importantes, c’est que des systèmes de ce type pourraient permettre de faire le lien entre le bricolage, l’ingénierie et la science. « Si vous ne donnez aux gens que des outils de construction et leurs apprenez à s’en servir, ils en resteront au bricolage. Si vous leur donnez des outils conceptuels et théoriques, ils peuvent atteindre un niveau d’ingénierie. Mais pour aller jusqu’à des outils scientifiques, il faut pouvoir apporter des outils de visualisation, de compréhension », explique-t-il. Pour lui, il nous faut passer des recettes aveugles que nous appliquons à une compréhension pleine et entière. Et c’est tout l’enjeu de ce design de la médiation qu’esquissent les explorations explorables.

De la complexité toujours plus accessible

Ces interfaces ne sont plus le terrain de jeu de quelques développeurs brillants, mais isolés qui produiraient des applications multimédias et interactives réussies. De grands acteurs font des efforts pour rendre leurs outils toujours plus accessibles. C’est notamment le cas de Google, avec Tensor Flow, son outil d’apprentissage automatique en open source, qui a développé des outils pour jouer avec un réseau de neurones et rendu accessible différents projets permettant de tenter de comprendre comment ça fonctionne. L’un des outils les plus accessibles de Google, sa machine à apprendre permet, sans avoir à programmer une ligne de code, d’apprendre à un système à utiliser ce que voit sa caméra pour déclencher des comportements ad hoc. Selon ce que votre caméra regarde et analyse, grâce aux techniques de reconnaissance d’images de Google, vous pouvez très facilement créer une rétroaction quand il détecte que vous riez ou que vous pleurez ou quand il voit passer un chat devant l’écran… par exemple de déclencher un son ou tout autre comportement. Un autre outil, Facets permet d’analyser des données depuis des techniques d’apprentissage automatique en utilisant la visualisation pour faciliter la compréhension et l’analyse (voir les explications de Google). Autant d’exemples et d’outils qui préfigurent un avenir où l’intelligence artificielle serait demain accessible à tous.

Mais Google n’est pas le seul acteur à tenter de rendre accessible l’apprentissage automatique. Uber a construit une plateforme de machine learning comme service, proposant là encore des outils de visualisation ad hoc : Michelangelo. Cet outil développé en interne pour ses équipes d’ingénieurs et de scientifiques de données a permis que tout le monde travaille avec des outils comparables, de stocker et comparer des résultats, et surtout de mettre en production de nouveaux services basés sur l’analyse de données permettant à Uber d’exploiter des systèmes de machine learning à grande échelle. L’un des exemples qu’évoque Uber a été l’utilisation de cette plateforme pour produire des modèles de prédictions pour optimiser Uber Eats, le système de gestion de livraison de repas.

Fast Forward Labs, une société de conseil spécialisée dans le machine learning, a publié cet été un prototype d’algorithme qui favorise l’interprétabilité. Pour l’instant, il y a une tension dans les systèmes d’apprentissage automatique : l’exactitude de la prédiction de certaines techniques est inversement proportionnelle à leur explicabilité. Fast Forward Labs se propose de résoudre cette tension, avec des algorithmes qui améliorent leur exactitude tout en garantissant leur interprétabilité… Tant et si bien que ses promoteurs estiment que demain nous ne parlerons plus de boîtes noires algorithmiques, mais bien plutôt de boîtes blanches capables d’expliquer ce qu’elles font à ceux qu’elles calculent. L’équipe de la plateforme de Deep Learning H2O.ai a publié, elle, cette année, une vidéo qui montre plusieurs approches pour développer l’interprétabilité des systèmes d’apprentissage automatique.

Bon, toutes ces initiatives ne s’adressent pas encore tout à fait à chacun d’entre nous. Retenons néanmoins que les programmes d’intelligence artificielle cherchent à se rendre toujours plus accessibles. De là à dire que demain tout a chacun pourra les utiliser, il y a peut-être un pas qui semble encore difficile à envisager. C’est pourtant bien, semble-t-il, l’objectif qui se dessine. La conception d’interfaces s’insinue toujours plus loin pour nous permettre de jouer avec les données et les traitements, quitte à faire disparaître le code lui-même sans réduire ce qu’il permet de faire.

De la jouabilité des systèmes

Dans une remarquable tribune pour Linkedin, Benoît Vidal, cofondateur de Dataveyes (@dataveyes), un studio de développement de projets spécialisé dans l’interaction hommes-données, invite à créer des « interfaces de médiation avec les algorithmes », comme les informaticiens ont créé des interfaces de médiation avec le code. Benoît Vidal parle de HDI (pour Human Data Interactions ou “interactions homme-données”) pour parler d’interfaces permettant de favoriser la discussion entre les données, leurs traitements et leurs utilisateurs.

« Les hommes et les machines doivent être chacun en charge de répondre à des besoins de natures et de complexités différentes : aux systèmes d’IA la responsabilité d’apprendre, de calculer, de classer, etc. Et aux humains la responsabilité de comprendre, d’analyser, de ressentir ou encore d’éprouver la réalité. Les deux devraient donc plutôt travailler de pair, en confiance. » Le but des HDI est d’apporter de la compréhension face aux systèmes riches en données par le biais d’interfaces qui misent non seulement sur la visualisation de données, mais aussi sur l’interactivité. La jeune pousse créée, inspirée par le travail sur les systèmes de datavisualisation, des systèmes d’interfaces pour interagir avec des données que ce soit dans le domaine des ressources humaines ou de l’énergie par exemple.

« De telles interfaces ne cherchent pas à nous apprendre à lire les formules mathématiques des algorithmes, mais elles nous montrent comment les algorithmes transforment les données, elles nous aident à appréhender ce que produisent ces algorithmes, à déduire le fonctionnement du système, en nous figurant visuellement les structures, les groupes, les hiérarchies, la distribution, les relations et les corrélations dans un jeu de données.

