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Paramétrer notre bulle de filtre… pour en reprendre le contrôle

Internet Actu - il y a 10 heures 39 min

Avant l’internet, les grands médias étaient nos filtres sur le monde. Selon le journal que vous achetiez, la chaîne de radio ou de télévision que vous suiviez, votre vision du monde était différente, rappelle sur son blog Ethan Zuckerman (@ethanz), directeur du Centre pour les médias civiques du MIT (@civicMIT). Puis, internet et ses puissants moteurs de recherche ont permis de faire naître des filtres selon ses centres d’intérêts. Les médias sociaux ont ensuite proposé une autre forme de filtre, des filtres basés sur nos relations sociales… jusqu’à ce que celles-ci deviennent trop importantes et qu’elles nécessitent une autre approche : une approche algorithmique qui personnalise le filtrage selon un ensemble complexe de facteurs. La bulle du filtre, posée par Eli Pariser, repose sur l’idée que nos tendances naturelles à l’homophilie sont amplifiées par des filtres conçus pour nous donner ce que nous voulons, plus que des idées qui nous challengent, nous conduisant à des formes d’isolement idéologique et à la polarisation. « Les fausses nouvelles conçues pour tromper le public et recueillir des publicités reposent sur le fait que les algorithmes de Facebook ont du mal à déterminer si les informations sont vraies ou non, alors qu’ils peuvent facilement voir si les informations sont nouvelles et populaires. Lorsque le Congrès américain réclame des actions à l’encontre des fake news ou de la propagande russe, il ne réclame rien d’autre qu’une autre forme de filtrage, basée sur qui crée le contenu et sur la véracité des faits. »

« Pourquoi les plateformes de médias sociaux comme Facebook et Twitter ne donnent-elles pas aux utilisateurs des outils puissants pour filtrer leurs propres flux ? À l’heure actuelle, les algorithmes contrôlent ce que nous voyons, mais nous ne pouvons pas les contrôler. (…) Vous pouvez payer et faire de la publicité auprès des femmes de couleur entre 40 et 60 ans qui vivent à Seattle, mais vous ne pouvez pas choisir de lire les points de vue de ces femmes. Bien qu’il existe des projets très innovants comme BlockTogether (@blocktogether, qui permet aux utilisateurs victimes de harcèlement de partager des listes d’utilisateurs bloqués sur Twitter), les plateformes peinent à offrir des outils de contrôle aux utilisateurs eux-mêmes. Et à moins qu’émerge un jour des plateformes sociales sous forme de services publics (comme le proposait Ethan Zuckerman lui-même en mai dernier), il est peu probable que les plateformes donnent aux utilisateurs plus de contrôle sur ce qu’ils voient. »

Comme le rappelle le chercheur, les filtres algorithmiques optimisent les plateformes pour favoriser l’engagement et la rétention des utilisateurs dans le but de vendre l’attention des utilisateurs aux annonceurs.

Tout l’enjeu à venir consiste donc à proposer d’autres modalités pour filtrer les contenus, ou mieux encore, de permettre aux utilisateurs d’accéder et de décider des paramètres des filtres qui les façonnent, comme nous le soulignions nous-mêmes. Si les paramètres relèvent des prérogatives des plateformes, cela n’empêche pas d’imaginer des services qui ouvrent ces paramètres depuis les services web de ces mêmes plateformes.

C’est ce que propose Gobo, un prototype fonctionnel lancé par le Centre des médias civiques, le Media Lab et le laboratoire d’études comparatives des médias du MIT. Gobo est un agrégateur de médias sociaux qui propose aux utilisateurs des filtres dont ils peuvent contrôler les paramètres. L’outil, lié à nos comptes Facebook et Twitter, permet à chaque utilisateur de choisir différents paramètres pour accéder aux contenus que proposent ces réseaux. Plusieurs filtres sont ainsi disponibles : un filtre politique permet de sélectionner des publications proches de ses points de vue ou éloignées de ses opinions politiques ; un filtre de sérieux permet de contrôler le volume de fun dans les billets qui vous sont proposés ; un filtre de politesse permet de contrôler le ton des billets ; un autre permet d’ajuster un curseur pour définir l’équilibre entre les sexes de votre flux d’information, permettant par exemple de mettre tous les hommes que vous suivez en sourdine… Un autre filtre permet d’ajuster la viralité de ce qui vous est proposé selon que les posts sont peu ou très populaires.

Enfin, chaque article que le système vous affiche explique le critère selon lequel il a été filtré.

Gobo pour l’instant n’est bien sûr qu’un démonstrateur. Il est lent. Il est imparfait puisqu’il dépend des modalités d’accès que proposent Facebook ou Twitter à des services tiers. Il utilise des techniques de machine learning assez basiques pour classer les informations selon les filtres, techniques qui devraient s’améliorer avec le temps… Reste que si l’outil est imparfait, il offre enfin une perspective stimulante pour permettre aux utilisateurs de reprendre la main sur les réseaux sociaux. Il permet de jouer avec les critères et donc de comprendre en partie les logiques algorithmiques à l’oeuvre dans la sélection qui nous est délivrée. Il montre en tout cas que d’autres distributions de l’information sont possibles… et que les boites noires sont à leur tour manipulables. Que l’accès aux critères et aux paramètres des systèmes est la modalité de la reconquête de notre liberté et de notre autonomie.

Espérons que Gobo se développe et inspire nombre de nouveaux services pour aider les utilisateurs à reprendre la main sur les réseaux sociaux !

Hubert Guillaud

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Du pistage de nos emails !

Internet Actu - mer, 13/12/2017 - 07:00

Sur Wired (@wired), Brian Merchant (@bcmerchant), l’auteur de L’appareil unique, l’histoire secrète de l’iPhone, revient en détail sur le développement du pistage de nos e-mails. Pour son enquête, il a utilisé Streak, un outil qui s’interface avec sa messagerie et qui permet à tout utilisateur de savoir si ses correspondants ont ouvert leurs e-mails. 40 % des e-mails envoyés seraient pistés, selon une étude faite par une entreprise qui propose des outils pour s’en protéger, One More Company, la société qui est derrière Senders et evercontact.

La technologie utilisée est très simple, elle consiste à insérer du code dans chaque e-mail ou une image invisible d’un pixel par un pixel, qui sera téléchargée dès que le destinataire ouvrira l’e-mail qui lui est adressé. Ce qui permet à l’expéditeur en retour de connaître à quel moment le mail a été lu, sur quel appareil, depuis quelle adresse IP et donc depuis quelle localisation. Autant d’informations qui permettent de savoir si une adresse e-mail est bien utilisée par le destinataire par exemple. Les services marketing utilisent cette technique depuis très longtemps pour connaître le taux d’ouverture de leurs courriers promotionnels. Mais, ils ne sont pas les seuls…

De plus en plus, souligne Merchant, le suivi d’email, comme on l’appelle poliment, n’est plus l’apanage des grandes entreprises. Des particuliers l’utilisent pour surveiller leurs collègues, leurs concurrents, leurs proches. Pour Florian Seroussi, le fondateur de One More Company, 19 % de tous les e-mails conversationnels (c’est-à-dire envoyés par nos relations directes) seraient désormais tracés, soit un e-mail sur 5. Comme le soulignent (.pdf) les chercheurs de Princeton, Steven Englehardt, Jeffrey Han et Arvind Narayanan du Centre pour la politique des technologies de l’information qui pilote un observatoire sur la collecte des données, aucun d’entre nous n’a jamais consenti à ce pistage. Ca n’empêche pas le pistage de se développer, non pas seulement pour valider les e-mails des destinataires ou suivre le taux d’ouverture, mais plus encore pour revendre des informations aux principaux exploiteurs de données que sont Acxiom et ses concurrents.

Pour Florian Seroussi, c’est le développement des liens sponsorisés dans Gmail qui a sonné comme un signal pour prendre d’assaut les boites mails des utilisateurs. Pour Andrei Afloarei, chercheur à Bitdefender, c’est plutôt le développement du spam qui a développé ces techniques, notamment pour pouvoir vendre des listes de mails validés. Aujourd’hui, ce sont les géants de l’internet qui utilisent le plus ces techniques, comme Amazon, Facebook ou Mailchimp. « Lorsque Facebook vous envoie un e-mail vous informant d’une nouvelle activité sur votre compte, il s’informe du lieu où vous êtes, de l’appareil que vous utilisez ou de la dernière photo que vous avez prise – il capte tout ».

Quand il travaillait sur son livre sur l’iPhone, Brian Merchant a installé Streak pour voir si les e-mails qu’il envoyait à des gens d’Apple sans obtenir de réponses étaient lus. Il pouvait même constater qu’ils étaient ouverts plusieurs fois, sur des machines différentes, et donc qu’ils étaient diffusés à l’intérieur d’Apple. Il a même envoyé un mail à Tim Cook, le PDG d’Apple qui a été lu immédiatement, sur une machine Windows (ce qui ne signifie pas que Cook ait nécessairement un ordinateur Windows, peut-être qu’il sous-traite sa correspondance privée à une firme dédiée).

Reste que tout un chacun peut apprendre par exemple où se trouve son correspondant via ces méthodes. En envoyant un message aux candidats aux élections américaines de 2016, il était ainsi possible de connaître les appareils qu’ils utilisaient, leur adresse IP et donc là où ils se trouvaient… On peut aussi déduire l’emploi du temps de quelqu’un selon l’heure où il ouvre ses e-mails. D’ailleurs Brian Merchant a aussi utilisé Streak pour suivre des proches… sans en tirer grande fierté.

Les chercheurs de Princeton soulignent enfin que le pistage de nos e-mails évolue. Ils ont étudié plus de 14 000 newsletters et mailing-list des sites et services les plus populaires du web pour montrer que 85 % contenaient des traceurs et que 30 % récupèrent nos adresses e-mails pour la revendre ou la diffuser ailleurs. Cela signifie que si vous souscrivez à une lettre d’information, même connue, il y a une chance sur 3 que le service marketing partage votre adresse avec des services tiers comme les data brokers, notamment si vous l’ouvrez ou si vous cliquez sur un des liens qui vous sont proposés qui disposent d’identifiants uniques pour savoir qui a cliqué.

Les outils de suivi de mails se démocratisent. Les protections aussi. Ugly Mail, PixelBlock, Senders… permettent d’identifier les courriels qui contiennent une image invisible voire d’empêcher de les ouvrir… et également d’identifier vos amis qui utilisent ces services. L’autre solution consiste à bloquer par défaut toute image dans votre messagerie. Radical, mais efficace. Sauf que les méthodes évoluent. Les systèmes peuvent aussi appeler des couleurs ou des polices de caractères spécifiques… ou des liens. Tout est bon pour vous tracer !

Pour John-Henry Scherck, consultant en marketing, il suffirait pourtant que Gmail décide d’informer un peu mieux les utilisateurs en mettant en lumière ces pratiques pour peut-être aider à prendre conscience du problème. Reste que, à moins que les fournisseurs de services décident où soient obligés de bloquer le pistage, le risque le plus probable est que celui se généralise totalement.

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Réguler par la donnée ?

Internet Actu - mar, 12/12/2017 - 07:00

L’entrepreneur et investisseur Nick Grossman (@nickgrossman), investisseur chez Union Square Venture défend depuis longtemps une régulation informée par la donnée, comme il l’explique dans plusieurs billets de son blog ou dans un plus long article (intitulé « Regulation, the internet way »), publié en 2015, pour Data Smart City Solutions (@datasmartcities), une initiative de la Harvard Kennedy School pour promouvoir une ville réactive aux données.

D’une régulation par l’autorisation à une régulation par la responsabilité ?

Pour lui, il est nécessaire de passer d’une régulation par la permission (et son corollaire, l’interdiction) à une régulation par la responsabilité informée par la donnée. Les plateformes du web ne sont pas tant des plateformes que des « moteurs pour la régulation », expliquait-il au Personal Democracy Forum de 2016 (vidéo, présentation), et ces moteurs de régulation vont directement impacter la manière dont le secteur public pratique la régulation.

Dans le système de régulation traditionnel, explique-t-il, une entreprise ou un individu doivent demander une autorisation, comme c’est le cas des licences de taxis ou des permis de construire. Pour cela, ils doivent apporter une foule de documents, pour prouver qui ils sont ou expliquer ce qu’ils vont faire. Une fois accordée, une surveillance légère est parfois opérée, mais la plupart du temps aucune donnée ne vient informer le régulateur.


Image : la matrice de la régulation par Nick Grossman, de la régulation par l’autorisation à la régulation par la responsabilité.

Dans le monde des plateformes, la régulation se pratique totalement différemment. Il est très simple de devenir un vendeur sur eBay ou un conducteur pour Uber. Par contre, beaucoup de données sont collectées : la surveillance comme la responsabilité sont assez strictes, encadrées et continues. Pour Grossman, la différence entre ces modèles nous fait passer d’une régulation par l’autorisation à une régulation par la responsabilité. Pour lui, c’est là une innovation qui rejoint le nouveau paradigme que décrit Carlota Perez à savoir le paradigme de l’âge de l’information (qui succède aux paradigmes de l’âge du pétrole, de l’électricité et de la vapeur…). Chaque âge a apporté son lot d’innovations spécifiques, non seulement technologiques, mais plus encore en matière de législation et de régulation. Il en conclut que les données apportent des réponses pour transformer nos pratiques de régulation.

En connaissant mieux le trafic automobile par exemple, grâce aux données des plateformes de véhicules avec chauffeurs, de covoiturage ou de GPS communautaire on peut imaginer de nouvelles formes de régulation. Comme en connaissant mieux la boulangerie on peut adapter l’offre (c’est ce que font les plateformes en s’adaptant sans cesse à leurs utilisateurs) mais également la régulation (puisqu’on connaît l’activité des utilisateurs).

Comment expérimenter la politique conduite par la donnée ?

Grossman défend activement une régulation informée par la donnée – ce qu’il appelle « la politique conduite par la donnée » (data-driven policy) – qui imagine que les règles qui s’imposent à tous soient construites sur de l’information statistique pour rétroagir sur la société elle-même. Reste que pour aboutir à cette forme applicative de l’ingénierie sociale, le problème est bien sûr de pouvoir avoir accès aux données, de les partager, entre citoyens, entreprises et autorités et également de trouver les modalités communes de leurs usages.

Mais c’est loin d’être le cas. « Les plateformes sont comme de petites dictatures qui édictent leurs propres règles », rappelle-t-il. Difficile pour les autorités publiques d’avoir accès à ces données, d’autant que tous les accès aux données ne sont pas nécessairement de confiance (comme nous le pointions dans notre article sur les limites à la loyauté des plateformes). Sans compter également que toutes les autorités ne sont pas équivalentes : quand le FBI veut avoir accès aux données des Gafa, ce n’est pas la même chose que quand une ville veut avoir accès aux données de ceux qui organisent du transport ou du logement sur son territoire. Rendre accessibles les données nécessite donc d’imaginer et de construire des formes de régulation (la carotte et le bâton), en partie parce que la valeur de ce partage est loin d’être toujours claire (et ce d’autant plus que ce partage pose des questions de confidentialité et de concurrence). Plutôt que de trouver une solution magique à cette tension, Grossman demeure pragmatique : pour promouvoir de nouvelles formes de transparence, le mieux est encore d’expérimenter, afin de trouver, pour chaque cas, les bonnes modalités de mise à disposition des données, de partage, de valeurs…

Nick Grossman évoque deux exemples en démonstration de sa thèse : Airmap, un système de gestion du trafic aérien sans pilote qui facilite l’échange de données et le contrôle du trafic aérien pour les drones (signalons d’ailleurs que le Secrétariat d’Etat à la modernisation de l’action publique vient de lancer une plateforme assez similaire, drone.beta.gouv.fr). Une plateforme de régulation qui fait le lien entre les pilotes et les autorités, en développant par exemple de la géo-identification pour interdire certains espaces aux drones ou favoriser leur identification par les autorités. Une plateforme qui a le potentiel de créer une régulation adaptée aux utilisateurs depuis les données que les pilotes et les constructeurs partagent. Grossman espère que nous allons voir se démultiplier ce type de plateformes très spécifiques, « verticales », permettant aux différents acteurs de discuter entre eux, très concrètement, par le partage de données.


Image : la carte des drones, avec ses zones de régulation, via drone.beta.gouv.fr.

D’autres plateformes, plus horizontales, permettant de mieux partager des données et de mieux les protéger par exemple devraient également voir le jour, estime l’investisseur, en évoquant Enigma (né au MIT) et le chiffrement homomorphe qui permettent d’interroger les données et de faire des calculs tout en les laissant chiffrées. Une solution technique qui permettrait par exemple de mieux partager des données sans que les systèmes y accèdent en détail tout en leur permettant de les interroger à leur gré. Un exemple éminemment vertueux à nouveau, même si cette opacité sur les données générée par le chiffrement pose aussi des questions sur la validité des données partagées.

Des limites de la « politique conduite par la donnée »

En fait, contrairement à ce qu’avance Grossman, la régulation amont (la licence, l’autorisation ou leur contraire, l’amende…) ne recoupe pas nécessairement le périmètre sur lequel agit la régulation par les données. En fait, les deux formes ne s’opposent pas tant qu’elles se complètent, avec des objectifs et des modalités distinctes. Surveiller la construction des immeubles n’est pas la même chose que leur donner une autorisation de construction selon le respect des critères auxquels les constructeurs doivent se conformer avant la construction. La régulation par les données ne pourra peut-être pas s’appliquer partout et pour tout. L’instauration de boucle de rétroaction vertueuse nécessite de la transparence et du dialogue pour peaufiner les critères (évaluer et surveiller dans le temps leur pertinence) comme le soulignait très bien Cathy O’Neil.

Autre problème : les plateformes sont très fragmentées, ce qui pose la question de l’agrégation des données multiples, pas forcément compatibles entre elles, de leur coordination et de la gestion de cette coordination, comme nous le soulignions déjà. Enfin, autre écueil et non des moindres : la question de la validité et de la pertinence des données. Les politiques conduites par la donnée posent la question des données utilisées et introduisent le risque d’un facile datasolutionnisme, produisant des indicateurs et des politiques depuis des données peu adaptées à cela. Or, tous les problèmes ne sont ni visibles ni solubles dans les données. L’enjeu n’est pas tant de conduire des politiques depuis les données, de produire une régulation à la demande, que de trouver dans les données des modalités de rétroaction vertueuses. D’où l’appel de Grossman à expérimenter, à jouer du « bac à sable réglementaire » pour trouver les modalités effectives du partage des données et des formes de régulation.

