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Patrice Flichy : Libérer le travail ?

Internet Actu - lun, 29/01/2018 - 07:00

Le sociologue Patrice Flichy était l’invité de la 21 édition d’Aux sources du numérique, une rencontre mensuelle organisée par Le Tank et Renaissance numérique. L’occasion de porter un regard sur son dernier livre, Les nouvelles frontières du travail à l’ère du numérique.

Comme le souligne Henri Isaac (@hisaac25), président du think tank Renaissance numérique, le débat actuel sur le travail numérique se focalise entièrement sur l’automatisation. Rares sont les points de vue qui explorent la question autrement, notamment depuis l’individu. D’où l’intérêt du nouveau livre du sociologue Patrice Flichy du Laboratoire Techniques Territoires et Société cofondateur de la revue Réseaux, Les nouvelles frontières du travail à l’ère du numérique.

Effectivement, souligne l’auteur de L’imaginaire d’internet (2001) et du Sacre de l’amateur (2010, voir notamment le dossier que nous consacrions au sujet à l’époque), aujourd’hui, le coeur du débat s’inscrit sur la transformation du travail, la manière dont il recomposerait le salariat et bien sûr la menace que l’automatisation fait peser sur l’emploi. Pourtant, nous n’en sommes pas là. Ou plutôt, comme il le souligne dans son livre, le numérique n’explique pas tout. Si le nombre d’emplois salariés en France ne progresse plus, le statut d’indépendant a surtout progressé avec l’émergence du statut d’autoentrepreneurs, qui a surtout accompagné le développement de la pluriactivité. Quant au rapport de l’automatisation sur l’emploi, il est difficile d’établir une balance entre création et disparition souligne le chercheur en pointant vers le rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi.

L’activité : le travail au-delà du travail

Mais pour le sociologue, l’important est ailleurs. Il est nécessaire de repartir d’une réflexion sur « qu’est-ce que le travail ? ». Pour lui, le travail est un engagement dans une activité, pour la mener à bien, en gérer sa pénibilité, et se réaliser. C’est une articulation entre un projet, ses difficultés et sa réalisation. En se sens, ce n’est pas seulement avoir un emploi ou travailler dans une entreprise : « c’est quelque chose avec des frontières plus floues ».

Dans cette acception, le travail n’est pas uniquement marchand. Quand on s’intéresse à l’activité de travail, on constate qu’elle est la même, pour quelqu’un qui prend sa voiture pour conduire un ami quelque part, un covoitureur ou une personne qui conduit un VTC. Si on se focalise sur l’activité, ces différentes situations se ressemblent : elles consistent toutes à conduire depuis les mêmes outils. Le guide de montagne et son client effectuent le même parcours, quand pour l’un cet effort est un travail et l’autre un loisir, souligne-t-il dans son livre.

En s’appuyant sur l’enquête de l’Insee, histoires de vies, et sur nombres d’entretiens qu’il a réalisés, le sociologue souligne que les gens qui s’investissent le plus dans des loisirs ou des passions ne se désinvestissent pas de leur travail. L’investissement est non seulement identique, mais corrélé. Contrairement aux sociologues du loisir qui montrent souvent celui-ci comme une compensation des frustrations du travail, ce n’est pas le cas. Ceux qui s’investissent dans des activités s’y investissent, quelles que soient les formes de ces activités. Et ce d’autant, que, à l’inverse, les désinvestis du travail, comme les chômeurs, ne se précipitent pas nécessairement dans les activités de loisirs (en partie pour des questions de moyens).

Pour Patrice Flichy, si on retient cette acception du travail, si on s’intéresse aux passions, on peut considérer qu’on est passé à un nouveau régime du travail, celui du « travail ouvert ». Les ouvriers du monde rural notamment ont toujours mené d’autres activités, comme le pointait l’ethnographe Florence Weber dans son livre Le travail à côté, qui montrait qu’à côté de leur travail, les ouvriers du monde rural avaient conservé des activités liées à la terre, comme d’autres exploitaient leurs savoir-faire mécaniques pour entretenir une activité tiers. La transformation qu’à accomplit le numérique notamment, c’est d’avoir fait passer ce travail ouvert d’un monde local et fermé à un écosystème ouvert et mondialisé, à l’exemple de ces jeunes femmes qui utilisent la plateforme Etsy pour vendre leurs productions.

Ce modèle du travail ouvert s’appuie sur plusieurs utopies, allant de l’utopie punk, à l’utopie hacker en passant par le mouvement du DIY qui permettent à fois de valoriser ce que l’on réalise et de faire circuler informations et compétences. Mais ce qui explique l’arrivée du travail ouvert c’est surtout que le niveau de compétence des gens s’est transformé. Plus éduqués, les gens peuvent se réinvestir dans de nouveaux projets d’activité. Ce niveau de compétence élevé a créé un écart entre le travail disponible et les compétences, comme le montrait par exemple la grande enquête de la CFDT « Parlons travail », qui pointait notamment la très forte demande d’autonomie des salariés et leur très forte remise en cause de l’organisation du travail (2/3 des répondants estiment que leur hiérarchie ne sert à rien, 82 % préféreraient plus d’autonomie et 60 % souhaiteraient changer de travail). La disparition du modèle de l’entreprise qu’on rejoint de 20 à 65 ans est intégrée : les gens souhaitent être mobiles et créer un travail qui ait plus de sens. En cela, le numérique leur offre des opportunités nouvelles.


Image : Nicolas Vanbremeersch, Patrice Flichy et Henri Isaac au Tank, photographiés par Renaissance Numérique.

Un numérique des opportunités ?

Le numérique, rappelle Patrice Flichy, offre des outils de travail permettant l’autonomie et la coopération. Les plateformes permettent d’accéder à des dispositifs de coopération large et également à des marchés plus vastes. Autant d’opportunités qui permettent de changer le travail voire pour beaucoup de faire le grand saut. Une enquête de l’APEC montrait ainsi que 15 % des diplômés Bac+5 avaient changé radicalement de travail dans les 2 ans après leur arrivée en activité. Une tendance qu’illustre très bien par exemple le livre du journaliste Jean-Laurent Cassely, La révolte des premiers de la classe. Mais ce n’est pas le cas de tous, souligne Flichy. De nombreuses personnes ne souhaitent pas ou ne peuvent pas faire cette mutation radicale d’activité et articulent plusieurs activités, explique-t-il en évoquant un Stewart d’Air France qui monte des cours de cuisine ou une assistante médicale qui vend des bijoux sur Etsy. Beaucoup de réalisateurs de vidéos sur Viméo par exemple sont des professionnels qui utilisent ces outils pour refuser la division du travail que leur activité professionnelle leur impose, à l’image de preneurs de sons ou de monteurs qui élargissent leurs compétences en réalisant des films qu’ils y exposent. En continuant par ce livre son enquête sur les pratiques amateures, Patrice Flichy montre que celles-ci s’inscrivent aussi dans une réaction aux limites du cadre de travail et une volonté de se construire une identité, une réputation.

Ces nouveaux travailleurs mobilisent des compétences en friches, issues de leur formation, mais également beaucoup de compétences développées par eux-mêmes. Pour de nombreux enquêtés, « le principal lieu de formation désormais, c’est YouTube ! » Un dispositif qui est pourtant complètement mis de côté dans les politiques d’accès à la formation, rappelle le chercheur. Autre lieu de formation souvent mis en avant par les gens également : les lieux de coopération, comme les Fablabs.

Patrice Flichy dresse un constat critique sur l’idée qu’il faudrait se libérer du travail pour créer du « temps à soi ». Pour lui, l’enjeu est plutôt de libérer le travail de ses pesanteurs, notamment en élargissant le compromis social à toutes les situations hors salariat pour étendre les droits de tous. Reste qu’« il faut être conscient que les individus ne sont pas égaux face à ces nouvelles opportunités ». D’un côté, il y a les travailleurs digitaux intégrés (les cadres et ceux qui occupent des professions cognitives…) qui trouvent via le numérique des opportunités nouvelles. De l’autre, les travailleurs du clic, des gens désaffiliés, pour qui ces nouvelles formes de travail se révèlent d’abord et avant tout profondément aliénantes.

Concilier plateformes, droits et ouvertures

Le problème des activités de plateforme, souligne encore Patrice Flichy, c’est que la rémunération ne donne pas droit à une protection sociale adaptée, ce qui est quelque chose à corriger. Le problème, pointe-t-il, est que souvent le développement de droits s’accompagne d’une fermeture des professions. Comme il le souligne dans son livre : la montée de la précarisation du travail s’accompagne d’une crise des professions, « les barrières qui les protègent sont en train d’être abaissées ». Pour l’instant, ces dispositifs de travail ouverts (terme qui renvoie à la fois aux logiciels ouverts et au fait que cette ouverture permette de contourner les barrières d’entrées professionnelles) en font leur force. Mais cela pourrait ne pas durer. L’examen d’entrée par exemple à la profession de voitures de transport avec chauffeur a beaucoup évolué depuis qu’il a été mis en place. Si au début, il était une simple formalité, désormais, la moitié de ceux qui le passent ne l’obtiennent pas. Le fait est qu’on leur impose des épreuves inadaptées, comme une dictée. Le problème est que cela ne permet plus à des gens sans diplômes ou sans grande expérience professionnelle d’entrer sur ce marché. Les premières enquêtes sur les chauffeurs montraient pourtant qu’un quart d’entre eux étaient auparavant chômeurs et que la moitié de ceux-ci étaient d’anciens chômeurs de longue durée (voir notamment « Comment la banlieue parisienne s’est ubérisée »). Pour Patrice Flichy, cela montre qu’il est nécessaire de regarder comment on peut accéder à une profession. Les professions traditionnelles sont encadrées par la puissance publique, via des diplômes ou licences qu’il faut acquérir. Les plateformes ont trouvé des solutions pour contourner les règles, notamment, explique le chercheur par des solutions assurantielles. Les plateformes permettant à des particuliers de proposer des diners à domicile par exemple sont entrées en conflit avec les restaurateurs au sujet des règles sanitaires. Elles ont alors proposé des assurances aux clients comme à ceux qui proposaient une prestation. Cette remise en question de la réglementation publique par une logique assurantielle pose question, estime Patrice Flichy.

Nicolas Vanbremeersch (@versac), fondateur du Tank, souligne que les plateformes se sont largement glissées dans cette valorisation des savoir-faire qui n’étaient pas valorisés, contournant les formations traditionnelles. Elles ont compris que le monde du travail offrait des possibilités plus larges. Qu’il n’était pas nécessaire d’avoir un diplôme de graphiste pour exercer ce métier par exemple. Tout à fait, souligne Flichy. Dans le monde de la bijouterie par exemple, la fabrique est régulée. Il faut détenir un poinçon pour confectionner des bijoux précieux. C’est à la fois une garantie pour l’acheteur et une barrière à l’entrée. Sur Etsy notamment, on trouve plein de gens qui proposent à la vente des bijoux de fantaisie qui n’entrent pas dans cette norme. Les plateformes ont accompagné ce mouvement visant à contourner des professions trop rigides qui ne répondaient pas à toute la demande. Trouver des compromis d’assouplissement avec les professions existantes risque d’être un débat essentiel dans les années à venir.

Les plateformes offrent aussi un autre rapport à la production. Un producteur de données sur Open Street Map par exemple cartographie ce qu’il a envie, pas ce qu’on lui dit de faire. L’organisation collective souple des plateformes permet souvent à chacun de prendre des initiatives, ce qui est loin d’être le cas dans le monde du travail. En cela, elles proposent un nouveau modèle d’organisation du travail.

Pour autant, ne faisons pas des plateformes ce qu’elles ne sont pas toujours, prévient le chercheur. A nouveau, le travail qu’elles permettent d’accomplir n’est pas unique. D’un côté, il y a ceux qui mobilisent les plateformes pour leur travail-passion. De l’autre, il y a ceux qui utilisent des plateformes pour accéder à un travail très contraignant, comme les ouvriers du clic des plateformes de Digital Labor tel le Mechanical Turk d’Amazon. D’un côté, elle libère l’accès à des activités, comme les blogueurs ont pu utiliser les plateformes pour contourner l’activité de ceux qui contrôlaient l’accès à l’information. De l’autre, elle contraint l’accès à des activités. Toute la difficulté semble alors de parvenir à définir ce que les plateformes permettent et transforment… En dresser une typologie semble d’autant plus difficile à établir qu’elles se transforment en continu, affinant et modifiant sans cesse leurs modalités.

Les plateformes ne font pas disparaitre le don, rappelle le chercheur. « Du point de vue du travailleur, il n’y a pas de différence entre un travail qui conduit à une rémunération et un travail gratuit. La seule chose que cela change, c’est la nature de la relation ». Comme le disait une interviewée, quand on fait du stop, souvent, on rémunère celui qui nous prend en stop par la conversation. Avec un VTC, on n’est pas forcé de parler. Avec Blablacar, qui se situe entre les deux, il y a une ambiguïté… sur laquelle d’ailleurs joue le nom du service.

Explorer la recomposition du travail, sans la simplifier

Le livre de Patrice Flichy explore la recomposition du travail, cet endroit où les frontières se brouillent, montrant que la simplifier n’est pas une solution. Les formes de coopérations elles-mêmes ne sont pas si claires, souligne encore le chercheur, en évoquant des dispositifs de coopérations « sauvages », comme ce collectif de chauffeurs VTC qui a mis en place une application pour gérer leurs clients privés entre eux et se les échanger si besoin (contre rémunération).

Tout le problème est de trouver les justes formes de la régulation dans un paysage complexe. La formation des VTC par exemple est devenue trop contraignante. Les travailleurs des plateformes n’ont d’ailleurs pas tous la même vision de ces régulations. Certains collectifs par exemple réclament que leurs contrats d’autoentrepreneur soient transformés en salariat. D’autres, comme les chauffeurs, tiennent plutôt à leur indépendance pour travailler pour plusieurs plateformes. Partout s’exprime le besoin de formes collectives ou syndicales, mais comment les organiser ? Le droit des travailleurs indépendants à besoin d’être construit.

Nicolas Vanbremeersch souligne justement combien ces plateformes sont des univers particuliers. YouTube par exemple a créé des relations privilégiées avec les plus gros youtubeurs et leurs agents, ignorant de plus en plus les « travailleurs de base » et imposant ses règles unilatéralement, comme quand il relève le plafond de rémunération publicitaire des vidéos.

Le pouvoir de changer de façon unilatérale les règles de rémunération des plateformes est un problème. Mais, rappelle le chercheur, tous les créateurs ne sont pas destinés à être rémunérés. Une polémique passée sur la rémunération des choristes, qui contrairement aux musiciens professionnels avec lesquels ils se produisent, ne sont pas rémunérés, soulignait bien par exemple que les frontières strictes que nous projetons sur la professionnalisation des différentes formes de travail ne sont pas si simples.

Ce livre, en continuité avec le travail que Patrice Flichy avait accompli sur les pratiques amateures, souligne la grande diversité des activités. Regarder le travail sous l’angle des parcours permet de le questionner autrement. En le regardant autrement, Patrice Flichy souligne que l’instauration du salariat ou l’organisation de la protection sociale n’a jamais été complète. Si « l’autre travail » existe depuis longtemps, il semble devenir plus important qu’avant, parce que d’un côté le numérique lui offre des opportunités d’expression inédite et que de l’autre la tension sur l’emploi fige le travail salarié traditionnel. Si 4 Français sur 10 se définissent par leur métier, 3 sur 10 se définissent eux par leurs passions, rappelle-t-il dans son livre. Dans ce jeu, le numérique favorise le développement de nouvelles opportunités, permet de s’affranchir des frontières strictes de ses activités.

La disparition des frontières entre le travail salarié et « l’autre travail » s’estompe et fait apparaitre un « travail ouvert » qui utilise les opportunités du numérique pour créer un continuum entre les activités pratiquées. Le numérique offre à la fois des outils pour le travail ouvert, mais aussi des moyens pour rapprocher des activités professionnelles et privées. Reste que le sociologue n’est pas naïf pour autant. D’un autre côté, les plateformes formatent l’activité qu’elles libèrent. Il souligne notamment combien celles-ci privilégient toujours les plus actifs et les plus engagés, selon la popularité voire la qualité des appréciations. Aidées, forcées par les régulateurs ou leurs clients, elles ne cessent de recadrer l’activité, de définir et redéfinir leurs règles. Si les chauffeurs de Blablacar n’ont besoin que de leur permis de conduire, ce n’est plus le cas des chauffeurs de VTC. En fait, souligne-t-il, le travail ouvert est une voie d’accès. Il fait appel à des compétences ordinaires que les gens mobilisent pour franchir les barrières professionnelles. Les plateformes les aident en cela, en les aidant finalement à contourner les règlements publics à l’exemple du boom des coursiers à vélo pour contourner le registre des transports légers à deux roues motorisé des livreurs classiques ou le boom des chauffeurs de VTC pour contourner le numerus clausus des licences de taxis. Reste que ces contournements se font surtout depuis les règles qu’imposent les plateformes unilatéralement : le contrat et l’assurance remplacent le règlement, la notation le contrôle… En composant des collaborations avec les outsiders et le public, les plateformes ont déplacé le travail… avec le risque qu’elles abusent de leur position dominante. Mais c’est en s’appuyant sur la puissance des outsiders qu’elles ont réussi à s’imposer.
Le travail ouvert, « libéré », devient à son tour un modèle. Il devient une référence pour de nouveaux modes d’organisation et aussi un cadre qui structure les activités non marchandes par rapport aux contraintes du monde du travail.