Souvent ces interfaces possèdent des filtres, des zooms, des curseurs à déplacer, des boutons à actionner, etc. Car un aspect important des interactions hommes-données se situe dans l’interactivité. Lorsqu’une visualisation simule des données qui évoluent au cours du temps, ou bien lorsqu’elle nous permet de faire varier des paramètres, elle nous donne à voir l’influence de variables d’entrée sur des variables de sortie. L’interface nous fait toucher du doigt la sensibilité des données, et nous donne une image mentale de leurs liens de dépendance. »

Tout l’enjeu est de produire non plus seulement des représentations (comme le faisait la datavisualisation), mais des systèmes permettant de moduler les représentations selon les données et les traitements. Une conception de la médiation entre données et humains.

L’enjeu n’est plus de produire seulement des visualisations de données, mais des systèmes qui permettent d’interagir avec les données et les traitements, qui permettent de comprendre les fonctionnements. L’enjeu n’est plus seulement de traiter les données, mais d’apporter des outils plus accessibles pour comprendre leurs fonctionnements, les traitements que les systèmes accomplissent et jouer avec leurs paramètres. Bref, de faire descendre des problématiques de gouvernance des données jusque dans le matériel qui permet de les traiter.

Au carrefour de la médiation, de l’explication et du jeu, ce design de la médiation entre les données, les calculs et les utilisateurs n’est certes pas nouveau, mais ses évolutions récentes dont nous avons tenté de rendre compte ici, montrent le rôle et l’importance de la jouabilité des systèmes techniques que nous évoquions dans les conclusions du groupe de travail Nos Systèmes de la Fing. L’enjeu de la jouabilité n’est pas seulement une façon de comprendre, mais bien une façon d’exploiter, d’utiliser et d’élargir le nombre de ceux qui seront capables d’exploiter les systèmes techniques aussi complexes soient-ils. A l’aune de ses premiers résultats en tout cas, le design de la médiation qui se structure peu à peu paraît être un puissant levier pour organiser le dialogue entre les données et la société. Il faudra assurément en suivre les développements.

Hubert Guillaud

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[Colloque] Droit et numérique

Bretagne - MARSOUIN - mar, 14/11/2017 - 16:34

L'association internationale e-Omed (http://eomed.org/editorial/) et l'USEK (http://www.usek.edu.lb/en/home) organisent les 20 et 21 novembre prochains un colloque sur le thème "Droit et Numérique". Ce colloque est placé sous la responsabilité scientifique de Najoua Djerad (université de la Manouba - Tunisie) et de Catherine Barreau (Université de Rennes 1 - Université Numérique Juridique Francophone), co-animatrices de la communauté des juristes d'e-Omed (http://eomed.org/droit/) dont les travaux sur l'archivage numérique sont librement accessibles.

Retrouvez le programme en pièce jointe et plus de détails sur la page du colloque.

Voir en ligne : Page du colloque

[Conférences] Virage numérique de Pôle emploi : risques d'exclusion / opportunités d'inclusion

Bretagne - MARSOUIN - mar, 14/11/2017 - 16:07

"Le Pacte Civique" organise une journée consacrée au thème " Virage numérique de Pôle emploi : risques d'exclusion / opportunités d'inclusion". Y interviendrons Jean Bassères, Directeur général de Pôle emploi, Jean-Baptiste de Foucauld, co-fondateur du Pacte Civique, et de nombreux autres acteurs engagés et concernés par le sujet. Margot Beauchamps, du GIS M@rsouin, interviendra ainsi au cours de la journée sur l'évolution des usages du numérique dans notre société.

La matinée se structura autour de 3 moments :

* Eléments de contexte : l'évolution de l'usage du numérique dans notre société.

* Mesures prises pour réduire les risques d'exclusion. Comment faire plus et mieux ?

* Perspectives : réflexion autour d'un numérique inclusif.

Elle fait suite et rend compte de plusieurs mois d'échanges avec Pôle emploi (notamment à travers des visites d'agences) et de remontées de comités de liaison.

Le projet et la manifestation ont été réalisés en lien avec l'ADIE, l'ANSA, AURORE, COORACE, Emmaüs, la Fédération des Acteurs de Solidarité, le MNCP et SNC.

Inscriptions :https://www.eventbrite.fr/e/billets-virage-numerique-de-pole-emploi-38685656841

Voir en ligne : Inscriptions

Amis lecteurs, le blog a besoin de vous

Blog e-tourisme - mar, 14/11/2017 - 07:00

Cool, je reprends le titre d’un article que j’ai écrit en mars 2016 : c’était déjà pour demander aux lecteurs du blog de se mobiliser afin de nous aider à financer la refonte de notre blog et surtout son hébergement.

Cette année encore, nous faisons appel à votre soutien. En effet, le blog est entièrement indépendant, et nous avons choisi, malgré de fréquentes propositions, de ne pas mettre de publicité sur nos pages.

Il nous faut donc financer notre hébergement, qui s’élève à un peu plus de 2000 euros par an. C’est pour cela que nous faisons appel à nos lecteurs.

Gagnez des places pour #VEM8 et les #ET14

Nous pouvons remercier deux évènements partenaires, Voyage en Multimedia, et Les Rencontres du Etourisme, qui participent en offrant des places au blog. Vous pouvez donc, dès à présent, réserver votre entrée à #VEM8, qui aura lieu du 14 au 16 février prochain à Saint-Raphaël. Et par la même occasion, obtenir votre sésame pour les #ET14 qui se dérouleront à Pau en octobre 2018

Allez, un petit geste!

Pour participer, c’est excessivement simple : il vous suffit, ou bien de vous rendre sur la page etourisme.info sur HelloAsso, ou bien de remplir directement le formulaire ci-dessous!

 

Propulsé par HelloAsso

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Homo Deus : la technologie, cette religion performative !