Reste que « la politique conduite par la donnée » pose bien d’autres problèmes encore. Démultiplier les données n’abolit pas les choix politiques comme de savoir quelles données et quels critères sont utilisés pour la régulation. A l’image du débat actuel sur les prérequis attendus des lycéens pour postuler dans les formations universitaires : si l’on demande des notes ou compétences minimum, reste à savoir lesquelles, comment et par qui elles sont déterminées et évaluées. Si vous devez avoir au moins un 13 dans telle matière pour concourir à telle formation, comment est calculée cette note ? Est-ce celle des premiers trimestres de terminale ou celle du du Bac ? Est-ce que ce prérequis est calculé depuis les résultats des précédents candidats (aucun de ceux qui sont allés dans cette formation n’ont réussi avec moins de 13 dans cette matière) ? Avec le risque bien sûr, que les critères choisis s’auto-renforcent. Enfin bien sûr, les systèmes automatisés posent la question des possibilités de recours…

Le problème de l’accès aux données n’est pas non plus un petit problème. Même si cet accès était facilement possible, cela ne signifie pas pour autant qu’il soit loyal, comme le soulignait les activistes Murray Cox et Tom Slee en montrant qu’Airbnb ne donnait pas accès à toutes ses données comme les problèmes de manipulation de données d’Uber. A Bordeaux, l’Observatoire Airbnb monté par un élu local, Matthieu Rouveyre, pointe également toutes les limites de confier des formes régulatoires aux plateformes. En fait, l’une des questions de fond que pose « la politique conduite par la donnée » est que bien souvent elle repose sur la nécessaire fusion de la plateforme et de la politique, avec le risque d’être juge et parti. Une perspective qui pose une question de régulation intrinsèque : comment séparer ces deux perspectives dans des outils, qui par nature, tirent leur force de cette double capacité ? Or, nos modalités démocratiques ont toujours veillé à distinguer les pouvoirs. Les plateformes de données, par essence, proposent à la fois des modalités où la mise en oeuvre, le contrôle et l’autorité sont interdépendants, un peu comme si les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires procédaient d’une seule et même entité. L’extension de l’action aux données elles-mêmes que recouvre l’enjeu des politiques conduites par les données pose la question de leur contrôle démocratique. Le risque est que mesures et données deviennent performatives, les plateformes deviennent productrices de leurs propres règles favorisant à terme un mandat impératif et une société sans pouvoir.

Le risque d’une Gouvernance par les nombres, soulignait le juriste Alain Supiot dans son ouvrage éponyme, est que la régulation par la donnée transforme la politique en simple fonctionnement, que les mesures et les critères de performances qu’elle produit devienne le critère de la gouvernance. Le risque que cela induit est que le système produise sa propre optimisation depuis des critères retenus sans grand contrôle démocratique et sans séparation des pouvoirs entre le système et la régulation qu’elle produit. Le calcul devient autoréférentiel, produisant à la fois des indicateurs, la mesure et son but.

Quand les machines servent à la fois à rendre compte, à administrer, juger et légiférer… le risque est de voir fusionner la satisfaction des indicateurs et la réalisation des objectifs au détriment de tout contrôle démocratique par ceux qui sont calculés, administrés, jugés et ainsi légiférés.

Hubert Guillaud

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Le niveau des discussions politiques a (encore) baissé

Internet Actu - mer, 06/12/2017 - 07:00

Vous pensez que la qualité des discussions politiques (notamment en ligne) ne cesse de se dégrader ? Mais s’agit-il d’une simple impression subjective, ou cela traduit-il une réalité ? Selon une étude dirigée par Rishab Nithyanand (@rishabn_) de l’institut Data & Society (@datasociety), et rapportée par le New Scientist (@newscientist), il semblerait bien que le niveau des discussions, déjà pas très élevé, ait atteint de nouveaux abîmes…

Les chercheurs ont pris Reddit comme objet de leur analyse. Pourquoi Reddit ? Parce que, nous explique le New Scientist, les commentaires peuvent être plus longs que les proverbiaux 140 (pardon, 280) caractères de Twitter. Et, contrairement à Facebook, on n’est pas obligé de dévoiler son identité sur Reddit, ce qui garantit une plus grande liberté de ton.

Ont donc été analysés pas moins de 3,5 milliards de commentaires publiés par 25,3 millions de personnes entre 2007 et 2017. Ces données étaient divisées en deux groupes : l’un était composé des commentaires sur des sujets non politiques, et l’autre, on l’aura deviné, regroupait toutes les discussions portant sur ce domaine.

Résultat, les usagers des forums politiques utilisaient 35 % de termes agressifs en plus que les auteurs de commentaires non politiques. Et cette tendance s’est montrée encore plus forte entre mai 2016 et mai 2017 (donc, la période englobant la campagne présidentielle américaine et les premiers mois de Donald Trump à la Maison-Blanche) que pendant toutes les autres années.

Les chercheurs ont également analysé le niveau de complexité des messages en utilisant un test éprouvé, celui de Flesch–Kincaid. Ils ont découvert que le niveau global des commentaires était passé du niveau d’un adolescent de 12 ans (ce qui n’était déjà pas terrible) à celui d’un enfant de 6 ans au cours des dernières années.

Quelle peut être la cause d’une telle dégradation ? Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons : ainsi, l’équipe a repéré l’arrivée d’un grand nombre de nouveaux utilisateurs Reddit qui auront peut être contribué à dégrader la qualité du discours. Il est également possible que des extrémistes, qui ne postaient pas jusqu’ici sur des sites « mainstream », se soient mis à y participer, donnant ainsi un tour plus violent aux conversations. Autre possibilité, plus inattendue : qu’un grand nombre des posts aient été effectués par des robots. Comme l’a rappelé Nithyanand au New Scientist, c’est une pratique qui s’est déjà largement développée sur Twitter : « pendant le Brexit, ils ont juste retweeté des propos en faveur du camp de Leave… Lors des élections américaines, il s’est agi d’une campagne de propagande complète, qui a excité les gens et alimenté un feu d’insultes partisanes. »

Et quel est le rôle de Trump dans tout ça ? Pour Nithyanand, on ne peut pas déduire avec certitude un rapport de cause à effet entre son accession au pouvoir et la dégradation du discours (ou l’inverse). Mais tout de même, précise-t-il, « L’étude montre une forte corrélation entre la montée de la popularité de Trump et une augmentation de l’agressivité… Les politiciens de haut niveau ont la responsabilité de rester plus civils, parce que les gens imitent leur comportement. »

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GPS : de la valeur par défaut

Internet Actu - mar, 05/12/2017 - 15:42

Sur son blog, Michael Verdi (@michaelverdi), designer pour Firefox, pointe un excellent exemple des ambiguïtés des architectures de choix décidées par-devers nous.

Michael possède un véhicule hybride, une Chevrolet Volt. Pour surveiller sa consommation électrique, il dispose d’un tableau de bord précis qui lui montre par exemple que sa batterie se vide bien plus rapidement lorsqu’il roule plus vite, à 120 qu’à 100 km/h. Or, il a remarqué que les GPS qu’il utilise ont toujours tendance à lui proposer les itinéraires les plus rapides, c’est-à-dire ceux qui passent par les voies les plus rapides. Pour se rendre à son restaurant préféré, Apple Maps et Google Maps l’envoient tous les deux sur la voie rapide, lui faisant faire des itinéraires entre 14 et 12 kilomètres. Or, s’il prend la route la plus courte, sans passer par les voies rapides, il ne fait que 8 kilomètres, mais met 1 à 2 minutes de plus. Or, a-t-il calculé, s’il utilise la route la plus rapide et qu’il va plus vite, sa voiture va consommer bien plus d’énergie que s’il prend la route la plus courte. Il échafaude ensuite, via un rapide calcul, que baser les GPS par défaut sur l’économie d’énergie plutôt que la vitesse permettrait d’enlever de la circulation l’équivalent annuel de quelque 800 000 voitures aux États-Unis.

Qu’en serait-il si les GPS de voiture, par défaut, nous montraient les itinéraires les plus respectueux de la planète, les plus économes en énergie, ou les plus respectueux de nos portefeuilles ? Chiche ?

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De l’automatisation des relations… à notre propre automatisation

Internet Actu - mar, 05/12/2017 - 07:00

Les systèmes de réponses automatisés, à l’image des chatbots, ne sont rien d’autre que des machines plus ou moins bien entraînées qui tentent de se faire passer pour des humains (ou encore, trop souvent, des humains qui tentent de se faire passer pour des machines), explique le journaliste David Ryan Polgar (@techethicist) pour Quartz. Mais leur efficacité s’avance sous le masque de la duplicité. Et le risque à venir, à mesure que cette automatisation va investir tous nos outils, est que nous ne sachions bientôt plus à qui nous nous adressons, s’inquiète le journaliste. Avec les e-mails personnalisés, par exemple, le récepteur pense recevoir un message de l’expéditeur, quand il ne communique qu’avec la « marionnette » de l’expéditeur, un programme qui le plus souvent, ne donne pas accès à l’expéditeur (comme le rappellent les messages du type : « Nous vous informons que les messages reçus sur cette adresse e-mail ne sont pas pris en charge » ou « Merci de ne pas répondre à ce message »).

Pour David Polgar, le développement de l’automatisation de portions significatives de nos communications, en les présentant comme réelles, relève indubitablement de la tromperie.

En fait, explique-t-il, ces systèmes automatisés visent à nous aider à élargir le sentiment d’intimité à l’heure où les outils numériques nous permettent d’entretenir de plus en plus de relations. Au lieu de réduire ou limiter nos relations ou d’être transparents sur l’utilisation d’outils automatisés, nous nous dotons de bots, de « marionnettes », censées nous représenter pour démultiplier et entretenir nos relations. Mais cette communication via des bots, qui se présente comme authentique, n’est pas une forme inoffensive d’efficacité communicationnelle : elle méconnaît complètement les qualités fondamentales des relations. Les relations sont construites sur la réciprocité de temps ou d’énergie émotionnelle. Communiquer avec autrui via des systèmes automatisés en faisant croire à un investissement authentique tient donc plus de la duperie qu’autre chose. David Polgar explique ainsi avoir reçu un message automatique personnalisé après s’être abonné à une personne sur Twitter. Un message qu’il a trouvé plus offensant qu’efficace. Le problème estime-t-il, c’est que si nous sommes prêts à utiliser des outils de communication automatisés pour faire passer nos propres relations à l’échelle, nous sommes beaucoup moins enclins à accepter qu’on utilise ces mêmes outils sur nous. Le risque à terme, c’est celui d’une course à des relations complètement automatisées, produisant une communication sans fin et sans frictions… mais entièrement inutiles.

Dans un autre article sur le même sujet écrit pour l’un des blogs d’IBM, David Polgar rappelle d’ailleurs que le test de Turing lui-même, ce Graal de la mesure de l’intelligence artificielle, a pour principe l’imitation : l’intelligence pour Turing consistait à ce que la machine parvienne à se faire passer pour un humain. Pas sûr pourtant que le fait de confier notre communication à des machines représente une grande avancée. Ici, il prend l’exemple de Linked-in qui propose d’envoyer des messages standardisés à ses relations par exemple pour les féliciter de leur anniversaire de travail (un concept qui semble lui aussi provenir des profondeurs de la simplification automatique). Comme dans le cas du rituel des anniversaires sur Facebook, de plus en plus souvent, nous pouvons attacher des messages à nos avatars en ligne, des messages qui se veulent pleins d’humanité, mais qui sont en fait dépouillés de toute humanité, puisqu’ils peuvent être rédigés et adressés sans aucune intervention humaine. Pour la psychologue Liraz Margalit, responsable de la recherche comportementale chez Clicktale, le problème est qu’en prenant l’habitude d’interagir avec des robots, nous réintroduisons dans nos rapports avec des humains des modèles que nous développons dans nos interactions automatisées.

Pour le philosophe Evan Selinger (@evanselinger), responsable des recherches et de l’éthique du Centre pour les médias, les arts, les jeux, l’interaction et la créativité du Rochester Institute of Technology, le développement de nos « liens faibles » qu’entretiennent les réseaux numériques, nous poussent à une communication succincte. « Nous subissons collectivement l’attraction d’adopter des styles de communication marchandisés ». « Quand notre comportement communicatif est conçu pour devenir plus automatique que délibératif, nous pouvons avoir l’impression que c’est notre humanité même qui s’effondre », explique encore Selinger.

Evan Selinger et le juriste Brett Frischmann (@brettfrischmann), qui publieront au printemps 2018 Re-Engineering Humanity, ont récemment produit une réflexion sur une forme de test de Turing inversé, pour tenter d’évaluer nos différents niveaux d’intentionnalité. Pour Selinger et Frischmann, le monde ne se sépare plus seulement entre humains et robots, mais se complexifie d’« humains botifiés » et de « bots humanisés ». Pour les chercheurs, c’est à nous de rester conscients de la manière dont nous communiquons. Tout l’enjeu, expliquent-ils, consiste à mesurer si la technologie augmente ou diminue notre humanité. Sommes-nous en train d’être reprogrammés par les machines ? Selon eux, il nous faut une méthode pour comprendre la valeur des dynamiques relationnelles qui se tissent entre machines et humains. Pour cela, si on mesure l’humanité des machines, il nous faut en regard tenter d’évaluer quand et comment nous nous comportons comme des machines.

Pour eux, la question de savoir ce que signifie être humain face aux machines n’est plus si triviale. Nous ne devrions pas tant avoir peur des robots, que d’avoir peur de devenir nous-mêmes des robots, expliquent-ils. « Il nous faut introduire des valeurs humaines dans la technologie plutôt que la technologie n’introduise ses valeurs dans notre humanité ». Pour cela, il faut être capable de mesurer quand une technologie est déshumanisante ou quand les humains ne pensent pas ou ne se comportement pas en humains.

Comme le soulignait les deux auteurs dans une tribune pour le Guardian, l’enjeu n’est peut-être pas tant de savoir si les robots vont prendre notre travail que de savoir si leur démultiplication ne va pas nous transformer en robots, nous « saper de notre humanité ». Depuis les chaînes de montage de Taylor où les humains se livrent à des tâches répétitives de robots, les hommes sont devenus des rouages de machines programmables. Et la version moderne et numérique du taylorisme est plus puissante et plus déshumanisante que jamais. Avec le Big Data, le taylorisme s’est propagé bien au-delà de l’usine. Des livreurs à vélo aux chauffeurs de voitures qui doivent suivre à la lettre les instructions des machines… partout les humains sont surveillés, monitorés, suivis, tracés, synchronisés, conduits par des capteurs qui mesurent tout, de leurs emplacements permanents à leurs performances. Comme le soulignent certains chercheurs, comme Karen Levy (qui a étudié par exemple la surveillance dans les lieux de travail hypermasculins), les systèmes de gestion intenses réduisent l’autonomie des travailleurs, accroissent les cadences… et donc leurs effets psychosociaux, comme la perte de sommeil.

Pour les auteurs, ce n’est pas seulement que l’intensité de la surveillance s’est accrue, c’est aussi qu’elle s’est dissimulée partout : dans les outils que les employés utilisent, dans les caméras de surveillance, dans les logiciels qu’ils utilisent… Surtout concluent-ils, si sur le papier transformer les humains en machine semble produire de l’efficacité, rien n’est moins sûr (à tout le moins, si c’est le cas, c’est sans mesurer les coûts sociaux et les contreparties qui ne sont pas assumées par ceux qui mettent en place ces techniques).

La déshumanisation n’est pas seulement imputable à l’utilisation croissante de la technologie, expliquent-ils encore dans un autre article pour Quartz. Nous sommes trop confiants et dépendants des développements technologiques et nous supposons donc que chaque nouvelle technologie est bénéfique par nature. L’efficacité également alimente notre engouement : or, être humain est parfois coûteux, notamment en terme d’efficacité. L’optimisation ne peut pas tout.


Vidéo : Sur We Make Money Not Art, Regine Debatty revenait sur le festival DocLab à Amsterdam dont le thème était justement « est-ce que les robots nous imitent ou imitons-nous les robots ? » Elle évoquait notamment le dernier projet de Superflux et Mozilla, mené par Brett Gaylor, le réalisateur du documentaire Do Not Track, Nos amis électroniques (vidéo), une critique des interfaces vocales qui nous rendent fous en nous demandant, comme le feraient des enfants, les raisons à ce qu’on leur demande de faire.

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L’innovation et l’éducation au tourisme : un tour du monde en 80 lignes…

Blog e-tourisme - lun, 04/12/2017 - 06:10
Développer la culture de l’innovation : en parler ou le faire ?

Innovation et éducation ne sont pas forcément synonymes. Il ne convient pas d’invoquer la première, telle un mantra, pour qu’elle s’impose d’elle-même à la deuxième, souvent corsetée par la vie académique. On ne peut pas non plus résumer la confrontation des deux à une simple – et simpliste – comparaison qui opposerait la légèreté, l’anticipation, l’adaptation à la raideur, l’intransigeance, l’ankylose. J’ai tenté d’expliquer dans mes articles précédents la passion française pour le mot « innovation », une passion parfois excessive à la fois dans son usage même et dans son application réelle. L’innovation, l’innovation, l’innovation ! Certains discours innovants peuvent lasser, tant sur la forme que sur le fond. Tout est devenu innovant dans notre beau pays, même si on peut en douter parfois. Comme si les temps précédents le nôtre ne l’avaient jamais été. Il suffit d’aller visiter le Musée des Arts et Métiers (recommandation très forte adressée aux lecteurs avisés de ce billet) pour admirer des innovations incroyables d’audace, de génie, de rupture. La Pascaline ou la machine à calculer de Blaise Pascal, le laboratoire de Lavoisier, le Fardier de Cugnot ou l’aéroplane de Clément Ader appellent quand on les admire à une certaine forme de modestie contemporaine. C’est la raison pour laquelle je milite depuis longtemps pour le développement d’une véritable culture de l’innovation, d’une acculturation numérique et digitale dans l’ensemble des programmes de formation au tourisme. L’usage de nouveaux supports en fait partie (MOOC et autres SPOC) mais cette technologie facilitante ne doit pas constituer la finalité d’un programme éducatif, mais être au contraire un moyen pour diffuser et percoler le langage innovant. Le panorama des premières tentatives françaises, sous de multiples formes et formats, est connu. Il suffit de relire certains articles du blog. Je vous propose de découvrir aujourd’hui six exemples venus à la fois de l’ancien et du nouveau mondes…  

  3 exemples en Europe (Suisse, Danemark et Autriche)

L’Ecole hôtelière de Lausanne a créé en janvier 2016 la chaire d’innovation avec le soutien du groupe METRO[1]. Cette Chaire fait partie du département d’Entrepreneuriat et d’Innovation de l’EHL. Elle a pour mission le développement de la recherche et de l’éducation dans le domaine de la digitalisation afin de contribuer au développement durable de l’industrie de la restauration. Trois problématiques d’études sont identifiées : l’offre digitale dans l’industrie de la restauration et les futures tendances ; le comportement des restaurateurs vis-à-vis de cette offre digitale ; le comportement des clients finals vis-à-vis de cette offre digitale. Les premiers travaux disponibles comparent la maturité digitale des restaurants européens et japonais (« Restaurateurs indépendants et technologie : quel futur ? L’utilisation de la technologie et les freins à son adoption dans les restaurants indépendants européens et japonais ») et présentent la création de l’AMI (Automated Meaning Interpreter) Market Intelligence Software.  