Reste que dans le grand brassage des modalités de travail, les stratégies et les compétences ne sont pas également distribuées. Malgré les recompositions qu’elles permettent, les plateformes finissent par figer les recompositions qu’elles esquissent. Pour Flichy, à la suite de Robert Castel, il y a ceux qui exploitent parfaitement les possibilités du numérique, de manière très opportuniste : l’individu numérique intégré ; et de l’autre, l’individu numérique désaffilié, désocialisé. Selon ses capacités, son patrimoine, ses compétences, les travailleurs se situent entre ces deux extrêmes. Reste qu’il dresse là un constat plus qu’une solution. Entre le numérique qui libère et le numérique qui aliène, il n’y a pas une différence de nature, mais une intrication qui amplifie les disparités sociales existantes. La cartographie de cette complexité que dresse d’une manière précise et informée Patrice Flichy montre surtout la grande diversité d’action des plateformes… comme si leur régulation, au bout du compte, ne pouvait être traitée complètement globalement, mais au cas par cas, secteur par secteur, plateforme par plateforme. C’est peut-être une piste finalement qui pose la question de l’accès de collectifs d’utilisateurs dans la gouvernance de chaque plateforme. Reste à trouver les modalités pour la favoriser.

Hubert Guillaud

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Vers le lobbying automatisé ?

Internet Actu - jeu, 25/01/2018 - 07:00

Dans la grande famille des CivicTech (les technologies au service de la citoyenneté, cf. « CivicTech : la démocratie a-t-elle un modèle économique ? » et « Les innovations démocratiques en questions »), on connaissait déjà les GovTech (technologies de gouvernement, c’est-à-dire les plateformes au service des autorités pour assurer leur développement numérique à l’image des plateformes de consultations citoyennes comme le propose Cap Collectif) et les PolTech (les technologies politiques, qui regroupent plutôt des outils au service de la politique, allant des plateformes de mobilisation comme Change.org aux logiciels de gestion de la relation militante, comme NationBuilder)… Il va désormais falloir compter sur le renouveau des outils de lobbying via des outils de gestion des relations gouvernementales (Government Relationship Management, faisant référence aux outils de gestion de la relation clients, CRM), nous apprend Politico, tels Fiscal Note, GovPredict, Bloomberg Government ou Quorum

Ces outils qui visent à « automatiser Washington » agrègent une multitude de données, allant de projets de loi aux comptes Twitter ou Facebook des députés et de leurs équipes pour surveiller ce dont bruisse la capitale américaine, permettant de surveiller sujets et personnes et de mieux les cibler. Ces logiciels sont capables d’analyser des millions d’informations pour tenter d’en tirer du sens. Ils analysent les projets de loi, des documents réglementaires, l’historique des votes, identifient ceux qui les soutiennent et leurs relations…

Comme l’explique Tim Hwang, le PDG de FiscalNote dans une interview pour Entrepreneur  : « Nous regroupons les lois, les règlements et les documents gouvernementaux de milliers d’organismes fédéraux, étatiques et locaux. Nous utilisons l’intelligence artificielle pour les structurer et les normaliser, puis nous fournissons des flux de données personnalisés aux entreprises pour prédire ou montrer comment le gouvernement peut avoir un impact sur leurs activités. Nous offrons des outils aux équipes juridiques et aux lobbyistes pour travailler sur les problèmes qui touchent ou impacteront leurs entreprises » (voir également la vidéo promotionnelle de FiscalNote qui permet de saisir un peu son fonctionnement). Rien de moins.

Ces outils d’analyse de données commencent à avoir à leurs actifs leurs premières réussites, souligne Bloomberg en revenant par exemple sur l’utilisation par Wallmart d’un de ces outils pour lutter contre un projet de loi qui allait à l’encontre de ses intérêts. Des outils d’analyse de données, très coûteux, qui se présentent comme un complément du lobbying traditionnel, venant encore un peu mieux armer ceux qui avaient déjà le plus de moyens pour défendre leurs intérêts. Des outils qui posent des questions quant à l’inflation et l’automatisation législatives, qui semblent ne plus pouvoir être pilotées autrement que via des outils d’analyses automatisés… A se demander, comme le pose une conférence organisée par l’université de Pennsylvanie, si nous n’allons pas vers un gouvernement pour les gens, par les robots ?

Reste que dans cette question de l’automatisation de la vie politique, la réponse n’est peut-être pas si univoque. Face au développement de techniques de spamming, comme celles qu’a connues la FCC lors de la mise en discussion de la question de la neutralité au printemps dernier (le site de discussion de la FCC a reçu quel que 22 millions de commentaires largement automatisés, comme le pointaient Le Monde ou Wired), ce sont les outils de FiscalNote qui ont permis d’en fournir une analyse.

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Aux origines de la post-vérité (2/2) : la destruction des Omphalos

Internet Actu - mer, 24/01/2018 - 07:00

Le livre d’Andersen a un mérite, incontestable celui de présenter les choses dans une perspective historique (voir la première partie de notre dossier). Non, les fake news ne sont pas un pur produit de Facebook et Twitter ; non, Trump n’est pas un pur accident. Mais peut-être, en se cantonnant dans la seule histoire américaine, ne va-t-il pas assez loin ? Et il ne comprend pas que le phénomène est encore plus profond – et donc, bien évidemment, plus dangereux.

En fait, on a chez lui l’impression d’une accumulation de faits, d’histoires reliées entre elles par cette idée de la »croyance en la croyance », sans analyse des différences entre ces phénomènes. Car tout y passe : Buffalo Bill et les fondamentalistes, le New Age et le relativisme épistémologique, mais aussi le cosplay, la science-fiction, l’homéopathie, la chirurgie esthétique, sans oublier, bien sûr (mais c’est un passage obligatoire) les réseaux sociaux…

Ne pas confondre « faux » et « irrationnel »
Un premier reproche qu’on peut faire à Andersen est la méconnaissance du contexte historique de certains des mouvements qu’il critique. C’est particulièrement évident lorsqu’Andersen s’attaque à un phénomène comme le mesmérisme, basé sur la théorie du magnétisme animal. Il dénonce une lubie américaine de plus, bien qu’évidemment, il le reconnaît, Mesmer ait été un Européen. Mais surtout, même s’il reconnaît du bout des lèvres que le mesmérisme a donné naissance au domaine de l’hypnose, une discipline aujourd’hui parfaitement mainstream et reconnue, c’est surtout pour insister sur le fait que cette dernière a elle aussi été le prétexte à des déviances délirantes. Mais ce faisant, il oublie de répondre à la vraie question : sans Mesmer, l’écossais James Braid n’aurait pas réussi à découvrir la réalité de l’hypnose, en jetant aux orties la vieille théorie du magnétisme animal. Les idées de Mesmer n’étaient pas folles, elles étaient juste erronées. Le phénomène psychologique, en revanche, était réel.

Son analyse de la « galaxie New Age » et de la contre-culture est également un peu rapide. Peut-on réellement mettre sur le même plan des groupes intellectuels comme Esalen et les délires de Rhoda Byrnes et d’Oprah Winfrey ? C’est vrai qu’il existe des similitudes et que c’est à l’institut Esalen, ce temple du New Age et de la contre-culture des années 60 que se sont développées les théories alternatives les plus originales et souvent, les plus délirantes. Pourtant un penseur comme Gregory Bateson, soucieux de rationalité et peu porté sur le paranormal, choisit de terminer sa vie à Esalen. Ce qui ne l’empêcha pas de pester contre l’astrologie, la télépathie ou le pouvoir des cristaux. Comme il écrit dans son dernier ouvrage, La peur des anges :« Les croyances de la contre-culture ou du Human Potential Movement sont peut-être entachées de superstitions et d’irrationalité, mais leur raison d’être, elle, est une bonne raison […]. Il s’est agi en fait de constituer une zone tampon de diversité pour protéger l’être humain contre l’obsolescence. »

Des gens comme Bateson ont donc vu en Esalen bien plus qu’un simple ramassis de superstitions. Andersen est lui-même un peu gêné aux entournures lorsqu’il s’agit de critiquer le New Age et la contre-culture. On l’a vu, il reconnaît certaines de ses valeurs, comme l’écologie ou les droits civiques. Mais il avoue également que : « Il y a quelques années j’ai adopté une pratique quotidienne de la méditation. Il existe maintenant une grande littérature scientifique démontrant le pouvoir de la méditation pour modifier la perception quotidienne de manière utile. »

Mais ces études scientifiques auraient elles seulement été entreprises sans des organisations comme Esalen ou les spéculations mystiques qu’elles charriaient ? Sans la contre-culture, la méditation serait aujourd’hui considérée comme elle l’était au début des années 50 : une croyance « irrationnelle », un « truc de dingue ». Andersen ne semble pas comprendre que les innovations se font généralement sur un terrain où les digues de la rationalité, du bon sens, sont temporairement brisées. Le tri vient ensuite, mais on ne peut pas faire l’économie de cette première phase. Les pionniers font des erreurs, mais ils méritent le respect, car comme le dit Alan Moore, « les flèches qui sont plantées dans leur dos nous indiquent la bonne direction ».

Une idéologie américaine, vraiment ?
La question du caractère purement « américain » de certains des courants qu’il mentionne reste également sujette à caution. Finalement, bien des « idées folles » exposées par Andersen sont en réalité d’origine européenne, et d’ailleurs lui même le reconnaît à plusieurs reprises. Le mesmérisme ? Inventé par un Autrichien. La contre-culture, Esalen ? Inspirée par des Anglais (émigrés aux US) comme Alan Watts, Aldous Huxley, Gerald Heard, l’historien d’origine germanique Frederic Spiegelberg… Sans parler des Beatles et des Stones ! Le relativisme épistémologique des années 60 ? Quoi de plus français, avec Foucault, Derrida ou Baudrillard ?

Mais, nous dit Andersen, peu importe l’origine, c’est aux US qu’elles ont proliféré. Peut-être. Mais c’est le cas aussi de l’astronautique, de l’informatique, de la mécanique quantique… En fait, à partir des années 30, les Etats-Unis ont bénéficié d’un apport puissant d’intellectuels européens fuyant le nazisme, la guerre, le communisme, voire aussi la chute du nazisme (dans le cas d’un Werner Von Braun). Autrement dit, il faut bien le reconnaître, la seconde moitié du XXe siècle, l’Amérique a été le principal terrain d’innovation de la planète, et dans tous les domaines, alors que l’Europe était exsangue. Les historiens de demain nous diront peut-être que cet âge d’or américain a pris fin au début du XXIe siècle, avec l’élection d’un certain Donald Trump…

Au-delà des Omphalos
Tout au long de la lecture de Fantasyland, je n’ai pu m’empêcher de le mettre en parallèle avec le livre plus ancien de John Higgs, Stranger Than We Can Imagine. Cet ouvrage date de 2015, donc pas question de « fake news », ni de Trump… Pourtant, les perspectives qu’il offre nous permettent de bénéficier d’un éclairage inédit sur nos conceptions contemporaines de la vérité.

Contrairement à Andersen, Higgs est anglais. Au lieu de se référer aux pèlerins du Mayflower, à Anne Hutchinson ou Buffalo Bill, il convoque les mânes d’Einstein, de Stravinski, de Joyce ou de Duchamp. Ensuite, Higgs est un des meilleurs historiens de la contre-culture. Outre cet ouvrage, il a auparavant écrit une biographie de Timothy Leary, ce « pape des hippies » devenu évangéliste de la cyberculture ; et un bouquin sur le groupe techno KLF, qui révolutionna la musique électro dans les années 90.

Stranger Than We Can Imagine commence par une anecdote curieuse : au début du XXe siècle, l’anarchiste français Martial Bourdin tenta de faire exploser l’observatoire de Greenwich. L’histoire inspira d’ailleurs Joseph Conrad et son roman L’agent secret. Bourdin aurait aussi influencé Ted Kaczynski, plus connu sous le pseudonyme d’Unabomber, responsable de plusieurs attentats antitechnologiques dans les années 70-80.

Higgs s’interroge sur le choix de la cible de cet attentat. Pourquoi l’observatoire de Greenwich et pas une banque ou une usine d’armement ? Ce serait, nous dit-il, parce que ce point géographique où se trouve le méridien zéro était comme le centre du monde pour la société de l’époque. Higgs emploie le terme grec d’Omphalos pour désigner de tels points de référence.

Il se pourrait bien selon l’auteur que l’anarchiste ait eu un moment de prescience. Car le XXe siècle a été celui de la destruction des Omphalos. Einstein attaque avec la relativité ; puis les artistes s’y mettent aussi avec le mouvement moderniste, comme le cubisme en peinture ou les oeuvres de Joyce en littérature. Selon Higgs, « Le thème, décliné à plusieurs reprises à travers le large champ de la culture moderniste, était l’idée qu’un seul point de vue était insuffisant pour exprimer où décrire complètement un phénomène ».

La chute des Omphalos se poursuit lors de la Première Guerre mondiale, avec la chute des grands empires qui avaient jusqu’ici structuré l’Europe. Puis c’est la centralité du moi conscient qui est remise en question avec la psychanalyse et le surréalisme. Ce dernier véhicule également avec lui une critique de la rationalité, dont on trouverait difficilement l’origine dans le fondamentalisme américain.

Parallèlement, on observe une chute de la « société » en tant que concept. C’est l’explosion d’un individualisme forcené, incarné par exemple par Ayn Rand (si Ayn Rand est un auteur qui a connu le succès aux Etats-Unis, il faut aussi rappeler qu’elle était d’origine russe). Chacun fait ce qu’il veut, chacun définit sa réalité.

Le postmodernisme venu plus tard en contestation du « modernisme » partage en fait les mêmes prémisses : il est devenu impossible de voir la réalité sous un seul et unique point de vue. Le postmodernisme reçoit un mauvais traitement chez Andersen. Il voit dans les philosophes français qui l’ont inspiré, les « idiots utiles » de l’alt-right américaine. Si tout discours est l’expression d’un pouvoir, alors il n’existe de vérité nulle part… Alors, pourquoi pas des « faits alternatifs » ?

Higgs, de son côté, tout en reconnaissant l’impasse du postmodernisme, son incapacité à déterminer de la valeur, sans parler du goût de ses aficionados pour un langage abscons, évite cependant de le jeter avec l’eau du bain. « Notre idéologie actuelle, écrit-il, insiste sur le fait que bien entendu, il existe un absolu. Bien évidemment, la vérité existe ». Et de citer à l’appui de cette idée des personnalités aussi diverses que Richard Dawkins ou Benoit XVI. Or, note-t-il, « malheureusement, tous ces gens sont en désaccord sur la forme que doit prendre cet absolu. Mais ils sont presque sûrs qu’il existe. Cette foi en la certitude absolue ne repose sur aucune preuve quant à l’existence d’une telle certitude. »

Peut-on dépasser la « post-vérité » ?
Que faire dans ces conditions ? Le livre de Higgs se termine par un éloge de la pensée en réseau, qui permettrait de dépasser l’individualisme absolu du XXe siècle. Mais justement, l’avènement des fake news et l’élection de Trump nous fait douter de cette solution. Andersen de son côté n’est guère plus précis. Comme l’écrit le New York Times, critiquant une phrase de la conclusion de Fantasyland : « Vous avez droit à vos propres opinions et vos propres fantaisies, mais pas à vos propres faits – surtout si vos faits fantastiques blessent des gens », dit-il (…). Mais la tentative est brève et on la sent peu convaincue. »

En tout cas, la lecture de Higgs démontre que les Omphalos ont définitivement été détruits. Ils ne reviendront pas. La défense naïve des faits d’Andersen ne tient pas la route. Comment le pourrait-elle puisque justement c’est la vérité de certains faits qui est contestée aujourd’hui ?