Internet Actu - mar, 14/11/2017 - 06:00

Sapiens (voir également « D’Homo Sapiens au transhumain : qu’est-ce qu’être humains ? »), le précédent livre de l’historien Yuval Harari (Wikipédia, @harari_yuval), cette grande fresque de l’humanité a permis à des millions de lecteurs de se sentir intelligents, de comprendre notre aventure humaine sur plus de 300 000 ans, de s’ouvrir à une autre échelle de temps pour éprouver notre humanité, comme l’avaient fait avant lui, dans des styles différents, des historiens comme Arnold Toynbee ou Jared Diamond par exemple. En magicien de la vulgarisation, Harari nous avait fait comprendre que ce qui nous a distingué des singes, c’est notre capacité à raconter des histoires (comme les religions, les États, l’argent ou la loi) nous permettant de coopérer à vaste échelle, ce que les groupes de singes sont encore incapables. Chaque lecteur s’est régalé de cette vision holistique, de ses formules saisissantes, des points de vue décalés, des exemples truculents et toujours pertinents qu’use l’historien. Que ses fans se rassurent, ils retrouveront tout cela dans son nouvel ouvrage, Homo Deus. Yuval est toujours un formidable conteur, passionnant de bout en bout !

Pourtant, en utilisant les mêmes ficelles, cette suite est beaucoup moins réussie. D’abord, parce que si Sapiens se terminait sobrement, prophétisant la possible fin de l’humanité, cette suite prend un tout autre chemin : celui d’envisager notre propre dépassement en tant qu’espèce. Reprenant une vulgate commune, Harari estime que la technologie va nous permettre de nous affranchir de toutes nos limites, oubliant peut-être trop rapidement que notre domination du monde ne repose pas sûr le dépassement de nos seules limites, mais aussi sur le dépassement des limites de notre environnement tout entier. En extrapolant des tendances à la manière d’un Hari Seldon, célèbre psychohistorien de science-fiction capable de prédire l’avenir de l’humanité sur des milliers d’années, Harari signe un essai de science-fiction où il pousse ses propres biais jusqu’à leur caricature. En appliquant son stimulant schéma d’explication du monde à l’avenir, Harari en éprouve les limites, celles d’un gênant réductionnisme, souvent très schématique et parfaitement libéral.

L’hubris de la techno, par nature, consiste à dépasser toutes les limites. Surtout les plus fondamentales, celles du temps, de la vie, de l’espace et de la matière. Pourtant, avons-nous vraiment dépassé l’une d’entre elles comme nous le racontent les prophètes des technosciences ? Si nous avons repoussé la mort, nous n’avons pas dépassé la durée de vie naturelle de notre espèce et pour l’instant, malgré des décennies d’annonces, rien ne nous assure que nous y parviendrons vraiment. Nous sommes certes allés dans l’espace, mais nous sommes parfaitement incapables d’envisager les seuls voyages importants, les voyages interstellaires, permettant de nous conduire sur d’autres mondes habitables à des milliers d’années de notre planète. Nous ne savons toujours pas créer de la matière depuis des éléments fondamentaux. Et nous n’avons découvert aucune prise sur le temps.

Ces échecs n’empêchent pas Yuval Harari de faire sien le prophétisme technologique, qui ne cesse d’annoncer ces réalisations à venir, soulignant combien l’imaginaire transhumaniste nous éblouit. Après l’avoir rejeté, nous voulons désormais dépasser notre condition pour réaliser nos rêves. Le récit qui nous projette dans un dépassement de nous-mêmes en tant qu’espèce semble si puissant qu’il permet de croire qu’on sera capable de le réaliser. Ce serait peut-être possible, si nous n’avions pas déclenché un compte à rebours qui éloigne l’objectif à mesure qu’on cherche à s’en rapprocher.

Comme le dit Yuval Harari, nos constructions conceptuelles contemporaines sont encore plus puissantes que les religions et c’est pour cela qu’elles les détrônent. La technologie notamment va plus loin encore. C’est une religion performative, qui tente d’accomplir ce qu’elle annonce. En cela elle est toute puissante. Le risque est d’oublier que malgré sa puissance, la technologie est aussi et avant tout un moteur de notre imaginaire, une représentation, une manière de nous convaincre de notre puissance sans limites. La réalité montre plutôt que nos rêves vont être très difficiles à réaliser. La limite intrinsèque des ressources naturelles de la planète ou le défi climatique viennent réclamer leur dû. Nous allons avoir du mal à abandonner notre condition d’autant plus quand ce que nous avons saccagé se rappelle à nous. Non seulement nous avons été incapables de penser notre environnement jusqu’à le détruire, mais nous avons été aussi incapables de nous penser en tant qu’espèce, de dépasser nos récits coopératifs pour prendre en compte le temps, la matière, l’espace et la vie.

En soulignant combien dieu est une récit dépassé, régénérer cette perspective en faisant de l’homme un dieu, comme nous y invite Homo Deus, n’est-il pas une perspective vouée à l’échec ? Si dieu n’existe pas, comment l’homme pourrait-il en devenir un ?, pourrait-on répondre à Harari.

Comme bien des technoprophètes, Harari fait de la science une fiction. Son défaut si commun est une sur-rationalisation, sans voir combien cette logique de l’efficience parfaite, absolue, produit pourtant des absurdités… Chez Harari, la notion de progrès semble n’avoir connu aucune critique : il est toujours infini. En projetant des régularités passées sur l’avenir, il déduit des progrès linéaires de la science des percées à venir exponentielles. C’est ainsi que de constats justes on dresse des perspectives fausses. À nouveau, la disparition des ressources, la grande extinction, le réchauffement climatique qui pourraient conduire à la disparition même de la vie sur Terre, semblent des perspectives peu importantes pour les dieux que nous sommes appelés à devenir. Reste que ces considérations-là pourraient bien pourtant nous empêcher d’atteindre un quelconque Olympe.

Au final, Harari brode son récit d’un avenir qui ne fait rêver personne, sans poser vraiment la question de la finalité : voulons-nous vraiment vivre 1000 ans ? Voulons-nous vraiment quitter notre condition – ce qui implique notamment de ne plus faire des enfants comme nous les faisons puisque ce n’est pas la manière la plus optimale ? Voulons-nous vraiment la société inégalitaire et de contrôle total que cela implique ? Comment être heureux si nous nous coupons de la seule chose qui finalement nous rend heureux : « les sensations agréables » ?