Le « Centre for Tourism, Innovation and Culture (TIC) » de l’Université danoise SDU (University of Southern Denmark[2]) s’est spécialisé dans l’enseignement de l’innovation. Son travail avec le « Danish Centre for Rural Research » est relativement exemplaire. L’innovation y est traitée sous différents aspects aux niveaux bachelor et master ainsi qu’un soutien actif à l’entrepreneuriat.

L’Université de Salzburg, en Autriche, propose un master « Innovation & Management in Tourism », axé notamment sur le design d’expérience. On y forme aux processus de développement des produits, à l’innovation des services et des expériences, aux grandes tendances des innovations touristiques, à l’entreprenariat. Ce sont des sujets même s’ils sont centraux, encore trop rarement traités, pour ne pas etre évoqués ici.[3]

3 exemples hors d’Europe (USA, Hong-Kong, Malaisie)

La Wharton School, à Philadelphie en Pennsylvanie, propose un programme de formation continue (executive education) dont le thème « Travel & Tourism Innovation Program – Becoming the Driver of Transformation in the Travel and Tourism Industry » a retenu mon attention ! Une école qui a formé, entre autres, Warren Buffet et Donald Trump (c’est dire la qualité de l’école) et qui s’intéresse à l’innovation dans le tourisme… Le programme propose au leaders du secteur une vision stratégique du management centrée sur l’innovation, appréhendée comme créatrice de nouveaux business models, de nouveaux marchés et de nouvelles valeurs à long terme. Les enseignements sont fondés sur des analyses des tendances des innovations dans le secteur du voyage et du tourisme, Internal vs. External Innovation, le financement de l’innovation, des études de cas (Amadeus) et des visites (Silicon Valley) etc. La dernière session de cinq jours de formation a eu lieu du 26 au 30 novembre 2017 sur le Campus JSF Travel & Tourism School à San Francisco. Avis aux intéressé(e)s : le tarif était de 14,900 €…[4]

Si la déception se fait ressentir dans votre esprit, dès ce matin, soyez rassuré(e) : vous pouvez vous rattraper grâce à la prochaine session de MOOC proposée par la Hong Kong Polytechnic University qui débutera le 12 janvier 2018[5]. Son thème vous intéressera forcément : « Hospitality and Tourism Technology and Innovation » et son prix ne vous inquiétera pas vraiment ($150 USD). Le programme de six semaines abordera les thèmes suivants : An Introduction to IT and Hospitality & Tourism industry (semaine 1); Information technology adoption and dynamic impact on hospitality & tourism organizations (semaine 2); Value creation through IT and innovation (semaine 3);  Innovation strategy through mobile technology and social media in hospitality & tourism industry (semaine 4); Business analytics for data-based decision making in hospitality and tourism organizations (semaine 5); Technology development and the future of hospitality and tourism organizations (semaine 6).

Enfin, pour celles et ceux d’entre vous qui pensez que l’innovation doit etre vécue là où elle s’écrit au quotidien y compris dans la forme des villes ou les révolutions des modes de vie, notez que le Centre for Research and Innovation in Tourism (CRiT) de la Taylor’s University[6], en Malaisie, aspire à devenir à l’horizon 2020 le centre de référence de l’innovation touristique en Asie, à la fois par le développement de programmes de recherche mais aussi par des enseignements centrés sur le développement du capital humain des entreprises innovantes.   

 

Quelque chose comme une nouvelle école française du tourisme… 

Difficile de faire un tour du monde de l’innovation et de l’éducation au tourisme en 80 lignes… Il est certain que les programmes de formation intègrent différemment cette notion disruptive et essentielle. Les lieux, les programmes, les tarifs, sont en eux-mêmes innovants car disparates, dissemblables. Mais je suis intimement convaincu que de ces quelques exemples esquissés, les programmes français vont devoir s’inspirer, en alliant proximité industrielle et académique, vision stratégique et nécessité économique, réalité technologique et logique de destination. C’est le début d’une nouvelle révolution, me semble-t-il, à la fois en matière de contenus et de contenants pédagogiques. Quelque chose comme une nouvelle école française du tourisme !  

[1] http://www.ehl.edu/fr/la-recherche/chaire-d-innovation-metro

[2] https://www.sdu.dk/en  

[3] https://www.fh-salzburg.ac.at/en/disciplines/business-and-social-sciences/master-innovation-management-in-tourism/degree-programme/

[4] https://www.wharton.upenn.edu

[5] https://www.edx.org/course/hospitality-tourism-technology-hkpolyux-htm540x-0

[6] https://university.taylors.edu.my

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Vers une ville numérique ingouvernable (2/2) ? Le modèle de la startup en ses limites

Internet Actu - ven, 01/12/2017 - 11:46

L’innovation n’est pas absente de la ville numérique. Au contraire. Elle est foisonnante. Mais ce foisonnement apparent cache une certaine homogénéité qui se cristallise autour de l’impact d’un modèle ultra-dominant : celui de la startupisation de l’innovation. Or, les enjeux que soulève le programme Audacities de la Fing (éditeur d’InternetActu.net) et de l’Iddri, montrent qu’innovation et gouvernance sont liées, qu’elles sont les deux faces d’une même demande collective. Reste que l’arrivée des startups, ces nouveaux acteurs de l’innovation ne favorisent pas une gouvernance partagée, au contraire. Par essence, chaque startup optimise son propre service, au détriment d’une approche collective. Waze optimise son service pour fournir aux conducteurs le plus court chemin pour aller d’un point A à un point B, au détriment des politiques publiques de mobilité, comme le soulignait très bien le chercheur Antoine Courmont. Airbnb optimise la rentabilité de la location touristique de courte durée professionnalisée au détriment des possibilités de location de logement traditionnelle de longue durée, comme s’en émouvait récemment la fondatrice de Bedy Casa dans une tribune pour Challenges. La récente limitation de location à 120 nuitées à Paris (mais pas pour le reste de la France), à 60 nuitées à San Francisco… semblent autant de tentatives pour limiter une « disruption » sur laquelle l’acteur public est toujours à la peine alors qu’il dispose de moyens d’action limités selon ses compétences.

La startup : solution ou problème ?

On pourrait vouloir voir entre les approches présentées par Etalab et le Numa (voir la première partie de notre dossier) des différences de fond. D’un côté, la Ville de Paris déléguerait son innovation, de l’autre l’État, chercherait lui, à garder le pouvoir. Mais ce n’est pas si simple, remarque Romain Thales d’Etalab. L’outsourcing, le fait de faire développer des services par des tiers, coûte parfois cher. Etre capable de faire en interne, ou de contrôler les projets comme le soulignait un récent article de Libération, d’avoir la main sur les développements peut être parfois important, selon les projets. « L’enjeu n’est pas de chercher à tout faire, ni de faire mieux, mais il est important de laisser aussi sa chance à l’administration de faire aussi bien que leurs délégataires », souligne Romain Tales.

Le programme d’intrapreneuriat de la ville de Paris avec ses startups de Ville, comme les programmes de startups d’État ou d’entrepreneurs d’intérêts général visent à faire monter en compétence les services dans une logique d’innovation interne. L’enjeu n’est pas tant de créer de réelles startups que d’acculturer les services publics à d’autres méthodes d’innovation. Seul Datacity s’inscrit dans une logique externe, qui valorise les compétences des délégataires de services publics et de startups. Mais au-delà de ces programmes spécifiques, la plupart des programmes d’aides à l’innovation sont encore largement dirigés vers les startups technologiques, via de multiples incubateurs, au détriment d’autres formes d’innovation. C’est peut-être là que le bât blesse. Promouvoir la startup comme le seul et unique modèle d’innovation, c’est invisibiliser, pousser dans l’angle mort, tous les autres dispositifs qui existent, toutes les autres formes d’amélioration et de transformation. Comme le soulignait très bien l’entrepreneur Mehdi Medjaoui ou comme le concentraient les critiques que nous formulions à l’encontre de l’État plateforme, la startup n’est pas la seule façon d’innover. A ne promouvoir qu’elle, le risque serait de laisser de côté toute forme d’innovation qui n’entre pas dans cette case ou de forcer tout projet à y entrer. Tous les projets n’ont pourtant pas vocation à se transformer en services commerciaux et tous les projets n’ont pas vocation à devenir des services. Le risque également est de favoriser certaines formes d’innovation technologique… au détriment d’autres, notamment celles qui reposent sur l’innovation sociale, celles proposées par d’autres acteurs comme des associations ou des PME.

La méthode startup en question

La startupisation pose également la question de l’uniformisation des méthodes. Tous les programmes d’incubation, d’accélération et de développement ont tendance à utiliser les mêmes méthodes, comme si l’innovation n’était possible qu’en utilisant celles-ci au détriment de toutes autres, sans voir leur réductionnisme. De partout, on prône l’agilité, le lean management, la rapidité, l’ouverture (avec beaucoup de non-dits sur ces la valorisation d’échanges ouverts qui s’appliquent plus aux données des autres qu’aux méthodes qu’on s’applique à soi-même)…

Dans l’introduction au riche dossier que livre le dernier numéro du magazine Socialter en forme d’appel à faire de la France une terre d’innovation différente (« La France, une sociale Valley »), le journaliste Philippe Vion-Dury rappelle les enjeux du mode d’innovation que constitue la startup, en puisant dans une de ses bibles, le livre De zéro à un, du business angel libertarien Peter Thiel. Une startup a pour objet la perturbation, c’est-à-dire la disruption, des codes, marchés ou règlements. Son second impératif est la croissance et la vitesse. Le troisième c’est de chercher à établir un monopole. D’autant plus que leur dernier enjeu est bien de court-circuiter le législateur, afin que « la loi soit obsolète, le reste le plus longtemps possible, et qu’étant finalement trop puissant pour être sanctionné, on puisse tranquillement faire du lobbying pour aménager la loi selon ses intérêts ». Autant d’objectifs qui ne croisent nulle part ceux des acteurs publics, au contraire. Ça n’empêche pas les acteurs publics de soutenir activement cette forme d’innovation, au prétexte du développement économique, de la compétition économique internationale, de l’innovation…

L’angle des méthodes utilisées pour transformer les projets en startups a tendance à chercher à réduire leurs propositions à l’aune de leur seule efficacité. Le risque est bien, en utilisant partout les mêmes méthodes (valorisation, dumping des prix, optimisation à tout craint, recherche de positions monopolistiques…), de faire advenir les mêmes types de solutions et les mêmes types d’entreprises. C’est d’ailleurs déjà beaucoup le cas, avec des secteurs très embouteillés où de multiples entreprises exploitent les mêmes domaines (la mobilité « flottante », les services de livraisons ou location à la demande, les services de type majordome, les services de « co-« voiturage, de co-location, etc.).

Les mêmes méthodes et les mêmes soutiens aux mêmes formes opératoires d’innovation nous confrontent non seulement à un foisonnement d’innovation, mais plus encore à un foisonnement uniforme d’innovation. La concentration de dispositifs de soutiens à l’innovation similaires (incubateurs, accélérateurs, concours, modes de financement…) bénéficie à ceux qui rentrent dans ces cadres au détriment de ceux qui pourraient proposer des modalités d’action différentes, comme les modèles associatifs, les coopératives, les innovations sociales… Les méthodes utilisées sont dupliquées tant et si bien que tout ce qui ne s’inscrit pas dans ces méthodes, modèles économiques et temporalités ne semblent plus pouvoir exister. Tout projet qui ne devient pas startups semble exclu des modèles de soutien, de financement, d’accompagnement, de développement, de mise en visibilité…

De la célébration des startups à l’heure du triomphe des plateformes

Cette victoire sans conteste de la startupisation est d’autant plus étrange que les beaux jours de cette forme d’innovation semblent derrière elle. La célébration de ce modèle particulier d’innovation est paradoxal : on n’a jamais autant célébré la startup à l’heure du triomphe des plateformes. C’est ce que soulignait Joe Evans (@rezendi) sur Techcrunch en pointant la fin de l’ère des startups. Il expliquait combien toutes les grandes métropoles cherchent à devenir des territoires d’accueils de startups, démultipliant les projets d’incubateurs, les programmes d’accélérateurs (et de « lieux totems » pour les accueillir). Toutes les villes rêvent de devenir la nouvelle Silicon Valley. Or, souligne-t-il, on a changé de décade. Désormais, les entrepreneurs « ont bien plus de chance de finir par travailler pour Mark Zuckerberg que de suivre ses pas ». Du boom du web (1997-2006) à celui des applications (2007-2016), nous sommes entrés dans l’ère des plateformes, où les startups n’ont plus leur place. Les technologies sont devenues plus compliquées, plus chères et les entreprises ont besoin de plus de croissance et de capital pour réussir, sans être toujours assuré d’y parvenir comme l’explique très concrètement le spécialiste de l’économie du partage, Steven Hill (@stevenhill1776), dans une tribune pour le Monde.fr en disséquant le cas Uber, désespérément non rentable. Pour Joe Evans, le ralentissement du financement des startups n’est pas un hasard. Les mégaplateformes que sont Alphabet, Amazon, Apple, Facebook et Microsoft l’ont emporté (tout comme les plateformes chinoises de Tencent, Alibaba et Baidu). La prochaine vague technologique n’est plus accessible aux jeunes pousses : l’intelligence artificielle notamment a plus que jamais besoin de données, et c’est l’affaire des plus grosses entreprises. Le matériel est difficile à prototyper, rapporte peu et est cher à pousser sur les marchés. Les voitures autonomes sont encore bien plus inaccessibles… Pour Joe Evans, les startups rêvent plus que jamais d’être rachetées par les plateformes. Les jeunes pousses prometteuses de Y Combinator, l’un des plus importants fonds d’investissement dans les nouvelles technologies sont les mêmes en 2017 qu’en 2012, à savoir Airbnb, Dropbox et Stripe. Même si Y Combinator a financé bien plus de startups depuis 2012 qu’avant, aucune n’est devenue un géant. À mesure que les titans technologiques accumulent de la puissance, les startups ont de plus en plus de mal à rivaliser.

Il n’y a pas que Techcrunch qui s’en alarme. Le New York Times, Wired, Vox… se sont également fait écho de la disruption de la disruption… En France, on se félicite néanmoins du développement des soutiens aux startups, de la progression de l’investissement et de nos réussites entrepreneuriales, comme le souligne le journaliste Benjamin Ferran pour Le Figaro, même si celles-ci font figure de nains économiques.

En France, le numérique ces dernières années a été un des rares secteurs à connaître une croissance soutenue, dans un contexte général de crise, de chômage de masse… les startups semblent aujourd’hui les structures qui embauchent. Soutenir les startups, c’est donc pour beaucoup soutenir le développement économique et donc l’emploi. Même si les chiffres peinent à réaliser ces espérances. En fait, comme le souligne encore très bien le dossier de Socialter, c’est oublier par exemple que les chiffres de l’innovation sociale et solidaire sont bien plus stimulants que ceux de l’innovation numérique : l’ESS représente 10,5 % du PIB de la France, 220 000 établissements, 2,4 millions de salariés sans compter les 730 000 structures associatives, ses 23 millions d’adhérents, ses 16 millions de bénévoles, ses 21 000 coopératives… L’emploi y a crû de 23 % au cours des 10 dernières années. Comparativement, les startups dont on parle tant ont des résultats plus modestes. On dénombre environ 10 000 startups en France (dont ⅓ en Ile-de-France), soutenus par quelque 284 structures (incubateurs, accélérateurs…). Quant au nombre d’emplois qu’elles génèrent, les sondages parlent de quelques milliers par an. Bien moins que le secteur du numérique dans son entier en tout cas, qui est loin d’être composé uniquement de startups.

Qu’importe. Cela n’empêche pas l’innovation numérique au format startup de s’imposer comme un modèle et d’inspirer bien d’autres secteurs. Tous les grands groupes ont désormais leur portefeuille de startups, leurs élevages. Toutes les villes cherchent à se doter de fermes industrielles d’incubation. Partout les structures de soutiens se multiplient.

Le problème, c’est que la vampirisation de toutes les formes innovantes par la startup (qui colonise jusqu’à certaines formes de l’économie sociale et solidaire) contribue à son déclin et à sa saturation. Certes, dans la grande galerie des méthodes d’innovation, il y a toujours eu des modes, des modèles dominants et des modèles dominés. Aujourd’hui, le modèle dominant de la startup écrase tous les autres modèles, notamment les modèles imparfaits, ceux qui tâtonnent, ceux qui avancent sans méthode préétablie. Le modèle de l’innovation a la gueule de bois, comme l’internet depuis les révélations d’Edward Snowden. Nous sommes passés du rêve d’un internet émancipateur à la réalité du digital labor. Dans le domaine de l’innovation nous sommes passés du rêve d’une innovation libre et sans contrainte, à des méthodes obligées pour produire de l’innovation en série avec ses cohortes de startups qui se ressemblent que ce soit dans le domaine de la rencontre, des petits boulots à la demande, du transport à la demande… Qu’importe si elles ne produisent pas vraiment de valeur ajoutée, ou si elles n’adressent pas vraiment de grands problèmes. L’important est qu’elles produisent vite des résultats. Qu’elles soient agiles. Qu’elles pivotent. Qu’elles utilisent des méthodes dites efficaces… Qu’importe si elles ne produisent pas mieux ni plus d’innovation. Qu’importe si elles ne produisent pas de sens.

Le problème de cette bascule, c’est qu’elle se fait au détriment d’autres modèles et qu’elle réduit la diversité. L’innovation en provenance du tiers secteur, des associations, des PME et PMI, comme le champ de l’innovation sociale, elles, semblent invisibilisées par la célébration des startups. La ville comme plateforme d’innovation ouverte s’est réalisée. Mais la ville n’en a pas été l’opérateur. Les startups utilisent l’infrastructure physique des villes pour opérer, sans plus avoir besoin de délégation. Ce qui laisse les villes assez démunies pour réagir, pour orienter cette innovation, comme le montre l’exemple de l’explosion des systèmes de transports à la demande ou des plateformes de location à la demande que les villes peinent à réguler. Difficile pour elles d’agir, car agir consiste à réglementer voir interdire les startups qu’elles glorifient par ailleurs via les programmes qui les engagent avec elles. Alors que, par nature, les startups cherchent avant tout à « disrupter », c’est-à-dire contourner les infrastructures et règlements nécessaires à la cohésion sociale et urbaine.

Or réguler les flottes de véhicules à la demande, de deux roues flottants, comme l’accès au logement tient, en partie, de la responsabilité des collectivités. De fait, la startupisation, parce qu’elle est le volant politique d’un projet économique, entre en conflit direct avec les politiques sociales pour ne pas dire avec la politique tout court.

A l’heure du foisonnement, où sont les stratégies ?