Finalement, nous sommes face à un grand point d’interrogation. Nous n’avons pas pour l’instant les outils cognitifs nous permettant de naviguer dans une réalité multidimensionnelle. Peut être l’application de la méthode scientifique à notre quotidien, notamment la théorie de la réfutabilité de Karl Popper, nous permettra de mieux séparer le bon grain de l’ivraie ? Cela ferait de l’épistémologie, l’étude de la connaissance, la reine des sciences ! Faut-il alors l’enseigner au plus tôt, au risque qu’elle devienne l’expression de sa propre autorité, et qu’elle se trouve, de facto, à son tour contestée !

Rémi Sussan

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Et si nos destinations choisissaient de se déconnecter ?

Blog e-tourisme - mer, 24/01/2018 - 07:00
Quand l’envie de se déconnecter nous tiraille …

Notifications intrusives, partage constant sur les réseaux sociaux, mails à n’en plus finir… le numérique nous suit partout. Présent dans nos open spaces, invité dérangeant lors de nos repas, l’écran de nos smartphones nous accompagne toute la journée et est souvent la dernière chose que l’on voit avant de s’endormir. On s’offre une petite “digital detox” ?

« Moi je le fais, mais je peux m’en passer » Vous y croyez vraiment ?

Créer la dépendance et offrir le sevrage… Quand le tourisme surfe sur la « digital detox »

Quelle meilleure période pour se ressourcer que les vacances ? Pourtant, avec Facebook, twitter et Instagram, notre utilisation du numérique reste sensiblement la même. Le WIFI s’installe sur nos plages, le moindre capuccino se révèle être une photo instagrammable tendance, et beaucoup de selfies de couchers de soleil partagés sur les réseaux sociaux ne représentent en réalité qu’un rapide aller-retour sur la plage pour capturer ce moment « magique »

En passant, vous avez déjà remarqué la petite satisfaction que vous procure chaque like ? Cette petite dose de dopamine vous place subtilement en situation d’addiction. Croyez bien que les réseaux sociaux le savent et l’exploitent. (Voir le reportage d’Envoyé Spécial « accro aux écrans »)

Certains professionnels du tourisme ont anticipé ces maux et les offres touristiques de « digital détox » (comprenez plutôt « déconnexion temporaire ») se multiplient.

Quelques exemples…

  • « Innocent Un-plugged », un festival musical déconnecté

Tenu chaque année dans un lieu différent et secret (divulgué quelques semaines à peine avant l’évènement) le festival Innocent Unplugged regorge d’activités pour nous reconnecter à la nature, aux autres et à soi, en musique. Les téléphones y sont interdits, ici, c’est l’interaction humaine qui prime !

Séjours « WE FREE ZONE » en Normandie où la méditation côtoie yoga et randonnée, camps de vacances pour enfants où les smartphones sont laissés à la maison, agences spécialisées dans la déconnexion comme Into The Tribe, en passant par les hôtels proposant de vous confisquer smartphone et autres tout en vous accompagnant dans cette « détox » pour une jolie petite somme… Autant dire que cette tendance marketing semble avoir de beaux jours devant elle.

Avant, on payait pour avoir le WIFI, maintenant on paie pour ne plus l’avoir. Quelqu’un a dit pigeon ?

Une tendance de fond ?

Malgré la facilité à voir cette « détox digitale » comme un simple coup marketing, une étude menée par JWT Intelligence nous informe que 41% des millenials interrogés pensent ne pas réussir à profiter pleinement de leurs vacances à cause de la présence des écrans.

Et si, voyager sans être connecté devenait l’ultime expérience ?

Alors là je vous demande un peu de bienveillance pour qu’on imagine ensemble un futur … un peu différent.

En janvier dernier, Paul Arseneault et Pierre Bellerose dévoilaient les quatre grands mouvements qui impacteront le touriste à l’horizon 2030. On y découvrait alors que le touriste de demain deviendra entièrement numérique, avec de nouvelles technologies qui viendront fluidifier l’expérience de voyage. On y découvrait également que d’ici 2023, 80% de la population aura une identité numérique et que chacune de nos préférences et actions seront encore plus rationnalisées et exploitées qu’aujourd’hui.

Voilà pour les faits. Maintenant, partons du principe, que l’on désire, semble-t-il, que ce que l’on ne possède pas.

Est-ce que, dans 10 ou 15 ans, la déconnexion ne deviendrait pas le luxe suprême ?

La France a pour objectif d’être entièrement équipée en très haut débit. On va vivre dans des villes de plus en plus urbanisées et on sera de plus en plus connectés. 

Alors est ce qu’on aura pas envie, le temps de nos vacances, de se déconnecter de nos écrans pour mieux se reconnecter à nous-même ?

Déconnectés, par choix

Et si demain, les destinations qui sortiront du lot seront celles qui auront à cœur la reconnexion de leur clientèle avec elles-mêmes ?

 

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Comment concevoir une expérience utilisateur qui ne soit pas addictive ?

Internet Actu - mar, 23/01/2018 - 07:00

Le design de l’expérience utilisateur (UX pour User experience) en développant l’engagement des utilisateurs a transformé les entreprises technologiques, rappelle Bruce Nussbaum (@brucenussbaum), l’auteur de Creative intelligence, professeur d’innovation et de design à Parsons, pour FastCoDesign. Les designers sont désormais au coeur des modèles d’affaires… tant et si bien que le design et la technologie sont devenus un seul et même processus de production. Mais dans le grand débat sur l’addiction aux médias sociaux et aux smartphones, on exige désormais que les designers prennent leurs responsabilités. Les machines à sous ont été conçues pour créer de la dépendance, c’est pour cela que les enfants ne sont pas autorisés à les utiliser. Mais ils sont autorisés à se placer devant n’importe quel écran, afin de vivre une « grande expérience de consommation »… comme nous le sommes tous.

Et le spécialiste du design d’inviter les concepteurs à utiliser les enseignements de l’UX pour aider les utilisateurs à sortir de leur dépendance. Comment éloigner les utilisateurs de leurs appareils ?

  • Concevez de manière à rendre plus difficile la connexion et la réponse. La dépendance dépend d’une connexion rapide et d’un retour rapide. Ralentissez !
  • Tirez le signal d’alarme ! Utilisez les données comme le temps passé ou l’intensité des interactions pour mesurer la dépendance et montrez ces métriques aux utilisateurs. Alertez l’utilisateur quand il va trop loin et châtiez-le s’il ne s’arrête pas !
  • Créez des minuteurs qui éteignent les fonctions.
  • Diversifiez ! La plupart des personnes qui ont exprimé des regrets d’avoir conçu des interfaces qui favorisent la dépendance ont des caractéristiques socioculturelles communes. Ils étaient tous des jeunes geeks riches – souvent blancs – cherchant des interactions rapides et nombreuses. Maintenant qu’ils sont parents de jeunes enfants, ils comprennent que ces façons de concevoir les interactions pour tous ne sont que le reflet de leur propre vision et sont inadaptées à de nombreuses situations, à d’autres groupes socioculturels. Mettez de la diversité dans vos équipes, afin de favoriser d’autres visions de la sociabilité, plutôt qu’une vision de la sociabilité sous le seul angle de l’excitabilité, insiste Nussbaum. Et ce d’autant qu’une récente étude pointe que la diversité des profils serait la clef de l’innovation et de la performance des entreprises.

Pour le New York Times, Nellie Bowles (@nelliebowles) rapporte la nouvelle mode consistant à passer son écran de smartphone en noir et blanc. Un truc popularisé par le designer Tristan Harris (voir « Du design de nos vulnérabilités ») pour rendre son écran moins scintillant et donc moins stimulant. Jouer sur la couleur et diminuer le contraste sont des moyens simples pour réintroduire une « attention contrôlée ».

Reste que, encore une fois, la solution proposée passe par un contournement de fonctionnalités par l’utilisateur, plus que par une proposition construite par les concepteurs pour permettre aux utilisateurs de reprendre le contrôle. L’éthique dans la conception attentionnelle a décidément du mal à s’imposer.

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Toi aussi, invente ta destination !

Blog e-tourisme - lun, 22/01/2018 - 07:00

J’ai eu le plaisir d’intervenir ces derniers jours auprès des acteurs du tourisme et des élus de la communauté de communes Marche et Combrailles en Aquitaine. C’est normal si ce nom là ne vous dit rien, car la communauté de communes vient juste de se doter de ce nouveau patronyme… Par contre, si je vous dit qu’elle est née de la fusion des communautés de communes de Chènerailles, Auzance-Bellegarde et Haut Pays Marchois, de suite, ça vous parle, non?

Allez, je précise : géographiquement, vous pouvez situer le territoire dans les Combrailles Creusoises, autrement dit dans le Limousin qui fait maintenant partie de la Nouvelle-Aquitaine… C’est beau la géographie, non?

Quand on veut absolument s’inventer une nouvelle destination…

Cette intéressante réunion, fort participative, avait pour but de définir le rôle du nouvel office de tourisme communautaire, fusion de.. (non, je vous passe le listing des noms des ex-offices de tourisme et syndicats d’initiative du territoire). C’est là qu’un hébergeur, très investi dans le collectif, a suggéré que dorénavant, chaque professionnel du tourisme fasse sur son site Internet la promotion de cette nouvelle destination “Marche et Combrailles en Aquitaine”…

J’ai vite calmé l’ardeur a inventer une nouvelle destination de cet hébergeur, juste en lui parlant client : Imaginons Didier et Michaël, couple bordelais souhaitant aller passer un week-end “au vert” dans la Creuse. (et oui, c’est de plus en plus tendance dans notre métropole branchée…). Vous imaginez la conversation : “dis chéri, tu penses qu’il vaudrait mieux choisir Creuse Confluence, Monts et Vallée Ouest Creuse, ou Marche et Combrailles en Aquitaine, comme destination de week-end infra-Creuse?”. 

Car avec la loi NOTRe, chacune des six nouvelles communautés de communes du département s’est dotée d’un nouveau nom pittoresque. Nom qui a été immédiatement attribué au nouvel office de tourisme communautaire. Nom que personne ne connaît, à part la direction générale des collectivités locales à la préfecture de Guéret, Creuse Tourisme et l’équipe de la MONA (qui se spécialise en géographie administrative…). Donc, soyez déjà bien content que nos bobos bordelais aient identifié la Creuse…

Tout irait bien si élus et acteurs du tourisme locaux séparaient franchement ce qui ressort d’une nouvelle entité administrative au service des citoyens de ce qui peut être perçu par le visiteur comme destination!

Laissons donc Didier et Michaël trouver un hébergement sympa en Creuse, sur AirBnB ou un site institutionnel. Et quand ils seront arrivés sur place, ce sera à l’hébergeur ou au restaurateur de leur faire lire la géographie locale. Comprendre l’alchimie des Combrailles, région naturelle, à cheval sur trois départements et deux régions, ça fait partie du voyage et de la découverte. Et c’est magique !

Notre principal problème est donc l’inventivité des acteurs et élus locaux et l’empressement qu’ils ont à essayer de faire vivre leur nouveau territoire dans la communication touristique.

Tous aux balcons

Parfois, les ateliers participatifs, les réflexions des commissions tourisme ou les intenses travaux d’agences de communication accouchent de noms d’offices de tourisme qui “parlent au touriste”.

On a ainsi vu apparaitre, pour l’office de tourisme de la communauté de communes des Balcons du Dauphiné (Isère) le nom porteur de “Tous au Balcon“. On imagine le quotidien des conseillères en séjour…

Souvent, il est de bon ton d’ajouter une couleur, manière de” donner une image positive et identitaire au territoire”. On a ainsi  des Offices de Tourisme du Quercy blanc, des Beaujolais vert et des Anjou bleu… 

Le nouveau nom de l’office de tourisme emprunte fréquemment les caractéristiques géographiques du territoire. C’est ainsi que sont dernièrement apparus des noms exotiques : Erdre, Canal et Forêt, Maine-Saosnois, ou Puisaye Forterre.

Dans ce cas-là, le nom de l’office de tourisme est lié au territoire, et avec une bonne recherche sur wikipedia, le touriste peut savoir à peu près où il part en vacances… Mais malgré tout, ça ne va pas être facile à installer sur les marchés internationaux, toutes ces marques…

Mais il y a bien pire : les noms qui ne correspondent à rien du tout de compréhensible par le visiteur potentiel (même si chaque patronyme a une bonne raison d’exister) : ainsi, l’Office de Tourisme Monts et Vallée Ouest Creuse est né de la fusion des Offices de la Vallée des Peintres et de celui du Pays des Eaux Vives… Et je ne vous parle pas de l’Office de Tourisme des Deux Fleuves (Seine-et-Marne), des Trois Pays (Pas-de-Calais) ou des Quatre Vallées (Loiret)…

  Un quizz pour transformer vos élus

J’ai donc pensé à vous, qui avez à convaincre vos élus et vos acteurs locaux. Mettez-les dans la peau du client. Lorsqu’ils vont proposer un nom burlesque pour votre office de tourisme, soumettez-les à ce quizz. Il s’agît juste de replacer l’office de tourisme en question dans son département. S’ils obtiennent au moins 60% de bonnes réponses, ça veut dire que les touristes qu’ils représentent sont hyper forts en géographie créative, et que donc ils ont le droit d’inventer une nouvelle destination…

Dans le cas contraire, proposez-leur d’affecter le budget “logo-marque de destination-identité graphique” à la qualification de l’offre touristique. Un client satisfait, c’est un client qui se souviendra du territoire, et qui en fera la promotion, avec ou sans nom bizarre…

CLIQUEZ SUR L’IMAGE POUR FAIRE LE QUIZZ

Promis, dans quelques jours, je vous donne les résultats!

Actualisation du 30 janvier

Comme promis, voici les résultats sur 501 participants au quizz : le résultat moyen est resté stable : 33% de bonnes réponses.Dans le détail, on peut dire que les élus de la communauté de communes Marche Occitane – Val d’Anglin, dans le Cher, en nommant leur Office de Tourisme du même nom que la CDC n’ont pas contribué à éclairer le visiteur sur l’emplacement stratégique de leur destination. 90% des répondants voient ça en Ariège ou dans l’Aude, mais pas en Région Centre… 

A contrario, c’est l’office de tourisme Coeur de Bastides qui est le mieux situé dans le Lot-et-Garonne par 43% des répondants…

Un lecteur me fait remarquer avec raison que l’Office de Tourisme de “Terre de Haut” en Guadeloupe emprunte son nom à la commune sur laquelle il est situé; ce n’est donc pas une “nouvelle destination”. 

Bon, y’a encore un peut de travail à faire, Mesdames et Messieurs les Elus…

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Une limite à CRISPR ?

Internet Actu - ven, 19/01/2018 - 14:00

Se pourrait-il que CRISPR, la nouvelle technologie d’ingénierie génétique au potentiel révolutionnaire, soit moins efficace qu’on ne le pense ? En tout cas, chez les humains. C’est ce que suggère la Technology Review, qui a repéré un papier sur le sujet dans Biorxiv.

En cause, la protéine cas9 qui sert de « ciseau » dans le processus CRISPR (pour voir comment fonctionne cette technologie, le plus simple est de regarder ces courtes vidéos). En effet, cet enzyme est présent au sein de deux bactéries très répandues, S. aureus et S. pyogenes. En conséquence les personnes infectées possèdent des anticorps contre cette molécule. Les chercheurs ont effectué un test sur des échantillons sanguins de 22 nouveaux nés et douze adultes, et ont découvert la présence de ces anticorps dans 65 % des cas. Cela pourrait rendre la thérapie inefficace, et serait même susceptible, selon les auteurs du papier, de « se révéler d’une toxicité significative pour les patients ».

Faut-il abandonner tout espoir d’application de CRISPR aux humains ? Pas forcément car Cas9 n’est pas le seul candidat pour les possibles « ciseaux ». Il existe, précise la Technology Review, des systèmes CRISPR susceptibles d’être découverts au sein de bactéries bien plus rares et qui ont peu infecté des personnes. Et il serait aussi possible continue la revue, de « sortir » des cellules de l’organisme, de les traiter avec CRISPR loin de tout anticorps, puis de les réinjecter dans le corps du patient.

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Google et les agences en ligne, je t’aime moi non plus ?

Blog e-tourisme - ven, 19/01/2018 - 09:57

Cela serait un truisme de dire que Google ne s’intéresse pas au tourisme ou que d’une manière générale, il n’essaie pas de fournir une information de plus en plus « contextualisé ». Il suffit de regarder une simple page de résultats de ce moteur de recherche pour facilement s’en convaincre. 