Comme le dit Harari, la plus grande découverte scientifique a été celle de l’ignorance, car elle nous a permis de partir à la recherche de la connaissance. Il est peut-être temps de se souvenir de ses vertus, plutôt que de chercher à nous faire croire que tout est résolu ou que tout va l’être.

Hubert Guillaud

Cette critique de l’ouvrage de Yuval Harari est extraite d’Idées, une nouvelle revue lancée par Lemieux éditeur dont le premier numéro vient de paraître (Emmanuel Lemieux avait lancé L’annuel des idées puis la revue Le Panorama des idées auxquels InternetActu.net avait également contribué). Cette revue livrera tous les deux mois un aperçu des meilleures publications dans le domaine des essais et des critiques argumentées pour aider chacun à naviguer dans le foisonnant paysage des publications du monde des idées. Abonnez-vous !

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Femme et pouvoir, un manifeste

Internet Actu - lun, 13/11/2017 - 11:38

Rachel Cooke (@msrachelcooke) pour le Guardian livre une passionnante critique du dernier livre de Mary Beard (Wikipédia, @wmarybeard), Women & Power : a manifesto. Universitaire, professeure d’humanités à l’université de Cambridge, elle est l’une des personnalités féministes les plus connues de Grande-Bretagne. Dans son nouveau livre, elle s’intéresse au silence des femmes, c’est-à-dire à la façon dont les femmes ont été contraintes au silence dans la prise de parole et le débat public.

« Quand il s’agit de rendre silencieuse la parole des femmes, notre culture occidentale a des centaines d’années de pratique », lance Beard en introduction de son livre. Pour elle, le diagnostic de la misogynie de nos sociétés est paresseux et ne suffit pas à expliquer ses racines. Suite à la prise de parole féminine dans le sillage du scandale Harvey Weinstein, « le silence des femmes, la brutalité des hommes, la honte comme mécanisme de contrôle, l’androgynie et l’évitement comme stratégie de survie », sont des mécanismes que l’on retrouve depuis les mythes antiques jusqu’à aujourd’hui dans le rapport des femmes à la sphère publique. Un constat plus pertinent que jamais. A l’image de Télémaque qui disait à sa mère de se taire, ou de la déesse Athéna qui incarnait l’autorité au prix du refoulement de ses attributs féminins, elle souligne, en regardant la place des femmes dans la littérature classique, que le silence des femmes était un élément essentiel du pouvoir des hommes. L’exclusion des femmes du discours public était réel. Les voix des femmes étaient subversives, menaçantes. Pour Beard, aujourd’hui encore, personne n’entend les femmes même quand elles parlent.

Dans son livre, elle s’intéresse aussi à la misogynie de Twitter et souligne que les abus sont le résultat de la fausse promesse que nos outils font de mettre les gens en contact direct avec ceux qui détiennent le pouvoir. Les femmes ne sont pas les seules à se sentir sans voix sur les réseaux sociaux. Le sociologue Antonio Casilli ne disait pas autre chose quand il soulignait que la radicalité des trolls était une réponse aux blocages des formes d’expression publiques. Dans The Atlantic, l’ingénieur et designer Debbie Chachra @debcha) évoquant le récent boycott de Twitter par un grand nombre de femmes qui y sont harcelées, s’en réfère également aux propos de Mary Beard. Rappelant que depuis l’Antiquité, les voix des femmes sont toujours considérées comme illégitimes dans la sphère publique, y compris les nouveaux espaces des médias sociaux.

Mais Beard ne se contente pas du constat, souligne Cooke. Elle se demande aussi comment les femmes peuvent être entendues. « Si les femmes ne sont pas perçues comme étant totalement intégrées dans les structures du pouvoir, n’est-ce pas plutôt le signe qu’il faut redéfinir le pouvoir plutôt que les femmes ? », interroge Mary Beard avant d’en appeler à découpler les structures de pouvoir. Les femmes ne doivent pas seulement être resituées à l’intérieur du pouvoir, mais le pouvoir lui-même doit être redéfini. Pour Mary Beard, il est nécessaire de découpler pouvoir et prestige, de penser le pouvoir comme un attribut plutôt que comme une possession. De redonner du pouvoir aux partisans plus qu’aux leaders, pour redonner de la puissance à tous ceux qui se sentent « sans voix » dans la société, et pas seulement les femmes. Et cela passe assurément par nous défaire de la figure du leader… que magnifie les nouvelles technos.

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Expérience client et effet wow !

Blog e-tourisme - lun, 13/11/2017 - 07:30

Ce jeudi 9 novembre, le Commissariat Général au Tourisme de Wallonie organisait son colloque annuel relatif au label Wallonie Destination Qualité. À cette occasion, Alain Leduc de l’agence Creativores a donné une dynamique et passionnante conférence autour de la notion d’expérience client. Point n’était question d’UX ou d’ergonomie mais bien du sens premier du terme: les expériences uniques et inoubliables que certaines marques ou organismes parviennent à faire vivre à leurs clients, déclenchant le très fidélisant effet wow (ou waouh ou waow, choisis ce que tu veux; c’est cadeau !).

Des exemples inspirants

Histoire d’entrer dans le vif du sujet, je vais commencer par quelques exemples de “wow effects” plutôt réussis. Réussis parce que marquants et inoubliables pour les clients qui les ont vécus mais aussi pour les témoins directs ou indirects.

On commence avec un demi-cocorico; demi, parce que c’est Renault Grande-Bretagne qui nous propose une option particulière sur les Clio: le “vavavoum bouton” !

Ce qui est intéressant dans cette séquence, c’est qu’elle illustre très bien, de par sa scénarisation, la gradation à accomplir pour réussir à toucher son client: on part d’une situation banale, un essai d’automobile, ensuite, le vendeur, toujours classiquement, fait l’article de la voiture jusqu’au basculement: la présentation du bouton VAVAVOUM. Là encore, tout va crescendo jusqu’aux danseuses (Une version adaptée aux dames avec de beaux mâles existait également) et, puis, un “retour au calme”, lui aussi nécessaire pour permettre à l’individu de bien réaliser ce qui vient de lui arriver.