La startupisation ne regarde l’innovation que sous l’angle du développement de nouveaux services. Or, pour créer du changement, les nouveaux services ne sont que le haut de l’iceberg, résume l’entrepreneur Indy Johar de la Young Foundation dans un intéressant graphique (qu’évoquait longuement le blog de la 27e Région). Produire des changements plus durables nécessite de dépasser la seule innovation servicielle et courtermiste que proposent les startups, pour privilégier d’autres formes d’innovation. En regardant les problèmes que sous l’angle de leurs solutions, l’acteur public se contraint à être confronté à toujours plus de solutions servicielles, sans prioriser entre elles ou sans se doter pour autant d’objectifs ou de stratégies. Sans feuille de route, quels services favoriser ? Quelles orientations prendre ? Face à une innovation devenue foisonnante, bien qu’homogène, comment piloter l’innovation ? Comment soutenir les startups ? Sur quels critères ?… Les nouveaux services ne sont pas toujours raccords avec la stratégie quand elle existe. Comme pour mieux contraindre l’innovation foisonnante, les stratégies réussies ont tendance à devenir plus radicales à l’image de la politique zéro déchet de San Fransisco ou zéro carbone de Copenhague. Sur l’iceberg de l’innovation, on ne célèbre que les nouveaux services, sans regarder ce qui est abandonné sous la ligne de flottaison : la stratégie, la cohérence, l’objectif économique, politique et social.

C’est au final devenu un peu un gros mot dans une innovation startupisée, mais définir des objectifs et des stratégies pour concentrer et orienter les moyens, définir une politique de l’innovation qui ne soit ni courtermiste, ni technosolutionniste, qui donne des objectifs à long terme, qui oriente l’innovation, encourage ses formes sociales et pas seulement la seule valorisation technologique, semble faire défaut.

Dans un monde où les politiques manquent d’objectif, les services des startups semblent occuper tout le terrain. Qu’importe si leurs solutions sont peuplées d’angles morts : le logement social, l’impact écologique, l’emploi… c’est-à-dire les défis environnementaux et sociaux. Pas sûr que la démultiplication des plateformes de covoiturage suffisent à résoudre le problème de l’autosolisme et de la congestion des grandes agglomérations. A nouveau, l’enjeu n’est pas de dire trop simplement que les startups c’est le mal. 40 % des trajets réalisés avec Uber en Ile-de-France sont des trajets banlieue/banlieue. Cela montre que Uber est parvenu à adresser un problème de transport que les politiques publiques du transport en commun n’avaient pas adressé. Uber, en Ile-de-France, a créé 20 000 « emplois » (enfin, plutôt des autoentrepreneurs »). Ce ne sont pas deux petits effets. Et l’enjeu est de trouver les moyens de les améliorer et de les développer tout en limitant leurs effets négatifs. Aujourd’hui on raisonne et on s’affronte dans un périmètre de gouvernance qui n’a pas changé, et qui fonctionne en mode action/réaction, désordre/rappel à l’ordre, les plateformes disruptives comme Uber pratiquant la politique du fait accompli, qui maintient dans une posture réactive et empêcheur de tourner en rond l’acteur public urbain. C’est cette répartition des rôles qu’il convient de changer, et les deux bords nous semblent également prêts à l’accepter. C’est dans cette nouvelle configuration de gouvernance partagée, qui reste à construire, que l’on peut imaginer pouvoir faire le tri entre les externalités positives et négatives d’Uber, et renforcer les unes tout en corrigeant les autres.

Le strapontin des usagers : du rêve de l’émancipation à la réalité du digital labor

Reste enfin à questionner la place de l’usager dans cet écosystème. S’il est toujours valorisé, force est de constater que celui-ci est toujours vu comme un consommateur par les nouveaux services produits par les startups. Si tous les programmes placent l’usager au coeur de leurs dispositifs, le plus souvent, il demeure sur un strapontin, un simple cobaye voire un simple client. L’usager reste bien souvent sur le bord de la route de l’innovation startup, qui travaille pour les collectivités et les gouvernements pour mettre au travail les gouvernés, développent le digital labor au détriment de la capacitation.

L’innovation startup favorise une innovation de consommation. L’émancipation promise se concrétise dans un digital labor qui n’a rien de libérateur. Les usagers et consommateurs ne sont pas des victimes : ils sont demandeurs de services, d’applications, ils livrent leurs données sans états d’âme, ils légitimes les pratiques les plus disruptives qui leur profitent et donnent de la force aux disrupteurs, qu’importe si cela produit de la précarisation, de la prédation, de la liberté sans pouvoir… Pourtant, l’enjeu est bien là. Si les questions d’innovation et de gouvernance sont liées, alors il est nécessaire de réinterroger la place de la gouvernance dans l’innovation, à l’image des propositions faites par le coopérativisme de plateforme (le livre éponyme de Trebor Scholz vient d’ailleurs d’être traduit chez Fyp éditions).

La startup n’est pas le problème, tant qu’elle reste une forme d’innovation parmi d’autres. Mais la concentration et l’uniformisation de l’innovation, qui consistent à ne valoriser que des entreprises dont le modèle n’est pas compatible avec un modèle de société, est le problème. Le problème est bien le modèle de société qu’impose la révolution numérique dont la startup est l’emblème. Comme le dit l’avocat Jean-Baptiste Soufron, la révolution numérique n’a fait que « renforcer les travers les plus évidents du libéralisme et du capitalisme », accélérant le capitalisme numérique, accroissant le pouvoir des dirigeants et du capital, n’améliorant ni la démocratie, ni le lien social ou l’estime de soi. «Si le numérique était vraiment disruptif, Uber appartiendrait à ses chauffeurs et Facebook à ses usagers.» Nous en sommes loin. L’absence d’usagers dans les modalités de gouvernance des entreprises accentue la dissonance.

Le modèle d’innovation a besoin de diversité. La startup ne peut pas rester le seul modèle valorisé et valorisable. Comme le soulignent bien des acteurs de l’innovation sociale auxquels donne la parole Socialter, beaucoup d’ingrédients sont déjà là. Reste à trouver les moyens d’encourager des formes d’innovation sociale. De construire des formes de soutien à une innovation sociale (cf. Pour une French Tech de l’innovation sociale qu’appelait de ses voeux Romain Dichampt, directeur du développement de Ashoka France). Promouvoir des systèmes de travail à la demande qui ne précarisent pas ceux qu’ils embauchent, des systèmes de transport à la demande respectueux des infrastructures et de notre modèle social, des systèmes de location collaborative limités, plafonnés…

Mettre l’innovation en débat
En fait, l’innovation et les politiques de soutien à l’innovation ne sont jamais mises en débat. Or, si nous avons besoin d’une politique de l’innovation, nous avons également besoin de mettre en débat cette politique (et aussi d’une innovation dans la mise en débat elle-même). Le soutien à l’innovation doit également rendre des comptes. L’accountability, la responsabilité, la loyauté et la transparence des systèmes techniques qu’on demande aux algorithmes et qu’on impose aux individus ne doivent-elles pas aussi concerner le soutien à l’innovation ? Nous avons besoin de débattre des modèles d’innovation que notre société promeut. On ne peut pas d’un côté célébrer des startups et des plateformes qui nous font les poches par l’optimisation fiscale et la disruption réglementaire et de l’autre, oublier les mécanismes politiques et sociaux nécessaires à la redistribution. Avec leurs services, les entrepreneurs du numérique nous disent ce qu’il faut faire, comment gérer la société, alors mêmes qu’ils utilisent des techniques pour s’abstraire de la société, en s’abstenant notamment de tout partage de l’argent, du pouvoir et de la gouvernance qu’ils s’accaparent.

On observe les gains de la productivité, mais on oublie les mécanismes politiques et sociaux nécessaires à la redistribution. Les entrepreneurs du numérique nous disent ce qu’il faut faire, comment il faut gérer la société alors même qu’ils l’instrumentent à leurs propres bénéfices. Si l’innovation est un sujet politique, alors il ne peut pas être confisqué par ceux qui s’en appliquent à eux-mêmes les principes et en retirent les bénéfices. C’est d’ailleurs seulement en faisant des politiques d’innovation un sujet de débat politique qu’on arrivera à remettre l’usager des politiques d’innovation au coeur et pas seulement dans la cible. C’est en faisant de l’innovation un sujet politique qu’on parviendra peut-être à faire se rejoindre l’innovation technologique et l’innovation écologique qui pour l’instant peinent à se croiser… C’est en en faisant un sujet politique qu’on sortira l’innovation du solutionnisme pour en faire une innovation inclusive, responsable, durable et créatrice d’emplois et de valeurs pour tous, plutôt qu’une innovation prédatrice. La politique de l’innovation a besoin d’entamer un dialogue avec la société. Quand on constate la différence entre le foisonnement de politiques de soutien à l’innovation économique et aux startups et la modestie des moyens alloués au soutien à l’innovation sociale par exemple, on voit bien qu’il y a une carence à combler, un espace pour innover avec la société plutôt que contre elle. Les modalités de l’innovation sont un sujet peu débattu. Or, nous devons nous interroger pour savoir comment on la fait, avec qui, et selon quels principes et valeurs ?

Le foisonnement d’une innovation homogène où l’acteur public semble plus client que maître d’ouvrage pose une question stratégique et politique forte. C’est à l’acteur public de donner le sens, de trouver les critères pour séparer le bon grain de l’ivraie de l’innovation. Pas sûr que nous en prenions beaucoup le chemin. Le lancement récent par Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du numérique, de Cahiers de doléances à destination des seules startups, afin que le gouvernement puisse trouver les modalités pour faciliter leur activité (minorant et oubliant les doléances du reste de la société) est un signal de plus (de trop) d’un biais qui se renforce dans les politiques de soutien à une seule forme d’innovation.

Ici encore, ici toujours, c’est de diversité dont on a besoin.

Hubert Guillaud et Thierry Marcou, responsable du programme Audacities pour la Fing.

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Organisez vos projets avec Asana

Blog e-tourisme - ven, 01/12/2017 - 07:00

Une des plus grosses difficultés de le monde du travail est certainement l’organisation du travail en interne. Cette problématique se pose d’autant plus dans une grosse structure ou dans une structure dont les différents bureaux sont éparpillés sur un territoire : comment s’organiser ? Comment travailler sur un même projet alors que je ne suis pas dans le même bureaux que mes collègues ?

Heureusement pour nous de nombreux outils numériques permettent d’apporter des solutions. L’année dernière je vous parlais déjà d’organiser vos projets de manière optimale entre les membres de votre équipe grâce aux outils Trello et Slack. Dans un article de mai Paul vous parlait d’Asana qui est un véritable gestionnaire de projet adapté au travail en équipe. Aujourd’hui je vais vous représenter cet outil alternatif qui est passé intégralement en français récemment.

 

Qu’est ce que c’est ? 

Asana n’est pas un outil nouveau puisqu’il a près une dizaine d’années. Concrètement c’est un outil en ligne qui vous permet de gérer des projets ou des tâches de façon collaborative. C’est un outil entièrement pensé pour coordonner son travail en équipe en répertoriant des projets/tâches et mettant à disposition une messagerie dédiée à chacun des projets/tâches. En gros, c’est un combiné de Trello et de Slack.

Qui peut l’utiliser ? Tout le monde ! Plus aucunes excuses vu qu’il a été récemment traduit en français. Si vous n’êtes pas convaincu, sachez qu’il est utilisé par les équipes des plus grosses entreprises du monde pour organiser leurs projets comme Airbnb, Google, Spotify ou encore Decathlon.

  Comment ça fonctionne ?

Asana est une application accessible en ligne depuis votre ordinateur ou via l’application mobile. L’outil en lui même est très épuré et ergonomique (un design à la Airbnb), il offre le choix de s’organiser soit en tableaux ou en listings sur lesquels il est possible d’insérer des tâches.

Ce système est ainsi similaire à Trello et consiste en d’autres termes à créer des tableaux (projets), sur lesquels on viendrait insérer des post-it (tâches). Plusieurs options sont présentes pour organiser le suivi des tâches (en cours, à venir, terminé) et elles peuvent être associées à une équipe prédéfinie ou simplement à son propre agenda. 

Dans chaque tâche, il est possible d’ajouter des informations liées à la tâche en question comme une sorte de suite de post-it avec des informations complémentaires. Par exemple à l’instar de Trello on peut : assigner des membres, des commentaires, une échéance, l’ajout de fichiers ou encore des sous-tâches.

 

Le chat interne !

Un des gros avantages d’Asana c’est qu’il intègre une messagerie interne. Pas besoin de deux outils, la messagerie est directement intégrée dans l’outil. Cela permet de travailler en groupe et de communiquer sur les projets du groupe en temps réel. Les discussions sont ainsi liées directement à un projet ou une tâche et incluent tous les membres y participant.

 

Asana c’est bien mais c’est gratuit ?

La bonne nouvelle, c’est qu’Asana offre énormément de possibilités dans sa version gratuite avec notamment la possibilité de créer des projets, tâches et discussions en illimité entre vos équipes (ce qui reste un avantage considérable quand on sait que Slack est bridé à 10 000 mots dans sa version gratuite). La seconde bonne nouvelle concerne les petites équipes puisque dans la version gratuite, on peut ajouter jusqu’à 15 personnes sur l’application. Après libre à vous de définir la formule vous convenant le mieux.

 

Une organisation essentielle pour gérer ses projets en mode collaboratif

A titre personnel, j’ai essayé de nombreux outils de gestion de projet tels que Trello, RTM, Azendoo, Todoist … Depuis que j’ai découvert Asana, j’ai été convaincu par l’outil qui a l’avantage d’être facile à prendre en main et très ergonomique. En revanche la première prise en main peut être parfois compliquée mais de nombreuses vidéos vous permettrons d’avoir une explications détaillée. Si vous utilisez déjà Asana au sein de votre équipe ou d’autres outils similaires, n’hésitez pas nous en faire part dans les commentaires !

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Bigoudis et charentaises

Blog e-tourisme - jeu, 30/11/2017 - 07:00

Bonjour bonjour, pour l’article de ce jour j’ai eu quelques difficultés à enclencher la marche avant. J’aurais pu vous parler de mes derniers échanges brillants avec des participants enthousiastes autour de l’intelligence artificielle, du test de ma Google Home qui me réjouis avec ses charmantes expressions comme “et là, c’est le bug” ou vous conduire vers des nouveautés numériques, comme par exemple Pinterest qui réinvente les QR codes pour les afficher sous forme de Pincodes dans les boutiques. Autrement dit, le digital retrouve le chemin des espaces physiques. J’aurais pu aussi vous démontrer les avantages collaboratifs des différents réseaux sociaux d’entreprises, mais également la reproduction des hiérarchies qu’ils reconduisent contre toute attente chez leurs thuriféraires. Pour les plus jeunes, je n’ai pas fait d’erreur, c’est un mot français qui n’a rien à voir avec les thunes ferroviaires. Ou encore de Messenger préféré à Slack en messagerie interne chez Wallmart.

J’aurai pu vous citer également tout un ensemble de nouveaux sites web de destinations qui sont sympas, ergonomiques, fluides, beaux, lustrés, ou rien ne dépasse. Comme par exemple ceux qui suivent. 

 

  • Discover Palm beaches en Florida qui, à partir d’un choix de dates, propose de typer les voyageurs et leur suggère de varier les curseurs affichés pour choisir, planifier et réserver leurs activités
  • Les récits des habitants de Tallinn sont des trésors incroyables de vies ingénieuses et très soigneusement éditorialisées, avec un niveau d’empathie proche de la perfection. Du grand art !
  • The Basque Route : 849 km, 7 itinéraires, 109 paysages différents, de vraies recommandations, de la planification, de la résa. Aucune raison de s’endormir dans de telles beautés magnifiées
  • Ou encore les parfaits agencements de contenus magnifiques de Capetown.travel qui donnent l’envie de décoller et de changer de vie tant c’est beau et généreux. C’est l’Afrique du Sud rêvée
Des tuyaux inspirants

Ou vous présenter des initiatives touristiques malignes qui démontrent la vivacité des offices de tourisme, des collectivités locales, des professionnels et des élus locaux comme celles-ci bienvenues et qui apportent une vraie différenciation.

 

  • La mairie de Granada en Espagne et son office de tourisme ont lancé des routes touristiques investies par des taxis locaux bilingues. Voilà une idée qu’elle est bonne !
  • La création de contenus en enrichissant les pages de Keepexploring.canada de contenus Instagram. Ca pète !
  • De la défense du positionnement authentiquement décalé de la Principauté de Laas en Béarn, dont vous pouvez devenir citoyen d’honneur en commandant le passeport moyennant 35 euros.
  • Ou encore, visiter le cimetière des oeuvres d’art de “l’excellentissime mairie” de Morille près de Salamanca en Espagne. Une affaire très très sérieuse pour ses concepteurs et les habitants sortis de l’ombre depuis la création de ce mausolée artistique souterrain. 
En fait, non, je vous appelle au vide !

Bref, j’aurais pu. Mais non, le vrai propos que je veux vous tenir c’est le suivant : videz votre agenda et celui de votre destination ! Et tant que vous y êtes, celui des autres aussi ! Sérieusement, avez-vous compté le nombre de jours dans l’année où vous êtes en conférences, séminaires, coworking, formation… Il suffit de parcourir vos comptes Facebook, pour s’en rendre compte. C’est un régal. On se demande qui bosse dans cet univers du tourisme institutionnel. Franchement ! A l’époque du bonheur au travail promu comme cause touristique nationale, il vous faut considérer qu’une partie de vos troupes professionnelles, mais aussi de vos clients, voyageurs et locaux, n’ont pas envie d’être sollicités tout le temps. Possiblement vous non plus.

Aussi, je vous invite à un sursaut tranquillisant ! Un vrai art de vivre touristique consisterait à contester la sur-occupation temporelle. Halte aux nuits trop courtes, aux notifications hystériques, à l’ubérisation victorieuse. La procastination touristique doit être remboursée par la sécurité sociale. On suffoque de la performance au travail, ne rajoutez pas de l’asthme aux vacances ! La productivité doit se mettre à l’arrêt. On doit réapprendre à faire des bulles au milieu des poissons, que vous aurez lâchés dans la piscine, à chasser les étoiles avec un filet à papillons, à donner de l’herbe à fumer aux lapins, à jouer au rami, à siroter l’orgeat en nettoyant méticuleusement tous vos espaces promotionnels des contenus qui n’apportent rien. Mais rien du tout !

Proposez, ordonnez, codifiez la désinvolture touristique ! On ne doit plus culpabiliser de ne vouloir rien foutre al païs. Plus le temps paraîtra long et l’espace vide, plus l’envie de découvrir et de pratiquer des activités se matérialisera. Vivent le nasting et le napping, en bon français le rien foutrage et la siestoune ! Ca, c’est les vraies vacances. Donc, du vide, c’est du choix et le choix, ça ne supporte pas la discussion. Non mais !