Nous sommes certes en présence d’une information pas forcément très inspirante pour ne pas dire très sexy, mais qui répond globalement aux besoins des consommateurs en phase de préparation ou une fois sur place. N’oublions pas à ce sujet la place du mobile dans le tourisme. Si j’osais presque, on pourrait dire que c’est presque un mini-site internet, rien que dans la page de résultats…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cela fait quelque temps que nous parlons de ces différents points sur le blog. On peut citer par exemple l’article de Jean-Luc sur le programme “Local Guide de Google” (Local Guide de Google : un nouvel outil pour les destinations ?), ou bien mon billet sur les guides de voyage (Google Travel Guide ?).

Ces derniers jours, l’actualité comporte quelques nouveautés importantes pour les professionnels du tourisme. Tout d’abord on apprend que Google My Business supporte désormais de manière native les vidéos (Google My Business supporte officiellement la vidéo native). Une nouveauté permettant d’apporter un élément de séduction supplémentaire aux consommateurs (cf. le poids de plus en plus important, pour ne pas dire déterminant de la vidéo dans le cycle décisionnel), et qui renforce en même temps la portée du Knowledge Graph du moteur de recherche (cf. capture d’une page de résultats de Google ci-dessous).

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, je conclurai sur deux informations intéressantes. En premier lieu sur le bouton “Réserver une chambre” où on voit clairement que Google oriente le consommateur vers les canaux lui permettant de se rémunérer (Nouveau bouton de réservation sur Google ou comment faire un pas de plus). Pour compléter ce point, la chronique sur ZDNET, Voyager plus coûteux pour les internautes à cause de Google ?, permet encore mieux d’appréhender la problématique. Je finirai sur un élément complémentaire identifié par notre ami Thomas Yung sur le Knowledge Graph et plus particulièrement sur les avis des consommateurs (Comment Google détourne vos clients vers les OTAs).

C’est loin d’être transparent pour le consommateur… On est là devant une des contradictions du géant de Mountain View. Google essaie de se positionner de plus en plus sur le tourisme (Google Travel ?), tout en essayant de ménager ses principales recettes publicitaires. Le tourisme est en effet un client important pour le moteur de recherche. L’année 2018 devrait être riche en rebondissement. Google et les agences en ligne, je t’aime moi non plus ? 

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Une géoingénierie sans risque ?

Internet Actu - ven, 19/01/2018 - 07:00

On le sait, la géoingénierie est dangereuse. Alors que les négociations sur la réduction des gaz à effets de serre se révèlent de plus en plus difficiles après la défection des États-Unis des accords sur le climat, cette hypothétique technologie risque de s’imposer pourtant comme la seule solution, au risque que le remède soit pire que le mal.

Mais, nous signale le site Futurism, il existe au moins une méthode qui présente peu de dangers, et qui offre la possibilité d’être à la fois localisée et aisément réversible. L’idée a été émise par un professeur de Stanford, Leslie Field, et concerne exclusivement les glaces de l’arctique.

On sait que les surfaces blanches ont tendance à refléter les rayons du soleil et donc, par conséquence de contribuer au refroidissement de la planète. L’arctique est l’un des principaux fournisseurs de ce genre de surface claire, mais hélas, aujourd’hui, les glaces fondent (c’est le cas de la dire, littéralement) comme neige au soleil… et s’il y a moins de glaces, le réchauffement s’accélère, avec pour conséquence une fonte des glaces encore plus rapide…

L’idée de Field serait de répandre un matériel spécifique, un sable fabriqué à partir du verre, sur ces glaces du pôle nord. Ce matériau, qui se dissous avec le temps, serait placé sur la glace en des points stratégiques, ce qui aurait pour effet d’augmenter l’albedo. Cela n’aurait guère de conséquence sur l’écosystème. Le sable pourrait de surcroît être aisément retiré si le besoin s’en fait sentir.
Un tel système n’agit pas sur toute l’écologie planétaire, n’est pas une solution à l’ensemble du problème, mais il a l’avantage de nous faire gagner un peu temps dans cette course contre la montre.

Leslie Field a fondé une organisation dédiée à la mise en place de cette technique, Ice911.

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De la souveraineté… fonctionnelle

Internet Actu - jeu, 18/01/2018 - 07:00

Sur le blog collectif Law and Political Economy (@LPEblog), le professeur de droit Frank Pasquale (@frankpasquale), l’auteur de Black Box Society, développe le concept de souveraineté fonctionnelle.

Les économistes, rappelle-t-il, ont tendance à caractériser la portée de la réglementation comme une simple question d’expansion ou de contraction du pouvoir de l’État. Mais, en économie politique, lorsque l’autorité de l’État se contracte, les intérêts privés comblent le vide, notamment parce que nous avons horreur d’une absence de pouvoir. Ce pouvoir des entreprises, nous le voyons à l’oeuvre dans les relations employeurs/employés ou dans les relations qu’instaurent des entreprises avec leurs fournisseurs voire avec leurs clients. Le problème est que bien des entreprises exercent de plus en plus souvent leur pouvoir, non pas en tant que partie d’un conflit, mais en tant qu’autorité. Pour le professeur de droit, les plateformes ne sont plus de simples participants du marché. Elles les détiennent, c’est-à-dire qu’elles sont capables d’exercer un contrôle réglementaire sur les conditions qui s’imposent à ceux qui veulent vendre des biens ou des services par leur entremise. Peu à peu, elles s’octroient un rôle « gouvernemental », « remplaçant la logique de la souveraineté territoriale par une souveraineté fonctionnelle ». « Dans les domaines fonctionnels, de la location d’appartement au transport en passant par le commerce, les personnes seront de plus en plus soumises au contrôle d’entreprises plutôt qu’à celui de la démocratie ».

Et Pasquale de prendre l’exemple d’Airbnb. Pour lui, Airbnb peut utiliser des méthodes basées sur les données pour réguler efficacement l’offre de location qu’il administre. Ainsi certains promoteurs de la souveraineté fonctionnelle estiment que les systèmes de notation en ligne pourraient demain remplacer les systèmes de licences ou des autorisations (c’est ce qu’expliquait par exemple Nick Grossman, dans l’article que nous lui avons consacré, « Réguler par la donnée ? »).

Ce passage de la souveraineté territoriale à souveraineté fonctionnelle crée une nouvelle économie politique numérique, estime Frank Pasquale. Amazon notamment est passé d’un géant du commerce électronique à une infrastructure essentielle pour nombre d’entreprises qui en dépendent, comme le souligne la chercheuse Lina M. Khan (@linamkhan), directrice des politiques juridique de l’Open Market Institute, une association de chercheurs et de journalistes qui s’oppose aux monopoles, dans un article sur le paradoxe anticoncurrentiel d’Amazon. Pour elle, si Amazon a jusqu’à présent échappé aux lois américaines contre les pratiques anticoncurrentielles, c’est parce que le cadre anticoncurrentiel défini au XXe siècle n’est pas adapté à la réalité d’aujourd’hui. En effet, ce cadre visait surtout à protéger les consommateurs contre des prix trop élevés. Or, la domination d’Amazon ne repose pas du tout sur des ententes pour des prix élevés (voir également notre article « Distorsion des marchés, du risque de collusion entre machines »). En mesurant les pratiques anticoncurrentielles principalement sous l’angle des prix, on sous-estime le risque d’éviction d’acteurs par des formes monopolistiques, tout comme l’intégration de différents secteurs d’activité par une même enseigne.

Comprendre comment les plateformes accumulent du pouvoir est essentiel, estime Pasquale. Ce n’est pas « le meilleur service l’emporte », comme le clament trop facilement les tenants du libre marché. La domination n’est pas fille du mérite, explique Pasquale. Bien d’autres critères que la qualité entrent en ligne de compte pour atteindre une taille critique et mettre en place des services qui se favorisent les uns les autres pour éliminer et absorber la concurrence. La domination d’Amazon a montré comment les effets de réseau s’auto-renforcent jusqu’à rendre la plateforme incontournable. Si une nouvelle plateforme peut potentiellement entrer sur le marché à tout moment, reste que cette possibilité s’éloigne à mesure qu’Amazon grossit. Comme le soulignait Bruce Schneier en évoquant les Gafa comme des seigneurs féodaux de la sécurité, c’est encore plus vrai en matière de commerce, estime Pasquale. Nous ne pouvons plus ne pas prêter serment d’allégeance à au moins l’un des Gafa, en tant que client comme en tant que fournisseurs.

Comme le soulignent les promoteurs du libre marché, à l’image du professeur de droit et spécialiste de la consommation, Rory van Loo (@roryvanloo), dans son article « les entreprises comme palais de justice », les plateformes sont capables de mettre en place des mécanismes très évolués de règlement des différends pour régler les conflits entre acheteurs et vendeurs, ce qui n’est pas sans gains d’efficacité, notamment pour les petites créances (mais ce n’est pas sans risque, notamment du fait de l’opacité et de la dissymétrie des conditions contractuelles et des modalités de décisions). La difficulté à imposer des recours collectifs (voir leur recul aux États-Unis), la montée des procédures d’arbitrages (qui contournent les tribunaux), le développement de Conditions générales d’utilisations unilatérales qui s’appliquent à de plus en plus d’actions contractuelles qui régissent nos existences (location d’appartements, contrats de travail, abonnement à des services en ligne… comme le pointe le livre de Margaret Jane Radin qui souligne que le recours à ces contrats a dégradé les notions de consentement)… sont autant d’indices qui montrent le recul du principe judiciaire, notamment en matière de litiges liés à la consommation. C’est le même constat que dresse le juriste Alain Supiot dans son remarquable livre La gouvernance par les nombres, quand il pointe les limites de la substitution des règles d’ordre public (le droit) au profit de celles des contrats individuels. Pour Pasquale, « les individus se tournent rationnellement vers la puissance des plateformes pour imposer l’ordre que la doctrine juridique libertaire retranche à l’État ». Se faisant, ils renforcent la dynamique qui mène à l’étiolement de l’État.

Pasquale évoque à titre d’exemple les polémiques qui ont fleuri récemment autour de la recherche par Amazon d’un deuxième siège social pour son entreprise, qui a donné lieu à une terrible surenchère de propositions de la part de nombreuses villes américaines, allant d’incitations fiscales nourries aux innombrables passe-droits. Pasquale voit là un signe schizophrénique du transfert de pouvoir de l’Etat aux entreprises : alors que les municipalités sont affaiblies par leur manque de revenus fiscaux pour maintenir des services publics de qualité, elles luttent entre elles pour accueillir une entreprise reine de l’optimisation fiscale. De même, « plus les acheteurs et les vendeurs en ligne comptent sur Amazon pour régler leurs différends et chercher le meilleur prix, moins ils ont de pouvoir sur Amazon ». Demain, le gouvernement fédéral lui-même pourrait confier des fonctions de centrale d’achats à Amazon, comme l’expliquait David Dayen pour The Intercept. Pour le professeur de droit, Jon D. Michaels (@jondmichaels) auteur du Coup d’État constitutionnel, la privatisation menace la République américaine en menaçant la séparation des pouvoirs elle-même. Fonder les achats de l’état sur le seul critère du coût le plus bas est une invitation à poursuivre un approvisionnement peu éthique qui mine nombre d’achats du gouvernement américain.

Reste que, pour Frank Pasquale, les solutions pour limiter le pouvoir d’Amazon semblent difficiles à mettre à l’ordre du jour. La superpuissance qu’a acquis Amazon sur le commerce est sans précédent. Pour lui, esquisse-t-il trop rapidement en conclusion en pointant vers un rapport très critique de l’Institut pour l’auto-dépendance locale (qui souligne qu’Amazon « monopolise » l’économie, détruit les emplois et fragilise les communautés…), seule une organisation politique de l’économie peut empêcher les souverainetés fonctionnelles de saper plus avant les souverainetés territoriales qui sont au coeur de nos démocraties.

Des propos qui ne sont pas sans rappeler ceux des économistes Ariel Zerachi et Maurice Stucke dont nous avions rendu compte. À l’heure où des sénateurs démocrates planchent sur une réforme de la loi antitrust, et où nombre de publications américaines s’interrogent sur ce à quoi devrait ressembler cette nouvelle législation, la question n’est pas sans incidences sur les utilisateurs de ces services au-delà des États-Unis. Sur Wired, Nitasha Tiku constate que les titans de la Silicon Valley ont pu croître sans entrave du fait d’une législation antitrust qui ne considère les comportements anticoncurrentiels que sous le prisme de leurs effets sur les consommateurs. Reste à savoir s’il faut remettre à plat les lois antitrust américaines, comme s’en inquiètent bien des acteurs politiques libéraux américains ?

Pour l’économiste Carl Shapiro, lorsque de grandes entreprises acquièrent des entreprises « hautement performantes » sur un marché adjacent, la concurrence diminue. Notamment dans le domaine technologique explique-t-il en citant le rachat de YouTube ou DoubleClick par Google, d’Instagram ou d’Oculus par Facebook ou de Linked-in par Microsoft. Les responsables de l’application des lois anticoncurrentielles devraient être plus attentifs lors des fusions, estime Shapiro, notamment dans les cas où, les petites entreprises rachetées pourraient venir concurrencer celles qui les avalent. Or, souligne-t-il, ni l’achat de Whole Foods par Amazon ni l’acquisition du média social TBH par Facebook n’ont donné lieu à un examen détaillé. Les évaluateurs ne regardant les fusions que sur la base de normes assez élastiques, comme la part de marché cumulée sectorielle (celle de Whole Foods par Amazon ne représentant que 4 % du marché américain de l’alimentation).

Pour l’analyste Ben Thompson, les autorités antitrusts peinent à apprécier les effets de réseaux. En 2012, la commission fédérale du commerce américaine (FTC) a vu Instagram comme une application de photos sans revenus, alors que pour Thompson, le rachat d’Instagram et de WhatsApp a surtout permis à Facebook de se renforcer dans la publicité numérique. Pour Anant Raut, un ancien avocat de la FTC, la réforme de l’analyse des fusions devrait également impliquer de prêter attention aux signaux d’alarmes qui ne violent pas nécessairement la loi antitrust, mais indiquent néanmoins un comportement anticoncurrentiel, comme lors de la fusion de deux applications de médias sociaux.

Pour les Américains, les dispositifs mis en place par l’Union européenne sont aussi des modèles possibles, comme le suivi de transactions précédemment approuvées, qui a permis à l’UE d’infliger une amende de 122 millions de dollars à Facebook pour avoir induit les régulateurs en erreur sur l’acquisition de WhatsApp : l’entreprise avait affirmé alors ne pas vouloir combiner les données des comptes FB et WA. Fin 2016, deux associations de défense des consommateurs américaines ont ainsi porté plainte devant la FTC contre Google, quand l’entreprise a combiné ses données avec celles de DoubleClick.

En fait, de plus en plus les appels à limiter le pouvoir des entreprises de la Silicon Valley viennent de leurs promoteurs eux-mêmes. Le spécialiste du marketing, Scott Galloway (@profgalloway), l’auteur de Les 4 : l’ADN caché d’Amazon, Apple, Facebook et Google, invite Facebook à se séparer d’Instagram et de Whats App par exemple. « Au lieu de quatre grandes entreprises, il pourrait y en avoir 10, et nous aurions un écosystème plus riche pour stimuler à la fois la croissance de l’emploi et la valeur pour les actionnaires (…) ».

Maurice Stucke et Ariel Ezrachi ont souligné récemment que la loi antitrust n’était pas restée aussi figée qu’on le pense. Reste que si la question est de retour, c’est aussi parce que les arguments sont plus compréhensibles aux consommateurs et que la pression politique sur le sujet traverse un peu tous les camps politiques. La surpuissance des Gafas pose un problème croissant. Reste que trouver les modalités adéquates de leur régulation voire de leur démantèlement n’est pas si simple.

Hubert Guillaud

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La créativité peut-elle supplanter l’identité d’une destination ?

Blog e-tourisme - mer, 17/01/2018 - 06:30

Porto Moniz. Nord Ouest de l’île de Madère. Tripadvisor nous vendait des bassins pour se baigner à proximité immédiate de l’Océan. Une vraie expérience !

Dans le restaurant de l’hôtel, les propositions atypiques de plats de viande et de poisson s’enchaînent. On se met à douter de l’intégrité psychique du Chef. C’est comme s’il se disait : « J’ai du poulet. J’ai des crevettes. J’ai des fruits de la passion. Et si je faisais du poulet aux crevettes avec une sauce Maracuja».

Si ce n’était que ce menu, que ce restaurant, ça n’aurait pas été le sujet de ce billet. Dans tous les restaurants de cette station côtière mais aussi dans d’autres villes et villages de l’île, on retrouve ces propositions excentriques, entre paresse intellectuelle et manque d’expertise et de créativité. Ce n’est pas uniquement sur la cuisine mais aussi sur les infrastructures touristiques comme ces piscines « naturelles » à Porto Moniz, ces sentiers pavés en altitude ou cet héliport jamais utilisé.