Un autre exemple nous vient de Coca-Cola, qui s’en sort avec un budget des plus raisonnables, comme quoi, c’est la créativité qui déclence le Wow, bien plus que le budget!

On remarquera également le caractère “amateur” de la vidéo qui se prête bien à une diffusion sur les médias sociaux. Le wow effect et le buzz sont intimement liés.

Ce que permet le Wow effect…

L’effet Wow marque les esprits et rend le moment (et le produit!) unique aux yeux du client. Il permet plusieurs bénéfices intéressants: fidélisation, augmentation significative de la marge bénéficiaire, bouche à oreille… Et, surtout, différenciation, un enjeu majeur.

En outre, on sait combien le fait de faire vivre des expériences aux touristes est aujourd’hui plus que jamais essentiel.
Concernant les marges bénéficiaires, Alain Leduc nous a également rapporté un exemple intéressant du côté de Santa Monica: l’expérience d’un café unique; le Kopi Luwak.

Le Kopi Luwak est un café particulier: son grain est récolté après avoir été ingéré et digéré par l’animal du même nom, un petit civet asiatique qui va laisser le grain enrobé d’une fine pellicule d’un enzyme particulier donnant, parait-il, un arôme unique.

Aujourd’hui, vous pouvez le déguster, entre autres, dans un établissement de Santa Monica: le Funnel Mill à partir de 1.000 dollars la tasse. Attention: pour ce prix, on vous vend pas une tasse de café mais bien une expérience unique; comptez d’ailleurs au minimum une heure pour la dégustation qui comprendra une démonstration du procédé de torréfaction, un véritable rituel ! Bref, une expérience unique permet d’augmenter considérablement la valeur de ce qui se limite souvent à un produit (le café) et à un service dans un bar-tabac traditionnel.

Ce que cela doit nous inspirer…

À l’heure où les expériences sont primordiales pour les touristes et dans un climat difficile pour les offices de tourisme, des initiatives d’expériences créatives, uniques et originales devraient être recherchées par toutes les destinations.

Je me répète: ce n’est pas une question de budget mais bien de créativité et de volonté. Pensez surtout aux bénéfices en termes d’image et de fidélisation qu’un effet wow réussi vous assurera auprès de nos touristes bien aimés. Pensez également si possible à garder une trace (photo, vidéo) de votre coup d’éclat pour rediffusion sur vos médias favoris.

Du côté du colloque wallon, par exemple, les participants se souviendront longtemps de cette édition 2017 grâce à la présence de Roberto (en photo ci-contre), un faux-serveur très familier et à l’accent inimitable que vous trouveriez tout droit sorti de Dikkenek ou de C’est Arrivé près de chez Vous. Il n’est pas passé inaperçu et certains se demandent encore si c’était un comédien ou un vrai serveur: il a bel et bien marqué les esprits et rendu l’événement unique.

Pour terminer, je vous laisse dans les mains du meme du wow: le regretté chanteur populaire flamand Eddy Wally. Bon Wow à toutes et à tous !

 

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Et si vous deveniez organisateurs de partenariats ?

Blog e-tourisme - jeu, 09/11/2017 - 08:00

Ceux qui ont déjà eu le loisir de me subir en conférence ou formation savent que j’aime conclure mes prez avec cette citation de Darwin : 

Ce n’est pas le plus fort de l’espèce qui survit, ni le plus intelligent. C’est celui qui sait le mieux s’adapter au changement.

En ces temps d’évolutions rapides, il est devenu évident que s’adapter aux changements permanents, que ce soit dans les techno et surtout les comportements de nos clients est devenu une priorité. Mais par contre, disposer de beaucoup de pognon et d’intelligence en interne aide un peu…

Si les très gros du secteur touristique et de la tech s’adaptent si bien, c’est qu’ils disposent en interne d’équipes, et en externe d’une batterie d’experts, propices à leur révéler les tendances de demain. Ils anticipent les besoins de demain, parfois même les créent, avec plus ou moins de succès, et rachètent à tour de bras les startups et sociétés qui leur permettront de prendre un peu d’avance.

C’est ainsi que la plupart des grosses boîtes se sont dotés de services et structures propres à dénicher les services de demain.

Partenariats avec les Startups

Chez Accorhotels par exemple, l’Innovation Lab travaille de façon permanente à la construction de nouveaux produits et services, qui sont développés, testés sur une courte période, quelques-uns recevant un feu vert de l’exécutif en direct pour être expérimentés avant d’envisager un développement à une échelle supérieure. Sur Innovatech, pas moins d’une quarantaine de startups pitchaient devant le public présent et les collaborateurs du groupe, avec l’espoir de décrocher un partenariat avec le groupe hôtelier.

Voyages-sncf dispose également de plusieurs outils, dont #openVSC pour co-construire avec ses clients, ou encore l’accélérateur Act 574, qui permet d’accompagner des startups dans leur développement, mais aussi de profiter de leur agilité, de leurs idées de nouveaux services, comme en témoigne la collaboration avec Rendezvouscheznous.com.

Les incubateurs/pépinières/accélérateurs territoriaux tentent également de fournir aux sociétés qu’elles accueillent des terrains d’expérimentation, que ce soit l’étendard national que représente le Welcome City Lab, ou plusieurs « cousins » locaux, comme l’Auberge Numérique de l’AEC à Bordeaux, ou le récent Open Tourisme Lab de Nîmes, qui recherche les 12 startups de sa première promotion.

Dans notre monde des Offices de Tourisme, nous avons pu voir lors de la Masterclass etourisme à Pau la veilles des #ET13 qu’ils sont quelques-uns à collaborer ici et là avec des startups portant des projets innovants pouvant les intéresser (Médoc Atlantique, Val Thorens, Lyon pour ne citer que les intervenants sur cette session), mais encore bien peu à s’être organisés autour d’une réelle démarche similaire à celle des groupes privés.