Souvenez-vous : go slow, charentaises et bigoudis !

Quelques lectures recommandables aux endiablés des SIT exhaustifs, des expériences multiples, des injonctions électives pour pousser le manège de Jojo ou le restaurant de Marcel, ancien de l’équipe de foot :

  • Eloge de la lenteur, de Carl Honoré
  • Du bon usage de la lenteur, de Pierre Sansot
  • L’embellie, de Jean Pierre Chabrol

Ca devrait vous calmer et vous rappeler que les jours sont prodigieusement bons par les vacances et les voyages qu’ils annoncent. Souvenez-vous que l’humain n’est pas raccord avec les autres mammifères : il est un dormeur monophasique alors que 85% des mammifères ont des phases de sommeil brèves et nombreuses. Respectez son temps de latence et de repos quand. Y’a du boulot ! J’ai bien conscience d’aller à contre courant du tout occupationnel qui prime, mais c’est pour vous permettre d’apprendre à prendre le temps de l’écoute, de la réflexion et de la création unique, loin du mimétisme souligné ces derniers jours par l’ami Cédric Chabry. Réapprenez à penser et faire seuls, et pour cela, il y faut du temps et une discipline de fer. Et pour marquer la différence et vous engager dans cette nouvelle voie : charentaises et bigoudis, rien de tel !

Sources photos : Dayne-Topkin pour les charentaises et Tanja Heffner pour les Bigoudis, sur Unsplash

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Les ventes en ligne en France dans le tourisme en 2017

Blog e-tourisme - mer, 29/11/2017 - 08:00

Mes amis blogueurs ont actuellement beaucoup d’idées à vous proposer sur le blog. Je ne suis malheureusement pas aussi inspiré en ce moment. Je vous propose donc quelques chiffres clés pour nourrir votre réflexion.

Internet : les chiffres clés pour la France

La France, 66,9 millions d’habitants en 2017, compte 46,6 millions d’internautes, soit une croissance de 3,6 % en un an. Le taux de pénétration d’Internet est supérieur à 89 %. Au quotidien, ce sont 38,3 millions d’internautes qui se connectent à Internet (73 % de la population). Sans grande surprise, le mobile est devenu le premier écran des Français. Il est en effet le premier écran utilisé pour 54 % des Français (source : Médiamétrie).

Le temps moyen par jour passé sur un ordinateur fixe ou portable est de plus de 4h40, et plus d’une heure sur mobile. Les réseaux sociaux sont désormais bien implantés en France. Facebook compte en effet 33 millions d’utilisateurs actifs dans notre pays se connectant à plus de 80 % via un téléphone mobile.

91 % des Français sont équipés d’un téléphone mobile et 61 % possèdent un smartphone. Le taux pénétration de l’Internet mobile atteint les 77 %, avec un temps moyen par jour d’un mobinaute de 1h08. Plus de 8 internautes sur 10 ont effectué des achats sur Internet. La croissance est en particulier liée au développement de la connexion à Internet via un smartphone. D’une manière générale, les possesseurs de mobile utilisent en grande majorité leur mobile pour se renseigner sur les produits et pour rechercher des informations locales.

Baromètre du numérique pour la France

Le marché du tourisme en ligne en France

Le tourisme demeure dynamique sur Internet malgré par exemple la contraction de la consommation touristique en 2016. L’etourisme est en effet le premier secteur du ecommerce en France. Selon Phocuswright cela représentera 18,7 milliards d’euros en 2017 soit une croissance de presque 7 % en un an, avec un taux de pénétration des ventes en ligne de 43 %, taux en retrait par rapport aux principaux pays européens (50-51 %). Les ventes en ligne devraient continuer de croître et atteindre presque 22 milliards en 2020 (taux de pénétration des ventes en ligne de plus de 45 %).

Selon le Baromètre Tourisme et E-tourisme Raffour Interactif 2017, 77 % des Français partis en 2016 ont préparé en ligne leurs séjours de loisir. Guy Raffour précise que ce taux élevé est lié à la forte hausse du m-tourisme, ainsi que par une hausse des séjours marchands. Le baromètre indique également que 53 % des Français partis ont utilisé leur smartphone ou tablette pour préparer ou réserver leurs séjours de loisir.

source : d’après Phocuswright, French Online Travel Overview Thirteenth Edition 

Le marché des ventes en ligne est d’abord dominé par les compagnies aériennes avec 45 % des ventes en 2016. Puis ce sont les réservations des hébergements qui occupent une part significative du marché avec 26 % des ventes. Enfin le train complète le trio de tête avec 18 % des ventes en ligne.

En ce qui concerne l’hôtellerie, les agences en ligne (OTAs) dominent largement le marché avec 40 % des ventes totales. Ce chiffre devrait continuer de croître dans les années à venir, et les agences en ligne devraient détenir 43 % des ventes en ligne en 2020 selon Phocuswright. Booking, à lui tout seul, représente plus de 45 % du volume d’affaires total (+ de 9 milliards ?) des ventes effectuées par les agences en ligne.

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Vers une ville numérique ingouvernable (1/2) ? Un foisonnement d’innovation

Internet Actu - mar, 28/11/2017 - 07:00

L’un des constats que dresse le groupe de travail Audacities, lancé par la Fing (éditeur d’InternetActu.net) et l’Iddri, est que le numérique ne rend pas tant que ça la ville réactive au doigt et à l’oeil. L’imaginaire de la ville « propre », smart, intelligente… n’est pas ce qu’on observe sur le terrain, expliquent Tatiana de Feraudy et Mathieu Saujot chercheurs à l’Iddri, Institut du développement durable et des relations internationales, Thierry Marcou et Marine Albarède responsables d’Audacities à la Fing.

En fait « plein d’acteurs sont venus agir sur le territoire de manière autonome ». La ville numérique n’est ni centralisée ni pilotée, comme on nous la vend trop souvent dans le concept de Smart City ou de Ville intelligente, au contraire. Si elle concentre un foisonnement d’innovations, force est de constater que l’acteur public, dans ce foisonnement, est devenu un acteur parmi d’autres. Et nombre de nouveaux acteurs ont des impacts sur les domaines traditionnellement réservés à l’action publique, à l’image d’Uber sur le transport, d’Airbnb sur le logement pour ne citer que les exemples les plus connus. La ville est désormais investie, colonisée, d’innombrables services numériques qui se superposent les uns aux autres et cherchent chacun à la transformer, la « disrupter »… Pour ne prendre que l’exemple des services de mobilité, la ville est perturbée à la fois par Uber et Waze, par les voitures autonomes et les services de covoiturage comme Blablacar, par les services qu’elle met en place elle-même via ses délégataires, comme Velib ou Autolib, mais également par leurs nouveaux concurrents indépendants comme Zipcar ou Drivy, Gobeebike et oBike, Cityscoot sans compter leurs innombrables concurrents qui s’annoncent (voir cet article du Monde.fr qui tente d’être exhaustif ou celui du Parisien qui pose la question de la place dans la ville des vélos « flottants » et de leur régulation)…

Comment gouverner la ville numérique ?

Comment dans ce contexte les collectivités peuvent-elles continuer à poursuivre des objectifs collectifs ? Comment rendre possibles une action publique et une régulation ? Et bien sûr, comment imaginer de nouveaux modèles de gouvernance au coeur d’une complexité croissante ?

Les premiers résultats du groupe de travail montrent que partout pointe une inquiétude face à l’ubérisation des services publics, soulignent Mathieu Saujot et Tatiana de Feraudy. Pourtant, cette disruption de la gouvernance urbaine est très variable selon les secteurs. Si elle est très forte dans le domaine des transports et de la mobilité, elle demeure pour l’instant faible en terme d’impact dans le domaine de la participation citoyenne par exemple.

Le foisonnement et la profusion d’innovation dans tous les secteurs pose néanmoins question : comment orienter l’innovation ? Comment favoriser dans ce schéma la transition et la cohérence du rapport numérique et écologie  ? Comment faire converger cette débauche d’innovation ? Après avoir appelé l’innovation de ses voeux, force est de constater qu’elle est désormais partout. Même si tous les services lancés n’ont pas toujours une forte valeur ajoutée…

Les animateurs d’Audacities constatent que, face à ce foisonnement, les collectivités cherchent des leviers pour agir. Elles cherchent à limiter l’éclatement des services, le développement des inégalités territoriales, que risquent de favoriser une innovation débridée, intéressée par son seul profit, sa croissance, son passage à l’échelle. Reste que la capacité d’action des collectivités n’est pas homogène. Elle dépend bien sûr de leurs forces propres : toutes les collectivités, selon leur échelle et leur taille, n’ont pas la même capacité de négociation. Elle dépend de la force des nouveaux entrants : ce n’est pas la même chose de discuter avec une startup locale que de discuter avec un Gafa implanté à l’international. Elle dépend de ses relations avec les délégataires de services publics, des compétences perturbées, des questions d’accès au marché ou à l’espace public nécessitant ou non l’appui des acteurs publics… Et bien sûr de leur capacité d’action réglementaire. Le mille-feuille de l’innovation est loin d’être homogène ! Et le risque également, est de piloter l’innovation seulement avec ceux qui proposent simplement de nouveaux services, au détriment de tous les autres modes de pilotage de l’action publique ou de tous les autres modes d’action innovants. De favoriser le travail avec les startups plutôt que celui avec les associations, les PME ou les citoyens. De favoriser et soutenir les solutions techniques et services des startups ou des plateformes au détriment d’autres acteurs ou d’autres approches. Pour le dire simplement, il est finalement plus facile pour des services de livraison à domicile comme Foodora ou Ubereats de s’implanter quelque part que de trouver les modalités de soutiens à des initiatives différentes, à l’image de CoopCycle (blog). L’innovation en mode startup semble bien plus accessible, lisible et simple à soutenir, notamment parce qu’elle est soutenue par ailleurs, notamment financièrement par des investisseurs qui vont leur permettre d’atteindre des seuils critiques bien plus rapidement que ne le peuvent d’autres formes d’innovation.

Piloter ou animer l’innovation ?

Quels sont donc les leviers d’actions des collectivités, mais également des nouveaux entrants ? Comment l’acteur public définit-il des critères pour soutenir certains projets plutôt que d’autres ? Doit-il piloter l’innovation ? Laquelle et comment ?

Pour en parler, les responsables d’Audacities avaient convié deux intervenants. Clémence Fischer du Numa et Romain Tales d’Etalab. Clémence Fischer (@clemfis) est en charge des programmes Smart City au Numa, qu’elle présente comme un facilitateur d’innovation pour les startups, les organisations et les communautés. Numa fait de la formation, de l’accélération de startups et de l’accompagnement à la transformation numérique. Outre les nombreux événements qu’accueille le lieu parisien, le Numa propose plusieurs programmes d’innovation ouverte multipartenaires liés à la thématique urbaine comme CityMaker et DataCity. DataCity vise à résoudre les problèmes des villes par les données. Ce data solutionnisme s’intéresse à toutes les thématiques de la ville comme la planification urbaine, la logistique, la mobilité, l’énergie, les déchets… DataCity est un programme d’innovation sur 9 mois initié par les collectivités, en l’occurrence la ville de Paris, qui apporte, via ses différentes administrations, des problèmes à résoudre, que startups et grands groupes viennent relever en échafaudant des solutions qui seront testées par les habitants. « Tout l’enjeu consiste à trouver le moyen d’aligner les intérêts des acteurs selon les problèmes et les solutions », explique Clémence Fischer. Tout l’enjeu semble donc de soutenir un écosystème visant à favoriser le rapprochement et la discussion entre grands groupes et startups, une collaboration qui a encore bien des progrès à faire, comme le pointait une récente étude de La French Tech, mais qui exclue de nombreuses autres formes de collaborations qui ne relèvent pas des formes startups instituées. En septembre 2017, DataCity a lancé sa 3e campagne. Pour bien comprendre comment DataCity agit, Clémence Fischer s’arrête sur l’une des solutions imaginées la saison dernière.


Image : Présentation synthétique du programme DataCity par le Numa, tiré de la présentation de Clémence Fisher.

L’un des défis proposés par la ville de Paris était de réduire le temps de présence des bacs poubelles sur les trottoirs. Aujourd’hui, faute de données précises sur le passage des quelques 500 camions de ramassage d’ordures qui circulent chaque jour à Paris, les bacs poubelles peuvent rester plusieurs heures sur le trottoir entre le moment où ils sont sortis pour attendre le camion et le moment où ils sont rentrés après son passage, pas toujours parfaitement régulier. Le fait que toutes les poubelles parisiennes soient équipées de puces électroniques, qui sont lues par les camions automatiquement quand elles sont vidées, est ce qui a permis à Craft.ai, la startup chargée de relever le défi (en partenariat avec les grands délégataires de services publics) de trouver une solution. Depuis les données de récoltes, Craft.ai a construit un modèle prédictif du ramassage (voir les explications de Sylvien Marchienne sur le blog de Craft.ai et notamment l’explication en vidéo) lui permettant de réduire de moitié (46 %) le temps où les poubelles restent sur le trottoir. Durant un mois, une expérimentation a eu lieu sur le 14e arrondissement de Paris pour tester la solution. Un site web et un système d’alerte par SMS ont été mis en place pour permettre aux personnes chargées de sortir et de rentrer les poubelles d’être tenues informées du passage des camions 30 minutes avant son passage, puis une fois que la poubelle a été collectée et en cas de perturbation.

Cela peut sembler impressionnant, mais personnellement je reste un peu dubitatif. Certes, le cas du ramassage des poubelles sur de grandes agglomérations est parfois victime d’aléas de services et de trafic, et celui-ci est loin d’être homogène sur les quartiers, mais ce que j’en constate tous les jours en y habitant, est plutôt la très grande régularité de la collecte (la ville de Paris publie d’ailleurs les horaires de passage des collectes par arrondissements et par type de collecte). S’il y a certes des poubelles qui restent trop longtemps sur le trottoir, cela semble plus tenir de problèmes liés à la disponibilité de ceux qui sont chargés de les sortir et les rentrer, qu’un problème de régularité de ramassage ou d’injonction par SMS. Bref, pas sûr que la solution par l’analyse prédictive de données soit une piste satisfaisante pour régler le problème, qui n’est pas tant dans l’information ou la prédiction que dans la manière dont sont recrutés et rémunérés les agents chargés de sortir et rentrer les poubelles.

Clémence Fischer évoque un autre exemple, issu du programme DataCity (parmi les 12 projets qui avaient été retenus cette année qu’évoquaient Numerama ou LeMonde). La startup danoise Linc, qui propose une solution d’échange et de facturation énergétique pour des communautés locales – un peu sur le modèle du Brooklyn Microgrid lancé par LO3Energy -, a réalisé des entretiens avec des Parisiens pour connaître leur réaction à la possibilité d’acheter et d’échanger de l’énergie renouvelable entre voisins, comme l’autorise désormais la loi. A ce qu’on en comprend, ce projet semble en être resté à une enquête sur une possibilité de service.

Clémence Fischer explique encore que si les défis de DataCity sont portés par la ville de Paris, ce sont les grands groupes et les startups sélectionnées par le Numa qui sont chargés de répondre aux défis. Chacun reste propriétaire de ses apports respectifs : les startups qui apportent des solutions en demeurent propriétaires, les acteurs n’ayant qu’un droit de préférence sur ces solutions. Si les startups reçoivent un soutien financier des grandes délégataires de services publics qui participent, elles sont plutôt motivées par l’accès aux données et les cas d’usages réels. L’enjeu est à la fois de faire de l’acculturation entre les acteurs, via des méthodes innovantes comme le design thinking ou les méthodes agiles, et de mettre en relation des acteurs les uns avec les autres par le biais de démonstrateurs expérimentaux concrets (on parle de POC pour Proof of concept, ou preuve de concept, comme on dit dans le secteur). Quant à savoir si ceux-ci ont été généralisés ou adoptés, Clémence Fischer explique : « On a tout type d’histoire ». Des entreprises et des startups concourent parfois ensemble à des appels d’offres suite à leur rencontre. Pour d’autres, cela leur permet de réorienter leur marché : une startup proposant du transport de marchandise à la demande a pu mesurer par ce biais que le marché qu’elle visait n’était pas assez développé, elle a réorienté son offre pour aider des entreprises à trouver de meilleurs déplacements. Elle souligne que chaque année, le challenge fait un appel à startups qui doivent signaler leur intérêt pour participer. Numa a reçu plus de 200 candidatures au dernier challenge.

Clémence Fischer détaille rapidement deux autres programmes du Numa. Celui de l’accompagnement, avec la ville de Paris, d’un programme d’intrapreneuriat : les startups de ville (qu’avait évoqué il y a plusieurs mois la Gazette des communes). L’enjeu est de proposer un programme d’accompagnement court, sur 5 semaines, pour valider la pertinence à développer des projets. Ici, le Numa propose un accompagnement permettant de comprendre le monde de l’innovation par de la formation, par de la conception de prototype pour définir le « minimum viable product », de connecter les projets à d’autres startups pour contribuer au projet. L’enjeu, à travers ce programme, est de transmettre un état d’esprit aux porteurs de projets provenant des différents services des collectivités : montrer comment prendre des risques, apprendre à aller vite, à pivoter… en utilisant les méthodes d’accélération de startups.

Enfin, Angers IoT est une plateforme d’accélération de startups de l’internet des objets (Internet of things) en projet à Angers où est installé la Cité de l’objet connecté ainsi que tout un écosystème local.

Pour Clémence Fischer l’innovation ouverte que propose le Numa repose sur une approche multipartenariale, qui permet de faire se croiser les compétences et les savoir-faire. Elle repose aussi sur la confiance et l’ouverture, c’est-à-dire le fait d’accepter d’expérimenter et de changer d’approche si besoin. Elle repose également sur le « time-boxing », c’est-à-dire une méthode de gestion de projet qui utilise des délais très courts et des méthodes d’accélération pour réduire les risques. Enfin, elle privilégie le « design thinking« , c’est-à-dire une approche centrée sur l’usager et le problème à résoudre, plutôt que de commencer par la solution.

L’innovation est au croisement de la désirabilité liée à l’usage, de la faisabilité, liée à la technologie et de la viabilité liée au modèle d’affaires, explique encore Clémence Fischer. Sans intelligence collective, le chemin entre les trois n’est pas si simple à tracer, conclut Clémence Fischer.

Effectivement, l’innovation est compliquée et l’on sait que l’animation, le fait de faire se croiser des acteurs très différents, est la pierre angulaire capable de générer des projets. Les POCs sont vus comme le levier des rencontres pour concrétiser le terreau de l’innovation. Les méthodes sont là pour générer de l’efficacité. Reste que cette startupisation de l’innovation semble procéder d’un réductionnisme à une seule et unique forme d’innovation qui pose question (nous y reviendrons dans la seconde partie de ce dossier).