Ma réflexion à travers cette histoire est : « Sur quoi se base-t-on pour inventer des recettes au sein d’une destination touristique ? » Sur un terroir ? Sur des chefs de renom ? Sur des formations réalisées par des experts du tourisme internationale validé par l’Organisation Mondiale du Tourisme ? Sur une tradition culinaire des habitants ? 

Ici, on a le sentiment qu’il n’y a pas ce socle commun, cet ADN partagé par l’ensemble des professionnels du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration pour enchanter la destination. Mais Madère, c’est quoi au final ? Un bout autonome du Portugal ? La patrie d’un certain Cristiano Ronaldo alias CR7 ? Une île-montagne aux paysages dignes de l’imagination de James Cameron dans Avatar ? Une végétation luxuriante tout au long de l’année ?

Or, en voyageant à travers ce territoire, on parcourt avant tout une destination qui a été construite sur des attentes passéistes de visiteurs. On a construit historiquement cette destination pour les voyageurs qui avaient une certaine vision du voyage (et a qui on a imposé cette vision). Or, tout ceci a bien vieilli. Les stylos estampillés du prénom de sa bien-aimée, les dés à coudre à l’effigie de Madeira, etc. sont toujours en vente sur les étales des boutiques de souvenirs depuis dix ans ou plus. Et ça prend la poussière…

Mais alors, une destination qui n’a pas réussi à valider ce socle commun, cette identité partagée par tous, est-elle vouée à décrépir à petit feu à coup d’offres soldées sur Booking et sur Expedia pour attirer le vieux voyageur aux attentes passéistes ? Comment peut-on fidéliser des voyageurs dans ce cadre-là ? Après avoir gratté l’Île de Funchal sur sa Scratch Map, pourquoi vouloir revenir ?  Pour vivre quelle expérience ?

Alors oui, les marques de destination, là, elles ont une vraie utilité ! Non pas pour inventer un nouveau slogan et refaire le logo avec une nouvelle fleur ou avec le buste de CR7 mais pour insuffler ce socle commun aux habitants, aux professionnels, à l’ensemble des acteurs de l’île. Car oui… les habitants, on s’est même posé la question de savoir où ils étaient sur l’île. Or, en prenant les bus locaux et en allant déguster la poncha à la fête eucharistique Santa Amaro à Santa Cruz ou dans les bars des villages en altitude, on les a bien vu, à vivre, à rigoler, à discuter.

Et c’est bien eux la richesse de l’île, son avenir économique et touristique. Or, si les habitants restent à l’extérieur de cette économie touristique, si le territoire ne fusionne pas avec la destination, Madère continuera à subir les effets du temps et donc ne pourra pas répondre aux attentes de ces nouveaux voyageurs en quête de sincérité, de rencontres, d’apprentissage, d’inspirations. Car demain nous ne voyagerons pas uniquement pour faire des photos instagrammables mais bien pour rencontrer Luis, Juan, Anita qui nous apprendront à faire de Bola de Caco, à cultiver le vin de Madère ou encore à surfer en hiver sur les vagues de Porto Moniz… Et si les autorités locales ne prennent pas conscience de cela, Airbnb se frotte déjà les mains pour imaginer Experiences, Rencontres & Partage.

Vous sentez vous visés à travers cet article ? Pensez-vous que votre destination cherche à être créatif sans réellement y parvenir ? La solution passera sûrement par la meilleure écoute des habitants et leur prise en compte réelle.

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Aux origines de la post-vérité (1/2) : du Mayflower à Donald Trump

Internet Actu - mar, 16/01/2018 - 07:00

Quelle est la racine de cette ère de « post-vérité » dans laquelle nous sommes entrés ? Quelle est l’origine des « fake news » ? S’agit-il d’une conséquence inévitable des médias numériques et des réseaux sociaux, comme on le dit souvent ? Ou les causes sont-elles plus profondes ? Pour Kurt Andersen (Wikipédia, @KBAndersen), romancier et animateur de radio, il faut, pour comprendre ce phénomène, remonter plus loin dans l’histoire des États-Unis. On s’en doute, il n’a guère de sympathie pour l’actuel président des Etats-Unis. En fait, il vient de publier, en compagnie de l’acteur Alec Baldwin (connu pour ses imitations hilarantes du « Don ») un faux journal intime relatant la première année de présidence de Trump, « racontée » par l’intéressé lui-même.

Mais c’est son autre livre récent, Fantasyland, How America Went Haywire (« Fantasyland, comment l’Amérique s’est détraquée ») qui nous concerne ici. Andersen avait commencé la rédaction de son livre avant l’élection de 2016, nous apprend Big Think. Au moment de l’accession de Trump au pouvoir, il effectuait les dernières corrections.

Avoir foi dans sa foi
Fantasyland propose une histoire alternative des Etats-Unis, basée sur l’idée simple que ce pays s’est toujours construit sur des fantasmes, des constructions imaginaires, et que l’Américain moyen est bien plus vulnérable à des théories irrationnelles que ses voisins européens.
Et cela a commencé dès les débuts. Avant même le Mayflower et ses pèlerins, une première vague de colons s’est installée en Virginie, attirée par la soif d’un or introuvable et y créa le petit village de Jamestown. La royauté britannique, jalouse des richesses découvertes au sud par ses concurrents espagnols, s’était convaincue que des trésors l’attendaient au nord.

Mais ce rêve se révéla bien vite sans fondement. Nombreux furent les décès parmi les colons de la première heure, et les autres s’en retournèrent bientôt dans la mère patrie.

Ce n’est pas pour rien, insiste Andersen, si les Américains préfèrent dater la naissance de leur nation d’un peu plus tard, avec l’arrivée des pèlerins. Cette première génération de chercheurs d’or (il y en aura une autre vague bien plus tard, lors de conquête du Far West) était bien trop raisonnable et matérialiste : une fois constaté leur échec, les habitants de cette première colonie de Jamestown y renoncèrent pour revenir à des préoccupations plus quotidiennes.

Avec les pèlerins, tout change : l’imaginaire n’a plus de connexion avec la réalité, il peut se développer sans contrainte.

La nature du protestantisme explique grandement la spécificité américaine, selon Andersen. Avec Luther, chacun s’est vu le droit de développer sa propre interprétation de la Bible, dont la lecture était jusqu’ici réservée aux seuls membres du clergé catholique. La conséquence, surtout visible aux US, en a été la multiplication des sectes et sous-sectes, chacune prétendant avoir un accès exclusif à LA Vérité.

Mais le protestantisme est une invention européenne, et aujourd’hui la plupart des pays protestants du Vieux Continent font plutôt preuve d’une remarquable rationalité et tolérance. Que s’est il donc passé là-bas ?

Pour Andersen, la naissance d’une religiosité typiquement américaine s’incarne avec le cas d’Anne Hutchinson, une prédicatrice dont l’enthousiasme lui valut d’être persécutée par les autorités puritaines en place. Chez Hutchinson, il n’est plus simplement question d’une interprétation hétérodoxe des textes sacrés. Elle sait la vérité parce qu’elle en est certaine : Dieu lui parle directement.

« Hutchinson est totalement américaine parce qu’elle avait totalement confiance en elle-même, en ses intuitions et en sa compréhension idiosyncrasique et subjective de la réalité. Elle est complètement américaine parce que, contrairement aux experts pointilleux qui l’entouraient, elle n’acceptait pas l’ambiguïté et n’admettait pas le doute de soi. Ses perceptions et ses croyances étaient vraies parce qu’elles étaient les siennes et parce qu’elle les ressentait complètement comme vraies. »

Et c’est là le fondement, selon lui, de la névrose américaine : « être Américain, cela veut dire que nous pouvons croire à n’importe quelle foutue chose que nous désirons, que nos croyances sont égales ou supérieures à celles des autres, et que les experts aillent se faire voir ».

En fait, le propre de la spiritualité américaine, ce n’est pas la croyance, même pas la croyance fanatique (elle existe partout ailleurs), c’est la croyance en la croyance, la foi dans la foi.

« Si je pense que c’est vrai, et peu importe pourquoi ou comment je pense que c’est vrai, alors c’est vrai, et personne ne peut me dire le contraire. C’est la reductio ad absurdum de l’individualisme américain. C’est cela le credo de Fantasyland. »

Un gigantesque parc à thème
De fait, la plus grande partie du livre est consacrée à la façon dont l’Amérique s’est peu à peu transformée sous l’influence de ses fantasmes, au point de devenir parfois un « parc à thème » dont Disneyland est l’archétype (Fantasyland est d’ailleurs le nom d’un des « royaumes enchantés » qu’on trouve à Disneyland). Ainsi, le « Wild Wild West » a-t-il été quasiment créé par William Cody, plus connu sous le nom de Buffalo Bill, qui « vendit » le concept lors des tournées de son spectacle. Quant à la croyance au retour à la nature sauvage, exprimée par Henri David Thoreau, qui allait avoir une influence si importante sur la beat generation et les premiers hippies, c’est aussi un fantasme. Thoreau a passé deux ans dans une cabane construite dans une petite région boisée appartenant au poète Emerson, à une demi-heure à pied de la petite ville où vivait sa famille… Mais lorsqu’il se retrouva « into the wild », dans le Maine, en proie à une nature véritablement sauvage, il en fut terrifié. Et après son escapade forestière, il revint tranquillement chez lui travailler dans l’usine de son père.

Mais cette fantasmatique de la nature joua un rôle fondamental dans l’aménagement du territoire américain, explique Andersen. Les Américains ont toujours voulu s’éloigner des villes, qu’ils considéraient comme une création du Vieux Monde corrompu. Mais leur proximité avec la nature, leur goût pour la « petite maison dans la prairie » les amena à créer une simulation de ruralité : la banlieue…

Le capitalisme n’échappe pas à la pensée magique, ainsi, note ironiquement Andersen, quand le mot « entrepreneur » a été utilisé pour la première fois en langue anglaise, au début du 19e siècle, il fut utilisé pour désigner les imprésarios ou les organisateurs de spectacles.

« De Ben Franklin à Mark Zuckerberg, les histoires des entrepreneurs ayant suprêmement réussi obscurcissent les millions de perdants et de gogos tombés dans l’oubli. Leurs fabuleux succès semblent être la preuve du pouvoir de la croyance passionnée en soi, de notre foi américaine en la foi.

Les entrepreneurs se répartissent le long d’un spectre de fumée et de miroirs, allant des fabulistes de petite taille aux visionnaires transformant effectivement le monde. Mais une partie du travail de chaque entrepreneur est de persuader d’autres personnes et de les recruter pour croire en un rêve, et souvent ces rêves sont de purs fantasmes. »

Contre-culture, New Age, alt-right, même combat ?
Mais d’un autre côté, l’Amérique a toujours su être une terre nourrie aux Lumières, à la rationalité. Jusqu’au « big bang » des années 60 où tous les critères de la réalité ont sauté, selon l’auteur.

Si la « contre-culture » des années 60 a certainement apporté des choses positives, comme l’écologie ou le droit des femmes et des minorités, elle a aussi été le porteur d’une idéologie relativiste qui a permis à toutes les idées les plus folles de proliférer. En même temps que les hippies, on assiste à la recrudescence des mouvements évangélistes les plus extrémistes, note-t-il. C’est aussi au début des années 60 que la société d’extrême droite, la John Birch Society, crée par un proche de Joe McCarthy, a ressuscité le vieux mythe de la conspiration des illuminati, après avoir découvert que le thème de la conspiration communiste devenait moins porteur.

Les années 60 voient aussi la naissance du New Age, dont Andersen voit l’incarnation la plus parfaite dans le livre de Rhonda Byrne, Le Secret, qui prétend révéler au public les « lois de l’attraction », qui apporteront bonheur et succès à ceux qui les suivent. Pour Andersen, Le Secret exprime de la façon la plus directe cette vision typiquement américaine : « Le Secret reprend les fondamentaux Américains, l’individualisme, le surnaturalisme et la croyance dans la croyance, et les dépouille des intermédiaires et de la plupart des emballages pieux – Dieu, Jésus, la vertu, le travail dur récompensé, la félicité parfaite seulement dans l’au-delà. Ce qui reste est une «loi d’attraction», et si vous avez juste envie de quelque chose avec suffisamment de force, cette chose deviendra vôtre. La croyance est tout. »

Le Secret a bénéficié d’une publicité importante en gagnant le soutien inconditionnel d’Oprah Winfrey dont le show fait la part belle aux idées magiques et aux théories médicales fumeuses.

Ironiquement, la semaine dernière on a commencé à parler d’une candidature d’Oprah Winfrey à la présidence des Etats-Unis. Il serait assez ironique de constater que la prochaine adversaire de Trump soit, elle aussi, une grande adepte de la post-vérité. Je me demande ce qu’en pense Andersen !

Et bien sûr,tout cela nous amène à Trump. La théorie d’Andersen permet d’expliquer pourquoi un homme aussi peu religieux se voit soutenu par les évangélistes les plus fanatiques. C’est parce qu’en fait, nous dit l’auteur, il partage avec eux les mêmes présupposés de base. Tous les deux partent du principe que la certitude en la valeur de leurs propres croyances, ressenties comme organiquement vraies, est plus importante que la rationalité ou les avis des experts.

Le livre d’Andersen est passionnant et très agréable à lire, mais il reste deux questions qui méritent d’être posées et auxquelles l’auteur ne répond pas, ou peu : la post-vérité est elle vraiment un phénomène purement américano-américain, comme il le proclame ? Et ce alors que ce genre de croyance se répand de plus en plus dans la population mondiale, y compris en France ? Et ensuite, la post-vérité ne révèle-t-elle pas quelque chose de plus profond, que l’accident historique du puritanisme américain ne suffit pas à expliquer ?

Rémi Sussan

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Le nouveau France.fr, une invitation au voyage ?

Blog e-tourisme - mar, 16/01/2018 - 00:48

Crédit : Suresh /R

Le 21 décembre dernier, comme un Noël avant l’heure, M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a présenté la nouvelle version de France.fr, le portail de la destination France, et a dévoilé son nouveau logo. 

Lancé par Laurent Fabius en octobre 2015 pour atteindre les 100 millions de touristes en 2020, la première version m’avait déjà inspiré un billet en forme de supplique pour que ce portail soit digne de la première destination touristique mondiale. Car on en était alors très loin… 

Rappelons quelques chiffres illustratifs de la marque “France” (chiffres du Ministère) : près de 1,5 millions de visites et 2,4 millions de pages vues en moyenne chaque mois sur le portail, et plus 1 670 000 “jaimeurs” pour la page France.fr. Une e-réputation qui oblige à l’excellence. 

Dans son communiqué, le Ministère fait de cette nouvelle version une présentation aux allures de véritable éloge panégyrique : 
“Véritable invitation au voyage, France.fr est un média de séduction haut de gamme révélant une destination aux visages multiples. Conçu pour inspirer, susciter l’envie d’expériences et de voyages immédiats, il invite à la découverte d’une France plurielle, en mouvement perpétuel, pétillante et surprenante.
Le média célèbre les atouts emblématiques de la France : ses destinations et leur identité forte, son art de vivre, son patrimoine et sa culture, les événements qui la font vibrer et les talents qui l’animent.
Bienvenue sur la planète France !

Waouh, vite cliquons pour aller voir !

Un site qui inspire ? Au vu des réactions de beaucoup de gestionnaires de destination sur les réseaux sociaux, il semble plutôt que le site inspire… des soupirs !

La première page laisse un peu perplexe avec le choix surprenant de promouvoir le surf en hiver sur la côte basque. Faut étonner, soit !
Par contre l’affichage en date du 21 septembre sous le titre “Maintenant en France” paraît pour le moins anachronique…

Globalement, cette page d’accueil sensée séduire pour inciter à s’aventurer dans le site, semble particulièrement froide et peu engageante. Bien sûr, comme le dit si bien Philippe Néricault Destouches “La critique est aisée, et l’art est difficile”. Par curiosité, je suis allé papillonner pour découvrir un peu au hasard d’autres destinations-nations. J’ai sélectionné arbitrairement 15 sites présentés dans cette galerie. 

On peut distinguer deux familles, même si les sites sont souvent un peu tout à la fois :

  • les sites informationnels et il faut le dire un peu désuets comme la Thaïlande, l’Italie, l’Espagne ;
  • les sites dits inspirationnels et/ou expérientiels, comme le Maroc, l’Autriche, la Suède, l’Australie, l’Afrique du sud, … ;

France.fr se veut “inspirant”. Pourtant sa première page l’est peu en comparaison de la plupart des sites analogues. Sans doute faudrait-il s’interroger sur le concept même d’inspiration. 

Mais ce qui pose davantage question, réside dans le traitement des destinations régionales.
On y accède facilement avec 2 propositions :

  • une cartographie très minimaliste, franchement très loin de la qualité de traitement de la Chine, ou de l’Australie par exemple ;
  • un jeu de 31 pavés représentant 31 destinations.