On pourra citer Val de Garonne, bien connu désormais pour son potentiel d’innovation, qui en association avec Ouishare s’est attaché à développer des partenariats avec des startups du tourisme collaboratif, comme nous l’expliquait Jean-Luc dans ce billet du début d’année. Marion est revenue lors de la Masterclass de Pau sur cette expérience (Cf. sa présentation, à partir de la page 40 sur Slideshare).

La SPL Océan Marais de Monts Tourisme, qui gère l’Office de Tourisme Intercommunal (nouvellement dénommé Pays de Saint-Jean de Monts – Vendée Océan) s’est quant à elle associé avec La Folie, hébergée par le Palais des Congrès de Saint-Jean de Monts. Espace d’innovation, de coworking, d’accompagnement de startups, elle cible notamment le secteur du tourisme et peut s’appuyer sur l’Office de Tourisme et ses collaborateurs pour expérimenter et valider les projets.

L’organisation de partenariats, le nouvel eldorado !

Dans ce billet vieux de trois ans, on concluait en évoquant les partenariat entre Airbnb et Nest, Uber et Spotify. Ces sociétés ont clairement le chic pour, d’une part faire parler d’elles (ce genre d’association est toujours très productive en matière de RP), d’autre part pour aller chercher le partenaire qui leur permettra d’apporter un service supplémentaire à leur clientèle.

Les compagnies aériennes ont-elles depuis longtemps organisé des partenariats avec OTA, chaînes hôtelières ou location de véhicules.

La mode est en ce moment à la livraison à domicile, vous l’avez forcément remarqué, et on a eu l’occasion de l’aborder avec plusieurs Offices urbains. Cet été, Tripadvisor a annoncé un partenariat avec Deliveroo. AU-delà de la simple consultation d’avis, de la réservation en ligne via La Fourchette, ce sont aujourd’hui 20 000 restaurants dans 12 pays, dont 3 000 en France, qui sont disponibles pour une livraison à domicile, via un simple bouton sur la fiche Tripadvisor.

Autre mastodonte du secteur, Uber et son service de livraison de repas à domicile Uber Eats annonçait en juin dernier la livraison de McDonalds dans les principales villes (à l’époque Paris et Lyon, avec une couverture qui s’étend régulièrement). Pour le leader du fast food, c’est évidemment une nouvelle corde à son arc au-delà de ses restaurant et drive, qui augure un potentiel de commandes complémentaires non négligeable !

Des partenariats locaux organisés

Ces partenariats entre grands acteurs, au service des clients communs à deux marques, produits, prestations, ne peuvent-ils, doivent-ils pas être déclinées à un niveau local ? Le fait est que, bien entendu, vos prestataires ne vous ont pas attendus pour s’organiser entre eux, créer des offres conjointes, plus ou moins élaborées, évoluées, de l’apéro offert dans tel restaurant si vous venez de la part de tel gîte ou hôtel, à la réduction sur une location ou une activité.

Mais ce n’est pas toujours facile pour un petit acteur privé d’anticiper ce qui arrive en matière de nouveaux comportements et attentes des clients, de contacter des collègues de la filière pour créer une nouvelle offre, une prestation au service des voyageurs et locaux, voire même de connaître l’étendue de l’offre disponible sur la destination.

Et si, dans le cadre de sa mission régalienne de coordination des socio-professionnel, l’Office de Tourisme devenait un coach, un organisateur de partenariats entre prestataires, au bénéfice des clients et bien entendu de l’économie locale ?

Si on s’amusait, avec les partenaires de l’Office, à détecter les services qu’attendent nos voyageurs (et pourquoi pas les décliner aux habitants), identifier les commerçants, prestataires, susceptibles de les apporter, pour proposer une offre, un package complet de partenariats clés en main, contrats, éventuelles commissions et conditions ?

Un panier gourmand de produits locaux, mais pas celui de la boutique qu’on ramène en souvenir ou cadeau, mais de quatre repas complets pour 8 personnes qui vous attend dans votre gîte histoire de ne pas débarquer avec le coffre plein de l’hyper à 400km, ou de ne pas avoir à se ruer au supermarché du coin le samedi une fois les bagages déposés ?

Des packages d’activités clés en main proposés par les hébergeurs à leurs clients ?

Et si on réinventait la city card et les fameux coupons papier en permettant à chaque prestataire de choisir à la carte ses partenaires, en ville comme dans les espaces ruraux ?

Pour donner de nouvelles idées de services, de prestations, pour démultiplier les sources de distribution d’une offre, pour améliorer l’expérience client, pour favoriser les liens entre socio-professionnels et créer une destination plus unie ?

Vous avez déjà mis en oeuvre des actions dans ce style ? Venez nous en faire part en commentaire !

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La conscience, un phénomène historique ?

Internet Actu - jeu, 09/11/2017 - 06:00

La conscience de soi nous apparaît comme une donnée essentielle de notre humanité, comme le fait d’avoir des bras et des jambes. Et si c’était un phénomène culturel, changeant ? Et si la conception du « soi » avait fluctué selon les époques ?
Dans The Atlantic, la journaliste Sigal Samuel interroge le spécialiste de la bible James Kugel, qui dans son dernier livre The Great Shift s’interroge sur la notion que les anciens Hébreux avaient des limites de leur individualité – et comment cela pourrait expliquer un phénomène comme le prophétisme.

Pour Kugel en effet, le moi des personnages de la Bible était « semi-perméable » autrement dit, il était en mesure d’être « envahi » par des entités extérieures (Dieu, dans le cas des prophètes, mais il y avait aussi des anges et des démons), et ils pouvaient alors « entendre des voix » leur disant quels actes accomplir. « Ainsi, quand la Bible dit que Dieu est apparu à Abraham en dehors de sa tente ou a parlé à Moïse depuis un buisson ardent, nous sommes portés à rejeter ces choses comme une sorte de langage figuratif, ou bien nous les ignorons. De telles choses se sont produites dans le passé, mais ne le font plus aujourd’hui. »

Les anciens avaient-ils deux esprits ?
Comme le souligne Deric Bownds dans son court post de blog sur cette interview, à aucun moment ni le journaliste ni Kugel ne mentionnent les théories de Julian Jaynes. Ce qui est étonnant, car Julian Jaynes, depuis la sortie de son livre en 1976, The Origin of Consciousness in the Breakdown of the Bicameral Mind (traduit en 1994 en français sous le titre La naissance de la conscience dans l’effondrement de l’esprit, la suppression du mot « bicaméral » rendant le titre incompréhensible), est considéré comme le géniteur de cette théorie du caractère historique de la conscience de soi.