Le levier de l’innovation

Romain Tales (@romaintales), responsable du recensement des données publiques, s’occupe de la dimension data d’Etalab, la mission interministérielle de l’Etat pilotée par le Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique (Sgmap). Son travail sur la donnée consiste à l’intégrer au coeur de la réflexion de l’Etat, au même titre que l’usager et le citoyen, afin de rendre les missions de services publics de l’Etat plus efficaces et plus partagées. Si la mission d’Etalab est née avec l’open data (la réutilisation des données publiques), elle s’est diversifiée à la question des données, c’est-à-dire leur circulation et leur traitement – et notamment par le recours de la science des données pour objectiver les politiques publiques via ces données, ce qu’on appelle la data driven policy, c’est-à-dire la politique conduite par les données – et à la question de l’ouverture, en intégrant des enjeux d’open source et d’open government, c’est-à-dire, pour le dire vite, de création de biens communs numériques.

La stratégie d’Etalab autour des données repose sur 3 piliers, rappelle-t-il :

  • la transparence de l’action publique qui permet à tout citoyen de demander des comptes à l’administration et de renforcer ainsi la démocratie. Une transparence qui a permis également de rendre le sujet intelligible par le politique.
  • Créer des ressources pour l’innovation pour développer des services innovants et de la collaboration, à l’image des concours dataconnexions. Des ressources qui permettent de créer de l’appétence pour les données, de construire des indicateurs et de les faire monter en qualité pour y répondre.
  • Enfin, les données permettent de créer un levier d’efficacité de l’action publique, notamment du fait que les administrations soient les premières à les utiliser, à les croiser pour créer par exemple des cartographies pour objectiver la création de services publics, à l’image de la cartographie de la gravité des accidents en France permettant d’améliorer le positionnement des radars.


Image : la stratégie d’Etalab aux frontières de 3 enjeux, extraits de la présentation de Romain Tales.

Pour mener son action, Etalab s’appuie bien sûr sur le cadre légal, notamment via le renouvellement juridique de la loi pour la République numérique promulguée en 2016 qui a entériné le droit d’accès des administrations aux données des autres administrations (qui ne sont plus facturées pour cela, sauf justification de travail à façon), qui a créé un service public de la donnée (via notamment la publication de bases de données très demandées dites données de référence comme la base de données Siren, les données du cadastre, le répertoire national des associations, le répertoire des métiers de Pôle Emploi…) permettant à un très grand nombre d’acteurs d’interagir entre eux. Elle permet également l’ouverture des codes sources et algorithmes des systèmes utilisés par les services publics, à l’image des simulateurs qui permettent de comprendre les modalités de calculs des administrations comme la calculette de l’impôt sur le revenu, ouvert et réutilisable par des tiers. Elle a permis également la publication de données à intérêt social, sanitaire ou environnemental tout comme l’ouverture de données d’énergie, de jurisprudence, de données immobilières, comme de données portant sur les délégations de services publics ou les subventions… obligeant par exemple les délégataires à reverser les données produites dans le cadre de leurs délégations. Elle a permis d’entériner la création de 2 licences : la licence Etalab et la licence ODBL, cette seconde notamment favorisant des conditions de partage à l’identique pour le réutilisateur de données, permettant de se prémunir contre l’appropriation des données. Elle a permis la généralisation de l’initiative « dites le nous une fois » (voir cependant les critiques émises par NextInpact). Elle a permis enfin la mission open data France qui a produit un kit pédagogique et une aide à la normalisation des données ouvertes des collectivités.

Mais le levier d’innovation n’a pas été seulement juridique. Il est aussi technique, à l’image bien sûr de la plateforme data.gouv.fr, qui est à la fois un catalogue de données, mais également une vitrine d’usages de la réutilisation des données publiques ouverte aux contributions. Le code source de la plateforme par exemple est utilisé par le Portugal, le Montenegro et le Luxembourg pour développer leur propre portail de données. Dans les chiffres qui servent à évaluer le succès de la plateforme, on compte bien sûr le nombre de jeux de données mises à disposition (plus de 24 000), mais plus intéressants sont les 1600 réutilisations de données, les 17 000 utilisateurs, les 1100 organisations qui y ont ouvert un compte et les 1200 discussions initiées.


Image : les succès d’Etalab en chiffre.

Reste que le programme d’Etalab ne pouvait en rester à un enjeu technique. Il fallait que la structure puisse accompagner plus avant la réutilisation et l’usage des données. C’est ce qui conduit à développer le programme des startups d’Etat, lancé en décembre 2013 (voir notre article « Mais comment passe-t-on des startups d’Etat à l’Etat plateforme ? »). L’enjeu a été de développer un moyen d’innover pour les projets eux-mêmes, en proposant des modalités différentes du fonctionnement administratif traditionnel, explique Romain Tales. Les startups d’Etats sont des équipes de 2 à 4 personnes financées par une administration et totalement autonomes qui ont pour objectif de répondre à un problème clairement identifié, lié au besoin des usagers. L’initiative a permis de transformer le développement de projets informatiques dans l’Etat. En utilisant bien des méthodes comparables à celles qu’exposait le Numa, l’enjeu est de fournir un POC en 6 mois, puis à chercher à le pérenniser en recherchant une structure administrative d’accueil.

Parmi les emblèmes de ces startups d’Etat, figure bien sûr MesAides, qui propose un formulaire unique pour que les gens en situation de précarité puissent connaître les aides auxquels ils peuvent avoir accès. Une quinzaine d’aides sont aujourd’hui disponibles sur le site. MPS, Marché public simplifié, permet de faciliter la candidature à certains types de marchés publics, via un simple numéro de Siret. La bonne boîte qui indique les entreprises qui recrutent et la bonne formation qui évalue les formations en terme de retour à l’emploi effectif… sont d’autres exemples. 9 startups ont déjà été reprises par des administrations.

Autre exemple d’innovation, le programme d’entrepreneurs d’intérêt général (EIG) : une promotion annuelle de 11 personnes recrutées sur 10 mois pour résoudre des défis d’intérêt général proposés par des administrations, qui identifient en amont des « irritants métiers » ou des objectifs prospectifs. Au menu des défis de la seconde édition de ce programme, on trouve par exemple une demande de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi de Bourgogne-Franche Comté pour détecter les entreprises en difficulté pour mieux les accompagner… ou un autre proposé par la direction numérique pour l’éducation du ministère de l’Education nationale pour améliorer la réussite et l’orientation avec les données des élèves en apprentissage.

Reste, à ce qu’on en comprend, que tous les projets de l’Etat ne sont pas en mode startups, même s’ils se réfèrent aux méthodes que les startups utilisent. Comme nous le soulignions déjà, la métaphore de la startup est un moyen d’inscrire de nouvelles méthodes dans le panel des actions de l’Etat.

Etalab offre également des ressources en terme d’analyse de données sous forme de prestation pour les administrations qui portent des projets de data science. Ainsi, pour la Direction des services d’achat de l’Etat, Etalab a réalisé une analyse de données sur la consommation énergétique des bâtiments, à partir de données de facturation réelle. L’enjeu était de mieux comprendre la consommation d’énergie pour négocier les achats et détecter des anomalies (comme de fortes consommations le week-end). L’analyse a permis de renégocier les contrats de plusieurs bâtiments et de réaliser 800 000 euros d’économie.


Image : l’analyse de la consommation énergétique des bâtiments de l’Etat.

La méthode Etalab fait école. Le ministère des Affaires sociales a passé au printemps une convention avec le Sgmap pour que ce dernier l’accompagne dans la mise en place de démarches innovantes jusqu’à la création de leur propre incubateur. A l’image des startups de Ville lancés par la Ville de Paris, les incubateurs et les programmes d’accompagnement et d’accélération de projets sont en passe de devenir une méthode qui s’étend des projets privés aux projets publics. Le modèle de l’incubation de projet fait école dans l’administration, dans les agences de l’Etat, dans les collectivités territoriales et jusqu’au niveau européen. Si elle a des côtés stimulants, ce marketing de l’innovation n’est pas sans poser des questions (voir : Mais comment passe-t-on des startups d’Etat à l’Etat plateforme ? et Non, la France n’est pas une start-up !), notamment en regardant les formes d’innovation qu’il délaisse.

C’est que nous tenterons de regarder dans la suite de ce dossier.

Hubert Guillaud

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Quand la France du Tourisme s’éveillera…

Blog e-tourisme - mar, 28/11/2017 - 07:00

Les touristes chinois en France changent. Pour les séduire et les attirer, une stratégie digitale dédiée et spécifique est nécessaire… Et cela n’est pas forcément simple !

Bien souvent la Chine est traitée par les destinations et opérateurs touristique français comme un marché uniquement de groupe donc avec une approche uniquement BtB et sans stratégie digitale grand public spécifique.

Mais de plus en d’acteurs s’interrogent, certains m’ont même posé la question… Je me suis alors penché sur la question en, notamment, me renseignant auprès d’agences spécialisées. Je vous propose un rapide panorama de la question.

Les touristes chinois en France changent. Ils sont jeunes ! 82 % des touristes chinois ont entre 26 et 45 ans : ils sont urbains et diplômés.

Et on estime aujourd’hui que le touriste individuel (FIT) chinois en France représente 50% face aux 50% des groupes.

Au total, même si 60% des consommateurs chinois préfèrent voyager en groupe avec des packages complets achetés auprès d’un Tour-opérateur, essentiellement pour les raisons de barrière linguistique, les Millennials chinois optent pour le voyage individuel en créant eux-mêmes leur voyage. Et bien entendu, c’est sur internet que ça se passe !

Pour ceux qui veulent aller plus loin, voir cette excellente présentation réalisée par le « CRT » du Wyoming qui montre la montée en puissance de ce nouveau touriste jeune et hyper-connecté.

Le touriste chinois est jeune, urbain, diplômé et ultra-connecté 

En France, les touristes chinois ne vont pas qu’à Paris… Les chiffres les plus récents (2013 !) montrent certes que 75% des nuitées sont réalisées en Ile-de-France mais que plusieurs régions tirent leur épingle du jeu : bien sur PACA mais aussi Bourgogne, Rhône-Alpes, Alsace, Aquitaine et Centre.

Au-delà des nuitées les taux de croissance souvent supérieur à 200 % sont impressionnants.

En terme de pratiques la culture, la gastronomie et le shopping sont les activités les plus recherchées. Et visiblement les destinations qui présentent culture, gastronomie et vins ont de vrais atouts pour séduire nos jeunes chinois.

Le top 10 des activités des chinois de la classe moyenne

Mobile, mobile, mobile

Les chinois qui voyagent sont hyper-connectés. Les Millenials chinois se connectent à internet avant tout via leur smartphone : WeChat, le principal réseau social chinois compte plus de 900 millions de membres actifs et l’utilisation est quasi-totalement mobile. Mais le mobile n’est pas un simple outil de connexion, c’est même le principal device pour la réservation ! Ctrip (le Expedia Chinois) constate que 75% des réservations de vols via smartphone. “Les professionnels français doivent vraiment prendre conscience de ce changement radical” plaide Caroline Paul, spécialiste du marché chinois. 

Lire ou relire au sujet de Ctrip l’excellent article de Amélie Perrin “Ctrip, lé géant chinois du voyage”.

Petit panorama du Web Chinois Voyage :

A départ il y a Baidu, c’est le google chinois : moteur de recherche chinois il constitue le premier réflexe.  J’ai pas tout compris aux bonnes pratiques de SEO pour Baidu mais j’ai compris une chose :  pour bien y figurer il faut un site chinois, écrit en chinois par des chinois avec des liens vers des sites chinois, actualisé, et hébergé en Chine, etc. Bref, difficile à faire depuis le pays des fromages.

D’autant plus que le Grand Firewall chinois ne rigole pas, mais on y reviendra.

Renren, réseau social équivalent de Facebook ; Youku est la plateforme vidéo équivalente de Youtube.

Pour le tourisme on notera :

Qyer ou Mafengwo : des forums orientés voyage où les voyageurs partagent leurs expériences. Sur ces sites qui se situent entre le réseau social et l’OTA, voir l’article de Aurélie Perrin, ” QiongYou et MaFengWo : du site collaboratif à l’OTA enrichie”.

Daodao : TripAdvisor en chine mais peu utilisés car les chinois privilégient leurs propres sites

Tuniu : une OTA très populaire et bien entendu CTRIP le leader des OTA.

Au final, le cycle du voyage du visiteur chinois est ainsi représenté :

Pour les professionnels français, il est donc difficile d’exister sur le web chinois. La principale raison est le « projet bouclier doré » généralement appelé le Grand Firewall de Chine.

Si votre site passe le firewall, il est rendu si lent qu’il devient inopérant.

Ce système de blocage (adresse IP, filtre DNS et URL) oblige les marques occidentales à créer des sites chinois portés, référencés et hébergés en Chine.

Sina Weibo et WeChat : le web chinois est d’abord social

Sina Weibo ( 新浪微博)  est le Twitter chinois c’est-à-dire un service de micro-blogging avec 600 millions d’utilisateurs dont plus de 212 sont actifs mensuellement. Comme Twitter, Sina Weibo a ses stars, ses influenceurs et constitue selon Caroline Paul, DG de Talents Travel (agence spécialisée dans le tourisme digital chinois) « un formidable outil marketing pour promouvoir une destination et un produit touristique ».

WeChat (微信)est un réseau social aux fonctionnalités étendues. WeChat est devenu en quelques années l’outil à tout faire n°1 en Chine : l’application à tout faire ! Début 2017, WeChat comptait 963 millions d’utilisateurs actifs pour un temps moyen d’utilisation dépassant une heure par jour.

Avec WeChat Pay, WeChat s’est imposé en Chine comme la solution de paiement en Chine : 200 millions d’utilisateurs ont une carte de crédit attachée à leur compte WeChat.

Lire l’article « préparez-vous à la déferlante WeChat Pay ».

Pour une marque ou une destination touristique il est donc pertinent d’être présent sur WeChat pour d’une part contourner le firewall qui s’impose à votre site et d’autre part profiter de l’extrême puissance du réseau. C’est même indispensable si vous escompter acquérir quelques visiteurs chinois parce que la recommandation sociale, ADN de WeChat, fait totalement partie de la culture chinoise et constitue même un principe de comportement touristique tant les chinois sont, en voyage à l’étranger, à la recherche de réassurance.

Là aussi, le contenu est primordial

Mais être présent sur WeChat ou Sina Weibo n’est pas si facile et toucher les visiteurs potentiels de votre destination encore moins.

Et c’est d’abord une question de Contenu ! « les attentes et les codes des chinois sur les plateformes digitales sont très différents des usages des européens, pour optimiser sa communication sur le fond et la forme, il ne suffit pas de traduire… il faut comprendre la culture et les usages chinois, il faut penser chinois» nous confie Dikai Ni , responsable Chine chez Talents Travel et qui dirige une équipe de rédacteurs 100% chinoise.

Pour communiquer sur votre produit ou destination touristique il faudra donc adapter votre storytelling en étant plus direct, plus ludique, plus visuel et avec un souci constant de réassurance.

Attention aux « fakes Followers »

Mais faire appel à une agence spécialisée chinois ou franco-chinoise n’est pas une garantie à 100 %… Il semblerait que le phénomène des fakes followers, des « zombies » soit encore important. Des sociétés chinoises vendent des fans, des avis, des likes et des partages qui sont en fait des robots. (il existe même des « fermes à clic »).

Caroline Paul explique : « il est difficile de savoir si un post a réellement touché des clients potentiels ou seulement une armée de zombies, mais si on regarde de près les chiffres et les courbes on voit la différence ». Pour le dire tout net, une courbe de croissance quasi verticale, un accroissement rapide et spectaculaires de votre nombre de fans … fleure bon le fake followers et on fera plus confiance à une croissance moins forte, moins spectaculaire et constante.

Pour aller plus loin :

Le rapport de l’alliance 46.2 « le tourisme des chinois »

Une explication des fonctionnalités des messageries asiatiques : « Growing functionalities of messaging apps in Asia »

Une belle présentation du tourisme de luxe chinois : « 2017, the chinese luxury travel »

La présentation de l’Office du Tourisme du Wyoming : « Chines Outbound Tourism »

Talents Travel présente le champion des réseaux sociaux : « WeChat une plateforme révolutionnaire »

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Le sens de l’accueil, oui mais encore

Blog e-tourisme - lun, 27/11/2017 - 07:00

Le billet de ce jour nous est proposé par Emmanuelle Déon*, depuis le Québec. Merci à elle

Fête des vendanges Magog-Orford

J’ai eu l’opportunité d’assister ces dernières semaines à plusieurs rencontres du secteur touristique québécois, portant sur les thématiques de l’accueil et de l’expérience client. Comme souvent lors de ces événements, on se nourrit avec enthousiasme et jusqu’à plus faim de bons coups et d’initiatives venues d’ailleurs. On peut alors facilement l’oublier: regarder ce que les autres font de bien ne fait pas automatiquement de nous “des gros nuls” (comme le dit Pierre Eloy ce n’est jamais le message), et à l’inverse, cela ne signifie pas non plus que les exemples partagés sont forcément issus de destinations ou d’entreprises qui seraient absolument exemplaires à tous les niveaux (faites-moi signe si cela existe). A ce titre j’ai déjà entendu des gens du réseau d’accueil touristique au Québec se questionner: “pourquoi présente-t-on autant de destinations internationales, et notamment françaises, comme pionnières sur certains projets d’accueil alors que lors d’un séjour au Québec les touristes français tombent systématiquement sous le charme de notre accueil?”

 

On peut entendre la question mais il faut d’abord rappeler une évidence : chaque destination, chaque région du monde a ses forces, ses faiblesses et ses défis. C’est “simple, basique” mais j’ai parfois le sentiment qu’on l’oublie. A titre personnel, ayant évolué au sein de destinations d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, je rencontre souvent des personnes qui aimeraient que je leur dise si c’est “mieux” ou “plus facile” de travailler sur des projets liés à l’accueil touristique en France ou au Québec. Il n’y a tout simplement pas de réponse à cette question mais, sans me faire une experte du sujet, j’avais envie de partager quelques réflexions personnelles à ce propos et en particulier sur l’exemple québécois.

 

L’accueil dans l’ADN?

Il y a pour commencer un élément très fort qui constitue une vraie opportunité au Québec: un sens de l’accueil presque inné, comme inscrit dans l’ADN des québécois. Cette attitude chaleureuse, cette spontanéité, bref cet esprit Quebec Original (qui est utilisé pour promouvoir la destination à l’international) n’est pas un cliché et constitue définitivement un pilier important de l’accueil touristique au Québec. Et ce qui est fascinant c’est que les touristes québécois eux-même, dans leur propre province, reconnaissent cette force aux entreprises touristiques de la destination (source : cet article).