Les 31 “destinations” sont sans doute les marques régionales retenues en 2015 pour promouvoir la France à l’international et qui ont bénéficié pour la plupart de contrats de destinations. On y trouve :

  • des grandes villes comme Bordeaux et Lyon, mais pas Nantes ou Lille ;
  • des régions-destinations comme la Corse, la Bretagne ou l’Alsace, mais pas l’Aquitaine, la Lorraine ;
  • des massifs comme le Jura, les Alpes ou les Vosges, mais pas les Pyrénées ;
  • des fleuves ou rivières comme la Loire ou la Dordogne, mais pas la Seine ou la Somme ou le Rhône…

… et surtout il reste pas mal de trous dans la raquette, c’est-à-dire des zones blanches comme la Franche-Comté, la Lorraine, le Poitou, les Charentes, le Berry, etc.

À quelques détails près (toujours discutables et sans doute discutés), ces “marques” permettent d’identifier la diversité paysagère, culturelle et touristique de la France. Mais l’on sait que “le diable se cache dans les détails”, et c’est dans la découverte de ces “régions” que le bât blesse.

Un exemple vraiment au hasard (si, si !), l’Alsace !
On y découvre qu’il faut absolument aller voir Metz et Nancy ! 

Là franchement, c’est de la désinformation ! 
De plus le contenu éditorial s’avère encore pauvre et le calendrier n’affiche qu’une manifestation pour l’année 2018 ! Triste visage pour la plus belle région, sans chauvinisme aucun naturellement ! Chacun ira bien sûr “contrôler” sa destination…

Des partenariats sont en cours de finalisation avec les régions pour alimenter l’équipe éditoriale de France.fr. De même, un engagement clair d’Atout France pour puiser les infos régionales validées et qualifiées dans DATAtourisme semble déterminant pour l’avenir. Dès lors, gageons que ces défauts disparaîtront rapidement…

Ce site portail concentre la plupart des problématiques des sites de destinations. J’en ai évoqué seulement quelques unes et mon petit doigt me dit qu’un autre blogueur se fera un plaisir de poursuivre l’analyse à la lumière de vos réactions. 

 

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De l’automatisation des inégalités

Internet Actu - lun, 15/01/2018 - 07:00

Dans une récente  tribune pour le New York Times, l’avocate Elisabeth Mason (@elismason1), directrice du Laboratoire pauvreté et technologie qui dépend duCentre sur la pauvreté et l’inégalité de Stanford (@CenterPovlneq) soulignait que le Big data et l’intelligence artificielle étaient amenés à être des outils puissants pour lutter contre la pauvreté. Les grands ensembles de données peuvent désormais être exploités pour mieux prédire l’efficacité des programmes d’aides et les évaluer. « Le big data promet quelque chose proche d’une évaluation impartiale, sans idéologie, de l’efficacité des programmes sociaux », explique-t-elle en rêvant d’une société parfaitement méritocratique, tout entière fondée sur la « preuve de ce qui marche » (Evidence-based policymaking). Un propos qui pourrait paraître un peu naïf, si on l’éclaire par le livre que vient de publier la spécialiste de science politique, Virginia Eubanks (@poptechworks) :  Automatiser les inégalités : comment les outils high-tech profilent, policent et punissent les pauvres.

Vous avez été signalés !

Les processus de décision sont de plus en plus confiés à des machines, rappelle la chercheuse. « Des systèmes d’éligibilité automatisés, des algorithmes de classements, des modèles de prédiction des risques contrôlent les quartiers qui doivent être policés, quelles familles peuvent obtenir des aides, qui peut accéder à un emploi, qui doit être contrôlé pour fraude. (…) Notre monde est parcouru de sentinelles informationnelles (…)  : d’agents de sécurité numérique qui collectent de l’information sur nous, qui fabriquent des inférences à partir de nos comportements et contrôlent l’accès aux ressources ». Si certains sont visibles, la plupart sont impénétrables et invisibles. « Ces outils sont si profondément tissés dans la fabrique de la vie sociale, que la plupart du temps, nous ne remarquons même pas que nous avons été surveillés et analysés ».

Reste que bien peu de personnes s’intéressent à ce que signifie d’être signalés par ces programmes et les catastrophes individuelles que cela engendre. Se voir retirer son assurance santé au moment où vous êtes le plus vulnérable laisse ceux qui en sont victimes désespérés et acculés. Le problème, souligne très bien Virginia Eubanks est « qu’il n’y a pas de règles qui vous notifient le fait que vous avez été signalé » (ref-flagged) par un programme. La plupart des gens ne savent pas qu’ils ont été la cible de systèmes de décisions automatisés.

Eubanks souligne que ce contrôle s’exerce sur des membres de groupes sociaux plus que des individus : gens de couleurs, migrants, groupes religieux spécifiques, minorités sexuelles, pauvres et toutes populations oppressées et exploitées. Les groupes les plus marginalisés sont ceux sur lesquels le plus de données sont collectées. Et le problème, souligne Virginia Eubanks, c’est que « cette collecte de données renforce leur marginalité » en créant « une boucle de rétroaction de l’injustice » qui renforce à son tour la surveillance et le soupçon.

Des hospices… aux hospices numériques

Le propos de la chercheuse est éminemment politique : en enquêtant sur une poignée de systèmes automatisés développés pour optimiser les programmes sociaux américains, elle dénonce une politique devenue performative… c’est-à-dire qui réalise ce qu’elle énonce. Selon elle, les programmes sociaux n’ont pas pour objectif de fonctionner, mais ont pour objectif d’accumuler de la stigmatisation sur les programmes sociaux et renforcer le discours montrant que ceux qui bénéficient de l’assistance sociale sont, au choix, des criminels, des paresseux ou des profiteurs. La rationalisation des programmes d’aide publics du fait de la crise et des coupes budgétaires les contraint à toujours plus de performance et d’efficacité. Or cette performance et cette efficacité s’incarnent dans des outils numériques qui n’ont rien de neutre, pointe la chercheuse.

Le problème, c’est que ces outils de surveillance sont partout : dans les marges où nous entraîne la chercheuse, les histoires où les technologies facilitent la communication et ouvrent des opportunités sont rares. Pour les plus démunis, la révolution numérique ressemble surtout à un cauchemar. Comme elle le soulignait déjà, pour comprendre l’avenir de la surveillance, il faut regarder comment elle se développe déjà auprès des populations les plus marginalisées.

Dans la première partie de l’ouvrage, Virginia Eubanks dresse un rapide historique pour rappeler que, à la suite de Michel Foucault, les communautés les plus démunies ont toujours été les plus surveillées. Elle souligne la continuité entre les asiles, les prisons, les hospices de la fin du XVIIIe siècle aux bases de données d’aujourd’hui, rappelant que les premières bases de données ont été créées par les promoteurs de l’eugénisme pour discriminer les criminels et les faibles d’esprit.

Elle souligne aussi combien cette histoire de l’assistance publique est intimement liée, surtout aux Etats-Unis, à des vagues régulières de critiques contre l’aide sociale. Partout, l’enjeu a été de mettre en place des règles pour limiter et contrôler le nombre de bénéficiaires des aides sociales, privées comme publiques. Une histoire qui s’intrique à celle des représentations de la pauvreté, de son coût, de la fraude, de la dénonciation de l’inefficacité des aides… Les « hospices numériques » (digital poorhouse), c’est-à-dire les systèmes automatisés de contrôle des aides que reçoivent les plus pauvres, naissent dès les années 70, avec l’informatique elle-même, rappelle la chercheuse. La recherche d’outils neutres pour évaluer les dépenses publiques pour ces bénéficiaires a surtout consisté dans le développement d’outils de surveillance des récipiendaires de l’aide publique. Des programmes de détection des fraudes, des bases de données de bénéficiaires ont été créées et reliées pour tracer les dépenses et les comportements de leurs bénéficiaires dans de multiples programmes sociaux. « Le conflit entre le développement des droits pour les bénéficiaires de l’aide sociale et le faible soutien aux programmes d’assistance publique a été résolu par le développement d’outils technologiques punitifs ». Alors que le droit développait l’aide publique, la technologie était utilisée pour réduire le nombre de leurs allocataires ! Certains programmes d’aides multipliant les situations de non-conformité et les sanctions pour un retard à un rendez-vous, ou pour ne pas avoir consulté un médecin prescrit… Pour Virginia Eubanks, ces systèmes automatisés sont une continuité et une expansion des systèmes de gestion des pauvres punitifs et moralistes, des hospices de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle que pointait le travail de Michel Foucault. « Si ces systèmes sont présentés pour rationaliser et gérer les bénéficiaires, leur but premier reste et demeure de profiler, surveiller et punir les pauvres ».

S’intéresser aux effets des calculs sur la société

Dans son livre, Virginia Eubanks se concentre sur l’étude de 3 systèmes : un système mis en place par l’Indiana pour automatiser l’éligibilité de candidats aux programmes d’assistance publique de l’Etat ; un répertoire des SDF de Los Angeles ; et un système d’analyse du risque pour prédire les abus ou négligence sur enfants dans un comté de la Pennsylvanie. Des exemples et des systèmes assez spécifiques, par nature très Américains, qui pourraient nous laisser indifférents, nous Européens, si leur étude ne révélait pas une nature des outils numériques, un fonctionnement qu’on peut potentiellement retrouver dans chacun de ceux qui sont déployés.

La chercheuse prend le temps de les explorer en détail. Elle nous rappelle leur histoire, comment et pourquoi ils ont été mis en place. Comment ils fonctionnent. Elle nous présente quelques personnes qui les font fonctionner, d’autres qui en sont les bénéficiaires ou les victimes. Dans ce travail ethnographique, elle ne présente pas toujours en détail les systèmes, les critères, les questions, le fonctionnement des algorithmes eux-mêmes. La manière dont sont calculés les scores depuis le répertoire des SDF pour leur attribuer une priorité dans la demande de logement n’est pas par exemple ce que cherche à nous montrer Virginia Eubanks. En fait, c’est un peu comme si pour elle ces systèmes étaient par nature incapables d’optimiser le monde qu’on leur demande d’optimiser. L’important n’est pas le calcul qu’ils produisent qui seront toujours imparfait que leurs effets concrets. C’est eux qu’elle nous invite à observer. Et ce qu’elle en voit n’est pas très agréable à regarder.

Chacun des exemples qu’elle prend est édifiant. Le système automatique de gestion de l’assistance de l’Indiana, confié à un opérateur privé, montre toute l’incompétence du délégataire : durant son fonctionnement, l’aide publique a reculé de 54 %. Au moindre oubli, au moindre document manquant, les bénéficiaires étaient tout simplement éjectés du système au prétexte d’un culpabilisant « défaut de coopération » cachant surtout ses défaillances techniques et organisationnelles. Le taux de demande d’aides refusées s’est envolé. Des personnes sourdes, handicapés mentaux, malades, étaient contraintes de joindre un centre d’appel pour bénéficier d’aides… Le contrat entre l’Etat de l’Indiana et IBM a fini par être rompu. Les procès entre le maître d’oeuvre et le délégataire ont duré des années. Son coût n’a jamais été pleinement évalué, hormis pour les gens qu’il a privés des aides auxquelles ils avaient droit. « En retirant l’appréciation humaine des agents en première ligne au profit des métriques d’ingénieurs et de prestataires privés, l’expérience de l’Indiana a suralimenté la discrimination ». Les spécifications sociales pour l’automatisation se sont basées sur l’épuisement et l’usure des bénéficiaires, sur des postulats de classes et de races qui ont été encodées en métriques de performances.

Dans le comté de Los Angeles, Virginia Eubanks évoque longuement la mise en place d’une base de données centralisée des SDF créée pour améliorer l’appariement entre l’offre de logement d’urgence et la demande. L’enjeu était de pouvoir prioriser les demandes, entre sans-abris en crise et sans abris chroniques, en aidant les premiers pour éviter qu’ils ne tombent dans la seconde catégorie. Les partenaires du projet ont donc créé une base de données pour évaluer les demandeurs collectant de vastes quantités d’information personnelle avec un algorithme pour classer les demandeurs selon un score de vulnérabilité et un autre pour les apparier avec les offres de logements : le VI-SPDAT (index de vulnérabilité ou outil d’aide à la décision de priorisation des services). Tout sans-abri accueilli par un organisme doit alors répondre à un long questionnaire, particulièrement intime, posant des questions sur sa santé, sa sexualité, les violences commises à son encontre ou dont il a été l’auteur… La base de données est accessible à quelque 168 organisations différentes : services de la ville, association de secours, organisations religieuses, hôpitaux, centre d’aides et d’hébergements… et même la police de Los Angeles. Chaque sans-abri reçoit un score allant de 1 à 17, du moins au plus vulnérable. Ceux qui ont un score élevé reçoivent alors un accord d’hébergement qu’ils peuvent porter (avec les justificatifs nécessaires) aux autorités du logement de la ville qui peuvent alors leur proposer un logement ou un financement. Virginia Eubanks pointe là encore les multiples difficultés de ces questionnaires qui se présentent comme neutres, sans l’être. Selon la manière dont les SDF répondent aux questions (seuls ou accompagnés, par quelqu’un qui les connait ou pas…), leur score peut varier du tout au tout. Ainsi, un SDF sortant de prison se voit attribuer un score faible au prétexte qu’il a eu un hébergement stable durant son séjour en établissement pénitentiaire.

Elle souligne que le manque de solutions de logements pour sans-abris fait que le système sert plus à gérer les SDF qu’à résoudre le problème. Selon le service des sans-abris de Los Angeles, la ville comptait 57 794 SDF en 2017. 31 000 sont enregistrés dans la base depuis sa création en 2014. 9 627 ont été aidé pour trouver un logement. Si pour Virginia Eubanks le système n’est pas totalement inopérant, reste que sa grande disponibilité pose question. Ces enregistrements consultables par trop d’organisations sur simple requête – et notamment par les forces de l’ordre, sans avoir à justifier d’une cause, d’une suspicion ou autre -, transforment des données administratives et les services sociaux en extension des systèmes de police et de justice. L’absence d’une protection des données de ce registre, nous rappelle combien toute base de données créée pour répondre à un objectif finit toujours par être utilisée pour d’autres objectifs… Les bases de données coordonnées sont des centres de tri qui rendent ceux qui en sont l’objet « plus visibles, plus traçables, plus prévisibles ». « Les personnes ciblées émergent désormais des données » : les personnes jugées à risque sont codées pour la criminalisation. Si ces systèmes produisent certes des chiffres pour mieux orienter les budgets, les données ne construisent pas d’hébergements.

Le dernier exemple que prend Virginia Eubanks est une enquête sur le fonctionnement d’un outil de prédiction du risque de maltraitance et d’agression d’enfants, développé par le bureau de l’enfance, de la jeunesse et des familles du comté d’Allegheny (Pennsylvanie). Elle nous plonge dans le quotidien des travailleurs sociaux d’un centre d’appel à la recherche d’informations sur les dénonciations qu’ils reçoivent, là encore, via une multitude de bases de données : provenant des services du logement, de la santé, de la police, de l’enseignement… Elle explore comment le système prioritise certains critères sur d’autres, comme l’âge des enfants et surtout, le fait que les familles soient déjà sous surveillance des services sociaux. Elle détaille également longuement l’histoire de cet outil prédictif, développé par Rhema Vaithianathan (@rvaithianathan), directrice du Centre pour l’analyse de données sociales de l’université d’Auckland en Nouvelle-Zélande qui s’appuie sur plus de 130 variables pour produire un score de risque allant 1 (le plus faible) à 20… Un programme abandonné par la Nouvelle-Zélande du fait de son manque de fiabilité et de l’opposition qu’il suscita. Dans les pages qu’elle consacre à ce système, Virginia Eubanks prend le temps de nous montrer comment les travailleurs sociaux interprètent les informations dont ils disposent, comment les familles sont sommées de répondre aux enquêtes sociales que ces alertes déclenchent. Elle souligne combien les données censées être neutres cachent une succession d’appréciations personnelles. Elle souligne également combien le système peine à guider celui qui mène enquête suite à un signalement. Combien certains critères ont plus de poids que d’autres : à l’image du fait de recevoir un appel pour un enfant pour lequel le centre a déjà reçu un appel sur les deux années précédentes ou qui a déjà été placé. Elle souligne les limites du modèle prédictif construit qui produit chaque année de trop nombreux faux positifs et négatifs. Comme le soulignait la mathématicienne Cathy O’Neil @mathbabedotorg), les choix qui président aux outils que nous développons reflètent toujours les priorités et les préoccupations de leurs concepteurs. Et la prédictivité est d’autant moins assurée quand nombre de variables sont subjectives. Qu’importe, comme le soulignait une récente enquête du New York Times, l’outil, malgré ses défauts, semble prometteur. Pour ses concepteurs, il nécessite surtout d’être peaufiné et amélioré. Ce n’est pas le constat que dresse Virginia Eubanks.