Jaynes, lui n’a pas commencé ses recherches sur la Bible, mais sur le texte d’Homère, l’Iliade. Dans cette épopée il n’est pas rare non seulement pour les dieux d’apparaître aux différents protagonistes de l’histoire, mais aussi et surtout, d’inspirer les héros, de les pousser à commettre des actes dont certains auront d’ailleurs des conséquences catastrophiques. Pour employer le néologisme de Kugel, leur individualité était « semi-perméable ».

L’origine de cette caractéristique psychologique était, selon Jaynes, le caractère « bicaméral » de notre cerveau. Ce n’est plus un secret pour grand monde que notre cortex est divisé en deux hémisphères, le droit et le gauche. Mais, observe Jaynes dans son livre, alors qu’un bon nombre de fonctions mentales sont bilatéralisées, les aires du langage (celles de Wernicke et de Broca) se trouvent toutes les deux dans la partie gauche. Et ce, bien que rien n’empêcherait théoriquement d’avoir leur équivalent dans la partie droite. Il observe en effet qu’un enfant ayant une lésion de l’aire de Wernicke développera un remplacement dans l’hémisphère droit de son cerveau. Pourquoi donc, se demande-t-il, le langage ne s’est-il développé que dans la partie gauche ? A quoi servent les zones de l’hémisphère droit qui normalement auraient dû servir à la maîtrise du langage ?
Pour Jaynes : « Les pressions sélectives de l’évolution qui auraient pu produire un si puissant résultat sont celles exercées par les civilisations bicamérales. Le langage des hommes n’a été développé que dans un seul hémisphère pour laisser l’autre libre pour le langage des dieux. »

Le héros homérique n’a donc aucune volonté propre, aucune conscience de soi. Selon Jaynes, à part quelques passages interpolés tardivement, L’Iliade ne possède pas de référence à des concepts qui traduisent l’unité de l’être humain. Par exemple, le mot grec « psyche » qui par la suite en viendra à désigner l’âme, n’est employé que pour décrire des substances vitales comme le souffle ou le sang. Par exemple un guerrier agonisant est en train de perdre sa psyche qui se répand sur le sol. Mais, et c’est encore plus surprenant, pas de référence non plus au corps comme une unité unique et autonome. Le mot « soma » (corps) est employé exclusivement pour parler des cadavres. Homère ne mentionne que des parties du corps, les mains, les bras les jambes, etc., mais jamais le corps dans son ensemble.

Pour Jaynes les héros grecs étaient exempts de vie intérieure et étaient menés par les commandements des dieux, ces hallucinations auditives en provenance de leur cerveau droit. « C’étaient de nobles automates qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient. »

Mais comment est-on passé de ce monde sans conscience de soi à l’esprit humain tel que nous le connaissons aujourd’hui ? Selon Jaynes, c’est parce qu’il s’est produit un « effondrement » de l’esprit bicaméral qui a marqué la naissance de l’individualité telle que nous la connaissons. Tant que les humains vivaient dans de petites communautés agricoles (Jaynes ne s’occupe pas des sociétés de chasseurs-cueilleurs), ce système fonctionnait à merveille. Chacun possédait un « leader intérieur », un Dieu ou un ancêtre puissant, qui lui disait à chaque instant comment agir. Mais lorsque les communautés se sont agrandies, que les premières cités et empires sont apparus, les prises de décisions sont devenues de plus en plus complexes et il a fallu développer une nouvelle forme de pensée, dans laquelle chaque individu était tenu de prendre des responsabilités personnelles. L’Odyssée, également attribuée à Homère, mais plus tardive que l’Iliade, nous montre des personnages dotés d’une conscience de soi déjà « moderne ».

Une théorie contestée, mais « pop »
Quel a été l’impact de la théorie de Jaynes ? Comme le dit Vaughan Bell sur Mind Hacks : « sa théorie de la conscience est très probablement fausse, mais si terriblement originale qu’elle est largement admirée ». De fait, quelqu’un comme le biologiste Richard Dawkins a dit du livre de Jaynes qu’il était « soit du grand n’importe quoi, soit une œuvre de pur génie ». Le philosophe Daniel Dennett s’est aussi intéressé aux thèses de Jaynes et a même écrit un article assez long sur le sujet (.pdf). Il est intéressant de voir que deux des grands hérauts du « nouvel athéisme » et de l’hyperrationalisme ont une attitude prudente et plutôt sympathique envers les thèses de Jaynes, qui pourraient paraître joyeusement délirantes.

De fait, la thèse de Jaynes n’a jamais été véritablement réfutée, elle a tout simplement été ignorée, note Marcel Kuijsten le directeur de la Julian Jaynes Society, dans une interview pour Inverse.

En fait l’impression générale est que la thèse de Jaynes séduit beaucoup de monde, mais qu’elle est trop excentrique, trop extrême pour être réellement soutenue.

En tout cas, si cette thèse reste assez marginale dans la psychologie aujourd’hui, elle a fait son chemin dans la pop culture.

Dans le comics Uncanny x-men, écrit par Chris Claremont au début des années 80, l’un des mutants, la Bête, se réjouit de lire le livre de Jaynes et se demande quand sortira le film. De fait, il y a bien aujourd’hui un film, ou plus exactement une série, puisque la théorie de l’esprit bicaméral se trouve au coeur d’une récente série de HBO, Westworld.

Westworld nous présente l’histoire d’un parc d’attractions futuriste construit à l’image du Far West, peuplés par des robots jouant de manière indéfiniment répétée leur rôle dans des scénarios interactifs de western à destination des visiteurs. Puis, comme toujours avec les robots, tout se détraque. Mais Westworld est plus fin et plus subtil que la plupart des « révoltes de robots » auxquelles la science-fiction nous a habitués (et certainement plus sophistiqué que le film de 1973 dont la série est tirée). C’est l’accession à la conscience qui est au coeur des épisodes.