Pour autant, cela signifie-t-il que tout est facile et que les acteurs de l’industrie du tourisme au Québec n’ont pas d’enjeux liés à l’accueil? Loin de là. Destinations, lieux d’accueil et entreprises touristiques vivent des défis d’autant plus importants qu’en raison de la très grande saisonnalité du tourisme, les organisations qui peuvent compter sur des équipes permanentes et pérennes sont plutôt rares. S’ajoute à cela une raréfaction de la main-d’oeuvre (liée à d’importants enjeux démographiques) qui ne permet pas ou peu aux entreprises de choisir leur personnel. Bien souvent en saison les équipes d’accueil intègrent des employés très jeunes (parfois dès 15-16 ans) ou encore des personnes qui ont un profil très éloigné du service à la clientèle ; sans blâmer ces employés, force est de constater qu’on est amené à devoir mettre encore plus d’efforts en formation dans un tel contexte (parfois aussi en terme de savoir être). Enfin, l’expansion de l’agrotourisme a fait exploser ces dernières années le nombre de petites entreprises agrotouristiques au sein desquelles des personnes ont dû s’improviser – presque du jour au lendemain – à la fois “bienvenueteurs”, garants d’une expérience de découverte dans leurs entreprises, ambassadeurs de leurs voisins et de leur région, soutiens à leurs clients dans les moindres détails pour faire de leur visite chez eux une expérience parfaite… Pas toujours évident quand on est déjà occupé à temps plus-que-plein par son activité principale d’agriculteur, producteur ou artisan.

Bref, le sens de l’accueil québécois n’est pas un pouvoir magique qui libère les entreprises de tout effort de formation ou d’amélioration en ce sens.

 

L’expérience est importante également pour les employés

Il y a quelques jours lors de la journée “expérience client” de Tourisme Cantons-de-l’Est (région touristique du Québec), plusieurs intervenants présentaient leurs actions des dernières années face à ces défis. Au Zoo de Granby par exemple (plus de 800 000 visiteurs par an), un travail important est mené pour retenir le personnel d’année en année afin que les efforts en formation ne soient pas perdus sur le long terme. Ainsi le rôle de l’entreprise ne se limite plus à s’assurer que l’expérience des visiteurs est bonne, il est aussi de se faire le “metteur en scène” de l’expérience de travail de ses employés afin de faire de leur saison un moment de vie trippant qui les fidélise à l’entreprise. Une recette qui semble fonctionner puisque le nombre d’employés saisonniers ayant plus de 5 ans d’expérience dans l’entreprise a été multiplié par 10 depuis 2008. Au-delà d’une formation bien pensée et efficace, organiser régulièrement des activités conviviales avec eux a permis de créer un sentiment d’appartenance à l’entreprise et une fierté, qui les pousse à s’engager encore plus dans leur travail en appliquant notamment ces nombreux et fameux petits gestes d’accueil que l’on aimerait tous voir nos employés mettre en oeuvre spontanément sur le terrain pour dépasser les attentes de nos visiteurs. Un personnel heureux et engagé, c’est l’objectif, et dans l’exemple du Zoo de Granby cela s’est traduit par des résultats positifs sur l’achalandage et le taux de satisfaction global des visiteurs.

Les conteurs d’histoire des cantons de l’Est

Peut-on faire des efforts en ce sens même lorsque l’on a des “petites” équipes et que l’on a pas forcément les moyens d’une grosse entreprises ? Je pense que oui et c’est l’esprit du projet que nous avons mené cet été dans les Cantons-de-l’Est avec les 20 bureaux touristiques de la région, où de concert avec les responsables de ces lieux d’accueil, nous avons imaginé de nouvelles méthodes de formation et un cadre plus libre pour les “préposés à l’information touristique” (titre utilisé ici et qui mériterait que l’on repense quelque chose de plus sexy). Pour la première fois nous avons invité les équipes à ne pas juste “donner des renseignements touristiques” mais à être des “conteurs d’histoires”, en partageant aux visiteurs leurs secrets cachés et p’tites histoires de la région. Des séances de remue-méninges avec les équipes pour s’inspirer et partager leurs idées, un atelier de formation avec un comédien animateur pour casser les codes et méthodes d’accueil trop traditionnelles, et plusieurs outils de formation et de communication ludiques – incluant, tout bêtement, un groupe facebook commun avec des quiz pour créer un effet réseau entre les employés pendant la saison (dans l’esprit “Good Morning Saisonnier”) -, sont quelques ingrédients mis en place pour valoriser les équipes, les inviter à aller au delà du renseignement touristique “classique” et offrir aux visiteurs la possibilité de vivre une expérience et des émotions même lors d’une visite dans un bureau touristique. Il faudra aller encore plus loin mais c’est un premier pas pour faire évoluer le rôle de ces employés en leur laissant la possibilité de créer des moments privilégiés avec un effet wow pour nos visiteurs.

 

En résumé, ce modeste témoignage vise surtout à partager une certitude : l’accueil n’est ni un “problème français”, ni “québécois”, et ce n’est d’ailleurs jamais un problème mais bien une opportunité que l’on peut saisir pour en faire une force et un facteur d’attractivité sur nos territoires. D’où que vous lisiez ce billet, nul besoin de complexer ; il n’y a pas de destination, aussi “accueillante” soit-elle, qui peut s’asseoir sur ses acquis et se permettre de ne pas travailler sur le sujet. D’autant que si l’on veut tendre vers l’économie d’expérience (que Jean-Philippe Gold et Gregory Guzzo sont venus présenter récemment au MT Lab à Montréal), l’attitude chaleureuse et l’engagement du personnel ne suffiront pas. S’il est vrai que le sens de l’accueil québécois est un cadre incroyablement fertile à la création d’expériences et au fameux effet wow dont on parle tant, il en va aujourd’hui de la responsabilité des gestionnaires d’entreprises et de destinations de s’organiser pour rendre possible cette évolution vers l’expérience client dans leurs organisations. Cette prise de conscience doit continuer à se diffuser pour se généraliser et se traduire en actions concrètes, partout sans exception.

*Passionnée par le développement de projets touristiques, Emmanuelle Déon cumule plusieurs années d’expérience au sein de destinations en France au Québec. Après 2 années comme gestionnaire de destination pour un territoire de 18 municipalités, elle est actuellement chargée d’animation du territoire pour Tourisme Cantons-de-l’Est, une importante et dynamique région touristique au Québec.

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur CRISPR/Cas9

Internet Actu - ven, 24/11/2017 - 12:00

CRISPR est sans doute LA grande révolution technologique de ces dernières années, mais ce n’est pas toujours facile de comprendre en quoi elle consiste. La petite vidéo suivante, réalisée par la Singularity University, a le mérite de clarifier les choses en moins de deux minutes. Bien sûr, elle est en anglais, mais il y a des sous-titres (anglais également, mais très aisés à comprendre).

MAJ : Nature a également réalisé une vidéo assez courte pour expliquer CRISPR/Cas9.

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David contre Goliath : le combat pour la visibilité des îles Féroé

Blog e-tourisme - ven, 24/11/2017 - 07:00
Capture d’écran, site Visit Faroe

Chers lecteurs, aujourd’hui je vous emmène tout au nord. Précisément entre l’Ecosse et l’Islande, dans une destination qui fait encore parler d’elle : les îles Féroé. Lancé contre le géant Google pour obtenir le “droit d’exister virtuellement”, Visit Faroe Islands est depuis 2 ans, l’expert des coups marketing bien rodés. Genèse d’un combat entre un petit territoire touristique et un géant de l’information en ligne.

Chapitre 1 |Avril 2016, David contre Goliath

Avril 2016, Visit Faroe Islands lance un blog avec comme but ultime : inciter Google à venir numériser les sentiers et voies publiques sur Google street view. La représentante du projet, Durita, nous explique dans sa 1ère vidéo que même le Mont Blanc a eu le droit à la venue du géant sur son sommet, mais que les îles restent toujours non explorées. 

Image, Visit Faroe Islands

C’est alors que Visit Faroe décide de prendre les choses en main. En effet, les îles sont habitées par des centaines de moutons qui sont libres de se promener sur le territoire. C’est la naissance de “sheep view 360”. L’idée ? Profiter de leurs balades bucoliques pour en faire des “reporters de territoires” un peu particuliers grâce à des caméras à 360 degrés.

Les visiteurs du site Visit Faroe ont pu admirer la beauté des paysages féroïens à dos de mouton ! En plus de ce “sheep view tour”, boosté par l’intérêt médiatique grandissant, Visit Faroe s’est lancé dans un “ship view tour” pour permettre aux internautes de contempler l’île par la mer.  Cette initiative originale a eu un impact sans précédent et le 31 août 2016 Google a finalement pris la décision de venir filmer les îles, équipé de sa fameuse voiture et de ses caméras embarquées.

Au terme de cette histoire qui prête à sourire,  les îles Féroé ont grandement gagné en visibilité grâce au travail des équipes dans le relais médiatique. De l’autre, Google a pu surfer sur la vague de ce buzz en délivrant les images tant attendues par les habitants !

Fin du combat, clap de fin, on pensait l’histoire terminée, et pourtant il n’en est rien !

Chapitre 2 |Octobre 2017, David (le retour)

Un an après, on prend les mêmes et on recommence ! Après Google street view c’est le service de traduction automatique Google translate que les îles Féroé veulent atteindre. Profitant du vide laissé par Google dans la traduction du féroïens (parlé par près de 70 000 personnes dans le monde), Visit Faroe a créé sa propre plateforme : Faroe Islands Translate.

Capture d’écran, Faroe Islands Translate

On y retrouve une interface volontairement très inspirée de Google qui nous propose 14 langues traductibles en féroïens. Mais ce n’est pas tout ! Cette fois ci, les habitants volontaires ont pu participer au projet en enrichissant la base de données de traductions. En dessous de la zone de saisie, vous retrouverez des dizaines de vidéos d’habitants nous délivrant leur traduction de phrases, d’expressions, de mots… Une manière visuelle de nous emmener dans leur quotidien et nous faire partager leur rôle d’ambassadeur de la culture féroïenne.

Capture d’écran, Faroe Islands Translate

La question que tout le monde se pose maintenant est : est-ce que Google intégrera le féroïen à son Google translate ? Coup marketing réussi  pour les îles qui réitèrent leur volonté d’exister sur l’un des moteurs de recherche les plus utilisé au monde. Ces actions médiatiques ont permis au îles de se créer une belle visibilité à l’international mais a aussi entrainé des résultats touristiques intéressants.

Depuis 2017, l’aéroport principal Vagar Airport a enregistré près de 112 000 arrivées sur le territoire, près de 10 000 de plus en 1 an selon Lonely Planet. Les compagnies aériennes s’intéressent de plus en plus à la destination, et le prix des billets baisse. Si la popularité des îles peut s’expliquer par la beauté de ses paysages, nul doute que l’explosion médiatique qu’attire Visit Faroe y est fortement pour quelque chose.

 

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Peut-on créer son propre univers ?

Internet Actu - mer, 22/11/2017 - 12:00

Certains cherchent à créer l’intelligence, d’autres, comme les biologistes de synthèse, veulent réaliser de nouvelles formes de vie. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas créer un univers entier ?

Une idée saugrenue, mais considérée comme envisageable – en théorie – par certains physiciens. La journaliste et écrivain scientifique Zeeya Merali (@littlebangtheor) a enquêté auprès de spécialistes de la mécanique quantique et en a tiré un livre A Big Bang in a Little Room : The Quest to Create New Universes ainsi qu’un article publié récemment dans Big Think (mais qui était auparavant paru dans Aeon).

La théorie a été émise la première fois en 1991 par Andreï Linde, de l’université Stanford, dans un papier intitulé l’art difficile de la création d’univers.

Pour réaliser cet exploit, il faudrait un accélérateur de particules bien plus puissant encore que celui du CERN. Il faudrait ensuite trouver une particule qu’on appelle un monopôle, c’est-à-dire ne possédant qu’une seule charge magnétique.

Si l’on donne suffisamment d’énergie à ce monopôle, explique Merali, ce dernier va grossir, entamer une « inflation » comme celle qui est survenue au début de notre propre cosmos, juste après le Big Bang. Et à partir de cette inflation, comme cela s’est produit chez nous, un nouvel univers pourra voir le jour.

Ce dernier risque-t-il de prendre notre place, de détruire tout sur son passage ? Absolument pas. Il se développera dans son propre espace. De notre côté, nous ne pourrons en percevoir que « l’entrée », un micro trou noir « si petit, nous dit Zeeya Merali, qu’il en sera absolument sans danger ». Et même ce minuscule point de contact finira par s’évaporer et disparaître.

La vidéo ci-dessous illustre la marche à suivre.

Mais du coup, pas la peine d’espérer que notre nouveau créateur d’univers pourra régner sur les créatures qui pourront y voir le jour ! Car une fois créé, l’expérimentateur perdra tout contrôle sur le monde qu’il aura fait naître.

Ce qui pose bien entendu une question éthique. Faut-il jouer à Dieu si on n’a même pas les moyens d’en prendre la responsabilité ?

Zeeya Merali est donc partie poser la question à divers spécialistes. Les avis peuvent être très divergents : pour Eduardo Guendelman, de l’université Ben Gourion en Israël, un chercheur qui travaille sur cette notion de « bébé-univers », c’est comme lorsqu’on décide de faire des enfants, on accepte que leur vie possède son lot de souffrances. Pour Nobuyuki Sakai de l’université Yamaguchi au Japon, l’un des spécialistes des fameux « monopôles », il faudra s’en inquiéter. Mais comme la mise en pratique de ce genre de théorie ne pourra pas se produire avant un avenir lointain, ce n’est pas pour lui le moment de se torturer avec des questions éthiques, cela viendra plus tard. Pour Anders Sandberg de l’Institut pour le futur de l’humanité d’Oxford, la création de formes de vie intelligentes est intrinsèquement positive et s’apparente donc à un impératif moral.

Puis reste l’interrogation théologique. Andreï Linde avait déjà posé la question, en forme de boutade dans son papier de 1991 ; et si notre propre univers avait été créé en laboratoire ? Cela renouvellerait-il l’idée de Dieu ? Pour le physicien chrétien Don Page, de l’université d’Alberta, également interrogé par Merali, il y a une différence fondamentale : Dieu, explique-t-il, aurait créé notre univers ex nihilo, c’est-à-dire à partir de rien du tout, et pas en utilisant un équipement de laboratoire sophistiqué !

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Quelques nouveautés en « computation biologique »

Internet Actu - mar, 21/11/2017 - 07:00

Fusionner la biologie et l’informatique est une tendance très forte ces dernières années. Après tout, qu’est-ce que le fameux « deep learning » et ses réseaux de neurones dont on nous rebat les oreilles ces temps-ci, sinon une tentative de créer un modèle (très simplifié) des neurones biologiques au sein d’une machine ?

En gros, il peut exister plusieurs approches différentes de ce qu’on appelle la biologie computationnelle. La première cherche à utiliser le matériel biologique lui-même comme support d’information et de calcul. La seconde consiste à observer des comportements existant dans la nature pour par exemple créer de nouveaux algorithmes.

Dans le premier domaine, des chercheurs ont réussi à créer des systèmes logiques assez complexes au sein d’une cellule, tandis que d’autres utilisaient l’ADN comme support de stockage de l’information. Côté algorithmique, les fourmis restent une source d’inspiration inépuisable.

Vers la « ribocomputation »
Il y a eu pas mal de tentatives ces dernières années pour intégrer divers systèmes computationnels basés sur notre ADN dans la machinerie de nos cellules. Toute l’entreprise des biobricks par exemple se base sur une possible analogie entre le code génétique et un programme d’ordinateur. Mais jusqu’ici, les techniques utilisées n’ont pas donné de résultats très efficaces, pour (au moins) deux raisons : la première était qu’elles fonctionnaient dans un tube à essai, mais pas à l’intérieur d’une cellule. Ensuite, les « circuits logiques » ainsi implémentés étaient bien trop simples.

L’équipe constituée par Alexander Green de l’Institut de biodesign de l’université de Tempe en Arizona, avec des collègues de Harvard, a réussi à surmonter ces deux obstacles explique Nature en procédant d’une manière inédite : justement, en n’utilisant pas l’ADN.

Comme l’explique très bien Singularity Hub, le gros problème, avec l’ADN, c’est qu’il se situe à deux degrés de distance de la fabrication des protéines, sur laquelle on est censé agir.

En effet, au sein de la cellule, les gènes, basés sur les fameuses 4 bases A, C, G, T produisent tout d’abord une macromolécule intermédiaire, l’ARN, basé elle aussi sur un code très proche de l’ADN, avec une différence : à la place de la Thymine (T), on trouve une autre molécule, l’Uracile, notée U. L’ARN est une « simple hélice », en contraste avec la fameuse « double hélice » de l’ADN.

Cet ARN une fois synthétisé par le gène se rend dans un lieu spécial de la cellule, le ribosome, véritable « usine à protéines ». Les molécules d’ARN attirent alors les acides aminés qui forment une protéine. Les protéines sont les véritables briques de la vie.

L’équipe de recherche a donc eu l’idée de travailler directement sur cet ARN. En bidouillant ce dernier, on est plus aisément en mesure de contrôler les choses qu’en agissant sur la molécule « mère ». Ce qui permet de s’assurer qu’il existe moins de risques que le système artificiel conçu se comporte de manière inattendue, et donc rendre plus aisée la création d' »ordinateurs » biologiques un peu complexes.

L’astuce, c’est de pouvoir créer une séquence particulière d’ARN qui ne s’activera qu’à la suite d’un ordre spécifique. Autrement dit, de créer un interrupteur.

L’équipe a commencé par synthétiser une séquence artificielle d’ADN qu’ils ont inséré au sein d’une bactérie E. coli. Le rôle de cet ADN n’est donc pas de générer une protéine, mais de créer un brin d’ARN qui contiendra le « code » nécessaire aux opérations suivantes.

Ce brin d’ARN, nous précise IEEE Spectrum, possède une caractéristique originale. En effet, nous dit le magazine, il ne contient pas uniquement du code pour générer une protéine, mais également des parties « logiques ». Cela signifie que l’ARN n’entrera en fonction que s’il reçoit des « inputs », qui l’autorisent à le faire. Ceux-ci sont d’autres brins d’ARN, qui peuvent être introduits dans la cellule ainsi modifiée.

Cette technique permet de créer des systèmes assez complexes constitués d’une multitude de ces « interrupteurs ». L’équipe de Green a réussi, à l’aide de cette méthode, à faire produire une protéine fluorescente par l’E. coli.

Pour l’instant, a expliqué Green à IEEE Spectrum, on n’a pas encore d’applications pratiques de ce genre de technologie, qu’il nomme la « ribocomputation » mais on peut imaginer pas mal de choses, par exemple : « Vous pourriez télécharger un circuit biologique dans les cellules de votre corps pour vous protéger contre les virus ou empêcher le développement du cancer ». Ainsi, continue la revue, « si le corps acquiert des substances cancéreuses ou virales, les cellules pourraient être programmées pour les stopper, synthétiser un médicament, ou activer le système immunitaire, au lieu de permettre à la maladie de se propager« .