Eubanks montre combien l’outil mis en place estime que plus les familles recourent à l’aide publique, plus le score de risque progresse. Le système mis en place s’intéresse d’ailleurs bien plus à la négligence dans l’éducation des enfants qu’à la maltraitance ou qu’aux abus physiques ou sexuels des enfants. Or, rappelle la chercheuse, « tous les indicateurs de la négligence sont aussi des indicateurs de pauvreté » : manque de nourriture, de vêtements, de soins de santé, habitation inadaptée… Elle pointe également la grande ambiguïté de ces programmes, à la fois juge et partie, qui ont souvent deux rôles qui devraient être distingués : l’aide aux familles et l’enquête sur les comportements. Trop souvent explique-t-elle, les familles pauvres échangent leur droit à la vie privée contre l’obtention d’aide. Pour Eubanks, on est plus là dans un profilage de la pauvreté que dans un profilage de la maltraitance : le modèle confond la parenté avec la parenté pauvre. Le système voit toujours les parents qui bénéficient d’aides publiques comme un risque pour leurs enfants. Eubanks souligne aussi l’inexistence d’un droit à l’oubli dans ces systèmes : toute information entrée dans le système est définitive, même fausse. Le système enregistre des décisions sans traces d’humanités. Pire, encore, le score de risque se renforce : quand une bénéficiaire d’aides est devenue mère, son enfant s’est vu attribuer un fort taux de risque, car sa mère avait déjà eu des interactions avec les services sociaux quand elle était elle-même enfant. La reproduction de la surveillance est bouclée.

Déconstruire la boucle de rétroaction de l’injustice

De son observation patiente, la chercheuse dresse plusieurs constats. Partout, les plus pauvres sont la cible de nouveaux outils de gestion qui ont des conséquences concrètes sur leurs vies. Les systèmes automatisés ont tendance à les décourager de réclamer les ressources dont ils ont besoin. Ces systèmes collectent des informations très personnelles sans grande garantie pour leur vie privée ou la sécurité des données, sans leur ménager les moindres contreparties (aucun SDF référencé dans le répertoire de Los Angeles par exemple n’a conscience qu’il n’est jamais ôté de cette base, même s’ils retrouvent un logement… et peut nombreux sont ceux qui ont conscience de la constellation d’organismes qui ont accès à ces informations).

Tous les systèmes caractérisent les plus démunis comme personne à risques. Tous ces systèmes rendent chacun de leur mouvement plus visible et renforcent la surveillance dont ils sont l’objet. Ils visent plus à « manager les pauvres qu’à éradiquer la pauvreté ». Enfin, ces systèmes suscitent très peu de discussion sur leurs réels impacts et leur efficacité. Or, ils font naître des « environnements aux droits faibles », où la transparence et la responsabilité politique semblent absentes.

Pourtant, rappelle-t-elle, la pauvreté n’est pas un phénomène marginal. La pauvreté en Amérique n’est pas invisible. 51 % des Américains passent une année de leur vie au moins dans une situation de pauvreté. La pauvreté n’est pas une aberration qui n’arrive qu’à une petite minorité de gens souffrants de pathologies. Si les techniques de surveillance de la pauvreté ont changé, les résultats sont les mêmes. « Les institutions de secours et leurs technologies de contrôle rationalisent un brutal retour à  une forme d’asservissement en sapant les pouvoirs des plus pauvres et en produisant de l’indifférence pour les autres ».

« Quand on parle de technologies, on évoque toujours leurs qualités. Leurs promoteurs parlent de technologies disruptives, arguant combien elles secouent les relations de pouvoirs instituées, produisant une gouvernementalité plus transparente, plus responsable, plus efficace, et intrinsèquement plus démocratique. » Mais c’est oublier combien ces outils sont intégrés dans de vieux systèmes de pouvoirs et de privilèges. Ces systèmes s’inscrivent dans une histoire. Et ni les modèles statistiques ni les algorithmes de classement ne vont renverser comme par magie la culture, la politique et les institutions.
La métaphore de l’hospice numérique qu’elle utilise permet de résister à l’effacement du contexte historique, à la neutralité, que la technologie aimerait produire. L’hospice numérique produit les mêmes conséquences que les institutions de surveillance passées : elle limite le nombre de bénéficiaires des aides, entrave leur mobilité, sépare les familles, diminue les droits politiques, transforme les pauvres en sujets d’expérience, criminalise, construit des suspects et des classifications morales, créé une distance avec les autres classes sociales, reproduit les hiérarchies racistes et ségrégationnistes… Sa seule différence avec les institutions d’antan est de ne plus produire de l’enfermement physique. Certainement parce que l’enfermement dans les institutions de surveillance a pu produire des solidarités qui ont permis de les combattre… Les outils numériques produisent non seulement de la discrimination, mais aussi de l’isolement entre ceux qui partagent pourtant les mêmes souffrances.

Les problèmes sont toujours interprétés comme relevant de la faute du demandeur, jamais de l’Etat ou du prestataire. La présomption d’infaillibilité des systèmes déplace toujours la responsabilité vers l’élément humain. Elle renforce le sentiment que ces systèmes fonctionnent et que ceux qui échouent dans ces systèmes sont ingérables ou criminels. Ces systèmes produisent une « classification morale ». Ils mesurent des comportements non pas individuels, mais relatifs : chacun est impacté par les actions de ceux avec qui ils vivent, de leurs quartiers, de leurs relations… En cela, l’impact de ces modèles est exponentiel : les prédictions et les mesures reposent sur des réseaux relationnels, qui ont un potentiel contagieux pareil à des virus. Ces modèles distinguent les pauvres parmi les pauvres. La classe moyenne ne tolérerait pas qu’on applique des outils de ce type sur elle. Ils sont déployés à l’encontre de ceux qui n’ont pas le choix.

Virginia Eubanks insiste : ces hospices numériques sont difficiles à comprendre. Les logiciels et les modèles qui les font fonctionner sont complexes et souvent secrets. D’où la nécessité d’exiger l’ouverture et le libre accès au code qui les font fonctionner. Ils sont massivement extensibles et évolutifs. Ils peuvent se répandre très rapidement. Ils sont persistants et sont très difficiles à démanteler et ce d’autant qu’ils s’intègrent et s’enchevêtrent les uns avec les autres, tout comme l’infrastructure des innombrables outils de Google, rendant toujours plus difficile pour l’utilisateur de s’en passer. ‘Une fois que vous brisez les fonctions des travailleurs sociaux en activités distinctes et interchangeables, que vous installez un algorithme de classement et un système d’information que vous intégrez dans tous vos systèmes d’information, il est quasiment impossible d’en renverser le cours (…), tout comme produire un chiffre qui prédit le risque devient impossible à ignorer ». A mesure que ces technologies se développent, « elles deviennent de plus en plus difficiles à défier, à réorienter, à déraciner ». Les hospices numériques sont éternels. Alors que les enregistrements papier, du fait de leur physicalité et des contraintes de stockage qu’ils impliquaient, pouvaient permettre à ceux qui étaient enregistrés d’accéder à un droit à l’oubli, les bases de données numériques construisent des enregistrements éternels, et d’autant plus éternels qu’elles sont interreliées. Et cet enregistrement éternel est une punition supplémentaire, qui intensifie les risques de fuites de données et de divulgation.

Le risque bien sûr est que les technologies expérimentées sur les pauvres deviennent notre lot commun, soient demain utilisées sur chacun d’entre nous. Aujourd’hui, seuls les plus pauvres sont placés sous surveillance, mais ces outils sont là pour destituer demain chacun d’entre nous, prévient la chercheuse. Nous vivons dans des sociétés qui n’ont pas l’usage des plus âgés ou des invalides. « Nous mesurons la valeur humaine seulement sur la capacité à gagner sa vie ». « Nous voyons le monde comme une rivière sanglante de compétition ». Et Eubanks de dénoncer, à la suite d’Oscar Gandy, la « discrimination rationnelle », cette façon que nous avons d’ignorer les biais qui existent déjà. « Quand les outils d’aide à la décision automatisés ne sont pas construits pour démanteler explicitement les inégalités structurelles, elles les augmentent, les précipitent, les étendent, les intensifient. »

« Les ingénieurs qui construisent ces outils attirent notre attention sur les biais qui impactent leurs systèmes. Indirectement, ils font retomber leurs responsabilités sur la société, sans voir que le racisme et le comportement de classe des élites sont « mathwashés » (blanchis par les mathématiques, comme les pratiques de Greenwashing, c’est-à-dire qui se donnent une image de responsabilité par les mathématiques – NDT), c’est-à-dire neutralisés par la mystification technologique et la magie des bases de données ». Les nouveaux outils high-tech sont vus comme de simples mises à jour administratives, sans conséquence politiques. Ils ne sont montrés que comme des solutions anodines pour améliorer l’efficacité des systèmes, alors que les transformations qu’ils proposent sont bien plus radicales. Comme le soulignait Rhema Vaithianathan, la conceptrice du système prédictif de maltraitance : « d’ici 2040, le Big data devrait avoir ratatiné le secteur public jusqu’à n’être plus reconnaissable ». Comme le confesse Eubanks : « Je trouve troublant la philosophie qui voit les êtres humains comme des boites noires inconnaissables et les machines comme transparentes. Ce me semble être un point de vue qui renonce à toute tentative d’empathie et qui verrouille toute possibilité de développement éthique. L’hypothèse qui veut que la décision humaine soit opaque et inaccessible est un aveu que nous avons abandonné la responsabilité que nous avons à nous comprendre les uns les autres. »

Le problème, souligne encore la chercheuse, est que ces systèmes se développent. Les systèmes prédictifs se déploient : dans la justice, la police, les services sociaux, scolaires… Les bases de données deviennent la matrice du fonctionnement de nos sociétés.

Eubanks souligne très bien combien les garanties sont trop souvent absentes. Elle pointe les apports des principes dont nous bénéficions, en Europe ou en France, comme l’interdiction d’interconnexion des bases de données, le droit à l’oubli, les droits à la protection de la vie privée et notamment le fait que le stockage et l’exploitation des informations doivent être limités par leur finalité ou leur pertinence. Autant de garanties qui ne sont pas si fortes de l’autre côté de l’Atlantique. Pour Virginia Eubanks, face à ces technologies de l’efficacité, il est plus que nécessaire de protéger les droits humains. D’offrir des garanties, des contreparties et des contre-pouvoirs aussi puissants que le sont ces outils. Comme le souligne son travail : nous en sommes bien loin.

Pour Virginia Eubanks, il nous faut changer le discours et le regard sur la pauvreté. Il faut rendre l’assistance publique moins punitive et plus généreuse. Il est aussi nécessaire de développer des principes de conception techniques qui minimisent les dommages. Elle propose ainsi un intéressant serment d’Hippocrate pour les data-scientists, les ingénieurs et les responsables administratifs. Et esquisse un standard éthique minimum : est-ce que l’outil que je développe augmente l’autodétermination et les capacités des pauvres ? Est-ce que cet outil serait toléré si sa cible n’était pas des personnes pauvres ?

Bien sûr les observations de Virginia Eubanks ont lieu dans un autre contexte que le nôtre. On peut se rassurer en se disant que les lacunes qu’elle pointe ne nous concernent pas, que nous avons d’autres réglementations, que notre système n’est pas aussi libéral. Certainement. A la lecture du livre, je constatais surtout pour ma part, que je ne connaissais pas les équivalents français ou européens des systèmes que décrivait Eubanks. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils n’existent pas ou que leur automatisation n’est pas en cours.

Virginia Eubanks signe une analyse radicalement différente de celles que l’on voit d’habitude autour des nouvelles technologies. C’est bien sûr un livre politique. Tant mieux : il n’en est que plus fort. Il me rappelle pour ma part la synthèse que Didier Fassin avait fait de ses travaux autour de la police, de la justice et de la prison, dans son remarquable réquisitoire Punir, une passion contemporaine, où il montrait combien la sévérité de nos systèmes pénitentiaires, policiers et judiciaires renforçait l’injustice et les inégalités, en dénonçant combien la justification morale de la punition ne produit qu’une répression sélective.

La chercheuse américaine pointe en tout cas combien la technologie est trop souvent « un mirage », comme le souligne sa consoeur danah boyd, qui nous masque les coûts réels des systèmes, leurs impacts sur les gens. Le travail ethnographique de Virginia Eubanks rend visible la politique derrière les outils. Elle nous montre que pour comprendre les systèmes, il ne faut pas seulement se plonger dans le code, mais regarder leurs effets concrets. Aller au-delà des bases de données, pour constater ce qu’elles produisent, ce qu’elles réduisent. Comme le souligne le journaliste Brian Bergstein dans une tribune pour la Technology Review, « l’instabilité déjà causée par l’inégalité économique ne fera qu’empirer si l’Intelligence artificielle est utilisée à des fins étroites ». Nous y sommes déjà !

Hubert Guillaud

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Le calendrier marketing : l’outil indispensable des CM

Blog e-tourisme - ven, 12/01/2018 - 08:00

Chaque année le même rituel pour les community managers : préparer son planning éditorial. Chaque année le même casse tête : trouver les éléments incontournables de sa structure/son territoire sur lequel il va falloir communiquer. Heureusement pour les community managers, les agences de communication sortent leur calendrier marketing : une pépite qui va vous permettre de gagner du temps, de l’argent et de la fidélisation ! 

 

Qu’est-ce-qu’un calendrier marketing ? 

C’est un outil dont se servent particulièrement les agences de marketing. Il permet de répertorier et d’identifier les principaux événements qui auront lieu pendant l’année. Ces événements impactent forcément l’activité commerciale et feront ainsi preuve d’une communication particulière. Ce calendrier permet ainsi d’anticiper et d’organiser les actions pour l’année à venir.

Si chaque mois dispose de son activité “traditionnelle” : la fameuse Galette des rois en janvier, la Saint Valentin en février, la Saint Patrick en mars … Il y a bien sûr des événements plus insolites tels que la fête du Pop Corn le 17 janvier, la journée du Nutella le 5 février ou encore la journée sans Facebook le 28 février. 

 

Pourquoi utiliser un tel calendrier ? 

Ces évènements sont de bonnes occasions pour faire parler de soi ou plus simplement pour créer du contact avec ses clients. Sans compter que ce calendrier permet d’anticiper, de s’organiser et de mettre en place des actions commerciales ainsi qu’une communication bien ciblée. 

Par exemple, cet hiver, en décembre 2017, l’Office de Tourisme de Saint Jean de Mont en Vendée et celui de Luxeuil-les-Bains en Haute-Saône ont profité de la journée des pulls de noël pour faire parler d’eux en lançant des concours photos. Pour rappel, l’article complet est à retrouver ici

Si chaque événement permet de créer une action marketing comme pour les Offices précédents, cela permet également de valoriser certains produits et artisans de son territoire. Comme des boulangers lors de la galette des rois ou encore des restaurants proposant des menus spéciaux pour la Saint Valentin. 

 

Comment utiliser un tel calendrier ? 

Un calendrier marketing ne s’utilise pas tel quel mais doit être complété par les événements relatifs à sa structure ou à son territoire. Une fois tous ces événements relevés il faut voir si ils correspondent au calendrier de l’entreprise puis si c’est le cas, fixer un objectif cohérent pour chacun d’entre eux.

Cet objectif peut être divers : générer du trafic, fidéliser un public, informer des personnes, générer des ventes … Cet objectif peut alors se développer en action marketing pour laquelle il faut définir un canal (réseaux sociaux, promotion sur le web, publication papier …) et une méthode appropriée (renseignements informatifs, jeux concours, invitations …).

 

Vous en entendez parler depuis plus de 5 minutes alors le voici, l’un des fameux calendrier marketing de l’année 2018. Celui-ci a été fait par l’agence Marie Antoinette, c’est l’un des premiers à sortir mais il en existe pleins d’autres !

Calendrier des dates à ne pas manquer en 2018 from Emily Bass

 

Quant on voit l’ampleur qu’on pris certains mouvements comme le Black Friday, on se dit que ce calendrier va peut être bien nous être utile pour préparer nos publications ! 