La théorie de l’esprit bicaméral est mentionnée de façon explicite à plusieurs reprises lors de la première saison (« the bicameral mind » est même le titre de l’épisode final).

L’intrigue de Westworld repose sur une idée particulièrement importante de Jaynes. Ce serait le développement de notre langage et notre capacité à la métaphore qui aurait généré un « espace intérieur » propice au développement de la conscience de soi. Le langage serait donc un prérequis à l’acquisition de la conscience.

Selon le journaliste d’Inverse, Andrew Burmon : « En présentant le concept, les auteurs de Westworld montrent clairement que les robots dotés d’IA de la série ne sortent pas de la servitude préprogrammée à cause d’un pépin ou d’un virus – comme c’était le cas dans le film original. Ils se détraquent à cause de leur exposition à un langage de plus en plus complexe. »

Marcel Kuijsten, dans son interview avec Burmon, précise que « lorsque nous parlons de l’esprit bicaméral, nous parlons de cette période suivant le développement du langage, mais avant que nous apprenions la conscience. Au lieu d’un esprit-espace introspectif, nous entendions une voix dominante lorsque nous avions des décisions à prendre. À mesure que le langage s’est complexifié à travers la métaphore, nous avons développé la capacité d’introspection et, petit à petit, les hallucinations ont disparu. »

Une longue vidéo (en anglais, mais avec des sous-titres) dégottée par Io9, nous donne encore quelques clés supplémentaires pour comprendre la façon dont Westworld s’inspire des thèses de Jaynes.

Pour l’auteur de ce petit film (attention spoilers !), en dehors du langage et de la métaphore, c’est une autre caractéristique de la conscience qui est mise en lumière par la série : la possibilité de créer des narrations avec nous-mêmes au centre. La conscience serait donc peut-être aussi la capacité de nous raconter nos propres histoires.

Entendre des voix, c’est normal, docteur ?
La thèse de Jaynes est elle convaincante ? A mon humble avis, pas toujours. Ce genre d’hypothèse repose souvent sur des présupposés interprétatifs qui sont difficiles à réfuter ou valider de façon certaine. Autrement dit, le biais de confirmation fonctionne à plein : si vous croyez aux idées de Jaynes, vous verrez le cerveau bicaméral partout. Si vous êtes sceptiques, rien ne pourra véritablement vous convaincre.

Ce qui est sûr, c’est que les civilisations non occidentales ont pour la plupart abrité dans leur sein des « spécialistes » qui recevaient des messages des « dieux » ou des esprits : shamans dans les groupes de chasseurs cueilleurs, « possédés » ou « oracles » dans les sociétés agricoles. Et il est certain que la parole de ces personnes était considérée avec le plus grand sérieux, et que ce comportement était donc encouragé, alors que dans notre civilisation, il serait rejeté comme hallucinatoire et pathologique. Faut il pour autant en déduire que TOUTE la population était sujette à de genre d’hallucination ?

Dans son interview avec Andrew Burmon, Marcel Kuijsten explique que beaucoup de gens critiquent l’idée de l’esprit bicaméral parce qu’elle implique une évolution bien trop rapide du cerveau, quelque chose que la théorie darwinienne ne peut justifier. Mais précise-t-il, « Jaynes n’affirme jamais qu’il s’agit d’un changement biologique et évolutif. Il parle d’un processus appris. Daniel Dennett, le professeur de philosophie, utilise une métaphore : c’est un changement de logiciel, pas un changement de matériel. C’est comme un nouveau système d’exploitation. »

Sans doute, mais un changement au sein de la société et de nouvelles normes sur les comportements provoqueraient sans doute une transition encore plus rapide que le changement d’un « système d’exploitation psychologique » touchant tous les individus.

Cela semble être la différence entre le récent travail de Kugel et la théorie de Jaynes. Si l’on suit son interview de The Atlantic, selon Kugel, le fait « d’entendre des voix » est toujours d’actualité dans de nombreux pays :

« Il cite… une récente étude interculturelle lors de laquelle des chercheurs ont interviewé des auditeurs aux États-Unis, au Ghana et en Inde. Les chercheurs ont enregistré des «différences frappantes» dans la façon dont les différents groupes de personnes ressentaient les voix qu’ils entendaient : Au Ghana et en Inde, de nombreux participants ont insisté sur le fait que leur expérience prédominante ou même unique était positive. … Cela n’a été le cas pour aucun américain. »
« Ces résultats », conclut Kugel, « suggèrent que les » données « d’une société ont beaucoup à voir avec la manière dont l’audition vocale est interprétée. »

Toujours selon Kugel, il existe aujourd’hui 15 % de personnes qui ont entendu des voix au moins une fois dans leur existence (aux Etats-Unis, ils ont même une association). Reporté à l’antiquité biblique, et sans aller chercher un nouveau type de conscience, cela aurait fait 15 % de prophètes, ce qui aurait été largement suffisant (et peut-être même un peu trop).

Évidemment, si la conscience de soi, n’est ni un phénomène biologique, ni même psychologique, mais repose avant tout sur un système de normes, cela veut dire que l’esprit bicaméral ne s’est jamais « effondré ». Et il peut toujours redevenir d’actualité en cas de changement ou de crise de notre logiciel social.

Rémi Sussan

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16e séminaire M@rsouin

Bretagne - MARSOUIN - mer, 08/11/2017 - 10:14

Chaque année, M@rsouin organise un séminaire, ouvert à tous, pour présenter les résultats de ses recherches et les projets en cours. Lieu d'échanges entre chercheurs et acteurs de la Société de l'information, il est ouvert à toute personne intéressée par l'usage des Technologies de l'Information et de la Communication.

Cette année, le séminaire se déroulera les 31 mai et 1er juin 2018 au Domaine des Abbatiales (Le Bono, Auray, 56).

L'appel à communications sera bientôt disponible.

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