Dans le même ordre d’idées, et encore d’après IEEE Spectrum, une équipe de Harvard s’est essayée à utiliser l’ADN non comme un système computationnel, mais comme un moyen de stocker des données. Ces chercheurs de Harvard ont ainsi réussi (en utilisant l’inévitable CRISPR) à stocker au sein d’un E. coli un petit film composé d’images Gif de 36×26 pixels. Jusqu’ici, on avait déjà réussi à utiliser l’ADN comme support de stockage, mais c’était dans un tube à essai et c’est la première fois en revanche qu’on réussit à placer des données dans un être vivant complet. Quelle utilité ? Selon Seth Shipman, qui a dirigé ce travail, « Pour l’instant, nous donnons à l’ADN des informations que nous connaissons. Nous voulons enregistrer des informations que nous ne connaissons pas ».

En effet pour l’instant les chercheurs fournissent les données, comme dans ce cas, le petit film ; une telle technique pourrait servir à enregistrer « l’historique » des activités d’une cellule, ce qui constituerait une mine de renseignements précieuse.

les fourmis : pas très rapides, mais efficaces
Certains disent que les fourmis seraient peut-être à l’origine du protocole TCP/IP comme nous le racontions dans nos colonnes dans un article sur l’entomologiste Deborah Gordon, qui a d’ailleurs développé le concept d’anternet (internet des fourmis). Deborah Gordon s’est cette fois intéressée à une espèce particulière de fourmis, nommées les céphalotes, ou fourmis-tortues, et dont Physorg nous précise qu’elles possèdent une tête « à la Darth Vador ».

Le travail portait sur une question particulière sur les pistes des fourmis. On sait que celles-ci vont chercher et ramènent la nourriture en suivant des phéromones laissées par leurs congénères. Il existe pas mal de programmes de simulation du phénomène, par exemple en netlogo. Mais elles n’ont pas encore révélé tous leurs mystères et de plus, il existe un très grand nombre d’espèces de fourmis, chacune vivant dans un environnement particulier, et développant, grâce aux contraintes de leur milieu, des réponses spécifiques.

Les céphalotes vivent exclusivement dans les arbres. Elles créent au sein de la canopée un réseau complexe de pistes reliant les nids entre eux, et s’étendant vers l’extérieur pour la recherche de nourriture.

Mais ce monde arboricole est un environnement beaucoup plus aléatoire que la terre ferme.Il arrive que des branches se cassent ou tombent. Comment donc les fourmis se débrouillent-elles pour « réparer » leur réseau ? Pour ce faire, Gordon et son équipe ont observé le comportement des animaux et ont effectué certaines expériences, comme par exemple couper une branche sur un passage fréquenté.

Il est apparu que la fourmi ne cherchait pas à suivre le chemin le plus court. Au contraire elle lui préférait celui qui possédait le moins de croisements, d’interconnexions possibles, afin de minimiser les moments où elle devait prendre une décision. Lorsqu’elle arrive à une interruption, comme une branche cassée, elle retourne simplement à l’interconnexion précédente et emprunte une autre voie. Le réseau étant très complexe et l’environnement très riche, il est possible d’aller d’un point à un autre de manière différente. Les travaux de Deborah Gordon avaient déjà montré que les fourmis tendent toujours un peu à adopter des comportements peu « optimisés » mais extraordinairement résilients. Comme elle l’avait déclaré dans sa conférence Ted : « Quand vous observez les fourmis, vous finissez par vouloir les aider, parce qu’elles ne font jamais rien comme elles devraient le faire selon vous. Donc ces contacts aléatoires ne donnent rien de parfait. Mais ça marche plutôt bien. Les fourmis sont là depuis plusieurs centaines de millions d’années. »

Un tel procédé pourra-t-il s’avérer utile pour nos technologies, par exemple en fournissant un moyen pour des « agents » virtuels ou réels de contourner les failles d’un réseau ? En tout cas, en matière d’algorithmique, la nature a encore beaucoup à nous apprendre !

Rémi Sussan

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Questionnements sur le mimétisme, le confort et les illusions… Ou encore: Un texte sans graphique, image ou chiffre…

Blog e-tourisme - mar, 21/11/2017 - 03:00

E-tourisme… Il m’arrive parfois de me demander : vraiment? A-t-on réellement vécu une révolution numérique? Que s’est-il passé réellement? Sommes-nous d’un meilleur calibre que nous l’étions dans la dernière décennie? Est-ce que les promesses ont été tenues? Tout ça pour ça!?

Elle est où, la révolution?

Dans tous mes voyages, je me rends dans des aéroports surachalandés où je panique à l’idée de louper mon vol à cause de la sécurité, où je rejoins une barrière qui change à tout coup à la dernière minute, je m’assois dans un siège trop petit, l’avion part à tout coup avec du retard, il possède encore et toujours deux ailes. Arrivé à destination, j’attends en vain pour un taxi qui me coûte une fortune, je me rends à un hôtel où (étonnamment) je trouve une chambre avec un lit, une toilette, de l’eau chaude… Je me rends dans des restaurants où un serveur me tend un menu, dans lequel je choisis un plat, qui sera préparé par le chef dans sa cuisine. Je me rends dans des attraits où je paye à l’entrée avec ma carte bleue. Je rejoins des amis/collègues pour l’apéro, et ça recommence le lendemain. Bref, retour vers le futur en 1950… Plus ça change, plus c’est pareil. 

Parallèlement, mon boulot m’amène à réfléchir avec les OGD sur l’avenir du tourisme. Et qu’est-ce qui occupe concrètement le temps de OGD? Redéfinir les priorités, faire des tonnes de réunions, répondre à des quantités industrielles de mails, blâmer les élus, faire des apéros (ça ressemble aussi à mes voyages, étrange!), tenter de motiver les prestataires, dire à tous qu’on aime bien les startups (on envie tous leur milieu de travail cool) mais les trouver au fonds de soi bien chiantes et prétentieuses, se dire que c’était mieux avant. Qu’est-ce qui motive réellement les dirigeants de ces mêmes OGD ? Trouver du temps pour mener tous les dossiers qui leurs sont impartis, trouver leur voie dans les relations avec les locaux / la région / le national / la fédération et les collègues des territoires adjacents. Est-ce là une motivation réelle et valable? A-t-on encore de route perdu de vue le sens de notre action et de nos structures?

Mais à quel moment définissons-nous – une fois pour toute (ou pour cinq ans, soyons réalistes) – ce très complexe système qu’est le tourisme et identifions-nous le schéma de l’action collective optimale, à tous les niveaux !? Est-ce possible d’y arriver ? En menant des assises annuelles, et assistant à des conférences ? Il faudra imaginer bientôt un moyen de co-construire notre écosystème touristique national en temps réel et en continu. Les façons de faire actuelle occupent beaucoup de temps, mais ne donnent que peu de résultats.

Je crois sincèrement qu’on peut y arriver, qu’on doit y arriver. Mais ça prendra des efforts colossaux, de la bonne volonté à profusion et une remise en question (une remise à plat) de tout ce qu’on fait, de tout ce qu’on sait… Pour ce faire, il nous faudra aussi revoir les jeux de base… J’écoutais récemment au Québec– pour une quatrième fois en 2017, et avec un plaisir croissant – l’ami Pierre Eloy parler du sens des métiers de l’accueil. Il interpelle le réseau d’accueil sur le sens profond du tourisme, le sens du métier, le retour aux valeurs de base (qu’on a oublié en professionnalisant les métiers et les processus). Mais c’est facile de parler aux gens de l’accueil, ils sont polis et gentils, et ne feraient pas de mal à une mouche… Mais les cadres du tourisme, eux, on les questionne? Se questionnent-ils? Se questionnent-ils collectivement sur les bonnes choses? Leur permettons-nous de le faire avec toute la sérénité et la lucidité nécessaire!?

Comment pouvons-nous encore – sans rire – implanter de ci, de là, des éléments bêtement tactiques, en les présentant comme des fondamentaux? Peut-on réellement discourir à savoir lequel d’Instagram ou de Snapchat est le plus à même d’aider un territoire touristique à performer? Le tourisme se résumerait-il désormais à des considérations aussi triviales, pour ne pas dire insignifiantes?

La seule révolution des cinquante dernières années est essentiellement démographique (croissance phénoménale de la natalité mondiale et montée de la classe moyenne) et technologique (productivité accrue) et, disons-le franchement, la filière touristique n’a rien du tout (ou si peu) à voir là-dedans. Cherchons ailleurs le sens à notre action.

Mimétisme, ou comment justifier (légitimement) son travail

L’humain a besoin de trouver un sens à son action. En l’absence de certitudes, il se construit des références mentales pour expliquer (ou justifier ?) son action, ou son inaction… C’est bien là la nature humaine, on n’y échappe pas. Un autre mécanisme de survie se présente dans le mimétisme : lorsque l’humain – en milieu professionnel – ne sait pas trop quoi faire ou ce qui est attendu de lui (par ses pairs, par ses patrons, par ses instances), il cherchera la réponse dans le comportement de ses pairs qu’il cherchera à imiter, et il y cherchera aussi des confirmations (lire sur ce sujet la passionnante théorie des conventions de Pierre-Yves Gomez).

C’est une chose d’expliquer le comportement des patrons dans un contexte de gestion, mais c’en est une autre de chercher (et de trouver, idéalement) le sens à l’action de ces mêmes organisations. Pour ce faire, il faut revenir aux concepts de base de mission (à quoi on sert), d’objectifs (quels résultats désire-t-on atteindre) et d’orientations (comment y parviendrons-nous et avec quelles ressources). La base repose donc avant tout sur l’identification de l’état présent et de l’état recherché. Cela repose nécessairement sur un diagnostic. Mais deux erreurs fondamentales surviennent presque à tout coup lors de ce même diagnostic en tourisme.

La première est de s’approprier le diagnostic d’une autre destination (facile!) et ensuite de lui piquer son traitement! Pourtant, accepterions-nous, comme patient à l’hôpital, que les médecins nous prescrivent le même protocole de traitement ou les mêmes interventions chirurgicales que tous les patients entrés le même jour à l’hosto, sous prétexte que le diagnostic doit être plus ou moins le même!? Bien sûr que non! C’est pourtant ce qu’on fait en additionnant les emprunts à gauche et à droite à nos collègues des autres régions, comme si le one size fits all existait en matière de tourisme!

Mesure-t-on, dans le réel, l’incidence de nos actions sur la venue (ou non) des touristes sur notre territoire ? Le diagnostic est au coeur de la gestion stratégique: déterminer les caractéristiques propres et uniques à la destination pour identifier par la suite le plan d’intervention (marketing, développement ou autre) adéquat. Le marketing nous invite à évaluer les taux de conversion. Le fait-on réellement? Le fait-on bien et pour les bonnes raison? Pouvons-nous réalistement évaluer le poids et la valeur de nos actions dans les résultats enregistrés sur nos territoires?

La seconde erreur est de s’attarder aux choses futiles, pour occuper le temps et démontrer qu’on ne chôme pas (non monsieur, loin de là). Si un patient souffre d’un cancer du pancréas en phase terminale, combien de temps le médecin perdra-t-il à s’intéresser à son ongle incarné? Nous sommes parfois tellement obnubilés par les détails secondaires (ou tertiaires) – parce que ce sont les sujets du jour dont tout le monde parle – que nous perdons de vue les aspects fondamentaux de notre destinations et de ses particularités. En cherchant des recettes faciles et imitables, nous perdons de vue la spécificité de notre territoire, ces mêmes caractéristiques qui devraient pourtant présider à sa gestion et à la mise sur pied de sa gouvernance.

L’enfer, c’est les autres

Comment se fait-il que les enjeux de centralisation et de décentralisation fassent encore rage en 2017 ? Pourquoi répliquer à l’échelle la plus petite d’un territoire ce que la structure supérieure fait ? Pourquoi toujours le discours lancinant de « nous ne sommes pas pris en considération par les paliers supérieurs » ? Pourquoi ne pas établir une bonne fois le projet du territoire en amont et en aval ? Si les objectifs sont clairs et si les résultat attendus sont fixés et co-développés (oui oui, c’est possible), pourquoi ça ne fonctionnerait pas?

«Concertez-nous» : voilà le nouveau slogan que j’entend toutes les semaines ! Nous sommes encore en attente d’un sauveur qui nous prendra en charge, qui trouvera toutes les solutions, et que nous pourrons suivre avec confiance, les yeux fermés. Soyons lucides: cela n’arrivera pas. Aucun ministre du tourisme ne pourra résoudre cette quadrature du cercle de la gouvernance du tourisme, ni aucun autre sauveur hypothétique. Nous sommes condamnés à y parvenir par nous même, avec nos propres moyens. Et, comble de malheur, le changement possède la fâcheuse propension à se matérialiser par superposition et non pas par substitution. Bref, ce sera pas d’la tarte…

Questionnons-nous : avons-nous trouvé le temps de faire entrer l’innovation dans nos réflexions, dans nos actions et sur nos territoires ? Est-il normal que le train train quotidien – bien sûr rassurant – et le manque de temps – qui donne l’impression d’être vivant – nous fassent perdre de vue l’essentiel? Nous créons des routines – c’est humain – pour fonctionner. Nous avons besoin pour fonctionner d’une certaine stabilité, d’une certaine répétition. L’humain a besoin de confort. Mais il faut prévoir des moments de disruption, de mise en danger. Il faut institutionnaliser la disruption! Pouvons-nous faire la promesse à nos parties prenantes de les surprendre au moins une fois par année ? S’obliger à penser «en dehors de la boîte»? D’imaginer de nouveaux partenariats, de les tester, d’en faire des projets pilotes au bénéfice de tous les autres?

Je n’ai que peu de solutions à vous proposer. Mais j’ai l’intime conviction que le tourisme occidental est à une croisée des chemins. Si nous n’inventons collectivement pas le tourisme de demain, sa gouvernance et ses nouveaux rôles, j’ai bien peur que nous serons rapidement déclassés par nos collègues touristiques de l’Asie, qui sont plus structurés, plus stratèges, plus systématiques et – surtout – plus nombreux. Et qui savent compter! Les nouveaux standards du tourisme mondial et de son développement sont-ils en train de nous glisser lentement entre les doigts?

À méditer d’ici Noël… Ho ho ho!

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Solutions vidéo pour les Nuls

Blog e-tourisme - lun, 20/11/2017 - 07:00

Les solutions de montage de vidéos sont nombreuses. A commencer par les outils classiques Windows Movie Maker, Power Director, iMovie devenu gratuit pour les iPhone récents, et parmi les plus élémentaires Adobe Premiere Clip. Bien d’autres sont à disposition. Mais au-delà des qualités de chaque logiciel, ce qui peut compter c’est la facilité d’usage en extérieur et donc à partir de l’écran du smartphone. On pense notamment aux événements qui méritent d’être tournés, montés, diffusés rapidement.

A ce jeu, iMovie pour les détenteurs d’iPhone est tout à fait adapté, de même, m’indique-t-on Kinemaster Pro pour les détenteurs de mobiles tournant sous Android.

Mais d’autres solutions, gratuites, sont à disposition pour faciliter le tournage et le montage en direct sur son smartphone : 

  • VivaVideo : copier, couper, coller, piste audio, éditeur de titres et des textes, autocollants, filtres, les possibilités sont nombreuses et l’outil est d’un maniement aisé. Bien évidemment en version gratuite le logo VivaVideo s’affiche. La solution VivaVideo est disponible dans l’App Store et sous Android.
  • Dernier arrivé, l’assistant réalisateur de poche, comme ses concepteurs l’ont nommé, Makidoo.
Un éditeur facilitateur

 

Dans sa version gratuite, sous iOS pour l’instant, cette solution est tout à fait avantageuse pour les Nuls en Vidéo. Des scenarii pré-établis (15 moments de vie) et correspondant à des situations courantes (recettes, mariage, objet à vendre, soirée, carnet de voyage…) proposent des ordres d’assemblage de bouts de films à la durée et au plan pré-déterminés.

Autrement dit l’utilisateur a un programme à tourner constitué de plans serrés, larges, moyens, évoluant entre 00:02 et 00:04 secondes. Il a le choix de musiques pour le générique et son film, après prévisualisation, peut être exporté, bien que cette fonction ne soit pas immédiatement mise en valeur : il faut balayer son écran de visualisation pour trouver un onglet partager bien discret.

C’est une bonne solution pour filmer et monter rapidement en situation d’événement. Une recommandation, ne pas être trop ambitieux en nombre de plans et bien les enchaîner dans l’ordre proposé, pas comme ce que j’ai fait sur cet essai lors d’une promenade pédestre à Arcangues, charmant village du Pays Basque, passant de manière aléatoire d’un plan à un autre et décousant ainsi la progression dans le cheminement. Baissez le son car la musique téléchargée parmi les propositions de l’appli n’a jamais supporté l’exportation, faiblesse endémique de la solution. Idem pour un précédent test.

Bilan technique

On peut ensuite l’exporter en différentes définitions. En 1080p (affichage full HD) la qualité de l’image est bonne, mais cela tient aussi à la caméra du smartphone. Le partage est liée à la durée de la vidéo, en dessous de 60 secondes, c’est parfait pour Instagram, mais dans le cas présent Instagram est certes proposée mais les 16 plans à filmer constituent un tout trop long.Facebook est la destination la plus naturelle. Quoique ! Ayant réalisé deux vidéos en test et les ayant chargées sur Facebook, l’une samedi dernier et l’autre dimanche, j’attends toujours leur dépôt sur mon profil ! Une validation interne est certainement programmée, car si le partage sur Facebook n’est immédiat (un petit message indique que la vidéo sera partagée), cela freine pour une diffusion immédiate lors d’un événement. Deux types d’abonnement tarifés sont proposés pour augmenter les services. Ces imperfections seront certainement rapidement corrigées.

Des scenarii pré-établis c’est bien, mais pour moi une histoire commence par un début, passe par un milieu, se termine par une fin et ce n’est pas un outil qui doit prendre la main sur l’homme. Le transfert sonore n’a pas été conforme au résultat escompté. Le nombre de séquences, 16 pour les sujets liés au modèle Carnet de Voyage, c’est trop : je l’ai constaté sur mes deux tests, on cherche les plans pour une balade. En revanche ça doit être satisfaisant pour résumer un voyage ou un week-end riche en découverte. Et comme le montage est automatique, son avantage indéniable, pas de possibilité de manoeuvre sur le sujet, avec par exemple des fondus d’un plan à un autre. A part ça, une très bonne solution…solutionnant le montage et épaulée par des tutoriels bien réalisés.

Deux autres outils vidéos méritent intérêt, pour des fonctions plus abouties :

  • Kinemaster est une application pour monter ses vidéos sous Android
  • Filmic Pro Mobile Video est une appli caméra très performante pour iOS. Vous pouvez en découvrir les subtilités à partir d’un bon tutoriel vidéo consacré à cette solution vendue 16,99 euros.

 

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