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Contribue, toi aussi, à l’obsolescence programmée

Blog e-tourisme - ven, 05/01/2018 - 07:40

Si vous prenez la peine de lire ce billet, vous comprendrez assez vite toute l’ironie de mon choix de titre. À l’origine de cette idée de sujet, les nombreuses sollicitations de conseils reçues ces derniers mois à propos de la réalité virtuelle.
Le temps passe, les technologies évoluent mais les erreurs restent les mêmes: on part de la techno pour aller vers l’expérience; pire, on fait parfois de la technologie pour la technologie. Résultat des courses ? De l’argent, public ou privé, jeté par les fenêtres et une grosse impression d’avoir bossé dur pour rien de bien séduisant à l’arrivée.
Un peu comme si on programmait nous-même l’obsolescence, voire pire, l’échec, de nos initiatives techno-délirantes, qui avaient pourtant l’air si chouettes sur papier… On continue comme ça ou on se réveille ?

Le César est attribué à…

Je ne sais pas comment vous avez géré le truc en France mais du côté wallon, il y a six ou sept ans, tout le monde y est allé de sa collection de QR codes, ces trucs “géniaux, ultra-faciles d’utilisation et sur lesquels nos mobinautes hyperconnectés allaient se ruer”. En quelques mois, la Wallonie est ainsi devenue un grand parc d’attraction thématique: QR-CodeLand.

Aujourd’hui tous les territoires voudraient oublier l’argent et l’énergie investis dans ce déploiement à grande échelle de ce qui n’a jamais été qu’un échec retentissant: car non, personne ne s’est rué sur ces QR-codes et notre internaute/mobinaute fainéant a vite compris que ces hiéroglyphes du 21è siècle lui faisaient perdre plus de temps qu’autre chose.
Pour comprendre les raisons, pourtant évidentes, de cet échec, je vous renvoie à cet excellent article (en anglais) de Stanley Tan: The One Reason Why QR Codes Failed . Sa réponse: because it sucked. Je vous laisse le soin de traduire. Bref, les QR-codes reçoivent le César du développement foireux à grande échelle.

Et si on en remettait une couche ?

Je vous le disais en introduction, ces derniers temps, beaucoup de destinations ou de structures touristiques (parcs naturels, musées, châteaux,…) me demandent plus ou moins: “ce serait bien pour nous la réalité virtuelle ?”. La question est posée moins naïvement (quoique…) mais je ne vais pas entrer dans les détails car là n’est pas le cœur du problème. En effet, si ces personnes viennent me voir c’est le plus souvent parce que parmi les décideurs dont elles dépendent, il y en a eu un ou deux qui ont vaguement entendu parler de VR dans un salon ou lors d’une conférence de 15 minutes et qui sont depuis lors intimement con(-)vaincus que c’est la technologie miracle qui va donner au village de Tombay-sur-Lecuq la notoriété de Dubaï.

Évidemment, les pros du tourisme ont de gros doutes (les vrais pros, ceux du terrain, pas les gentils élus) et ils viennent surtout me voir pour obtenir des arguments pour expliquer diplomatiquement à monsieur le vice-président du C.A. que ce n’est peut-être pas la meilleure idée du monde. Car une fois encore dans ce cas, on est sur le point de commettre l’erreur tragique de partir de la technologie pour créer l’expérience (foireuse au demeurant, la plupart du temps, quand on s’y prend de la sorte).

Le parallèle entre les chiens et la technologie

Il faut bien sûr suivre les innovations technologiques de près et ne pas prendre de retard mais il ne faut pas non plus oublier à quel point une technologie peut rapidement être dépassée. À l’instar du chien, dont on dit par anthropomorphisme, que pour connaître son âge “humain”, il faut le multiplier par 7, vous pouvez appliquer le même facteur multiplicateur à une technologie: ce super gadget qui a épaté votre vice-président lors de ce salon en juin dernier a déjà pris un sérieux coup de vieux: vous ne trouverez plus de journaliste qui se déplacera pour “ça” en février prochain et vos visiteurs auront déjà testé le “truc” en de nombreux endroits…

Ce qui importe, ce n’est pas la technologie mais bien le scénario expérientiel que vous voulez faire vivre à vos visiteurs.

Bref, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit: la réalité virtuelle peut être pertinente mais à condition de permettre à l’utilisateur de vivre une expérience particulière et bien scénarisée (je vous renvoie à l’effet Waouh dans mon billet précédent).

Ma meilleure expérience avec “un peu de techno dedans”

Vous voulez réussir votre projet innovant, voici mes conseils: lâchez prise, soyez créatifs et imaginez une expérience magique et audacieuse pour vos visiteurs. Une fois votre scénario ficelé, les technologies, peut-être même pas très nouvelles, les plus adéquates pour le soutenir apparaîtront comme des évidences. Et ça, ce sera le job des prestataires techniques; le vôtre c’est d’être créatifs. Au final, ce sera peut être de la réalité virtuelle ou peut-être tout simplement un jeu de sons et de lumières qui aurait déjà été possible techniquement il y a vingt ans de cela: ce n’est pas la techno qui déclenche le “waouh” mais bien le déluge d’émotions et la qualité du scénario !
À ce titre, je garde un souvenir exceptionnel d’une réelle expérience vécue au Québec, au Parc de la Gorge de Coaticook, grâce à Foresta Lumina, un parcours nocturne illuminé qui transcende la notion de balade dans un parc naturel. La technologie est bien présente (et les émotions, je vous le garantis, sont au rendez-vous; la magie opère !) mais elle est parfois simplissime: projections et jeux d’éclairages. À d’autres moments, elle est effectivement plus complexe mais toujours au service d’un scénario, d’une histoire bien établie, réfléchie, point de départ de ce projet pour son maître d’œuvre, la société Moment Factory. La vidéo ci-dessous fait 22 minutes et vous expliquera les détails de cet ambitieux développement. Si c’est trop long pour vous, Youtube regorge de videos plus courtes concernant Foresta Lumina.

Bon courage dans vos projets et bonne route ! Mais surtout, ne mettez pas la charrue technologique avant les bœufs de la créativité !

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De très bonnes vidéos avec Filmic Pro

Blog e-tourisme - mer, 03/01/2018 - 09:00

Les applications permettant de réaliser des vidéos de qualité sont nombreuses. Parmi celles qui sortent du lot, Filmic Pro, utilisable à la fois par iOS et Android. De plus, si vous possédez un stabilisateur, elle est compatible avec l’Osmo Mobile de DJI, activé par Bluetooth. Sur ce dernier point, précisons que cette application dispose d’une stabilisation interne qui s’ajoute à la stabilisation optique de votre smartphone.

Cette application vidéo offre clairement les ressources d’une caméra professionnelle. Voilà qui peut enterrer l’apprentissage du tournage et du montage via des outils séparés : caméra, reflex vidéo, logiciel de montage sur un pc ou mac.

Pour des vidéos à réaliser, à monter et à diffuser en autonomie depuis le terrain, ce qui est fréquemment le cas dans les offices de tourisme, il ne suffit plus que d’un très bon smartphone, d’un trépied ou perche téléscopique. Vous pouvez ajouter un micro cravate pour les interviews et un micro externe pour l’ambiance. Seulement si votre smartphone conserve une prise jack (ce n’est plus le cas des derniers modèles d’iPhone).

Filmic Pro vous permet d’intervenir sur les réglages comme pour une caméra ou un réflex numérique : balance des blancs, vitesse d’obturation, Iso, exposition, température des couleurs. Ici un exemple de réalisation dans les rues de Madrid avec alternance de vidéos et de photos insérées, bien que je trouve que l’on frise parfois la sur-exposition et d’autres fois la sous-exposition. 

Prise en main

Comme pour toutes les actions de tournage, il convient d’anticiper les prises de vue : 

  • sujet défini en amont
  • cadrage et éléments de composition
  • éléments sonores 

Avant de tourner, il convient donc d’écrire une histoire et d’imaginer les différents plans qui la composeront (plans larges, moyens, rapprochés, séquences…) afin d’alterner les plans et rendre l’histoire fluide.

Au bas de l’écran les fonctions prioritaires :

  • durée enregistrement
  • capacité stockage
  • entrée du son
  • batterie

Pour enregistrer le gros bouton blanc en bas à droite.
Comme ailleurs, vous déplacez le réticule carré à l’endroit où vous souhaitez assurer la meilleure netteté. Déplacer le réticule rond revient à choisir l’endroit où la lumière doit être ajustée automatiquement. Ensuite, on bloque chaque réticule à l’endroit choisi, il devient rouge ce qui signifie que les réglages sont verrouillés à ces endroits.

A partir du deuxième icône en bas en gauche, on fait apparaître sur l’écran deux modèles, à droite le réglage de la netteté (réticule carré), à gauche celui de l’exposition (réticule rond), en haut valeur ISO et en bas vitesse d’obturation, comme sur une caméra ou un appareil photo. On peut verrouiller l’une ou l’autre. L’exposition est mesurée par le signe A comme assistance en bas de l’écran et affiche les zébras (rouges pour les zones sur-exposées et bleues sous-exposées). Les zébras bleus et verts déterminent la netteté. On peut aller chercher un curseur sur la partie droite pour faire apparaître le zoom numérique en affichage verticale. Personnellement je trouve que l’on perd rapidement en qualité d’image en voulant zoomer. Il faut vraiment s’assurer d’une grande stabilité de prise de vue à ce moment-là. Mais un secours vous est apporté par une jauge horizontale verte en bas de l’écran dans la commande centrale.La balance des blancs est réglée automatiquement avec des ambiances apparentes dans les icônes jointes, mais on peut le faire soi-même à partir du bouton gauche des couleurs mêlées et en plaçant une feuille blanche devant l’écran et en appuyant sur le bouton AWB. 

La fonction engrenage

L’engrenage du bas, voir la petite vidéo de capture des commandes que j’ai réalisée, permet d’affiner les réglages du tournage. Restez sur sur des critères basiques : 

  • résolution : format 16/9, mais vous pouvez aussi filmer en 1/1 format carré à la Instagram, tout dépend de la diffusion voulue, en HD 1080p, mais si votre mobile est équipé faites-vous plaisir en 4 k, et Filmic Quality
  • vitesse d’enregistrement : 24 ou 25 images secondes pour être raccord avec les standards européens
  • audio : format AAC, choix du microphone
  • et différentes options notamment celles qui permettent de pré-visualiser et de raffiner vos rushes avant de les exporter ou de les envoyer vers votre caméra roll.

Vous pouvez choisir le format de prise de vues en fonction de la diffusion choisie. Le stockage, soit endogène à l’application, soit vers la galerie du smartphone (ma préférence pour monter sur une application extérieure, en l’occurence iMovie) permet de sauvegarder les vidéos vers Dropbox, Vimeo, Google Drive ou YouTube.

Des tutoriels sont proposés et permettent une bonne appréhension de la solution. Et une chaîne YouTube démontre toutes les possibilités pour les nouveaux venus. 

Et sinon pour en savoir plus sur l’utilisation, rien de tel que de visionner cette bonne vidéo pédagogique de Laurent Clause. L’application est vendue 16,99 euros dans l’Appstore ce qui en fait une solution chère à priori mais à mettre en parallèle du fait qu’elle permet de se libérer de l’achat d’une vraie caméra ou d’un appareil photo performant.

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Que 2018 soit une année intelligente et naturelle…

Blog e-tourisme - mar, 02/01/2018 - 08:00

Chères lectrices et lecteurs,

Toute la rédaction d’etourisme.info vous adresse plein de voeux de bonheur et de prospérité pour cette nouvelle année.

Une année 2018 qui sera marquée, si l’on en croit les commentateurs, par l’avènement de l’intelligence artificielle dans notre vie quotidienne. Est-ce pour le meilleur ou pour le pire?

Le blog n’échappe pas à cette grande discussion. En juin dernier, Nicolas faisait un point très précis sur le sujet : “intelligence artificielle, où en est-on dans le tourisme?“. Des chatbots aux traducteurs de poche, les applications dans nos métiers sont multiples, en effet.
Durant la trêve estivale, vous avez pu voir que l’intelligence artificielle donne le vertige, comme l’expliquait Paul.

Et puis, les participants aux #ET13 ont pu assister à cette mémorable Ginger Battle entre Pierre Eloy, défenseur de l’intelligence émotionnelle, et Antoine Chotard, partisan ardi de l’intelligence artificielle. 

Il vous faut revisionner cette vidéo car derrière la boutade, tout le débat autour de la place de l’humain dans le numérique est totalement présent. Aussi présent que le rappel des mutations bénéfiques apportées par le numérique.

Donc, 2018 serait donc l’année de l’avènement de l’intelligence artificielle, de la gestion fine de vos données client, des enceintes connectées dans votre chambre d’hôtel, de votre assistant personnel durant tout le voyage, et du chatbot à chaque étape de votre séjour… Pourquoi pas, finalement? Ainsi, plus de place à la surprise (aux mauvaises surtout) et plus de perte de temps…

Et si on était aussi juste naturels?

A l’heure des bonnes résolutions, je me prends à espérer que à coté de l’intelligence artificielle, on retrouve surtout du naturel dans notre façon de prendre des vacances. 

J’ai lu avec intérêt la semaine dernière le billet de Guillaume Cromer sur son blog id-tourisme.fr intitulé “minimalisme, bonheur et instagrammité dans le tourisme“. Guillaume s’interroge sur cette tendance à “marketer” tout ce qui est, ma foi, fort naturel… Et que demain, de simples vacances en camping ou en gite rural peuvent devenir une expérience étonnante si simplement on se met à les instagrammer et à en faire une belle vidéo.

Je nous souhaite donc, en cette année 2018, d’être toujours aussi intelligent, mais aussi simplement naturels…

 

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Bonnes Fêtes de fin d’année

Internet Actu - ven, 22/12/2017 - 16:00

Toutes les équipes de la Fing se joignent à celle d’InternetActu.net pour vous souhaiter de très bonnes Fêtes. Nous vous donnons rendez-vous en 2018. En espérant qu’elle ne sera pas aussi désespérante que le prévoit Bloomberg !

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L’IA destructrice : un reflet du modèle des startups ?

Internet Actu - ven, 22/12/2017 - 12:00

Ted Chiang, le brillant auteur de la nouvelle Histoire de ta vie, qui a inspiré le film Premier Contact, a fait dans un article pour Buzzfeed (et relayé par Boing Boing) d’intéressantes observations sur la crainte de la venue d’une IA superintelligente et destructrice. Une terreur partagée, rappelons-le, par bon nombre des entrepreneurs de la Silicon Valley, Elon Musk en tête.

Pour illustrer ses peurs, Elon Musk donne l’exemple d’une IA dont le but est de cueillir des fraises et qui en vient à détruire la civilisation pour couvrir toute la planète de son fruit favori (variation du même exemple depuis des « trombones », utilisés par Nick Bostrom).

Une hypothèse assez bizarroïde, dont la popularité, selon Chiang, tient au fait que les entrepreneurs numériques projettent dans un futur technologique le reflet de leur propre comportement. Ils ont, dit-il, « créé inconsciemment un démon à leur image, un croquemitaine dont les excès sont précisément les leurs. »

« J’avais l’habitude de trouver bizarre que ces IA hypothétiques soient censées être assez intelligentes pour résoudre des problèmes auxquels aucun humain ne pouvait trouver de solutions, mais se révélaient incapables de faire quelque chose que tout adulte est en mesure d’effectuer : prendre du recul et se demander si leur action actuelle est vraiment une bonne idée. Puis j’ai réalisé que nous sommes déjà entourés de machines qui démontrent un tel manque total de perspicacité, nous les appelons simplement des corporations. (…)

Réfléchissez-y : qui poursuit ses objectifs avec une concentration monomaniaque, inconsciente de la possibilité de conséquences négatives ? Qui adopte une politique de la terre brûlée pour augmenter sa part de marché ? Cette IA hypothétique cueilleuse de fraises ne fait que ce que chaque start-up technologique souhaite réaliser – croître à un rythme exponentiel et détruire ses concurrents jusqu’à obtenir un monopole absolu (…).

Des observateurs de cette industrie parlent de la nécessité pour les IA d’avoir un sens de l’éthique, et certains ont proposé que nous veillions à ce que les IA superintelligentes que nous créerons soient «amicales», ce qui signifie que leurs objectifs devront être alignés avec les objectifs humains. Je trouve ces suggestions ironiques étant donné que nous, en tant que société, n’avons pas réussi à enseigner aux entreprises le sens de l’éthique, que nous n’avons rien fait pour nous assurer que les objectifs de Facebook et d’Amazon étaient alignés sur le bien public. Mais je ne devrais pas être surpris. La question de savoir comment créer une IA amicale est simplement plus amusante à considérer que le problème de la réglementation de l’industrie, tout comme imaginer ce que vous feriez pendant une apocalypse zombie est plus amusant que de penser à la bonne manière de lutter contre le réchauffement climatique.

Et, citant le critique marxiste Fredric Jameson, Ted Chiang de noter qu’il « est bien plus facile d’envisager la fin du monde que celle du capitalisme… »

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